Déclaration de Mme Dominique Voynet, ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, sur l'importance d'une journée d'action européenne pour la lutte contre la pollution en ville, Bruxelles le 4 février 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Dominique Voynet, ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, sur l'importance d'une journée d'action européenne pour la lutte contre la pollution en ville, Bruxelles le 4 février 2000.

Personnalité, fonction : VOYNET Dominique.

FRANCE. Ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement

Circonstances : Lancement de la journée européenne "En ville sans ma voiture" à Bruxelles le 4 février 2000

ti : Madame la Commissaire,

Mesdames messieurs les ministres,

Mesdames messieurs les élus,

Mesdames messieurs,

Je suis très heureuse d'être avec vous, à Bruxelles, pour le lancement de la troisième édition de la journée "En ville, sans ma voiture !". Et je tiens à remercier Margot Wallström et les services de la Commission, à qui l'on doit cette dimension européenne.

Il est vrai que la voiture en ville pose question où que l'on soit en Europe. Et le succès de cette journée témoigne que beaucoup de citadins, qu'on croyait acquis au "tout automobile", sont capables de civisme et de convivialité ; qu'ils sont las de perdre leur temps, enfermés dans une voiture trop souvent immobilisée dans les embouteillages ; et qu'ils sont préoccupés par une situation sanitaire qui se dégrade sans cesse.

La première journée "En ville, sans ma voiture ?", le mardi 22 septembre 1998, fut un succès : 35 villes françaises, grandes et moyennes, réparties sur tout le territoire national, ont participé spontanément à cette initiative dont l'objectif est de poser la question de la mobilité en ville et de tester, le temps d'une journée, de nouveaux modes de transports.

Un résultat qui fut au delà de nos espérances : nous nous attendions à un succès en demi-teinte, voire à essuyer de nombreuses critiques de la part des citadins concernés. Or, ils furent 85 % à juger que c'était une idée pertinente. Nous ne nous étions donc pas trompés : la question de la mobilité en ville était bien au coeur des préoccupations de nos concitoyens.

La seconde édition, le mercredi 22 septembre 1999, a vu 156 villes françaises et italiennes s'associer à cette démarche avec un égal succès : 83 % des habitants des villes concernées et 78 % de l'ensemble de l'opinion publique l'ont approuvée. La couverture médiatique exceptionnelle de cet événement comme les nombreux débats suscités par cette journée ont confirmé, comme l'année précédente, que la question posée était essentielle.

Le bilan que nous en avons tiré, avec nos amis italiens, montre que, par delà les frontières et les spécificités culturelles des différentes nations, la question de la voiture en ville se pose en des termes analogues.

Mais si cette seconde édition fut un succès, les polémiques, dont la presse s'est fait l'écho ce jour-là, ont montré que poser la question n'était pas suffisant et qu'il fallait apporter des éléments de réponse.

C'est un point capital de cette opération sur lequel je voudrais insister. Nous avons la chance de bénéficier d'un fort consensus de l'opinion publique puisque 4 % seulement des personnes interrogées jugent qu'il s'agit là d'une opération gadget. Mais nous avons une obligation de résultats.

Il faut certes que cette journée accélère la prise de conscience des citadins sur les effets néfastes de la voiture en ville mais aussi, et surtout, qu'elle donne l'occasion d'expérimenter de nouveaux modes de déplacements.

La journée "En ville, sans ma voiture !" offre aux municipalités l'occasion de tester in situ de nouveaux modes de déplacements ou de livraison : rues piétonnes, pistes cyclables, plan de déplacements urbains, bus au gaz ou plate-forme intermodale de livraison, sont quelques unes des expériences que les élus peuvent tenter dans ce laboratoire grandeur nature.

Cette capacité d'expérimentation est d'autant plus importante que les effets directs d'une telle journée ne sont, eux, pas tous quantifiables.

Certes, des systèmes sophistiqués de comptage nous ont permis de mesurer ici et là des hausses exceptionnelles du nombre de cyclistes, de piétons, ou d'usagers des transports en commun mais lorsque l'on part de presque rien, que signifie de décupler le nombre des cyclistes, par exemple ?

