Déclaration de M. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, sur les réformes de l'éducation nationale, notamment la modernisation de l'université, le développement de nouvelles technologies pour améliorer l'enseignement, la déconcentration de l'Education nationale, la citoyenneté, l'ouverture vers le monde des arts et du sport ainsi que le développement de la culture scientifique, Paris le 13 janvier 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, sur les réformes de l'éducation nationale, notamment la modernisation de l'université, le développement de nouvelles technologies pour améliorer l'enseignement, la déconcentration de l'Education nationale, la citoyenneté, l'ouverture vers le monde des arts et du sport ainsi que le développement de la culture scientifique, Paris le 13 janvier 2000.

Personnalité, fonction : ALLEGRE Claude.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie

Circonstances : Voeux à la presse le 13 janvier 2000

ti : Je vous retrouve, pour la troisième fois, en ce début d'année, au cours de cette sympathique occasion de rencontre et d'échanges que constitue le rite des voeux. Pour la première fois, nous sommes de plain-pied dans l'an 2000 et dans le XXIème siècle. Nous y sommes entrés de manière terrible avec cette tempête et ces inondations de fin de siècle. Devant l'adversité, l'école avec ses partenaires et ses personnels, a fait face. Quelques établissements seulement ne sont pas rentrés. Pensons à cette tragédie et remercions tous ceux dont le dévouement a permis d'éviter le pire. Il faudra en tirer les conséquences. Il faudra revoir les normes de sécurité, en particulier pour les adapter aux nouvelles conditions climatiques. Il faudra mettre en place des réseaux d'alerte. Tout cela en liaison avec l'Equipement et l'Intérieur. Nous le faisons.

Moi qui ai si souvent parlé de ce 3ème millénaire au futur, je vais devoir prendre, désormais, l'habitude du présent.

En un siècle, l'école a incroyablement changé, vous le savez. Pourtant, des évolutions plus fortes l'attendent encore et il faut les accompagner, mieux, les anticiper et les organiser. Nous n'avons pas vraiment le choix : ou l'école, l'université, la recherche sont au coeur des changements qui s'amorcent ou elles ne font que les constater et courent, alors, le risque de rester aux marges du progrès, de se disloquer, de s'émietter, de se privatiser, ce que je refuse car, pour moi, l'Ecole est le coeur de la Cité, ou d'imiter un savoir et une éducation inventée ailleurs ce que je refuse aussi car je crois en l'Europe, en la France, en nos valeurs. La Cité sera demain plus qu'hier dominée par le Savoir, c'est clair. Le pari sur l'intelligence ? Je dis chiche (d'autant que c'est un slogan que j'avais moi-même lancé dans d'autres lieux). Relevons le ensemble !

Pour réussir à être le moteur de la modernité, il faut s'appuyer sur de nouvelles dynamiques. Pour l'école, la massification et la démocratisation ont été les moteurs des 20 dernières années. Les évolutions démographiques ont fermé ce cycle de croissance. En matière de recherche, la poursuite du mythique 2,3 % du PNB a servi de programme à la politique de recherche de notre pays pendant de nombreuses années. Les performances actuelles de notre outil de recherche montrent que s'il s'agissait-là d'une condition nécessaire, elle était loin d'être suffisante. Quelle politique de recherche et d'éducation faut-il mener pour nous placer au premier rang dans la société du savoir ?

La stratégie est simple, après avoir répondu aux défis quantitatifs nous devons répondre aux défis qualitatifs. L'excellence doit être recherchée partout et pour tous. La France doit être présente au grand rendez-vous du siècle. Or l'excellence n'est possible que si elle s'accompagne de la diversité. A partir de là, la politique que nous menons est fondée sur la modernité et l'ouverture d'une part, sur la justice et la solidarité de l'autre.

Comment ne pas faire de la modernité la priorité première d'un ministère qui est celui de la création et de la diffusion du savoir à un moment où les
nouvelles technologies révolutionnent la manière d'enseigner ou de chercher et où les nouveaux savoirs nous obligent à une remise en cause des disciplines, de leurs priorités, de leurs contenus d'enseignement ? Comment ne pas chercher à ouvrir notre système éducatif, notre recherche, notre université sur la cité, sur l'entreprise, sur l'Europe, sur le monde lorsqu'on constate ce besoin d'éducation et de savoir qu'attestent le succès surprenant de ce premier salon de l'éducation, ou la multiplication des revues scientifiques ?

