Interview de M. Jean-Pierre Masseret, secrétaire d'Etat aux anciens combattants, à "Armées d'aujourd'hui" de décembre - janvier 2000, sur la réorganisation du secrétariat d'Etat aux anciens combattants et les missions de la nouvelle direction de la mémoire, du patrimoine et des archives. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Masseret, secrétaire d'Etat aux anciens combattants, à "Armées d'aujourd'hui" de décembre - janvier 2000, sur la réorganisation du secrétariat d'Etat aux anciens combattants et les missions de la nouvelle direction de la mémoire, du patrimoine et des archives.

Personnalité, fonction : MASSERET Jean-pierre.

FRANCE. SE aux anciens combattants

ti : Le département ministériel des Anciens Combattants a rejoint officiellement le ministère de la Défense. Un rapprochement lié à la diminution du nombre d'anciens combattants et à l'importance de leurs valeurs et de leur culture pour la défense. De cette synergie naît notamment la direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives,qui a pour mission la valorisation des lieux d'histoire, des monuments historiques et la transmission d'un message fort aux futurs citoyens.


Armées d'aujourd'hui : M. Le ministre, l'insertion du département ministériel des Anciens Combattants dans celui de la Défense est devenue effective. Pouvez-vous nous rappeler ce qui est à l'origine de ce processus?

M. Jean-Pierre Masseret : Le principe qui justife l'action du gouvernement est fondé sur celui de la défense et de la préservation des intérêts matériels et moraux du monde combattant. C'est en effet les immenses sacrifices du monde combattant pendant la Première Guerre mondiale qui sont à l'origine du droit à réparation. Ce droit exprime la volonté du peuple français de marquer sa solidarité à l'égard des victimes militaires et civiles de la guerre ainsi que de leurs familles.
Depuis lors, ce droit à réparation s'est appliqué à tous les combats auxquels a participé et participe la France. Fort heureusement depuis 1962, fin de la guerre d'Algérie, notre pays connaît une période de paix significative qui a des conséquences fortes sur le nombre des pensionnés. C'est ainsi qu'en 1966 le ministère des anciens combattants avait la charge de plus de 1 600 000 pensionnés; ils sont aujourd'hui 594 000. Ce constat entraîne naturellement une sérieuse baisse d'activité qui commandait une réorganisation de l'administration dans l'intérêt du monde combattant et dans celui des agents.

Quelle logique a présidé au rapprochement des deux administrations?

Il y a bien évidemment dans ce rapprochement une logique en termes de culture et de valeurs communes, comme il y en a une du point de vue administratif et de la mise en synergie des actions conduites par leurs différents services. Au-delà des missions dévolues à nos armées, cette insertion confirme en effet le rôle social de ce grand ensemble qu'est la Défense au c¿ur de la vie de la cité. Ce qui l'amène à poursuivre des actions au profit de la sécurité collective, de l'environnement, de l'emploi, du civisme, du devoir de mémoire. Autant d'actions qui sont au centre des préoccupations des Français. C'est dans cet état d'esprit que cette réforme qui garantit les intérêts matériels et moraux du monde combattant a été conduite.

A ce propos, de quelle façon les intérêts des Anciens Combattants sont-ils garantis dans le cadre de cette insertion, au-delà de la réforme proprement dite du secrétariat d'Etat?

La réforme du département ministériel et la poursuite de son adossement à celui de la Défense se sont réalisées d'abord à partir de la consultation du monde associatif des anciens combattants, dont il nous fallait recueillir les aspirations et préserver les intérêts légitimes. L'insertion de son administration se fonde sur un ensemble de garanties qui se traduit notamment par le maintien d'un interlocuteur de rang ministériel sur le plan politique, le maintien d'un budget autonome pour toute la partie des crédits budgétaires qui concerne le droit à Réparation ainsi qu'une direction d'administration centrale chargée des droits des anciens combattants. Cette dernière, qui est intégrée en l'état au SGA en tant que Direction des Pensions, des Statuts et de la Réinsertion sociale, assurera le pilotage de nos services décentralisés, les directions interdépartementales. Le rôle de l'ONAC (Office National des Anciens Combattants), est conforté dans sa vocation de service de proximité du monde combattant, et l'INI (Institution Nationale des Invalides), reste un établissement public sous tutelle du secrétaire d'Etat. Par contre, le fonctionnement du secrétariat d'Etat est intégré à la Défense, c'est-à-dire son administration centrale avec les moyens généraux, dont les crédits sont dorénavant inscrits sur le budget de la Défense. Enfin, et c'est ce qui constitue de façon exemplaire le type de synergie que nous avons recherché entre les services des deux ministères, une direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives est créée à partir de la fusion des services de la Délégation à la Mémoire et à l'Information Historique du secrétariat d'Etat et le service du patrimoine de la Défense.
C'est de cette façon que ces deux processus convergents, réforme et insertion, permettent à la fois de donner à l'Etat la capacité de poursuivre son action de réparation et de solidarité, à la mesure des souffrances endurées, tout en renforçant la capacité de l'Institution Défense, considérée dans son ensemble, à conduire une politique d'actions culturelles et développer ses actions pédagogiques dans le domaine de la politique de mémoire.

