Conférence de presse de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur les relations franco- tunisiennes, le processus de Barcelone, le prochain voyage de M. Jospin en Tunisie, les relations entre les Etats Unis et le Maghreb, la préparation du sommet euro-africain, la place de la langue française en Tunisie, la question des visas accordés aux Tunisiens, le processus de paix au Moyen Orient et la question de l'embargo sur l'Irak et la Lybie, Tunis le 7 février 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur les relations franco- tunisiennes, le processus de Barcelone, le prochain voyage de M. Jospin en Tunisie, les relations entre les Etats Unis et le Maghreb, la préparation du sommet euro-africain, la place de la langue française en Tunisie, la question des visas accordés aux Tunisiens, le processus de paix au Moyen Orient et la question de l'embargo sur l'Irak et la Lybie, Tunis le 7 février 2000.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Voyage de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, en Tunisie le 7 février 2000

ti : Je suis venu en Tunisie à l'invitation des autorités tunisiennes pour faire le point, comme nous le faisons régulièrement, de tous les aspects des relations entre les deux pays, c'est-à-dire d'abord les relations politiques, les relations économiques et tous les aspects de la coopération bilatérale.

A cette occasion, j'ai pu aborder toutes les questions, notamment avec le chef de l'Etat qui m'a accueilli de façon tout à fait cordiale et qui a donné à cet entretien un climat de confiance. J'ai pu lui parler de façon très franche. Pour le reste, j'ai passé en revue non seulement tous les aspects de la coopération bilatérale mais, de façon méthodique, toutes les questions de type relations Union européenne/Tunisie, relations France/Tunisie dans le cadre du Forum méditerranéen, relations France/Tunisie dans le cadre du processus de Barcelone, conceptions française et tunisienne sur la situation au Maghreb, sur le processus de paix au Proche-Orient, sur l'Afrique.

Vous voyez que cela a donc été très large et le temps de cette visite a été, je crois, bien employé. Nous avons également parlé d'un certain nombre de questions qui doivent être traitées au sein du Conseil de sécurité puisque la Tunisie est membre non permanent pour deux ans. C'est très important, et c'est une des raisons d'ailleurs pour lesquelles j'ai choisi ce moment pour cette visite car vous connaissez l'importance des dossiers que traite le Conseil.

Je suis très heureux de la façon, je le répète, très cordiale et très amicale dont j'ai été reçu mais enfin ce n'est pas une surprise pour moi, compte tenu de ce que sont les relations franco-tunisiennes et je crois que tout cela aura été utile et constructif par rapport au développement ultérieur de nos relations.

Q - Monsieur le Ministre, il a été question de préparer une visite éventuelle de M. Jospin. Qu'est-ce qu'il en est exactement ?

R - Le Premier ministre français souhaite pouvoir venir en Tunisie d'ici à la fin de cette année mais le moment exact de la visite n'a pas pu encore être fixé.

Q - A propos du Processus de Barcelone, justement. Dans ce processus, il y a une dimension politique et une dimension économique. Nous avons l'impression que l'Union européenne est en train de favoriser le processus économique par rapport au processus politique. Ma question est la suivante : est-ce qu'on peut s'attendre à ce que la prochaine présidence française de l'Union européenne soit l'occasion de lancer un forum médiatique, c'est-à-dire un espace audiovisuel transnational euro-africain pour pouvoir débattre de la finalité et du politique, et de l'économique ?

R - La conception française du processus de Barcelone - vous savez que c'est une idée française à l'origine - c'est que cela doit embrasser tous les aspects de la coopération entre les pays de l'Union européenne et l'ensemble des pays de la rive sud de la Méditerranée. Mais pour progresser sur tous les plans, il faut à la fois que le contexte politique s'y prête.

Vous vous rappelez que Barcelone avait été lancé dans un contexte prometteur, notamment en ce qui concerne le Proche-Orient, et qu'ensuite cela avait buté sur le fait que tout était bloqué au Proche-Orient. Le contexte actuel est plus favorable, même si des difficultés demeurent. Donc, cela devrait nous permettre de progresser sur le plan politique et notamment sur cette idée de charte.

