Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur les grandes orientations de la politique de rénovation urbaine et de solidarité, à Gennevilliers le 14 janvier 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur les grandes orientations de la politique de rénovation urbaine et de solidarité, à Gennevilliers le 14 janvier 2000.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement de M. Lionel Jospin à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) le 14 janvier 2000

ti : Monsieur le ministre,
Monsieur le maire, Messieurs les maires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais vous remercier, Monsieur le maire, de l'accueil que vous avez bien voulu nous réserver dans votre ville et des paroles chaleureuses que vous venez de prononcer. Je suis heureux d'avoir pu aujourd'hui prendre connaissance de quelques-unes des actions les plus remarquables et les plus novatrices qui sont conduites à Gennevilliers et à Asnières. Elles sont représentatives des efforts accomplis par les élus, les associations et les services publics -efforts dont je tiens à féliciter tous ceux qui y prennent part. Au terme de cet après-midi où nous avons parcouru ensemble une partie de la " Boucle des Hauts-de-Seine ", je voudrais ouvrir une perspective sur l'avenir de ce territoire et de ses habitants, un avenir auquel vous travaillez et que le Gouvernement entend vous aider à préparer.

Car si la croissance semble durablement installée, si le chômage recule maintenant de façon continue, certains quartiers ne bénéficient pas suffisamment du vaste mouvement de reprise qui traverse le pays. Ici comme ailleurs, nous ne pouvons accepter que des territoires -que les hommes et les femmes qui y vivent- restent à l'écart de la dynamique qui entraîne notre économie.

C'est pourquoi nous organisons aujourd'hui un effort sans précédent de solidarité, pour rénover le cadre d'une vie en commun. C'est un espace urbain qu'il nous faut désenclaver, mieux structurer, rendre plus humain.

Pour aider chacun à trouver sa place dans la ville, la société et l'économie doivent toutes deux avancer. C'est en réintégrant chacun dans une société du travail que nous pourrons renouer le lien qui s'est rompu pour ceux que le chômage exclut. En ouvrant aux jeunes de ces quartiers des perspectives d'insertion, de formation, d'emploi ou de logement, nous les aidons à se construire un avenir.

Notre ambition est de renouveler avec tous le pacte républicain : il faut pour cela que tous jouissent des mêmes droits. La sécurité est un de ces droits, l'insécurité est une injustice sociale. Assurer l'égalité des chances, favoriser l'égal accès aux services publics, et d'abord à la Justice, sont des missions essentielles de l'Etat. Celui-ci ne peut les négliger sans fragiliser les fondations du " vouloir-vivre ensemble " qui fonde la collectivité nationale.

Le malaise, la détresse parfois, qui touchent certains quartiers ont des causes multiples et enchevêtrées. Il nous faut donc ouvrir, simultanément, par une politique globale, tous les chantiers qui y répondent. Il y faudra le même engagement, la même imagination, le même volontarisme que ceux dont vous avez su faire preuve, ici, dans vos villes.

De cette politique globale, en effet, vous avez été des précurseurs.

Vous êtes conscients de vos forces comme de vos handicaps. La " Boucle des Hauts-de-Seine " est loin d'être dépourvue d'atouts. Vous les mettez en avant dans votre projet de contrat de ville : la vigueur des industries, les possibilités foncières, le dynamisme du port de Gennevilliers. Tout cela peut faire de cet espace un pôle de développement majeur de l'Ile-de-France.

Mais de fortes disparités marquent la répartition de l'activité et des emplois. Le chômage des jeunes atteint 20 à 25 % dans les quartiers les plus en difficulté. Les commerces ont déserté certaines rues. Les transports collectifs n'offrent pas aux habitants de vos quartiers une véritable ouverture sur les agglomérations environnantes et sur le reste du département et de la région.

Vous avez su définir une démarche ambitieuse. En témoigne le Grand Projet Urbain dont j'ai visité le site au quartier du Luth. Cette approche a déjà permis de couper une de ces " grandes barres " qui obstruent la circulation dans les quartiers. Elle a montré l'intérêt d'un travail sur les structures de la ville, sur ses bâtiments, sur les voies de circulation qui l'irriguent, et d'une action simultanée sur des liens plus ténus, moins visibles, mais tout aussi essentiels à la vie urbaine -je pense en particulier au tissu associatif.

