Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et président de Force démocrate, dans "Le Point" du 28 janvier 2000, sur les raisons de son vote en faveur de la taxe Tobin au Parlement européen et sur l'avenir du mouvement social en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et président de Force démocrate, dans "Le Point" du 28 janvier 2000, sur les raisons de son vote en faveur de la taxe Tobin au Parlement européen et sur l'avenir du mouvement social en France.

Personnalité, fonction : BAYROU François, VIGOGNE Ludovic.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Force démocrate, président

ti : La semaine dernière, au Parlement européen, vous avez voté avec la gauche en faveur de la taxe Tobin. Pourquoi ?

Je défends cette idée depuis des années. Je ne vois pas pourquoi on accepte sans broncher que le travail soit matraqué fiscalement, alors que les marchés financiers seraient un sanctuaire, le seul lieu du monde interdit à l'impôt ! En France, entre les impôts directs et indirects, les charges sociales, certains de nos compatriotes doivent payer sur leur travail plus de 75% de ce qu'ils produisent. Et on considérerait comme un sacrilège d'envisager, seulement d'envisager, une taxe de 0,01% sur les mouvements de capitaux ! Pour ma part, en tout cas, je refuse de fermer cette porte. Les marchés financiers ne sont pas des sanctuaires. Or l'Europe, si elle en avait le courage, a parfaitement la capacité de faire entendre sa voix sur ce sujet.

Pourtant, on a vu Alain Krivine s'abstenir et Arlette Laguiller voter contre...

C'est la preuve que cette idée n'est pas si " gauchiste " que cela. Ce que veut l'extrême gauche, c'est détruire le marché. Moi, je souhaite le moraliser et l¿associer à la solidarité internationale. C'est cela, le retour du politique !

Lorsque vous étiez député à l'Assemblée nationale, vous n'étiez pourtant pas membre du comité Attac qui y a vu le jour ?

Je n'aime pas les comités et les lobbys. Et un président de parti a une obligation de réserve quand il exprime des positions personnelles. Mais Maurice Leroy (député UDF du Loir-et-Cher, seul député de l'opposition membre de ce comité, NDLR) y siégeait avec mon sentiment et avec accord. Les autres députés en étaient informés.

A droite, lors du vote de Strasbourg, ne vous êtes-vous pas senti un peu seul ?

C'est vrai qu'il n'y a eu au PPE (Parti Populaire Européen) que 4 voix sur 250 ! Mais être seul, c'est quelquefois le signe qu'on est avance.

Alors pourquoi vos collègues de droite ne vous ont-ils pas suivi ?

Trop souvent, à droite, on oublie l'idéal de générosité. Or cet oubli est mortel. Pour moi, le drame du tiers-monde, les exclusions radicales, la défense de l'environnement, cela n'appartient pas à la gauche, ou plutôt la gauche s'en est emparée parce que nous avons abandonné notre idéal et notre raison de vivre. Car notre vision du monde, c'est l'efficacité au service de la fraternité. La troisième voie de Blair, c'est notre patrimoine. Pour moi, je n'ai pas l'intention de l'oublier.

Comment juger le mouvement social actuellement en France ?

Il y a deux aspects. On commence à voir apparaître le mécontentement et les blocages sur les 35 heures, par exemple. Cela, c'est le revers de la médaille des décisions gouvernementales. On découvrira l'ampleur de ces problèmes avec le temps. Et puis, il y a la possible gestation d'un mouvement d'extrême gauche puissant en France. C'est la conséquence du double langage du PS sur le projet de gauche.

Pensez-vous que ce mouvement aura une suite politique ?

Je ne suis pas prophète, mais, pour moi, cela viendra un jour ou l'autre. Il me semble qu'un tel mouvement de contestation radicale peut dépasser un jour 10 ou 12%. Cela passera-t-il par un José Bové ou un autre ? On verra. Mais quelque chose peut naître de ce côté-là, et peut-être plus vite qu'on ne le pense.

Propos recueillis par Ludovic Vigogne

(Source http://www.udf.org, le 28 janvier 2000)

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