Sur le plan économique les problèmes étaient différents : il fallait mettre en place des mécanismes qui n'existaient pas avant, qu'il fallait mettre au point, qu'il fallait tester. C'était les mécanisme de MEDA. Il restent à perfectionner parce qu'ils demeurent un peu lourds, un peu lents. Au départ, ils ont également souffert du manque de projets qui étaient présentés en face et qui n'avaient pas été élaborés de façon suffisamment complète mais nous sommes en train d'atteindre un rythme de croisière en ce qui concerne MEDA I. Il faut déjà penser à MEDA II.

Ensuite, il y a tous les autres volets sur le plan de la culture, sur le plan des médias, sur le plan des contacts entre les sociétés civiles. Je ne vais pas entrer dans le détail maintenant mais simplement rappeler que pour nous, Français, le bon usage de ce processus de Barcelone, c'est d'avancer sur tous les plans en même temps.

Et donc je souhaite que le contexte politique nous permette à la fin de l'année de tenir au niveau du sommet, c'est-à-dire des chefs d'Etat et de gouvernement, la réunion ministérielle du processus de Barcelone. Pour cela, il faut que le climat, notamment concernant le Proche-Orient, soit bon. C'est donc ce que je souhaite et c'est dans cet esprit que nous travaillons.

Q - Monsieur le Ministre, a-t-il été question, au cours de vos entretiens avec les responsables tunisiens, d'une éventuelle reprise des programmes de France 2 ?

Aussi, vos entretiens ont-ils porté sur l'affaire de falsification de visas au Consulat de France à Sfax ?

R - Non, le second point n'a pas été abordé. Il est traité par mes services comme c'est normal chaque fois qu'une affaire de ce type apparaît. Il y a des procédures internes, immédiates, pour faire le point de ce qui s'est réellement passé et pour en tirer toutes les conséquences, mais cela n'a pas été abordé avec mes interlocuteurs tunisiens.

La première question, en revanche, a été abordée à tous les niveaux et il me semble que mes interlocuteurs tunisiens réfléchissent à cette question, à ce problème et aux solutions qui pourraient lui être apportées.

Q - Monsieur le Ministre, je suis une revue éditée à Paris. Ma question est simple : pourquoi votre visite a-t-elle été retardée, et même celle de M. Jospin ?

R - Non celle de M. Jospin n'a pas été retardée, aucune date n'avait jamais été fixée.

Q - Oui. Donc ce qui a amené certains médias et plus particulièrement l'AFP à évoquer un certain refroidissement des relations bilatérales. Quels sont les motifs et comment remédier à cette situation, Monsieur le Ministre ?

R - Je ne peux pas commenter ce qu'écrit l'AFP ; je ne suis pas l'AFP. Donc les relations bilatérales sont telles que je les ai décrites tout à l'heure. Par ailleurs, il y a un ensemble de problèmes qui se posent, qui sont traités par les médias sous leur propre responsabilité. Mais je peux vous dire que j'ai parlé de tout. J'ai parlé de tout, sans aucune restriction, aussi bien avec le chef de l'Etat qu'avec les ministres.

A cet égard, parce que je vois bien ce qu'il y a derrière votre question, naturellement, je voudrais dire que nous saluons la réussite remarquable de la Tunisie sur le plan économique ces dernières années - réussite qui a été obtenue dans un contexte régional qui n'était pas évident, qui n'était pas facile - et que pour cette raison même nous souhaitons que l'évolution dans ce pays, sur le plan politique et sur le plan des libertés publiques, puisse se poursuivre et se consolider. Voilà quelle est notre position d'ensemble sur cette question. Maintenant, comme je le disais tout à l'heure, j'indique que j'ai abordé toutes les questions.

