Déclaration de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, sur le refus de l'opposition d'accepter la réforme du Conseil supérieur de la magistrature et l'attitude "d'opposition frontale" de la droite, l'action du PS sur la politique du travail et de l'emploi, la proposition de baisse de la taxe d'habitation, et sur la préparation des élections municipales, Paris le 23 janvier 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, sur le refus de l'opposition d'accepter la réforme du Conseil supérieur de la magistrature et l'attitude "d'opposition frontale" de la droite, l'action du PS sur la politique du travail et de l'emploi, la proposition de baisse de la taxe d'habitation, et sur la préparation des élections municipales, Paris le 23 janvier 2000.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. PS, premier secrétaire

Circonstances : Réunion des secrétaires de section du Parti socialiste le 23 janvier 2000

ti : 23 janvier 2000
Cher(e)s ami(e)s, Cher(e)s camarades,
Le rassemblement des secrétaires de section est devenu une institution de notre Parti. C'est aujourd'hui le 6ème du genre, et vous êtes encore plus nombreux que pour les éditions précédentes. Je vous en remercie, car c'est le signe d'une vitalité plutôt rare, surtout dans les périodes où nous sommes aux responsabilités ; c'est le symbole de notre mobilisation avant les échéances qui s'approchent.
Je sais que beaucoup d'entre vous viennent de loin, et viennent aussi de départements qui ont été frappés par la tempête et par la marée noire. Je leur exprime la solidarité de tout notre Parti. Ces catastrophes, qui laissent des traces durables sur le littoral et dans les massifs forestiers, ont été l'occasion de redécouvrir à la fois le rôle irremplaçable des services publics et les dangers pour notre environnement d'un capitalisme sans règle. Que chacun ait pu en faire le constat nous a confirmé dans nos convictions. Et, dans cette période, entendre le Président de la République se livrer à un hymne - sans doute sincère - à l'Etat et nous confier tout le mal qu'il pense de la course aux profits nous est un précieux réconfort. Alors qu'il n'avait pas de mot, jusque là, pour stigmatiser la lourdeur des dépenses publiques, le nombre excessif de fonctionnaires et la nécessité de libérer toutes les initiatives privées, cette lucidité est heureuse. Elle ne durera sans doute qu'un temps, mais nous saurons lui rappeler chaque fois que cela sera utile, en tout cas le moment venu, ses propos.
Il y a eu en ce début d'année, et heureusement, d'autres bonnes nouvelles, et je pense à l'élection de Ricardo LAGOS - le Président du Chili - successeur, trente ans après, de Salvador ALLENDE, au moment où PINOCHET essaye d'échapper à son juge et finira par rendre des comptes devant la Justice internationale. Beau symbole à la fois de ce combat mené depuis tant d'années par les chiliens ; beau symbole surtout de nos idées qui progressent partout dans le monde¿ Soyons fiers d'appartenir à ce mouvement de l'Internationale Socialiste.
Je voudrais partir de l'actualité de cette semaine, plutôt riche ou plutôt pauvre - je ne sais ce qu'il faut dire - à la fois pour décrire le paysage à droite et pour fixer ce que doit être notre propre attitude dans les mois qui viennent.