Cette expérience nourrit votre Grand Projet de Ville. Bien sûr, il faut poursuivre l'action engagée sur " l'ossature " de la ville, pour rouvrir des perspectives, permettre à tous de se déplacer, reconstituer la trame urbaine et raccrocher ce quartier au reste de la cité. Mais il faut aussi y apporter de la " chair " : vos propositions pour la boucle des Hauts-de-Seine concernent également l'exclusion, le lien social, l'éducation et les services au public. Elles visent, notamment avec les contrats locaux de sécurité, la prévention, la sûreté et la citoyenneté. Elles abordent le développement économique et l'insertion dans toutes leurs dimensions. Pour retisser toutes ces relations qui font tenir ensemble une société, vous vous appuyez sur plusieurs expériences réussies.

Vous savez que l'insertion passe d'abord par l'emploi. Ramener la vie dans un quartier, c'est en premier lieu y revitaliser l'économie. La régie de quartier que nous avons visitée dans le quartier du Luth conduit depuis plusieurs années une action déterminée pour ramener vers l'emploi des adultes en difficulté, pour offrir à des jeunes une formation et leur remettre le pied à l'étrier. Ces derniers, en travaillant -en entretenant les espaces verts, en nettoyant les halls des immeubles, en distribuant des prospectus-, rendent le quartier plus convivial pour tous.

Vous vous attachez à reconstituer le lien social. La cité a besoin de nouvelles formes de médiation. Les " femmes-relais " que j'ai rencontrées au Luth en sont un exemple. Issues du mouvement associatif de l'immigration, ces femmes ont démontré l'utilité de leur fonction sociale. A l'origine traductrices, véritables intermédiaires culturels, elles sont devenues des médiatrices entre l'administration et les populations immigrées. Tout en contribuant à l'intégration de ceux à qui elles rendent d'indispensables services, elles assurent leur propre insertion.

L'action de certains services publics dans la " Boucle " est exemplaire. D'abord pour mettre à la disposition du public le plus large des conseils, des informations, une permanence, une présence efficace à des horaires adaptés. C'est la mission de médiation que remplit le " point multiservices " d'Asnières, que nous avons vu tout à l'heure. Les magistrats, les avocats, les éducateurs, les médiateurs et tous les autres intervenants de l'antenne de justice de Gennevilliers assurent un meilleur accès au droit pour les populations les plus en difficulté. Le souci de mieux répondre aux préoccupations de ceux qui vivent dans ces espaces est aussi celui des policiers affectés dans le quartier du Luth. Ils expérimentent désormais, comme 70 autres sites, la police de proximité. Avec les magistrats et l'ensemble des partenaires locaux qui coopèrent dans le cadre du Conseil Communal de Prévention de la Délinquance (CCPD), du contrat de ville et du contrat local de sécurité, ils apportent une réponse concrète et adaptée à la petite et moyenne délinquance.

La force du service public, c'est aussi la cohésion d'une communauté éducative tout entière engagée dans un projet pédagogique cohérent. Le lycée Galilée est exemplaire. En dépit de locaux anciens et d'une image naguère négative, il est devenu un établissement attractif. Ceux qui y travaillent y sont à l'aise et souhaitent y rester. Dans un contexte difficile, le lycée permet à une forte proportion d'élèves d'obtenir des résultats remarquables. Il a su développer des filières d'excellence compétitives -la chimie et la plasturgie. Avec le dispositif " Ecole ouverte ", il s'est voulu pôle d'animation du quartier et lieu de promotion des jeunes qui l'habitent. Ouvrir le lycée pendant les vacances, y proposer du soutien pédagogique, y organiser des stages de théâtre et des rencontres sportives : tout cela offre aux lycéens, aux jeunes, autant d'occasions de progresser, de s'affirmer, d'assumer de nouvelles responsabilités. La responsabilité est d'ailleurs au c¿ur de l'idée selon laquelle les adolescents peuvent être des " relais ". Leur faire prendre conscience qu'ils peuvent aider leurs camarades en difficulté, les inviter à se faire médiateurs entre leurs pairs et l'équipe pédagogique, c'est les convier à devenir des acteurs de la démarche éducative.