Q - Monsieur le Ministre, le projet de M. Eizenstat concernant un partenariat entre trois pays du Maghreb et les Etats-Unis a fait de grands pas en une année. Comment Paris perçoit cette nouvelle relation d'une grande puissance avec une zone où la France et l'Europe ont beaucoup d'intérêts ?

R - Je ne vois aucune contradiction - je ne sais pas pourquoi il y aurait une contradiction entre des relations fortes et anciennes de la France avec la Tunisie et les autres pays du Maghreb, ou de l'Europe avec ces pays, et d'autre part l'initiative que les Etats-Unis tentent de développer en plus. Tout cela, pour moi, est appelé à se compléter mais cela dit, je ne vois pas quels sont les progrès extraordinaires de cette initiative ? Sur quoi cela porte ?

Q - Le second secrétaire d'Etat de Mme Albright a déjà dit il y a une semaine qu'une enveloppe avait été consacrée...

R - Pour quoi faire ?

Q - Pour de prochains investissements dans les trois pays et peut-être en Libye aussi. Il l'a dit lui-même.

R - Tant mieux pour la région, c'est très bien. Si tout le monde s'intéresse au développement de la région et si cela aide la région, comme vous dites, à développer son économie, à renforcer sa démocratie politique, à renforcer sa stabilité, cela ne peut être que bon pour tout le monde. Je ne vois pas de contradiction et, croyez-moi, l'Europe et notamment la France sont tout à fait tranquilles par rapport à cela.

Q - Au niveau du gouvernement autrichien, est-ce que vous avez abordé le problème ?

R - Non, je n'ai pas abordé le problème.

Q - Même sur le plan méditerranéen, les conséquences que cela pourrait avoir ?

R - Non.

Q - Monsieur le Ministre, est-ce que vous avez abordé la situation au Maghreb et à quelles conclusions vous êtes parvenus à ce sujet ?

R - Je peux simplement vous dire qu'en effet, dans l'échange de vues, échange d'analyses auquel nous avons procédé, nous avons évidemment parlé de ces questions et des relations de la Tunisie avec ses voisins, de la France avec ces pays-là ; nous avons parlé des difficultés que rencontre l'ONU dans l'affaire du Sahara. Nous avons parlé de tout et nous avons décidé de rester en étroite liaison pour pouvoir apporter notre contribution, notamment au règlement qui était souhaité pour l'affaire du Sahara.

Q - Est-ce que la France est favorable au sommet euro-africain ?

R - Tout le monde est favorable au sommet euro-africain.

Q - (inaudible)

R - Attendez, la réunion du Caire n'est pas encore convoquée.

Q - Au cas où elle serait convoquée.

R - Si elle est convoquée, c'est que tout est réglé. La situation actuelle, c'est que la présidence portugaise, qui est la présidence en exercice de l'Union européenne, a constaté jusqu'ici qu'elle ne pouvait pas programmer ce sommet puisque les conditions ne sont pas réunies, parce que l'accord n'est pas fait pour les raisons que vous connaissez. La présidence portugaise s'en occupe, avec les Egyptiens qui seraient les hôtes du sommet. Nous sommes au courant ; nous sommes prêts à rendre tous les services possibles et imaginables pour faciliter cette conclusion mais jusqu'à maintenant, les Portugais n'ont pas pu réaliser cet accord. Donc, pour le moment, il n'y a pas de sommet. Il y a un projet de sommet mais il n'est pas convoqué et le jour où il sera convoqué, comme je le disais tout à l'heure, cela voudra dire que toutes ces questions auront été réglées et nous irons avec plaisir parce que cela ne peut être que très utile pour les relations entre l'Union européenne et l'Afrique.

Q - Que peut faire la France, étant la prochaine présidente de l'Union européenne pour préparer ce sommet ?

R - Pour le moment, nous pouvons surtout apporter notre appui à nos amis portugais mais quand il y a une présidence, on est dans cette présidence, on n'est pas dans la suivante.

