Déclaration de Mme Dominique Gillot, secrétaire d'Etat à la santé et à l'action sociale, sur les établissements de prise en charge de la santé mentale, notamment la psychiatrie infanto-juvénile, Bouffemont le 10 janvier 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Dominique Gillot, secrétaire d'Etat à la santé et à l'action sociale, sur les établissements de prise en charge de la santé mentale, notamment la psychiatrie infanto-juvénile, Bouffemont le 10 janvier 2000.

Personnalité, fonction : GILLOT Dominique.

FRANCE. SE à la santé et à l'action sociale

Circonstances : Pose de la première pierre de l'unité "Seipa" du centre médical et pédagogique Jacques Arnaud à Bouffemont

ti : Madame la Présidente,
Monsieur le Maire, Monsieur le directeur,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureuse, et à plusieurs titres, comme vous pouvez vous en douter d'être aujourd'hui parmi vous à l'occasion de la pose de cette première pierre.

Je ne ferai pas de long discours, mais je souhaite néanmoins profiter de cette circonstance pour vous dire à quel point j'attache de l' importance à la santé mentale et aux enjeux actuels auxquels elle se trouve confrontée.

Je sais bien que la structure dans laquelle nous nous trouvons, établissement renommé de la Fondation santé des étudiants de France, est très pluri-disciplinaire et comporte en particulier une unité appréciée de médecine physique et de réadaptation. C'est néanmoins avant tout la composante psychiatrique de votre établissement qui nous réunit aujourd'hui et c'est pourquoi il sera avant tout question de santé mentale dans mon propos.

La santé mentale constitue en effet un enjeu fort et en partie méconnu. Chaque année en France, plus d '1 million de personnes recourent aux soins des services de psychiatrie publique. 20 % des consultations en médecine générale sont parallèlement motivées par un problème de santé mentale et il en est de même pour 30 % des consultations d'urgence au sein des hôpitaux.

En psychiatrie infanto-juvénile, les enquêtes nous signalent que plus de 350 000 enfants et adolescents sont suivis par les secteurs de psychiatrie infanto-junvénile et dans l'immense majorité des cas, près de 98 %, avec une prise en charge exclusivement extra-hospitalière.

Nous savons aussi que de 1991 à 1995, le nombre total d'enfants suivis par les secteurs a progressé de plus de 30 % avec une progression de 32 % pour les jeunes suivis en ambulatoire, de 42 % pour les jeunes suivis à temps partiel et de 8 % pour les patients hospitalisés. Cette évolution est bien évidemment liée à la demande croissante de prise en charge mais aussi à l'augmentation des structures de soins à temps partiel au sein des secteurs et du travail en partenariat que celle-ci génère normalement. Je m'en félicite.

En effet dans notre pays depuis plus de 30 ans l'organisation de la prise en charge de la maladie mentale a toujours fait l'objet d'une politique nationale consensuelle autour d'une entité : le " secteur". Je voudrais rappeler à cette occasion que le secteur constitue la garantie qu'en tout point du territoire existera une possibilité d'aide pas trop lointaine, proche de l'existence ordinaire et l'assurance que cette prise en charge se fera avec toute la dimension communautaire, en lien avec les autres acteurs de l'environnement du malade : médecin généraliste, travailleurs sociaux, associations, structures de réadaptation. En revanche, le secteur ne saurait être considéré comme une aire géographique obligatoire, encore moins comme le recours unique en toute circonstance.

En psychiatrie, mais également pour d'autres disciplines du monde sanitaire et cela pourrait être un modèle, la dimension environnementale est fondamentale. Ce qui compte avant tout c'est la façon dont un service dans son ensemble conçoit son rapport à la communauté.

Il doit comme vous s'inscrire dans un travail communautaire qui facilite les soins et la prévention des troubles psychiques en modifiant ou en diminuant leur émergence ou en rendant possible une réadaptation en vue d'une insertion sociale de bonne qualité.