Mais dans le même temps faudrait-il pour autant abandonner les objectifs de justice et de solidarité qui sont les fondements des services publics républicains ? Non. Plus que jamais ce monde qui évolue souvent d'une manière chaotique ou turbulente a besoin des repères républicains et donc des services publics.

C'est sur ces principes que nous avons engagé avec Ségolène Royal des réformes profondes dans le système éducatif comme dans celui de la recherche.

Réforme de l'école avec les aides éducateurs et les rythmes, réforme du collège ou des ZEP menée par Ségolène Royal, réforme du lycée avec des nouveaux programmes qui incluent l'éducation civique, l'éducation artistique et la rénovation de l'enseignement scientifique, mise en place de l'enseignement professionnel intégré conçu en partenariat étroit avec l'entreprise. A tous les niveaux mise en place de l'aide à l'élève, d'un enseignement de plus en plus personnalisé. Les plans d'urgence Seine-Saint-Denis ou TOM-DOM pour corriger les inégalités territoriales. Le programme Nouvelles Chances pour que l'Ecole soit vraiment son propre recours. La mise en place des nouvelles technologies à tous les niveaux. La déconcentration du mouvement (qu'on disait impossible). Dans le supérieur l'harmonisation européenne 3-5-8 et le rapprochement grandes écoles-universités, la création de l'agence Edufrance et l'ouverture vers le monde. Le plan social étudiant et la mise en place de la citoyenneté lycéenne, la loi sur l'innovation votée à l'unanimité au sénat, le concours de création d'entreprises innovantes, la politique pour les jeunes chercheurs, les réseaux d'innovation technologique la nouvelle priorité donnée à la génomique à l'informatique et à la technologie médicale, l'arrêt des vols habilités et la naissance d'une politique spatiale utile (tournée vers la terre) et ambitieuse (retour d'échantillons de Mars) ; Sans compter la remise en ordre des dépenses de recherche ou l'introduction d'une rigueur inconnue dans la gestion des ressources humaines de l'Education nationale ; sans oublier U3M et les accords Etats-Régions qui permettront de donner un nouveau souffle à l'aménagement du territoire universitaire. Voilà le chemin parcouru depuis deux ans.

Alors, constatant un certain apaisement médiatique on s'interroge, ce calme signifie-t-il l'arrêt des réformes, la panne d'idées ou de projets ?

Cette interrogation est naturelle dans un pays, et dans un secteur où, en raison de l'histoire récente, on a pris l'habitude de mesurer l'intensité des réformes à l'intensité des tensions sociales.

Sur le chemin des réformes il y a toujours des points de blocage. Les dépasser entraîne souvent des tensions voire des contestations. Mais l'ambiance d'un moment doit-elle rester la même tout au long du processus ? Le choix est-il entre l'inaction et la confrontation ? Je ne le crois pas, car au fur et à mesure qu'une politique se développe les situations évoluent, la nature des réformes se précise aussi. L'attitude des partenaires se modifie. Hier l'urgence c'était la réforme du lycée ou la déconcentration, aujourd'hui c'est la restructuration autour des universités ou l'impulsion donnée à la politique en faveur des jeunes. Bref à chaque phase correspond un sujet, un rythme et un style.

Ce qui est clair c'est qu'il n'y a pas, il n'y aura pas de pause dans le train des réformes. Vous avez vu passer les premiers wagons il y en aura d'autres.

Un Ministre se juge d'abord à son bilan et non sur ses postures ou sur son agilité à manier une langue de bois que je croyais honnie que je découvre recherchée ou tout le moins encouragée !

Les problèmes sont trop sérieux, trop urgents pour que je m'attarde plus avant sur l'analyse au fil des jours.

Les réformes continuent disais-je.

Réformer tel que je le conçois ce n'est pas seulement faire voter des lois ou promulguer des arrêtés ou des décrets, c'est traduire dans la vie de tous les jours, dans le concret de chacun, les nouvelles orientations.

Cela demande du temps, surtout dans un ministère comme le nôtre, de la patience, de la constance. Je n'ignore rien de tout cela.

Je n'ignore pas non plus que l'application d'un texte, d'une idée, se heurte parfois à la réalité et qu'il faut en tenir compte, changer, ajuster, modifier parfois. Non seulement nous y sommes intellectuellement prêts mais nous le faisons déjà jour après jour.