Cette mission de mémoire est l'une des attributions essentielles du secrétaire d'Etat à la Défense, chargé des Anciens Combattants. Quels objectifs lui conférez-vous, et de quelle façon la nouvelle Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives peut-elle la mettre en ¿uvre?

La mission de mémoire est issue du devoir de mémoire que nous avons à l'égard de celles et de ceux qui, par leur courage, leur engagement et leur héroïsme, ont su au cours de ce siècle dépasser leur destin individuel pour assumer le destin collectif de la France et préserver ainsi les valeurs républicaines que nous avons reçues en héritage. Ce devoir de mémoire, loin de procéder d'une nostalgie ou d'une vision passéiste de leur action dans le siècle qui s'achève, porte au contraire un véritable message de modernité pour le siècle qui débute. Ce devoir de mémoire est constitutif de la citoyenneté, qui elle-même repose sur un ensemble de valeurs qui permet à ses membres de dépasser les différences pour se rassembler sur l'essentiel. Le devoir de mémoire contribue aussi à la transmission de ces valeurs, et d'abord celles de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité, qui fonde le pacte républicain. C'est d'ailleurs le sens que nous avons donné au module "devoir de mémoire et citoyenneté " de la journée APD.
Ainsi, l'exercice du devoir de mémoire participe aujourd'hui au rapprochement qui est nécessaire entre la Nation et ceux qui ont en charge sa défense au moment où se professionnalisent nos armées. Il contribue à l'éclairage des relations qui doivent être développées et sans cesse renouvelées, entre la Nation, la société et les armées pour nourrir l'esprit de défense.
Concrètement, il confère à cette nouvelle direction le rôle de mener toutes les actions susceptibles de transmettre la connaissance de l'histoire des guerres et des conflits contemporains : elles doivent prendre la forme d'actions pédagogiques en direction des futurs citoyens, de mise en valeur des lieux de mémoire et des monuments historiques ainsi que l'organisation des cérémonies nationales. Par ailleurs, la direction coordonnera la politique des archives et des bibliothèques, essentielle à la recherche historique et scientifique. C'est cette recherche que l'on retrouve ensuite déclinée dans les programmes scolaires.

Cette direction aura aussi la charge de mettre en valeur un patrimoine important?

Le ministère de la Défense et le secrétariat d'Etat sont riches d'un patrimoine mobilier, immobilier, historiographique et muséographique qui, loin d'être figé en l'état, offre de nombreux supports aux actions culturelles qui seront menées par la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives. Le patrimoine immobilier des armées a contribué à façonner le paysage français. Il a été le support de la présence de la Défense au c¿ur de la société. Ce patrimoine, nous devons le mettre en valeur avec celui des lieux de mémoire et des monuments historiques, en soutenant une politique de tourisme de mémoire. Les musées de tradition constituent aussi une richesse qu'il convient d'ouvrir à la connaissance du public. Quant aux grands musées nationaux, comme le musée de l'Armée ou encore celui de la Marine, ils permettent de mettre en perspective l'histoire de l'institution et celle des femmes et des hommes qui ont contribué, tant civils que militaires, à donner un sens à l'esprit de défense. Le rôle que nous avons voulu donner à cette nouvelle direction relaye ainsi cet ensemble d'actions multiformes que mène au c¿ur de la vie publique et de la Nation le ministère de la Défense auquel le secrétariat d'Etat à la Défense contribue par sa spécificité et son identité.


(Source http://www.defense.gouv.fr, le 2 février 2000)

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