Par toutes ces initiatives novatrices, vous avez contribué à façonner et à perfectionner les instruments d'une politique jugée essentielle par le Gouvernement.

Cette politique, nous la conduisons dans la durée, et elle vient de franchir une nouvelle étape.

Trente et un mois durant, nous avons joué de tous les leviers de l'action gouvernementale. Les lois sur l'aménagement et le développement durable du territoire et sur l'organisation urbaine ont fait de l'agglomération le périmètre d'un projet de solidarité. La lutte contre les exclusions, le programme des emplois jeunes et la politique du logement ont donné aux acteurs locaux des outils nouveaux et des moyens renforcés pour agir au plus près du terrain. Le Parlement discutera au printemps du projet de loi sur la solidarité et le renouvellement urbains, préparé par Jean-Claude GAYSSOT et Louis BESSON en liaison avec Claude BARTOLONE.

Cette politique s'appuie sur le développement des initiatives locales. Depuis près de deux ans, Claude BARTOLONE, le ministre chargé de la Ville, a agi bien sûr mais aussi a conduit un important travail de réflexion et de dialogue. Les rencontres nationales de Montpellier -sur la prévention et la sécurité-, de Tours -sur l'éducation dans la ville- et de Nantes -sur l'économie et l'emploi dans les quartiers- ont permis de confronter une grande diversité d'expériences et d'identifier les solutions les plus prometteuses.

Avec le Comité interministériel des villes que j'ai présidé le 14 décembre 1999 et qui a pris d'importantes décisions, cette politique est entrée dans une nouvelle phase. Le Gouvernement consacrera des moyens sans précédent aux territoires prioritaires pour offrir à leurs habitants la solidarité qu'ils sont en droit d'attendre de la Nation. L'effort public global atteindra 35 milliards de francs en 2000 contre 21 milliards en 1997. Les nouveaux contrats de ville seront dotés de 18 milliards de francs contre 10 milliards pour la génération précédente. Pour la première fois, le Gouvernement a décidé de rendre éligibles à l'objectif 2 des fonds structurels européens certains quartiers de la région Île-de-France, dont la boucle Nord de Gennevilliers. Les crédits européens viendront appuyer ici votre action et notre politique nationale de cohésion sociale et de développement économique.

Ces moyens serviront trois priorités : engager le renouvellement urbain ; revitaliser l'économie, l'emploi et le lien social ; approfondir le pacte républicain sur tout le territoire.

Gennevilliers et Villeneuve-la-Garenne sont prêtes à participer au renouvellement urbain. Votre Grand Projet de Ville a été retenu le 14 décembre dernier. Il s'inscrit dans le cadre plus large du contrat de ville que vous venez de nous présenter. Au-delà des cinq communes directement concernées -Asnières-sur-Seine, Clichy, Colombes, Gennevilliers, Villeneuve-la-Garenne-, le Conseil général des Hauts-de-Seine et le Conseil régional d'Ile-de-France, dans le cadre du contrat de plan Etat-Région, apporteront une contribution essentielle au vaste programme qui s'engage. La participation de ces différents acteurs est indispensable, car à Gennevilliers comme ailleurs, notre but n'est pas seulement de rétablir la continuité des quartiers, mais aussi de désenclaver les territoires prioritaires, de les réintégrer pleinement à leur environnement local et régional, de les réinsérer dans la dynamique du développement de tout le pays. C'est pourquoi le prolongement de la ligne 13 du métro et l'arrivée du tramway à Asnières et Gennevilliers sont, pour l'Etat comme pour le président du Conseil régional, des priorités dans le cadre de la préparation des prochains contrats de plan. De même, je peux vous confirmer que l'Etat a donné son accord à la création d'un IUT à Gennevilliers, rattaché à l'université de Nanterre. Avec le concours décisif du Conseil général, cette structure, orientée tout particulièrement vers l'emploi et l'économie, attendue depuis longtemps je le sais, pourra ainsi contribuer au développement de la Boucle des Hauts-de-Seine.