En outre, la conception et la réalisation de réformes, si elles sont profondes, ne peuvent résulter que d'un travail collectif. Je peux dire que l'Education nationale est mobilisée toute entière sur la mise en place des réformes. Cabinet du ministre, administration centrale, recteurs, inspecteurs, chefs d'établissements, ils contribuent tous à la concrétisation de ces immenses chantiers que nous avons ouverts et qui demanderont du temps, je le sais. Mais auprès de Lionel Jospin j'ai vu germer université 2000, la création des IUFM, des IUP, ou de l'IUF. Je les ai vu ensuite devenir des réalités concrètes. Je mesure donc le travail qui dans chaque cas reste à accomplir mais je sais aussi qu'avec de la persévérance, il est possible de traduire les idées dans le réel. Et c'est très excitant je l'avoue.

Le programme 2000 est donc tout tracé. D'abord conforter les réformes entreprises, corriger ici ou là leur mise en place, revenir si nécessaire sur tel ou tel aspect s'il apparaît comme insatisfaisant. Voilà déjà un programme important.

Ensuite ouvrir des chantiers nouveaux, complémentaires qui prolongent l'effort entrepris ou le confortent.


I. Modernisation

1. L'université d'abord.
Dans cette société nouvelle des savoirs, moteur de l'essor économique mais aussi de la diversité culturelle, le rôle central va être occupé par l'université. Parce qu'elle est le carrefour entre création de savoir, innovation technologique d'un côté, diffusion du travail, formation des jeunes et des moins jeunes de l'autre.

Les universités et leur environnement de recherche mais aussi d'incubateur et de création d'entreprises innovantes sont les noeuds de cette nouvelle société.
U3M est un élément essentiel de l'organisation et de la structuration du territoire national.

Autour du Plan U3M il nous faudra faire émerger :
l Les pôles européens dont notre pays a besoin avec pour chacun un Centre National de recherche technologique et des structures propices au développement de l'innovation.

l Des réseaux de recherche associant grands et petits laboratoires séparés par la géographie mais rapprochés par des thèmes de recherche communs.

l Mettre en place un plan d'équipements mi-lourds pour les laboratoires notamment universitaires.


Le 3-5-8 et l'harmonisation européenne permettent de fixer une trame moderne exportable pour les cursus universitaires et des grandes écoles.
Nous allons maintenant réexaminer les contenus et la meilleure manière de les enseigner pour trois disciplines ou les choses ont beaucoup changé. Le Droit, la Médecine, les Sciences. Les commissions de réflexion seront présidées respectivement par les professeurs Antoine Lyon-Caen, Alain Carpentier, Robert Corriu.
Par ailleurs, une réflexion sera menée sur les cursus IUP et leurs évolutions.

C'est l'université qui doit devenir le coeur du dispositif. C'est là que doit s'organiser la recherche, la création d'entreprises, c'est là que doit se développer la formation des enseignants, la formation et l'éducation tout au long de la vie. C'est là encore où la technologie et les nouvelles technologies doivent acquérir droit de cité et diffuser dans la société. C'est là que la nécessaire internationalisation doit se développer.

L'université a su répondre au formidable défi de la quantité, elle doit désormais répondre à celui de la qualité.


2. Faire émerger de nouvelles pédagogies intégrant pleinement le progrès technologique mais s'appuyant aussi sur les forces de notre enseignement traditionnel.

l Renater le réseau d'autoroutes de l'information sera encore étendu et renforcé vers des lignes à grande vitesse à 2 gigabits/secondes ; l'Education nationale possèdera un des réseaux les plus rapides du monde.

l Une banque de données à destination exclusive des enseignants à laquelle tous les universitaires et les chercheurs vont contribuer, leur permettant de préparer leurs cours en particulier dans les classes où les programmes sont nouveaux sera mise en place dès février 2 000.

l Des rencontres académiques, nationales et européennes (cette dernière à Montpellier) autour des nouvelles technologies éducatives seront organisées.

l Les stages de formation continue pour les enseignants vont se multiplier dans les IUFM et les universités.


Mais un secteur particulier va faire l'objet d'une attention spéciale: le Télé-enseignement.


l Nous avons des moyens techniques multiples et variés (câbles, satellites).

l Nous avons des structures de qualité mais éparses (CNED, CNDP, CNAM, Ecoles-Universités). Nous allons les rassembler en un GIP et à partir de là développer un système de télé-enseignement modernisé dont les premières applications seront :

l La création d'une université senior

l L'organisation d'une formation continue d'abord pour les enseignants puis pour toutes les formations universitaires professionnelles

l Les classes relais pour les élèves à scolarisation difficile

Parallèlement, nous étudions comment faire fructifier cet outil de service public vers l'étranger. J'en parlerai le moment venu.