Il y a une association - à travers le mécanisme de ce que l'on appelait la troïka mais maintenant on est à deux et non pas à trois - avec la présidence suivante. On a donc une relation un peu plus étroite avec les Portugais que les autres parce que nous préparons notre présidence. Il faut savoir exactement où ils en sont pour pouvoir prendre le relais efficacement à partir du 1er juillet, mais nous ne pouvons pas agir à leur place et j'ai la plus grande confiance dans la présidence portugaise, et en particulier dans mon collègue M. Gama qui est chargé de cela, pour qu'il trouve une solution. Et s'il ne trouve pas de solution, c'est que les différents protagonistes eux-mêmes n'étaient pas encore prêts à une solution. On ne peut pas faire plus.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 février 2000)
Q - Monsieur le Ministre, l'anglais est en train de prendre une position de plus en plus forte dans les pays où le français n'est pas d'usage, notamment dans les pays africains francophones. En ce qui concerne la Tunisie, quelles sont les actions concrètes que la France devrait entreprendre pour renforcer sa présence en Tunisie ?

R - Là aussi, nous voyons tout cela avec une certaine tranquillité d'esprit. Je crois que la place de français est tout à fait considérable en Tunisie, que le français reste vivant et vivace et qu'il le restera. Je crois comprendre que les Tunisiens y sont attachés parce que c'est un élément de leur propre patrimoine et c'est d'autre part un élément de la diversité dans le monde de demain auquel nous sommes tous attachés. Ce n'est pas une question bilatérale. Ce n'est pas entre la Tunisie et la France. Pour la Tunisie, c'est une richesse d'avoir, entre autres langues à sa disposition, le français et croyez bien que nous continuerons à travers nos programmes de coopération culturelle et technique à faire le plus possible par rapport à ce que nos amis tunisiens nous demanderont.

Le fait que les différents pays et les différents peuples dans le monde apprennent plus l'anglais qu'avant correspond à une réalité qui est liée à la mondialisation de l'économie et au fait que l'anglais est la langue technique de travail pour les échanges économiques mondiaux. Tout le monde le fait mais ce n'est pas quelque chose d'inquiétant ; ce n'est pas quelque chose que la France doit prendre mal ; ce n'est pas quelque chose que les pays francophones doivent prendre mal. Il faut apprendre plusieurs langues. C'est cela l'avenir du monde et la question se pose aussi bien dans les régions où l'on parle espagnol ou russe ou chinois ou arabe.

Donc il faut relativiser cette question et ce n'est certainement pas un problème bilatéral. Quant à nous, nous sommes tout à fait engagés à maintenir, à développer notre coopération avec la Tunisie. On le fait à partir de ce que souhaite la Tunisie. Ce n'est pas à partir d'un programme qu'on invente à Paris et qu'on projette. C'est négocié, c'est discuté, c'est une vraie coopération. Le français en fait partie et je suis tout à fait sûr qu'il continuera à en faire partie.

Q - Monsieur le Ministre, l'opinion publique en Tunisie pense que la France rend de plus en plus difficile l'obtention du visa, et pour les touristes, et pour les étudiants. Est-ce que vous ne pensez pas que cela nuit à l'intérêt et au rayonnement de la France ?

R - Je penserais que cela nuirait au rayonnement de la France si c'était vrai. Je crois que c'est faux. C'était la situation qui existait en 1997 et qui était le résultat de mesures prises par les trois gouvernements français précédents pour un certain nombre de raisons tenant soit à la sécurité dans certains cas, soit à la maîtrise des flux migratoires dans d'autres cas.

A partir de 1997, ce gouvernement - et notamment Jean-Pierre Chevènement et moi-même, dans nos responsabilités respectives - avons pris un certain nombre de mesures pour que les demandes de visa soient traitées autrement, d'une façon plus libérale et plus ouverte. Le résultat ne s'est pas fait attendre. Les visas obtenus ont augmenté de façon tout à fait sensible, y compris pour la Tunisie. Si on regarde les chiffres de 97, 98, 99, ils ont été en augmentation constante. C'est encore plus vrai si on prend certaines catégories particulières comme les étudiants, dont nous avons à nouveau favorisé la venue en France. Je crois que le nombre de visas délivrés à des étudiants en Tunisie a doublé en deux ans.

