Article de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte Ouvrière dans "Lutte Ouvrière" le 31 décembre 1999, sur la responsanbilité de TotalFina et du système capitaliste dans le naufrage du pétrolier Erika et la marée noire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Article de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte Ouvrière dans "Lutte Ouvrière" le 31 décembre 1999, sur la responsanbilité de TotalFina et du système capitaliste dans le naufrage du pétrolier Erika et la marée noire.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte parole

ti : La tempête qui s'est abattue sur le nord de la France le 26 décembre était une catastrophe naturelle, dont personne n'était responsable. En revanche, la marée noire qui, depuis plusieurs jours, souille une bonne partie des côtes de l'Atlantique n'a rien de naturel et ses responsables sont nombreux et connus, même s'ils ne risquent aucune poursuite.

On a certes jeté en prison, pour quelques jours, le commandant de l'Erika, qui n'était dans cette affaire qu'un sous-fifre, et qui aurait pu couler avec son navire. Mais la justice n'inquiétera pas les armateurs de ce bâtiment, opportunément immatriculé à Malte, et qu'une mer un peu grosse a coupé en deux, libérant des milliers de tonnes de fuel lourd. Elle n'inquiétera pas non plus les experts de la société italienne qui l'avait déclaré en état de naviguer. Elle inquiétera encore moins les responsables de TotalFina, qui avaient affrété ce bateau, et qui seront même vraisemblablement largement indemnisés par leurs assurances pour la perte de leur cargaison, mieux en tout cas que les marins-pêcheurs où les petits ostréiculteurs qui risquent d'être ruinés par cette catastrophe.

TotalFina, c'est un trust pétrolier connu, gigantesque, né il y a quelques semaines d'une de ces OPA ou OPE qui, à grands coups de milliards, concentrent toujours plus de moyens entre les mains d'un petit nombre de gros capitalistes. Pour accroître leur fortune, ces gens-là font feu de tout bois. Ils ne se contentent pas des bénéfices déjà énormes que pourrait leur rapporter la vente des carburants. Plutôt que sur des bâtiments de taille plus modeste, ils font transporter le pétrole brut ou le fuel sur des pétroliers géants, parce que cela coûte moins cher même si, forcément, le naufrage éventuel de ces " super-tankers " cause des catastrophes écologiques. Ils choisissent des navires immatriculés sous des pavillons de complaisance, dont les équipages sont recrutés dans des pays où les salaires sont ridiculement bas, parce que cela coûte moins cher aussi.

Et si, de temps en temps, on entend bien quelques voix d'hommes politiques s'élever contre cette pratique des pavillons de complaisance, contre l'irresponsabilité dont font preuve les pétroliers, cela ne dépasse jamais le stade des paroles. Parce que nous vivons dans un système où les gouvernements, qu'ils soient de droite ou se disent de gauche, sont au service des puissances d'argent.

En septembre dernier, quand Michelin a annoncé la suppression de plusieurs milliers d'emplois, Jospin a en substance déclaré qu'il n'y pouvait rien, que le rôle du gouvernement n'était pas de gérer l'économie. Eh bien, l'écologiste Dominique Voynet vient de nous démontrer qu'en matière de défense de l'environnement, elle est tout autant dépourvue de pouvoir réel contre les pollueurs que Jospin contre les licencieurs, c'est-à-dire, dans les deux cas, contre des grands capitalistes. Parce que Voynet, comme Jospin, comme tous les ministres de leur gouvernement, ne veulent rien faire qui puisse apparaître comme une remise en cause de ce que ces gens-là appellent l'économie de marché, la " libre entreprise ", c'est-à-dire le système capitaliste.

Mais le propre de ce système, c'est justement de faire de la recherche du profit individuel, autrement dit de l'égoïsme le plus sordide, le seul moteur de l'économie. Qu'importe aux industriels et aux banquiers que le pays compte des millions de chômeurs, pourvu que la Bourse grimpe allégrement et que leur fortune croisse d'autant (de 50 % en 1999 !). Qu'importe aux pétroliers, ou aux autres industriels, que les pollutions de toute sorte rendent la planète invivable, si leurs comptes en banque s'arrondissent.

Il faudra bien un jour ôter au grand capital la possibilité de s'enrichir au détriment de toute la société, de fabriquer des chômeurs en même temps que ses bénéfices et de polluer les mers, les rivages et les eaux, en gagnant encore de l'argent pour les épurer.


(Source http://www.lutte-ouvriere.org, le 30 août 2005)

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