3. Faire confiance aux jeunes
Il ne faut pas avoir peur de dire que la modernité, c'est de faire confiance aux jeunes en leur confiant plus de responsabilités, partout, dans les laboratoires, dans l'université, dans les grandes écoles, dans l'encadrement intermédiaire, dans les corps de recherche. Savoir rajeunir, avoir le courage de parier sur des jeunes générations dont on bride à l'excès le besoin d'innovation et d'initiatives, c'est aussi cela moderniser. De nouvelles mesures seront prises pour consolider et amplifier ce qui a déjà été fait dans ce domaine, pour modifier les règlements qui gênent les promotions rapides. Nous continuerons nos efforts en faveur des thésards, des jeunes chercheurs, des créateurs d'entreprises. Je veux faire le pari de la jeunesse.

4 Modernité dans la gestion
Il n'y a pas de modernisation de l'Education nationale sans celle de la gestion. Et ici c'est simple, modernisation se conjugue avec déconcentration.

Nous ne pouvions continuer à gérer cette immense machine de l'Education nationale, avec 14 millions d'élèves et presqu'un million de personnels, depuis la rue de Grenelle. Il nous fallait construire un grand service public moderne, c'est-à-dire décentralisé et déconcentré. Lionel Jospin, ministre de l'Education nationale, avait commencé. Il fallait poursuivre l'effort. Et pour cela, il fallait s'attaquer au fameux tabou du système de gestion des mutations des enseignants du second degré.

Mais la déconcentration du mouvement n'est qu'une étape, un moyen. L'objectif est ailleurs : dans une dynamique de fond qui doit profondément changer l'organisation de toutes nos structures.

Je compte donc engager, cette année, une refonte de notre organisation administrative, avec la création progressive d'un nouvel échelon de proximité. Le but est d'offrir, à l'échelon pertinent c'est-à-dire proche du terrain, de nouveaux services à la fois aux enseignants aux personnels, aux parents, bref à tous les acteurs et partenaires du système éducatif. Les chefs d'établissement joueront individuellement et collectivement un rôle accru dans cette évolution. Ils seront mieux reconnus. Les parents d'élèves seront mieux associés et leurs désirs mieux prix en compte. Les enseignants seront moins isolés, mieux écoutés.

Ce chantier permettra la mise en place, à tous les niveaux, de véritables services de ressources humaines. Ils permettront la mise en place d'une communication digne de ce ministère. Il s'agira d'une communication qui ira du haut vers le bas mais aussi du bas vers le haut et horizontale. Nous pourrons enfin, à tous les niveaux, consulter les acteurs du changement, tenir compte de leurs expériences, les informer, correctement et clairement, sur les actions en préparation, en un mot, être plus efficaces simplement en étant plus humains.

Cet impératif de gestion vaut également pour l'université et pour la recherche où l'un de mes objectifs est d'aller vers une gestion moins " bureaucratique ", offrant à tous des perspectives de mobilité entre les établissements de recherche, entre recherche et université, entre recherche et entreprise. Où responsabilité s'allie avec autonomie, où innovation, initiative seront les maîtres mots, où talent voudra dire reconnaissance.


II. L'ouverture vient ensuite.

1. L'ouverture, c'est d'abord le lien vital avec l'entreprise car ce lien s'il est solide est l'un des éléments essentiels dans la lutte contre le chômage, priorité n°1 de la politique du gouvernement. Je veux intégrer dans une même logique plusieurs réformes : l'enseignement professionnel intégré, la loi sur l'innovation de juillet dernier, la licence professionnelle, le mastaire. Il faut approfondir ce partenariat nouveau et donner à tout cela une cohérence globale.

Nous organiserons pour l'Enseignement supérieur un colloque national pour mettre en cohérence toute nos formations supérieures professionnalisantes des IUT, BTS jusqu'aux IUP ou grandes écoles.

Ma perspective, c'est d'aller plus loin dans l'anticipation et la capacité de réponse aux besoins de l'économie, avec deux projets:

La création du Haut Comité Education/Economie/emploi et une grande semaine Ecole / université/entreprise où tous les acteurs de la formation et de l'éducation se retrouveront, chacun à sa place, chacun respectant (enfin !) l'autre, convaincu d'être complémentaires.

Approfondissement du partenariat à l'école, à l'université, dans la recherche aussi.