L'enquête nationale sur la population d'enfants et d'adolescents prise en charge en psychiatrie, a montré que 93% des enfants suivis en ambulatoire durant cette période étaient scolarisés dont 84 % en classe ordinaire.

Un partenariat important existe donc avec l'Education Nationale. Il peut sans doute encore être renforcé. De même au sein d'institutions comme la vôtre, des enseignants sont détachés, permettant de maintenir au maximum ce lien fédérateur fort entre tous les enfants et adolescents que constitue l'enseignement.

D'autres partenariats sont encore à développer avec les structures de la protection judiciaire de la jeunesse, de l'aide sociale à l'enfance, mais aussi en matière de formation et d'insertion professionnelle. Je sais sur ce dernier point que c'est votre cas, en liaison avec le CMPJA.

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Le suicide des jeunes est également l'une de mes préoccupations, vous le savez. Le suicide est la première cause de mortalité chez les jeunes adultes et la deuxième cause chez les adolescents. Chaque jour en France 33 personnes se donnent la mort dont 7 sont âgées de 16 à 34 ans. Il s'agit d'une préoccupation nationale qu'aucun acteur impliqué dans la santé mentale ne peut négliger.

Je sais que la structure que vous envisagez et dont nous posons la première pierre sera principalement orientée vers les adolescents de 14 à 20 ans. Je suis persuadée que vous aurez à c¿ur de prendre en compte cette préoccupation que nous partageons pour la prise en charge des adolescents en difficultés.

Le SROS de la psychiatrie en Ile-de-France a prévu la création de structures départementales d'accueil pour les adolescents dans le Val d'Oise, dont l'une est d'ores et déjà opérationnelle au centre hospitalier de Gonesse et dans laquelle je me suis d'ailleurs rendue il y a une dizaine de jours. Je ne doute pas que vous tisserez des liens forts au sein de ce réseau départemental, en aval de cet espace adolescent et des autres structures hospitalières.

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Je vous avais annoncé une intervention brève . Je ne voudrais cependant pas conclure sans vous assurer du soutien du secrétariat d'Etat à l'action engagée en Ile-de-France par l'Agence Régionale de l'hospitalisation en matière de psychiatrie. L'ARH d'Ile-de-France a fait de la psychiatrie l'une de ses priorités et a permis par une démarche volontariste de prendre en compte et de commencer à réduire les inégalités intra-régionales que l'on observe, avec une logique de rééquilibrage entre les départements qui ne sont pas tous au même niveau d'équipement.

Le Val d'Oise qui est sous-équipé, en 7ème position sur les 8 départements de la région, bénéficie de ce rééquilibrage avec un taux de progression de ses moyens en psychiatrie de 4,4 % sur les 2 dernières années alors que l'enveloppe hospitalière de la région n'a progressé que de 1,3 %.

La démarche que vous avez engagée, passant par la signature d'un contrat d'objectifs et de moyens avec l'ARH en 1998, est à cet égard la plus prometteuse, permettant une vision pluriannuelle des établissements à la fois pour ce qui concerne les offres de soins et pour ce qui concerne les moyens afférents aux différents projets soutenus. La cohérence avec les objectifs contenus dans le SROS vous permet de vous inscrire dans le réseau régional de structures et d'acteurs, qui dans chaque activité doit désormais fonder nos approches.

Je sais que les acteurs qui quotidiennement oeuvrent dans ce champ difficile de la psychiatrie ont parfois des attentes importantes et non satisfaites. Cette démarche de rééquilibrage est une démarche de fond, impliquant toutes les structures départementales et régionales dans la durée. En conséquence, si le cap est donné et les objectifs clairs, la mise en ¿uvre prend nécessairement parfois un peu de temps.

Mais je suis confiante dans l'action des professionnels du terrain, ils ont mon soutien, ils peuvent en être assurés.


(Source http://www.sante.gouv.fr, le 14 janvier 2000)


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