De même, les mesures du niveau de la pollution de l'air se sont avérées moins pertinentes que celles concernant le bruit tant il est vrai qu'il faudrait plus d'une journée pour noter une amélioration substantielle de la qualité de l'air en ville alors que l'amélioration du confort auditif est immédiate et appréciée.

Il faudra que nous améliorions ces dispositifs de mesures et d'enquêtes notamment en élaborant des protocoles communs qui nous permettent des comparaisons entre les différents pays.

Mais l'essentiel n'est peut-être pas là. Au delà des mesures techniques, l'impact psychologique et culturel d'une telle journée est très important. La question de la mobilité en ville est d'abord un problème de société avant d'être une question technique.

Les chiffres sont là pour nous le rappeller : une fois sur deux les Européens prennent leur voiture pour faire moins de trois kilomètres, c'est à dire avec un moteur froid qui consomme et pollue beaucoup. C'est ce comportement qu'il nous faut modifier.

La troisième édition, le vendredi 22 septembre 2000, sera donc européenne. La concentration, le même jour, d'initiatives jusque là éparses en Europe, autour d'un cahier des charges commun, donnera à cette journée une portée décisive pour une plus grande sensibilisation des citadins et une implication accrue des élus et des responsables des transports en ville.

Je crois savoir que si certains se limiteront à la seule journée du vendredi, d'autres feront le pont avec le samedi, voire avec le dimanche. Après le mardi, puis le mercredi des années précédentes, nous aurons ainsi une expérience étalée sur presque tous les jours de la semaine à partir de laquelle nous devrons être en mesure avec les collectivités locales d'en tirer tous les enseignements nécessaires.

Je sais aussi que le choix du jour ne fait pas l'unanimité. Dès la première édition, la question a été posée en France de retenir le dimanche plutôt qu'un jour de semaine. Et je crois savoir que nos amis néerlandais défendent aujourd'hui cette position.

Pourtant, nous restons convaincus que la pertinence et l'efficacité de cette opération de sensibilisation exige qu'elle se déroule dans la ville de tous les jours et non dans une cité exceptionnellement déserte.

Le cahier des charges est essentiel. Pour que cette expérience soit conclusive, il faut encore que toutes les villes participantes choisissent les mêmes règles du jeu. C'est l'objet du cahier des charges qui stipule onze principes élémentaires pour l'organisation de cette journée. Il s'agit d'une base que les villes peuvent bien sûr rendre plus exigeante.

Certains de ces principes me semblent particulièrement importants :

- la nécessité de définir un périmètre réservé d'où non seulement la voiture mais aussi les deux-roues à moteur sont exclus et qui sera le lieu d'expérimentation de modes de transport alternatifs ; si c'est une condition sine qua non du cahier des charges, il faut bien se garder de faire dans l'excès inverse et d'inclure dans ce périmètre un ensemble trop vaste pour qu'il puisse faire l'objet de toutes les attentions nécessaires.

- des heures précises fixant la durée de l'opération qui, bien évidemment, ne doit pas prendre fin à la fermeture des bureaux ou des usines mais commencer avant le début du travail et aller au delà si l'on veut réellement tester une nouvelle organisation des tranports ;

- les limites fixées aux livraisons qui peuvent, dans la plupart des cas, être différées ; de façon plus générale, l'expérience montre que pour chaque dérogation accordée, il y a autant de mécontents ;

- ou encore la mise en service de transports alternatifs, pour celles et ceux qui auront renoncé à l'usage de la voiture ce jour-là, clairement identifiables et accessibles nottamment par la mise en oeuvre de parkings relais.

C'est au vu du respect de ces principes, qu'une candidature sera validée par les pouvoirs publics dans chaque Etat-membre. La démarche est exigeante mais elle est nécessaire si nous ne voulons pas que cette journée perde tout son sens et ne se transforme en simple kermesse.

La signature du cahier des charges entre l'Etat et le maire signifie qu'un contrat a été passé avec des engagements de part et d'autre. Un document non seulement officiel mais aussi public de telle façon que tous puissent se sentir concernés, ou pour le moins avertis.