Si l'on parle aujourd'hui de croissance à la française, si les créations d'entreprises reprennent dans notre pays, si la confiance économique revient, c'est aussi grâce à la dynamique de l'innovation dont la loi, avec tout le dispositif politique qui l'entourait (les fonds de capital -risque, le concours de création d'entreprises innovantes, le développement des incubateurs et les réseaux de recherche et d'innovation technologique, les brevets) a été un élément décisif.

Un rapprochement fondamental est en train de s'opérer entre la recherche publique et l'entreprise. Il est générateur de croissance et de dynamisme économique.


2. Ouverture vers l'emploi, ouverture vers la Cité
L'ouverture sur la société ne peut se réduire au seul rapprochement avec l'entreprise. Il nous faut aussi répondre à d'autres demandes, d'une autre nature, également essentielles pour l'avenir de notre modèle de société. Elles étaient, à notre arrivée, des sortes d'incantations mécaniques, des v¿ux pieux, sans traductions concrètes. Je veux d'abord parler de la formation des citoyens. Au c¿ur de la réforme du lycée, il y a - enfin ! - l'arrivée de l'éducation civique au lycée, avec une épreuve obligatoire au baccalauréat. Cette nouvelle pierre redonne sa cohérence à l'édifice de l'éducation à la citoyenneté tout au long de la scolarité que nous avons reconstruit. Mais la citoyenneté c'est aussi une pratique, c'est pourquoi nous allons continuer à avancer sur la citoyenneté lycéenne et étudiante. En n'oubliant jamais que citoyenneté signifie droits mais aussi devoirs.

Il est difficile de parler d'ouverture de notre système sur la société sans évoquer la question de la violence. Ce sera une de mes priorités de cette année. J'annoncerai prochainement les grandes lignes d'une deuxième phase du plan de lutte que j'ai engagé en 1998.

3. Ouverture vers le monde des arts et du sport
Cette ouverture que nous avons commencé à réaliser à tous les niveaux pour faire pénétrer de plein pied ce monde de la culture et du sport à l'école, à l'université, dans le temps d'étude, mais aussi hors du temps d'étude va s'amplifier.

Concours d'ensembles instrumentaux, festival universitaire du théâtre d'un côté, assises nationales du sport à l'école et à l'université de l'autre. Voilà encore de nouvelles initiatives sur ce front.

4. Reste enfin une question capitale que je compte aborder cette année : celle de la place de la science dans le monde d'aujourd'hui (dans toutes ses dimensions : culturelle, morale, juridique et politique) et celle de la responsabilité scientifique. On le voit bien, de partout montent les questions sur la science et ses progrès, l'éthique devient une exigence de tous. Ethique vis-à-vis des profits technologiques, éthique vis-à-vis de l'environnement. Mener cette réflexion sera une de mes priorités dans les deux années qui viennent et elle se traduira dans les programmes d'enseignement, universitaires et même scolaires.

Les enjeux de la science sont aussi des enjeux citoyens. Nous avons le devoir de développer la culture scientifique du pays. J'aurai l'occasion de vous en reparler à la suite du rapport qui m'a été remis sur l'enseignement de la philosophie des sciences.


La décision publique, de plus en plus importante, est aussi de plus en plus complexe. Comment organiser une rencontre, démocratique, transparente et maîtrisée, entre l'expert scientifique, le citoyen et le décideur public ? Cette question, quand on songe aux risques alimentaires, aux OGM, aux choix industriels et économiques à venir, est cruciale.

Les universités, les organismes de recherche travaillent pour donner des réponses concrètes à ces questions dans la transparence et dans un contexte qui doit dépasser l'hexagone.

5. Ouverture sur le monde
L'ouverture la plus importante, la plus urgente aussi de notre service public du savoir c'est l'ouverture sur le monde, l'internationalisation. Je m'y emploie avec ardeur depuis que je suis arrivé parce que je crois que c'est fondamental ;

Nous allons amplifier cet effort tant du côté de l'enseignement que de la recherche. Cela va de l'augmentation du nombre d'assistants de langue, à l'installation de laboratoires mixtes dans les grands pays ou au développement de centre français sur les grands campus américains.

Edufrance est un outil important, il faut le conforter et lui donner les moyens de sa politique. Je veux notamment accentuer notre effort d'accueil des étudiants étrangers. Beaucoup a été fait (depuis la politique des visas jusqu'à l'ouverture de guichets spéciaux dans certaines universités). Beaucoup reste à faire.

