Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur les innovations scientifiques et techniques et leurs implications dans le domaine de la défense, Paris le 28 janvier 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur les innovations scientifiques et techniques et leurs implications dans le domaine de la défense, Paris le 28 janvier 2000.

Personnalité, fonction : RICHARD Alain.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Remise du prix "Sciences et Défense" par M. Alain Richard, ministre de la défense le 28 janvier 2000.

ti : Mesdames, Messieurs,

C'est un plaisir pour moi de vous accueillir ici ce soir. Cette cérémonie et le prix " Science et Défense " que je vais remettre aujourd'hui sont l'occasion chaque année de récompenser les contributions scientifiques les plus éminentes qui intéressent la Défense nationale. Je tiens en décernant ce prix à témoigner toute l'importance que j'attache à l'innovation scientifique et technique et à ses implications dans le secteur de la Défense.

La qualité et l'efficacité de notre système de Défense, à la recherche constante de progrès, dépendent, nous le savons depuis longtemps, de la capacité à innover, à intégrer dans nos équipements les progrès scientifiques et à combiner intelligemment les technologies.

Tous les acteurs de la Défense doivent donc être, et sont, particulièrement attentifs aux facteurs d'évolution dans les domaines scientifiques et techniques. Cette attention est une nécessité constante que la modernisation de notre outil, avec l'intégration de secteurs extérieurs au strict champ militaire, renforcent et rendent cruciale, en ce qui concerne, par exemple, les technologies de l'information et de la communication.

Dans ce cadre, je voudrais d'abord insister sur le motif de fond de l'implication de notre institution dans la recherche fondamentale, à savoir la nécessité pour la Défense d'identifier les ruptures technologiques qui se manifestent dans les différents champs scientifiques. Les identifier, puis les hiérarchiser et les évaluer, c'est pouvoir prendre en compte rapidement celles qui sont déterminantes pour garantir l'efficacité de nos systèmes de Défense, aux meilleurs coûts et dans un cadre de plus en plus international.

Or, la tâche d'identification est délicate car notre effort de soutien aux études amont et aval ne peut pas couvrir avec le même degré de précision tout le champ du possible. La tâche est délicate aussi car les ruptures technologiques et leur importance pour la Défense ne sont pas toujours instantanément visibles, notamment du point de vue des " découvreurs " civils. S'informer réciproquement est donc essentiel. C'est pourquoi nous recherchons, avec la DGA, et je tiens à remercier M. Leloup, l'interpénétration des deux champs de compétence, civil et militaire, d'implication réciproque des acteurs et de communication. C'est à cela que sert le prix " Science et Défense ", moyen d'entretenir le dialogue entre les scientifiques et la Défense.

Si l'on veut être innovant, on ne peut se contenter d'être seulement réceptif vis-à-vis des innovations technologiques : il faut les anticiper et les susciter. Pour être constamment à la pointe de l'innovation, notre système de Défense doit faire preuve de réactivité en intégrant rapidement les découvertes. Dans cet objectif, il ne faut pas être simplement observateur mais " moteur ". Le monde de la Défense doit encourager la recherche, provoquer des partenariats de recherche¿ Je pense que le prix " Science et Défense " y contribue par l'émulation suscitée entre les équipes de recherche.

Par ailleurs le renouvellement de la relation civils-militaires, au centre des réformes actuelles, est un impératif et la communauté scientifique y participe légitimement. Si le terme de dualité est un peu galvaudé, il convient pourtant pour évoquer la relation entre la recherche civile et la recherche militaire : car, si la Défense peut être motrice pour l'innovation dans certains secteurs, certains domaines civils, confrontés aux marchés, je pense notamment aux télécommunications, sont parfois plus innovants. Il faut reconnaître cette réalité : là où les secteurs civils sont les plus dynamiques, le secteur de la Défense doit savoir intégrer des compétences développées pour ces secteurs, sans refaire le travail.

Parce que je tiens à cet esprit d'échange dans le développement de la recherche, je suis heureux de récompenser aujourd'hui deux équipes qui ont prouvé leur excellence, chacune dans son domaine de compétence, et ont démontré une grande ténacité en poursuivant leur recherche pendant de nombreuses années afin d'aboutir au résultat. Leurs découvertes seront une contribution précieuse à l'innovation dans le monde de la Défense. Deux équipes lauréates sont récompensées pour l'année 1999.

La première équipe est composée de Messieurs Jacques VERRON, Pierre-Yves LE TRAON, Pierre DE MEY, Yves MENARD, Eric DOMBROWSKY et Michel LEFEBVRE. Ses contributions ont élaboré un système de prévision de l'évolution des courants marins à l'échelle de quelques semaines.

Votre équipe associe de manière complémentaire et cohérente :
des chercheurs de la modélisation de la circulation océanique ;
des acteurs du traitement des données des satellites d'observation de l'océan ;
des acteurs de la définition du satellite CNES-NASA " Topex-Poséidon ".
Cette diversité de compétences a, j'en suis convaincu, contribué au succès de votre recherche et aux progrès scientifiques. Vous avez en effet été parmi les premiers à développer une nouvelle aventure technologique, qui a révolutionné l'océanographie et qui consiste à explorer l'océan à partir de l'espace, dont tout le sens pour le secteur naval est connu.

Grâce à vous, le satellite " Topex-POSEIDON " est aujourd'hui en mesure de fournir, en Atlantique nord, les prévisions de courants marins en surface ou en profondeur. On en voit l'utilité civile par exemple dans la lutte contre la pollution maritime. Au plan militaire, ces données et d'autres paramètres permettent de connaître les endroits où la discrétion de nos sous-marins est la plus grande.

Votre recherche ne s'arrête pas aujourd'hui, puisque votre travail aura une suite avec l'extension des prévisions au monde entier et avec les développements de produits et de services spécifiques aux besoins de la Défense. Vos travaux méritent pleinement ce prix que je vous remets avec plaisir.

Le prix est aussi décerné à l'équipe constituée de Messieurs Emmanuel LEDINOT et Gérard BERRY pour leurs travaux en génie logiciel. La particularité de votre équipe est d'avoir mis sur pied une alliance enrichissante entre l'industrie et la recherche, qui vous a permis très tôt de vous consacrer à l'étude des automatismes temps-réel embarqués dans les avions de combat.

Je ne saurai m'étendre, comme le Pr Pellat sur toutes les caractéristiques techniques du langage " Estérel " que vous avez mis au point. Ce que je relève c'est la complémentarité et la ténacité dont vous avez fait preuve pendant dix années de recherche : elles vous ont permis, à partir du champ d'application que vous a fourni l'avionique militaire, de définir et de réaliser des outils utilisables dans l'ensemble des systèmes industriels.

Ainsi, la technologie " Estérel ", qui est d'ores et déjà utilisée pour l'introduction de nouvelles fonctions du Mirage 2000-9, est porteuse d'avenir. Elle le sera d'autant plus qu'elle a donné lieu à de nombreux travaux et publications. Elles auront, j'en suis certain, des répercussions dans d'autres recherches. Parce que cette découverte soutenue par les industries de Défense permettra de relever d'autres défis, en particulier civils, c'est avec une grande satisfaction que je vous remets ce prix.

En conclusion, je voudrais remercier tous les partenaires qui permettent ces travaux. Je souhaite que la concertation entre nous et cet esprit d'échange soient un soutien en faveur de l'innovation et de la légitimité de la présence de la Défense dans le monde de la science.


(Seul le texte prononcé fait foi)

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 10 février 2000)

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