D'importants moyens seront consacrés à notre deuxième priorité : l'activité, l'emploi et l'insertion. Outre les mesures de soutien aux activités économiques annoncées en décembre dernier, les nouveaux dispositifs d'insertion permettront de prolonger et d'amplifier vos initiatives. L'expérience des " femmes-relais " sera élargie à un programme d'"adultes-relais" qui auront pour mission de créer de nouvelles médiations dans les quartiers. Sur trois ans, 10.000 postes sont prévus. Le Gouvernement veut aussi soutenir l'insertion par l'activité économique, qu'illustre avec succès la régie de quartier du Luth. Elle répond à un besoin essentiel : créer des entreprises dont la vocation est de mettre au travail et de qualifier des personnes que la plupart des employeurs écartent parce qu'ils ne les croient pas assez compétentes. Ainsi remis en selle, ayant retrouvé confiance en eux-mêmes, ces salariés trouvent ensuite souvent un emploi dans une entreprise " classique ". Ils apportent ainsi la preuve que personne n'est " inemployable ", pour peu que nous sachions inventer les moyens adaptés aux besoins de chacun. Le Gouvernement a pris depuis deux ans des mesures fortes en ce sens, pour clarifier les règles, mieux articuler les recrutements avec l'ANPE, simplifier et accélérer les versements des aides de l'Etat et augmenter leurs montants. L'objectif est de doubler en trois ans la capacité d'accueil des entreprises d'insertion.

Troisième priorité, nous voulons approfondir le pacte républicain sur tout le territoire. Les services publics sont des acteurs majeurs de la solidarité. Ils l'ont encore spectaculairement démontré à l'occasion des tempêtes récentes. Leur qualité, leur présence dans les quartiers difficiles seront renforcées dans le cadre d'un plan national. Nous voulons mieux valoriser l'action des agents publics dans la politique de la ville. Ils bénéficieront de formations nouvelles, d'aides exceptionnelles au logement ainsi que de mesures de promotion et de rémunération spécifiques. C'est, notamment, une des priorités du ministre de l'Education nationale, Claude ALLEGRE et de la ministre déléguée, Ségolène ROYAL. Dès cette année, ils engageront une politique volontariste au bénéfice des personnels travaillant dans les quartiers concernés par la politique de la ville. En outre, les actions engagées au titre de la politique de sécurité, les renforcements d'effectifs de policiers, de gendarmes et de la présence humaine dans les transports, ainsi que le développement de la police de proximité et des " maisons de justice ", participeront aussi de cette présence plus forte des services publics.

Dans le même temps, nous voulons favoriser l'égal accès à la fonction publique des habitants qui vivent dans ces quartiers. Outre les nouvelles bourses au mérite du ministère de l'Education nationale qui seront mises en place dès la rentrée 2000, une préparation rémunérée aux concours de la fonction publique sera accessible, chaque année, à 5.000 demandeurs d'emplois.

L'approfondissement du pacte républicain sera bien sûr un thème des Assises de la citoyenneté que nous allons organiser le 18 mars prochain. De ces rencontres se dégageront de nouvelles dispositions pour lutter contre les discriminations et encourager la participation de tous, notamment des plus jeunes, à la vie de la démocratie.

Mesdames et Messieurs,

Le Gouvernement est déterminé à vous accompagner et à vous soutenir dans l'action que vous avez tous ensemble engagée. Il fournit un effort sans précédent. Je sais que tous les partenaires concernés le soutiendront, au premier rang desquels les collectivités locales. Mais c'est de l'adhésion des habitants de vos quartiers que dépend aussi le succès de cette entreprise. Elus et associations, fonctionnaires, médiateurs des quartiers, " adultes-relais " : chacun d'entre vous a vocation à prendre sa part à cet effort. Pour renouer le lien social. Pour refonder une société du travail. Pour redonner leurs sens aux mots de solidarité, d'intégration et de citoyenneté qui sont au coeur même du pacte républicain dans notre pays.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 18 janvier 2000)

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