La Présidence française de l'Europe nous permettra de développer, d'amplifier et de mettre en valeur notre action dans ce domaine.


III - J'en viens maintenant à la justice et à la solidarité :

Pour moi, un système éducatif est juste et solidaire ou il n'est pas. Car la justice et la solidarité sont des valeurs qui fondent celles de savoir, de compétences, de talent donc d'égalité des chances. Elles ne vivent que si elles sont partagées par tous et donc visibles pour tous : les élèves d'abord, puis les personnels.

1. La Justice et la solidarité pour les élèves et les étudiants d'abord.
Des mesures financières étaient attendues. Ce sont des mesures d'aide individuelle. Elles ont été prises vite. Je les rappelle pour mémoire, mais vous les connaissez : le plan social étudiant, l'allocation de rentrée scolaire, les fonds sociaux mis en place dans les établissements( collèges et lycées). Il faut conforter tout cela, et en particulier en direction des quartiers urbains en difficultés.

Mais ce que l'on attend de l'école, c'est d'abord et avant tout qu'elle aide à réussir.

Mais qui s'était préoccupé qu'à réussite égale (par exemple, une mention Très Bien au baccalauréat), un fils d'ouvriers avait 10 fois moins de chances d'accéder à certaines études, à certains métiers, à certaines responsabilités ? Il faut donner au mérite toute sa place dans la politique éducative parce que notre société, nos enseignants ont besoin de retrouver confiance dans leurs capacités. La reconnaissance du mérite, c'est le levier nécessaire pour entraîner tout le reste. Nous avons créé les bourses au mérite dans l'enseignement supérieur. Cette mesure permettra à bientôt 400 jeunes, brillants, d'aller vers des carrières qu'ils n'auraient pu envisager sans cela¿ Nous allons les étendre vers les quartiers difficiles.

La seconde priorité : aider tous les élèves à tirer parti au maximum de leurs talents :

Si je devais résumer en une formule la politique que nous menons, je dirais : l'égalité dans la diversité.

L'aide individualisée devient la règle à l'école, au collège et désormais au lycée général, technologique et professionnel, cette aide individualisée qui s'allie aux travaux personnels encadrés permettra à chacun d'épanouir ses talents. A l'université le travail en petit groupes, les travaux personnels doivent permettre de mieux apprécier les talents de chacun. Entre les deux, la réforme du baccalauréat est devenu un sujet d'actualité. Je souhaite un baccalauréat qui reconnaisse pleinement le travail accompli sur toute l'année, la continuité dans l'effort, mais je veux aussi garder le symbole du bac ! Trouvons dans l'intérêt de tous un juste équilibre.

Mais j'ai dit aussi que cette année serait celle des personnels de l'Education nationale.

Plusieurs grands chantiers sont ouverts dans le secteur scolaire.

Les conditions de travail des enseignants

Les chefs d'établissement

Les corps d'inspection

La réforme des IUFM

Tous ces chantiers sont en cours. J'ai décidé que leur déroulement pourrait être suivi par tous sur Internet puisque les responsables ministériels feront des comptes-rendus périodiques de leurs dossiers. Nous n'avons rien à craindre de la transparence.

Mais ces dossiers sont loin de clore la liste de ce qui se prépare : dans le domaine universitaire seront prises notamment des mesures améliorant les conditions de travail et de promotion des maîtres de conférence, facilitant la préparation du doctorat par les PRAG ou permettant le détachement et l'accueil des enseignants chercheurs dans les organismes de recherche.

Les conclusions de la table ronde sur les IATOS continueront a être mises en ¿uvre avec un effort particulier de revalorisation des plus bas salaires des ATOS et la transformation des CES et en CEC.

Enfin il y aura bien sûr un chapitre particulier sur l'avenir des aides éducateurs.

Pour clore ce chapitre des personnels je souhaite contribuer cette année à décloisonner l'éducation nationale, à rendre plus fluide les mouvements de personnels, à atténuer les barrières catégorielles et enfin à réconcilier enseignants et parents d'élèves car c'est dans cette synergie que nous bâtirons l'école de demain.

En conclusion, et comme vous venez de le voir, ce que j'ai tenté de vous faire percevoir, c'est un mouvement, une dynamique d'ensemble. C'est la cohérence globale de ce que nous entreprenons qui donne sa chair à la synthèse nouvelle que nous nous efforçons de frayer entre modernité et ouverture d'une part, justice et solidarité de l'autre.

Source http://www.education.gouv.fr, le17 janvier 2000

Rechercher