Lettre de M. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, aux proviseurs et professeurs de lycées professionnels, relative aux mesures à prendre pour appliquer les principes de la Charte de l'enseignement professionnel intégré, Paris le 28 janvier 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Lettre de M. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, aux proviseurs et professeurs de lycées professionnels, relative aux mesures à prendre pour appliquer les principes de la Charte de l'enseignement professionnel intégré, Paris le 28 janvier 2000.

Personnalité, fonction : ALLEGRE Claude.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie

ti : En juillet 1999, j'avais tenu à vous adresser personnellement la Charte de l'enseignement professionnel intégré qui rassemble les principes d'une rénovation progressive.
Je souhaite aujourd'hui vous informer des mesures qui seront prises pour appliquer ces principes, et notamment de celles qui concernent l'exercice de votre métier.

Aucune rénovation ne se fera sans vous et je sais que, grâce à vos compétences et votre investissement, l'enseignement professionnel a acquis ses lettres de noblesse. Il constitue désormais un élément essentiel de notre système de formation et d'éducation et nous devons poursuivre son évolution pour ce XXIe siècle sur la base des principes suivants :

- une forte identité du lycée professionnel, en partenariat avec les professions ;

- une articulation étroite entre la formation générale et la formation professionnelle ;

- une rénovation des diplômes, en particulier du BEP et du CAP ;

- une organisation de la formation permettant des parcours adaptés aux besoins des élèves ;

- des lycées qui forment une élite et qui permettent aussi l'accès de tous à la qualification.


Afin d'atteindre ces objectifs, des modifications importantes entreront en vigueur, à la rentrée 2000, dans les lycées professionnels. Elles seront mises en oeuvre sans modification des "programmes" ou des référentiels. Le volume de formation délivré aux élèves sur l'ensemble du cycle demeurera inchangé ainsi que l'équilibre actuel entre les différentes disciplines, notamment entre enseignement général et professionnel.


Une meilleure organisation de la formation tout au long de l'année scolaire

Grâce à une réduction du nombre de semaines consacrées aux examens, l'année scolaire "utile" pour la formation gagnera une ou deux semaines suivant la spécialité. De plus, le volume des périodes de formation en entreprise sera diminué en BEP car ce diplôme a désormais comme vocation prioritaire la poursuite d'études vers le baccalauréat professionnel. Ceci permettra d'alléger l'horaire hebdomadaire moyen de cours pour les élèves. Les nouveaux horaires des élèves seront définis annuellement : les équipes pédagogiques disposeront ainsi d'une véritable liberté d'organisation. Des exceptions, discutées avec les branches professionnelles, seront bien sûr prises en compte. Les textes introduisant ces aménagements seront soumis à l'avis du Conseil Supérieur de l'Éducation le 27 janvier 2000.

La formation préparant aux CAP fera l'objet d'une réflexion plus approfondie, concernant non seulement les horaires mais aussi les contenus. La rénovation complète des CAP interviendra à la rentrée 2001.


L'introduction d'un projet pluridisciplinaire à caractère professionnel

Toutes les formations comporteront désormais la réalisation d'un ou de plusieurs projets pluridisciplinaires à caractère professionnel. Ces projets permettront aux élèves d'organiser méthodiquement leur travail, de rechercher et d'exploiter de la documentation, de mettre en ¿uvre et en relation les connaissances et les aptitudes qui s'acquièrent dans les différentes disciplines. Le choix du projet, sa réalisation, son évaluation seront placés sous la responsabilité de l'équipe pédagogique, dans un cadre pluridisciplinaire associant systématiquement les professeurs des disciplines générales et ceux des disciplines professionnelles. Il est souhaitable d'impliquer autant que possible les tuteurs désignés par les entreprises. Un volume horaire important (entre 180 et 250 heures par cycle) sera consacré à la réalisation du projet, qui pourra se faire en groupes à effectifs réduits. Les deux tiers de cet horaire devront bénéficier à la totalité des élèves ; le tiers restant pourra être utilisé pour des travaux personnels des élèves ou pour une aide individualisée à ceux qui sont en difficulté.


Une continuité pédagogique entre les périodes de formation en entreprise et la formation délivrée au lycée

Toute la formation sera donnée au lycée et en entreprise en s'assurant que, quel qu'en soit le lieu, la démarche pédagogique est toujours présente dans une continuité à construire au cas par cas. Un véritable contrat de formation, dont la dimension pédagogique doit être affirmée, liera l'entreprise, l'établissement et l'élève. Le volume des périodes de formation en entreprise sera important pour la préparation au baccalauréat professionnel (de 16 à 18 semaines sur deux années). Il sera moindre en BEP (de 3 à 5 semaines). En ce qui concerne la préparation aux CAP, ce volume sera porté progressivement à 16 semaines après examen en commission professionnelle consultative.

Cette rénovation de la formation nécessite une évolution des obligations de service des professeurs de lycée professionnel. Un projet de décret statutaire sera donc soumis à l'instance de concertation compétente dès la fin du mois de janvier 2000. J'ai tenu à ce que vous puissiez prendre connaissance du contenu de ce texte au moment où s'engage la discussion.


