Déclaration de Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat au budget, sur la réforme de l'organisation du ministère de l'économie des finances et de l'industrie, Paris, le 12 janvier 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Florence Parly, secrétaire d'Etat au budget, sur la réforme de l'organisation du ministère de l'économie des finances et de l'industrie, Paris, le 12 janvier 2000.

Personnalité, fonction : PARLY Florence.

FRANCE. SE au budget

Circonstances : Déclaration devant les cadres supérieurs de la direction générale des impôts et de la direction générale de la comptabilité publique, à Paris, le 12 janvier 2000

ti : Mesdames, Messieurs,


Je suis très heureuse d'être parmi vous ce matin.

J'ai pris mes fonctions, vous le savez, il y a tout juste une semaine. J'ai rencontré hier vos collègues des douanes. La réunion d'aujourd'hui regroupe les cadres supérieurs de la direction générale des impôts et de celle de la comptabilité publique.

J'ai souhaité avoir, en moins de huit jours, un premier contact avec trois des quatre directions avec lesquelles je vais travailler plus directement au sein du ministère. Il restera certes la direction du budget ; mais c'est une direction que je pense connaître un peu, et que je n'oublierai pas pour autant.

J'ai tenu à ce que ce premier contact intervienne très vite après mon arrivée à Bercy. C'est pourquoi j'ai immédiatement accepté la proposition que Jean Bassères et Hervé Le Floc'h Louboutin m'ont faite de venir vous dire quelques mots.

Je ne suis pas seulement heureuse de vous voir les uns et les autres ce matin. Je le suis également de vous voir ensemble, les uns avec les autres. Je ne fais aucune différence selon l'appartenance à telle ou telle direction. Vous êtes, toutes et tous, des fonctionnaires du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, au service de l'État.

La Mission 2003 a effectué un travail remarquable - j'en profite pour en remercier à nouveau ses auteurs. Ce travail est tout entier orienté autour du " mieux travailler ensemble " et du décloisonnement entre les directions. Je trouve donc très symbolique que nous puissions nous voir ici tous ensemble. Je m'en félicite et j'en remercie les deux directeurs généraux.

Le hasard a fait que je suis arrivée à Bercy la veille de la remise par Paul Champsaur et Thierry Bert du rapport de la Mission 2003. J'ai donc bien conscience de m'adresser à vous dans un moment un peu particulier de l'histoire du ministère. Ce rapport vient d'être rendu public. Et vous attendez tous, j'imagine, de savoir quelles suites y seront données.

Cette maison qui est la votre, j'en suis issue. J'y ai passé l'essentiel de ma vie professionnelle. Même quand je l'ai quittée, pour quelques années, je continuais à travailler avec elle. Je sais sa valeur. Et je sais la valeur des hommes et des femmes qui la servent.

Ensuite, ce que je sais, c'est que l'on peut être technicienne et défendre des convictions.

Comme vous, je suis entrée au service de l'État avec l'idée que celui-ci avait un rôle particulier à jouer. Mais qu'il ne pourrait le faire que s'il était efficace et performant.

Comme vous, cadres supérieurs du ministère des finances, je suis convaincue que le service public dont notre pays a besoin est un service public moderne et ouvert.

J'appartiens à une génération qui entend bâtir pour le XXIe siècle une France prospère, dynamique, et solidaire.

Nous vivons, c'est une évidence de le rappeler, à l'ère de l'information et de la société de la connaissance. Nous entrons dans la nouvelle économie.

L'administration d'aujourd'hui doit vivre avec son temps. Les structures, les modes de fonctionnement, l'organisation du travail : tout cela change très vite. L'État ne peut évidemment rester à côté de ce mouvement, qui suscite une exigence croissante de transparence de la part de nos concitoyens. J'aimerais pouvoir dire, dans quelques années, que Bercy est bien devenue une " maison de verre ".

J'en profite pour dire un mot d'actualité. Il n'aura échappé à aucun d'entre vous que la Cour des comptes a publié cette semaine un rapport sur la gestion de la fonction publique de l'État. Et que Bercy y est, comme disent les journalistes, " épinglé ".

Je dois vous dire que Christian Sautter et moi sommes assez sereins face à ce débat. Le ministère des finances n'a pas attendu ce rapport pour engager une ¿uvre de clarification, de transparence et de régularisation qui est, je vous le dis sans détour, absolument nécessaire. Cette ¿uvre se fera, dans le respect des droits des cadres et des agents.

Notre volonté de moderniser notre gestion et de réformer ce ministère ne fait, je crois, de doutes pour personne. Nous demanderons donc à être jugés sur nos actes.

Je voudrais maintenant aborder la question de la réforme du ministère.

La gestion du budget et la réforme de l'État me paraissent être les deux faces d'une même médaille, la modernisation de la gestion publique. C'est, pour l'ensemble du secteur public, l'un des très grands enjeux de cette décennie qui débute.

Cette volonté de moderniser la gestion publique sera le fil conducteur de mon action comme secrétaire d'État au budget.

Toutes les administrations sont comptables de leur gestion devant les citoyens. Toutes les directions de ce ministère participent à ce mouvement. A cet égard, le réseau du Trésor public aura, en raison de son rôle de gestion de l'information financière et comptable, pour l'État autant que pour les collectivités locales, une place particulière.

Je l'ai dit la semaine dernière lors de la passation de pouvoir avec Christian Sautter. J'ai deux priorités : la réforme fiscale et la réforme du ministère. J'y passerai tout le temps qu'il faudra.