D'autre part, nous avons travaillé sur les conditions d'accueil et la façon dont les demandeurs de visa sont accueillis maintenant au consulat ici est même devenue exemplaire. Quand je parle de ce sujet aux parlementaires français qui s'en soucient - ils sont nombreux - je dois dire que je cite les travaux qui ont été faits ici comme étant l'exemple même de ce que j'aimerais pouvoir faire dans une vingtaine de consulats ailleurs dans le monde. Il y en a quelques autres mais il y en a beaucoup où il faut faire de gros travaux pour que les gens soient accueillis dans de bonnes conditions : attendre le moins longtemps possible et de façon agréable.

Donc j'ai un vrai programme, qui est limité par le budget, mais c'est pour vous dire que les autorités françaises sont parfaitement conscientes du fait qu'à un moment donné ces restrictions excessives finissaient par mettre en péril la trame même, le tissu même des relations entre les pays et que nous avons donné un coup de barre dans l'autre sens très net, depuis 1997.

Cette politique avance pas à pas mais il ne faut pas décrire la situation d'aujourd'hui comme elle était il y a deux ans et demi. Il faut décrire l'effort qui est en cours ; il reste beaucoup de chemin à parcourir naturellement mais on ne doit pas douter de notre cap.

Q - Pensez-vous que la relation franco-mauritanienne a surmonté les difficultés après l'arrestation d'un capitaine mauritanien résidant en France par la justice française ?

R - Les relations franco-mauritaniennes sont bonnes. Elles étaient bonnes ; elles le sont restées parce que les relations de gouvernement à gouvernement ne peuvent pas être affectées par des décisions prises par des juges, à partir de plaintes présentées par des personnes privées ou des associations. Il ne faut pas mélanger les deux niveaux. Donc les relations sont restées bonnes et elles le sont aujourd'hui.

Q - Monsieur le Ministre, je voudrai poser une question sur le processus de paix au Proche-Orient. Nous savons très bien que vous étiez là-bas et que les négociations sont actuellement bloquées. Quel rôle peut jouer la France pour débloquer la situation ?

R - Les négociations de paix au Proche-Orient dépendent d'abord et avant tout des protagonistes. Il ne faut pas chercher tout le temps des miracles ailleurs par rapport à ce sujet. Donc Les relations entre Israël et la Syrie dépendent d'abord et avant tout des Israéliens et des Syriens.

Naturellement, dans ce cas particulier, les Américains sont, comme ils le sont d'ailleurs depuis plusieurs décennies au Proche-Orient, dans une position spéciale, notamment dans ce cas parce qu'ils ont été les dépositaires des engagements qu'avait pris M. Rabin un moment donné et c'est sur l'interprétation des engagements qu'il avait pris ou qu'il n'avait pas pris que portaient une partie des débats.

Bien que nous ne soyons pas protagonistes - nous ne sommes pas des pays du conflit, ni de la région - ; malgré cela comme nous sommes historiquement très engagés dans la cause de la paix au Proche-Orient, nous avons, je crois, très fortement contribué - c'était à l'automne - à convaincre les Israéliens et les Syriens de ne pas passer à côté de cette occasion historique. Cela, c'était pour démarrer. Après, c'est un problème entre eux, même s'il y a les Américains qui jouent les "go between" ou qui sont des facilitateurs, il est clair que la responsabilité de la paix, de l'accord, c'est les dirigeants de ces pays qui la prendront.

C'est un peu la même chose sur le plan de la négociation israélo-palestinienne. Là, c'est un peu différent. La France a joué je crois un rôle - comment dire - intellectuel et politique considérable depuis plus d'une vingtaine d'années puisqu'elle a été le pays occidental le plus avancé sur ce plan. C'est le premier pays qui a parlé de reconnaissance mutuelle ; c'est le premier pays qui a parlé d'Etat palestinien. Nous avons donc, par nos déclarations, par les paroles de nos présidents de la Républiques successifs ouvert la voie et fait évoluer les mentalités.