I - LA DROITE
La décision prise par le chef de l'Etat de reporter la réunion du Congrès de Versailles, consacrée à la réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature, a servi à bien des égards de révélateur :
Révélateur d'abord de la frilosité de la droite par rapport à la réforme de la Justice, si liée pendant un temps par les engagements de Jacques Chirac en 1996, puis soumise à la pression de l'opinion publique sensibilisée par les " affaires " - et notamment celles de la Ville de Paris. L'opposition a fait mine de se résigner à une réforme, celle de l'indépendance de la Justice, présentée par Elisabeth GUIGOU. Si cette opposition a été amenée, à l'Assemblée Nationale puis au Sénat, il y a plus de quinze mois, à donner son accord sur ce dispositif, nous avons bien senti qu'à mesure que les mois passaient, qu'à mesure que l'échéance du Congrès se rapprochait, les digues finissaient par céder une à une. Et tous les prétextes - il n'en a pas manqué à leurs yeux - ont été utilisés par la droite pour ne pas voter, en définitive, le texte. Au fond, cette droite mise au pied du mur s'est une nouvelle fois dérobée face à une réforme d'envergure. Non pas parce que c'était notre initiative, mais parce que ce texte inscrivait la fin d'une pratique qui fut la sienne pendant tant d'années ; parce que, sachons-le et disons-le, la droite a toujours eu du mal avec les procureurs. Et l'idée, la simple idée de ne plus aller les chercher en hélicoptère lui était devenue insupportable. C'est pourquoi cet échec est le leur. Et nous ne pouvons endosser ne serait-ce qu'une once de responsabilité en partage. Car il y avait, cette semaine, d'un côté l'expression d'une volonté - la nôtre, celle de la gauche plurielle - de voter le texte, et de l'autre la démonstration d'une incohérence - la leur - qui était en fait un refus de l'indépendance de la Justice. Ce serait donc un comble que, pour la première fois en démocratie, une majorité - en l'occurrence la nôtre - devrait répondre des erreurs de l'opposition. Nous acceptons d'être jugés sur nos actes, mais surtout que l'on ne nous demande pas en plus d'être jugés sur les actes de l'opposition.
Révélateur ensuite de la faiblesse du Président de la République. Le chef de l'Etat, en cohabitation, dispose de prérogatives limitées, chacun le sait, depuis 1986. Mais, nous pouvions penser que, du fait de sa charge éminente, du rôle qui fut le sien pendant de nombreuses années à la tête du RPR, et surtout de son statut chaque fois répété de candidat à sa succession, Jacques CHIRAC gardait une influence majeure sur la droite, ou à défaut sur sa famille politique. Certes, nous avions des doutes et des indices : les séquelles de la dissolution, la dissidence de Charles PASQUA, les démêlés avec Philippe SEGUIN puis l'éviction de Nicolas SARKOZY, le vrai faux soutien à DELEVOYE dans la compétition avec Michèle ALLIOT-MARIE¿ Nous sentions bien que le dispositif n'était pas parfaitement réglé. Mais de là à imaginer qu'une autre cohabitation était en train de s'installer entre le Président de la République et sa propre famille politique, faite de l'impuissance de l'un et de la méfiance des autres¿ ! A bien des égards, cette situation extravagante est une première sous la Vème République. Nous devons reconnaître que l'opposition a connu une victoire, et même un succès. Mais elle l'a obtenu sur Jacques CHIRAC lui-même. D'ailleurs, à bien y réfléchir, la droite n'est aujourd'hui capable de gagner des batailles que contre elle-même.
Révélateur enfin de l'échec d'une stratégie de l'opposition. Sous l'impulsion de sa nouvelle présidente, le RPR a adopté une ligne dite d'opposition frontale. Frontale, le mot d'ailleurs est maladroit tant il est vilain. Mais que l'opposition s'oppose, c'est parfaitement son rôle et nul ne le contestera. Faut-il encore y mettre du discernement pour ne pas tomber dans le systématique ; au risque sinon, comme Mme ALLIOT-MARIE, de contredire toutes les règles élémentaires du bon sens. Prenons quelques exemples : la Couverture Maladie Universelle, celle qui va permettre de donner un droit à la santé gratuite à 6 millions de Français : elle est contre ; la réforme de la Justice, souhaitée par Jacques CHIRAC lui-même : elle est contre, puisque c'est Elisabeth Guigou qui la présente ; la parité, acceptée y compris - et sans doute difficilement - par ses propres amis : elle est contre.
A s'opposer frontalement, elle prend le risque de s'opposer durablement - et nous ne nous en plaindrons pas. Que l'opposition prenne tout son temps, qu'elle monte toutes les stratégies d'opposition frontale qui lui plaira, nous ne sommes pas pressés de revenir dans l'opposition.
Dans ce contexte, la responsabilité de la gauche, et du Parti socialiste, est encore plus éminente. Face à une droite frileuse, nous devons faire preuve d'une volonté farouche pour mener à bien les projets qui sont les nôtres, pour ne pas nous laisser détourner, freiner, entraver. Il faut tenir bon. Il faut avancer, seuls s'il le faut, montrer la voie ainsi que nous l'avons fait sur le Pacs, sur la parité, et engager les changements institutionnels et les réformes de société nécessaires à notre pays.