Cette réforme du ministère constitue un enjeu essentiel pour l'État et pour la nation. Vous me pardonnerez de citer un ancien directeur du budget. Jean Choussat écrivait il y a tout juste dix ans : " le ministère des finances, par sa position stratégique dans l'État et par la qualité de ses hommes, reste au centre du secteur public. Les choix qui seront les siens commanderont dans une large mesure l'efficacité de l'ensemble du dispositif. Notre administration assume des responsabilités qui dépassent largement ses frontières. Elle commande d'une certaine manière l'avenir de la plus grande entreprise du pays et détient par conséquent la clé de notre compétitivité ".

Mon ambition est de réussir à concilier les valeurs traditionnelles du service public - l'égalité, la solidarité, la recherche de la cohésion sociale - avec des valeurs nouvelles - l'efficacité économique, la transparence, la performance. Parce qu'on ne construit un projet qu'en s'appuyant sur les valeurs qui structurent un corps social.

Mais il faut aussi se garder du détournement de sens et de l'invocation des valeurs pour justifier l'immobilisme. Quand je lis ça ou là que cette réforme remettrait en cause l'égalité des citoyens devant l'impôt, il m'arrive de sursauter.

Car nous savons tous ici que c'est notre organisation même qui ne permet pas d'assurer de manière entièrement satisfaisante l'égalité devant l'impôt. Un contribuable de la région Centre a significativement plus de chances d'être contrôlé par nos services qu'un contribuable de la région parisienne.

Dans quel état d'esprit sommes-nous aujourd'hui, Christian Sautter et moi ?

Trois traits caractérisent cet état d'esprit.

D'abord la volonté de dialogue. Elle a marqué tout le processus d'élaboration du projet. Nous continuerons, avant comme après l'annonce des décisions à la fin du mois. Dialogue avec vous, dialogue avec les agents et dialogue avec les partenaires sociaux.

Ensuite l'ambition d'un progrès solidaire. Les agents doivent trouver leur place et leur intérêt dans cette réforme. Une réforme qui serait " gagnant-gagnant-gagnant " : pour les usagers, pour les agents, et pour l'État. Je sais qu'il existe aujourd'hui des interrogations, parfois des inquiétudes, plus ou moins fortes selon les directions. La qualité des agents, la compétence des cadres ne sont évidemment pas en cause. Il n'y aura dans cette réforme ni vainqueur ni vaincu. Le seul vainqueur sera le service public.

Enfin, une obligation collective de réussir, que nous nous sommes donnés à nous-mêmes, en mettant l'usager au c¿ur du processus de modernisation. Nous ne pouvons plus reculer : l'opinion publique sera notre juge de paix. Christian Sautter l'a dit aux directeurs du ministère il y a deux jours à l'occasion des v¿ux : cette réforme ira jusqu'à son terme. Nous allons prendre des engagements devant les Français et les Françaises. Et nous les tiendrons.

Quelques éléments de calendrier et de méthode.

Le rapport a été remis le 6 janvier. Vous avez été immédiatement destinataires de son résumé. Tous les agents l'ont également reçu à leur domicile. Notre volonté de transparence est totale.

Le rapport, son résumé et ses annexes sont librement disponibles sur Internet et sur Intranet. Près de six mille personnes ont téléchargé le rapport de la Mission 2003 et environ trois mille son résumé, depuis que ces documents ont été mis en ligne, jeudi dernier. C'est le signe, je crois, d'un réel intérêt, et pas seulement au sein du ministère.

Les consultations avec les représentants du personnel ont commencé. Lundi dernier, le directeur de cabinet de Christian Sautter et le mien ont reçu les 7 fédérations syndicales. Cette rencontre a été, d'après ce que l'on m'a dit, cordiale. Dès la fin de cette semaine, Christian Sautter et moi allons recevoir individuellement chacune des organisations syndicales.

Par ailleurs, le rapport a été très largement diffusé à l'extérieur : élus, usagers, représentants du monde économique et social. Nous en attendons des réactions.

Nous annoncerons nos décisions comme prévu avant la fin du mois de janvier. Nous vous réunirons à Bercy le 26 janvier ; le lendemain aura lieu un CTPM exceptionnel pour informer les représentants du personnel.

Ensuite, la mise en ¿uvre de la réforme commence. Il faudrait que nous perdions cette habitude très française qui consiste à considérer qu'une réforme est réussie dès qu'elle est annoncée. Les annonces de fin janvier ne seront pas la fin mais le début d'un long processus. Vous savez mieux que moi que toute réforme est un art d'exécution et que, en cette matière comme en d'autres, le diable est souvent dans les détails.

C'est pourquoi nous attacherons une importance particulière aux modalités de pilotage et de suivi de la réforme. Un principe simple nous animera : les orientations sont arrêtées au niveau central, la mise en ¿uvre est locale. La plus grande marge de man¿uvre possible sera laissée au terrain, au plus près des réalités locales et sociales.

Vous serez donc en première ligne. Je saisis cette occasion pour vous dire que Christian Sautter et moi attendons beaucoup de vous dans cette phase importante.

Car c'est bien sûr vous qui aurez à porter cette réforme. A la concevoir dans votre département ou votre région. A convaincre vos collaborateurs qu'il faut aller de l'avant.

Je n'ai sans doute pas grand chose à vous apprendre en matière de management. J'ai en tout cas une conviction. Les cadres supérieurs que vous êtes ont un rôle essentiel à jouer. Sans vous, cette réforme ne pourrait pas réussir. Je crois que les Français ne nous le pardonneraient pas.

C'est vous qui donnez du sens à l'action collective de ceux dont vous avez la responsabilité. C'est vous qui leur montrez le chemin à parcourir et qui dessinez leur avenir. C'est vous qui êtes, d'une certaine manière, les gardiens des valeurs auxquels nous croyons tous. Il vous faudra donc convaincre, convaincre, et encore convaincre.


(source http://www.finances.gouv.fr, le 14 janvier 2000)

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