Un même service hebdomadaire pour tous les PLP

La distinction entre enseignement "pratique" et enseignement "théorique" sur laquelle reposait l'inégalité du service hebdomadaire des PLP n'est plus pertinente aujourd'hui. D'une part, les techniques professionnelles et les contenus de formation ont évolué ; d'autre part, cette hiérarchie implicite entre pratique et théorie est contraire à la nature même de l'enseignement professionnel intégré. J'ai donc décidé de supprimer cette inégalité entre les professeurs qui enseignent en lycée professionnel. Les PLP dont le service hebdomadaire était jusqu'à présent de 23 heures verront leur service hebdomadaire réduit à 18 heures, et ceci dès la rentrée 2000. Afin de ne pas pénaliser la formation des élèves, je demande, à ceux d'entre vous qui sont concernés, d'accepter, jusqu'en 2002, jusqu'à trois heures supplémentaires, si nécessaire. En effet, la rapidité de mise en ¿uvre de cette mesure ne nous permet pas de rééquilibrer les recrutements.


Une amélioration des conditions de l'enseignement général

Cette distinction dépassée entre "théorie" et "pratique" avait donné lieu à une autre inégalité entre enseignement professionnel et enseignement général : celle du volume horaire en présence de groupes à effectifs réduits. Dans certaines spécialités, ce volume pouvait dépasser 85% de la totalité de l'horaire de la discipline concernée. Inversement, aucune possibilité n'était offerte, dans certains BEP, pour enseigner à des groupes réduits en français ou en langue vivante. Ces inégalités seront corrigées dans les nouveaux horaires des élèves. Il sera désormais possible, dans toutes les préparations aux BEP et au baccalauréat professionnel, d'enseigner une partie de l'horaire de langues vivantes à des groupes à effectifs réduits (dès lors que le nombre d'élèves de la classe dépasse 24). De même, ceci sera possible, en français, dans toutes les classes de seconde professionnelle et, en mathématiques, pendant les deux années de formation aux BEP des métiers de la comptabilité et de la vente.


La prise en compte du suivi des élèves pendant les périodes de formation en entreprise

Le suivi des élèves par leurs professeurs lors de leur période de formation en entreprise est essentiel pour la continuité pédagogique. Or, cette tâche importante des PLP n'avait jamais été prise en considération dans leur service. Le projet de décret comporte un article permettant d'intégrer ce travail dans le service des enseignants, sous la forme d'un forfait horaire par élève et par semaine équivalent à une heure de cours. Pour mieux faire comprendre ce mode de calcul, je prendrai deux exemples :

- un PLP de discipline professionnelle qui n'enseigne que dans une division peut voir partir la totalité de ses élèves en entreprise pendant trois semaines. Il aura accompli l'équivalent des 54 heures de cours (3X18h dues pendant ces trois semaines) s'il assure la préparation, le suivi et l'évaluation de la formation en entreprise de 18 élèves.

- un PLP de discipline générale enseigne 3 heures par semaine dans une division dont tous les élèves partent en entreprise pendant trois semaines. Pour accomplir l'équivalent des 9 heures (3X3h) de cours non dispensées par absence des élèves, il peut assurer la préparation, le suivi et l'évaluation de la formation en entreprise pour trois élèves ; il peut aussi assurer cette tâche pour deux élèves et prendre en charge pendant trois heures un petit groupe d'élèves en difficulté d'une autre division.


Une organisation du service des enseignants adaptée à la spécificité des activités des élèves en lycée professionnel

Les activités des élèves de lycée professionnel ne sont pas uniformes suivant les semaines. D'une part, certaines semaines sont consacrées aux périodes de formation en entreprise. D'autre part, la mise en ¿uvre du projet pluridisciplinaire ne peut pas s'inscrire dans un cadre hebdomadaire fixe. Il appartient à chaque équipe pédagogique de définir les modes d'organisation du temps les mieux adaptés à chaque projet. En raison de ces spécificités, il est apparu nécessaire d'introduire une modulation dans le service hebdomadaire des enseignants quand les élèves sont en entreprise ou lorsqu'ils participent au projet pluridisciplinaire. Pendant ces périodes, le projet de décret prévoit que le service des enseignants, tout en étant défini en moyenne à 18 heures par semaine, est susceptible de variations qui ne peuvent pas excéder trois heures en plus ou en moins. La totalité du service dû sera calculé sur l'ensemble des périodes concernées.

Prenons là aussi un exemple : pendant une période limitée dans l'année, cinq semaines par exemple, un professeur aura rempli son service s'il a assuré des activités équivalentes à 16h de cours la première semaine, 20h la deuxième, 18h la troisième, 15h la quatrième et 21h la cinquième.


Un effort de l'État en faveur de la formation en entreprise des personnels

Certains d'entre vous participent déjà à des formations en entreprise, sous forme de stages d'été par exemple. L'État mettra en place un mécanisme incitatif permettant aux PLP qui le souhaitent de bénéficier à intervalles réguliers d'un crédit formation pouvant aller jusqu'à plusieurs semaines et utilisables pour de telles formations.

Je souhaitais vous informer le plus rapidement et le plus précisément possible de l'ensemble de ces modifications importantes dont beaucoup concernent les conditions d'exercice de votre métier. J'ai demandé aux recteurs de prendre toutes les dispositions nécessaires afin de compléter votre information et de répondre à vos questions.

Par cette rénovation de la formation des élèves en lycée professionnel, nous engageons l'un des grands défis de cette nouvelle année 2000 : qualifier tous les jeunes et leur permettre de s'insérer dans la vie active et citoyenne. Je sais que je peux compter sur chacun de vous pour relever ce défi, et je vous en remercie.

(Source http://www.education.gouv.fr, le 31 janvier 2000

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