La démarche doit être celle de la concertation. Cette journée particulière ne doit pas être une idée venue d'en haut, élaborée dans un huis-clos ministériel. S'il s'agit d'une initiative nationale, voire internationale, c'est d'abord l'engagement des élus et de leurs administrés, leur capacité à relever ce défi, l'originalité des mesures qu'ils mettront en oeuvre qui feront le succès ou l'échec de cette journée.

L'expérience française montre que les villes qui sont le plus mobilisées sont celles qui ont apporté le plus grand soin à la concertation. Là où d'autres villes essuyaient la grogne des certains commerçants inquiets d'une possible perte de chiffre d'affaires -rassurez-vous, il n'en a rien été -, celles-là ont su les convaincre en les associant, tout simplement, dès le premier jour à la préparation de l'opération.

Du reste, si l'on veut que la journée "En ville, sans ma voiture!" ne soit pas un coup d'épée dans l'eau, il est utile qu'un large débat soit nourri localement avant, pendant, et après l'opération, sur la question de la mobilité retrouvée.

La concertation ne doit pas être un vain mot. Ainsi, cette journée ne doit pas opposer partisans et détracteurs de la voiture. Et si cet événement accompagne la mutation culturelle de "l'homo automobilus", je voudrais rassurer les constructeurs. Il ne s'agit pas d'instruire le procès de la voiture ou de condamner, sans appel, le désir de mobilité de nos concitoyens.

Il s'agit bien de repenser les transports en ville dans le sens d'un meilleur partage de la voirie. C'est pourquoi, les grands constructeurs et les professionnels des transports ont accepté d'être nos partenaires en 1999. J'ose espérer qu'ils le seront encore cette année, en France comme partout en Europe.

Dernier conseil d'une "vétéran" de cette opération : avoir des messages sans ambiguïté vis-à-vis des élus comme du grand public. Ainsi, je ne crois pas, personnellement, qu'il soit sain de faire de la surenchère et qu'il soit souhaitable qu'une telle journée se multiplie au cours de l'année comme le voudraient pourtant, en France, 44% des personnes interrogées.

Un rendez-vous par an, le 22 septembre, pour mesurer ensemble le chemin accompli, me semble pertinent. Il revient aux élus locaux d'élargir cette expérience s'ils le jugent utile.

Car il ne faut pas se leurrer. Que représente en effet une, deux, trois même quatre journées de ce type sur une année pleine, et quelques hectares fermés à la circulation ramenés à la taille de nos grandes agglomérations ? C'est peu et ce serait vain si nous ne développions pas, simultanément, d'ambitieuses politiques publiques : programme européen auto-oil de réduction des émissions des véhicules ; nouveau plan de lutte contre l'effet de serre ; future écotaxe sur l'énergie ; ou, en France, plans de déplacements urbains.

La journée "En ville, sans ma voiture !" est un support pédagogique, un cadre expérimental. Elle ne fait pas office de politique des transports en ville. J'aimerais même croire qu'un jour viendra où cette journée particulière n'aura plus lieu d'être parce que nous aurons enclenché de manière irréversible cette révolution de la mobilité urbaine que j'appelle de mes voeux.

Conclusion.

Ce lancement européen marque une étape importante. Et je me réjouis de voir que vous êtes nombreux à avoir répondu à notre invitation. La partie n'est pas gagnée pour autant. Il nous faut maintenant convaincre les édiles locaux du bien fondé de cette initiative puisque, comme en France ou en Italie, la circulation urbaine relève partout en Europe des compétences des élus locaux.

Pour eux, comme pour chacun d'entre nous, la journée "En ville, sans ma voiture !" est une opportunité à saisir, un événement exceptionnel qui veut marquer, le temps d'une journée, que la reconquête lente de nos villes est possible et nécessaire.

Je ne doute pas que vous saurez les convaincre. Alors, rendez-vous le 22 septembre, pour redécouvrir nos villes à pied, à vélo, en roller ou en bus ! Le 22 septembre, l'Europe sera en mouvement.

Je vous remercie.

(Source http://www.environnement.gouv.fr, le 21 février 2000).

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