Mais quand on en arrive au moment de la négociation, il ne faut pas chercher des miracles : on ne peut pas se substituer aux protagonistes. Ce sont les protagonistes qui doivent négocier, essayer d'arriver à un accord. Si, quand ils arrivent à un accord, ils se tournent vers des partenaires extérieurs pour demander tel ou tel type de garanties, économiques, politiques ou autres ; à ce moment-là, on verra. Mais il faut bien comprendre qu'on est dans la phase de la négociation, même si elle traverse et surtout si elle traverse un moment difficile.

Nous restons tout à fait ambitieux pour la paix au Proche-Orient mais notre mode d'action doit être adapté à chacune de ses phases.

Q - Nous remarquons ces dernières semaines un changement dans la politique extérieure de la France à propos de l'Iraq. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ces chose ?

R - Je ne sais ce que vous entendez par changement. Ce que je peux vous dire, c'est que toute l'année dernière, au sein du Conseil de sécurité, la France a utilisé toutes ses forces pour que l'on sorte de la situation détestable dans laquelle on était, où il n'y avait plus de commission de contrôle. Il y avait une situation de fait et nous pensions qu'il fallait à la fois ouvrir une perspective vers la suspension de l'embargo et en même temps rétablir un mode de contrôle qui soit convaincant, notamment pour tous les voisins de l'Iraq qui continuent à le demander.

Nous avons donc été les fers de lance de cette discussion. Nous avons fait des propositions et nous avons abouti à la fin de l'année à une résolution qui marque un grand progrès par rapport au fait qu'il n'y avait plus rien mais qui n'était pas tout à fait satisfaisante à nos yeux. Donc, nous ne nous sommes pas opposés à cette résolution parce qu'elle marquait un progrès mais nous ne l'avons pas votée parce qu'il y a deux ou trois points où nous aurions souhaité encore un perfectionnement. Donc nous nous sommes abstenus ; la résolution a été votée ; c'est la 1284, je crois. Il s'agit maintenant de la mettre en ¿uvre et notamment de faire marcher la nouvelle commission de contrôle qui a été créée par cette résolution.

A ce sujet, il y a eu un blocage qui a duré pendant longtemps et c'est sur une proposition française qu'on a trouvé un président qui était acceptable par tous les membres permanents du Conseil de sécurité : M. Blix qui avait réussi quand il dirigeait l'AIEA à travailler d'une façon tellement incontestable qu'il était accepté par les uns et par les autres. Bon, maintenant il faut avancer et nous souhaitons que cette commission puisse réellement commencer à travailler. Je pense aux Iraquiens, quand je dis cela.

Q - Monsieur le Ministre, on aimerait bien connaître la position de la France envers l'embargo sur la Libye. On a parlé de l'embargo sur l'Iraq mais on ne connaît pas encore la position de la France concernant la Libye.

Second point concernant les études des Tunisiens en France. On a su qu'au début de l'année il y avait beaucoup de problèmes et de difficultés concernant les tests de français. Les étudiants tunisiens en France doivent passer un test de langue française. Normalement, on est un pays francophone ; on ne doit pas passer de tests pareils. Il y a eu des grèves de la faim....

R - Sur la Libye, notre loi, c'est la loi internationale. L'embargo a été suspendu par le Conseil de sécurité, sauf en ce qui concerne les armes. Donc, nous appliquons les consignes du Conseil de sécurité. C'est normal puisque nous contribuons à les élaborer et nous n'avons pas de position particulière par rapport à cela. On ne peut que respecter cette règle.

Sur votre seconde question, je n'ai pas connaissance - mais je vais vérifier - de mesure particulière qui ait été prise par rapport aux étudiants tunisiens./.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 février 2000)

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