Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur les répercussions des événements de Corse et la nécessité d'une réflexion et d'une redéfinition des missions du corps de la gendarmerie, Paris le 22 juin 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur les répercussions des événements de Corse et la nécessité d'une réflexion et d'une redéfinition des missions du corps de la gendarmerie, Paris le 22 juin 1999.

Personnalité, fonction : RICHARD Alain.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Intervention de M. Richard devant le Conseil d'orientation du cu Centre de prospective de la Gendarmerie le 22 juin 1999

ti : Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi, d'abord, de vous présenter tous mes regrets de n'avoir pu assister à la séance exceptionnelle du 18 mai dernier dont j'avais moi-même souhaité la tenue.
J'ai pris connaissance avec beaucoup d'intérêt de vos premières réflexions relatives aux événements de Corse. Vous savez que j'accorde une grande importance à cette démarche que nous menons ensemble afin de comprendre et de surmonter ce qui est une épreuve pour la gendarmerie.
Ces événements ont affecté durement la gendarmerie. Ils ont eu de larges répercussions médiatiques et politiques. Au-delà, ils ont atteint le moral des personnels qui ont pu croire leur institution gravement discréditée.

A mon sens, ces craintes trouvent davantage leur fondement dans un certain désarroi que dans la réalité. La confiance du pays tout entier dans la gendarmerie n'est pas aujourd'hui remise en cause.

La justice a clairement affiché sa confiance en chargeant de l'enquête la section de recherche d'Ajaccio et l'inspection technique de la gendarmerie. Le travail remarquable des enquêteurs dans cette affaire, tout comme dans les autres informations en cours, vient renforcer et pérenniser les liens de confiance qui existent entre magistrats et gendarmes.
Le Premier ministre a, dès le début des événements, réaffirmé solennellement devant le Parlement, et récemment devant les personnels eux-mêmes, la confiance du gouvernement dans la gendarmerie.
Aucun signe tangible ne permet, enfin, de penser que les Français ont modifié leur opinion vis-à-vis de la gendarmerie sur la seule base de la faute de quelques uns.

Je ne veux pas pour autant minimiser les faits. Il s'agit au contraire d'en tirer toutes les conséquences pour traiter efficacement les effets de cette crise de confiance interne et externe.

Nous devons nous interroger sur les causes profondes des défaillances mises en lumière en Corse et comprendre comment elles ont pu apparaître dans un système en apparence bien armé pour résister à ce genre de dérive. Il faut trouver les moyens pour que de tels agissements ne puissent plus exister.

C'est pourquoi j'ai souhaité lancer une réflexion d'envergure. Le Conseil d'orientation du Centre de prospective, de par son rôle et sa composition, est tout naturellement désigné pour y contribuer aux côtés des services de la direction générale de la gendarmerie.

Seul un travail de fond, étalé sur plusieurs mois, permettra de dégager tous les enseignements des événements graves qui viennent de ce dérouler. Je compte sur vous pour apporter les premiers éléments de cette réflexion, par une vision à la fois éclairée, indépendante et globale des questions que vous aurez su faire émerger.

Je retire des débats que vous avez eus lors de votre dernière réunion, deux idées particulièrement intéressantes.

La première tient au fonctionnement de la gendarmerie. Il faut chercher à favoriser la communication interne. Il faut renforcer les voies de recours sûres pour le militaire qui estime être confronté à un ordre illégal. Il faut, enfin, assurer des formes de contrôle qui puissent s'adapter aux spécificités des unités et du contexte local.

La seconde vise les relations de la gendarmerie avec ses diverses autorités d'emploi et avec les autres administrations de l'Etat.

La polyvalence de la gendarmerie ne doit conduire ni à confondre ses missions, ni à alimenter des rivalités avec d'autres services de l'Etat. Une réflexion d'ensemble est souhaitable et devra impliquer tous les acteurs en cause.

Je ne veux donner, néanmoins, aucune orientation prédéfinie à vos travaux.

Sachez que la direction générale travaille déjà sur un certain nombre de thèmes dans le cadre d'un plan d'action que m'a proposé monsieur Bernard PREVOST. Cette démarche accompagne pleinement vos travaux ; elle s'inscrit dans la lignée de vos réflexions et ses résultats vous seront présentés au même titre que ceux des études dont vous aurez pris l'initiative.

Je suis bien conscient de la charge que représentent pour vous vos fonctions respectives ; il va de soi que c'est au Centre de prospective et aux services de la direction générale que reviendra l'organisation pratique du travail d'étude.
J'attends de vous, en revanche, un travail de définition des axes d'étude, d'orientation d'ensemble des travaux et de formulation régulière d'observations et de critiques que vous jugerez utiles.

Je vous renouvelle mes remerciements pour la tâche que vous avez accepté de remplir et vous souhaite bon courage.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 3 janvier 2000)

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