Il faut aussi, face à une cohabitation d'un genre nouveau, rester sereins. Le cadre institutionnel est né de la dissolution. Nous ne l'avons pas choisi. Et nous devons reconnaître qu'il nous permet, pour l'essentiel, de mettre en ¿uvre une grande part de nos engagements. Quant à Jacques CHIRAC lui-même, il est parti - vous le savez - en campagne. Non pas depuis 1997, au moment où nous accédions aux responsabilités, mais depuis qu'il a été élu. Dès lors, il n'y a pas de conflit à ouvrir. Le rapport que nous devons entretenir aujourd'hui n'est pas un rapport de compétition avec un candidat, fut-il Président de la République. Le seul rapport que nous ayons aujourd'hui est avec les Français : essayer de régler des dossiers, d'assurer la confiance dans le gouvernement, et soutenir Lionel Jospin. Nous n'avons pas d'autre ambition, nous n'avons pas d'autre échéance que celle-là.
II - LE ROLE DU PARTI SOCIALISTE
Face à l'incohérence de nos adversaires, nous devons plus que jamais - nous socialistes, mais aussi la gauche plurielle - constituer un pôle de stabilité, soucieux du débat, de la délibération collective, de la contribution de chacun. Nous appelons à être jugés sur les actes et pas simplement sur les discours. Ce que les Français attendent de nous ce sont des résultats concrets et pas des positionnements ; ce sont des réformes et pas des joutes politiques ; ce sont des engagements clairs et pas des jeux tactiques.
Le rôle du Parti socialiste pour les deux ans qui viennent, et après avoir accompli tant de réformes heureuses, c'est à la fois de peser sur les choix en cours, de contribuer à éclairer l'avenir et, enfin, de préparer les échéances qui viennent.
1°- Peser sur les choix en cours
Nous avons obtenu des résultats appréciables en matière de lutte contre le chômage. Nous le devons à une politique économique, à une conjoncture qui s'est améliorée, à une confiance qui est revenue : mélange entre volontarisme et circonstances favorables. Nous devons avoir le même souci de volonté pour aller plus loin dans la lutte contre le chômage et surtout dans l'amélioration qualitative de l'emploi. C'est vrai que 850 000 emplois ont été créés. C'est vrai que le chômage est redescendu à 2,6 millions, mais c'est encore excessif. C'est vrai aussi, et nous le constatons dans nos propres sections, qu'il y a encore trop de précarité, trop de misère, trop d'angoisse.
C'est pourquoi nous nous attacherons, dans les mois qui viennent, à défendre trois projets :
Réduction de la précarité du travail : inciter à des embauches sous forme de contrats à durée indéterminée et pénaliser tous ceux qui ont recours aux contrats précaires, recours à l'intérim, recours à des formules humiliantes, notamment pour les plus jeunes ;
Prévention des licenciements : nous n'oublions pas, même si le temps est passé, l'émotion qui née des annonces de Michelin. Et puisque que le Conseil Constitutionnel a annulé une des dispositions que nous avions prévues, ce que l'on a appelé " l'amendement Michelin ", il nous faudra reprendre ce texte, le représenter avec les précisions qui conviennent pour être accepté par la haute juridiction et tenir bon dans cette orientation. De la même manière que nous devons dissuader financièrement les licenciements lorsque les entreprises font des profits importants, car c'est insupportable à la fois pour ceux qui vivent ces situations et pour l'opinion publique qui peut penser que nous n'avons plus de maîtrise dans ces processus. Il faut enfin renforcer le droit des salariés ; que l'on fasse l'épargne salariale ou pas, de toutes manières, il faut que les salariés, dans notre pays, soient des citoyens à part entière, qu'ils soient informés, consultés et puissent même décider des choix qui les concernent.
La formation professionnelle : c'est d'abord un enjeu de société, voire de civilisation. Si nous pensons que c'est vers l'éducation sur toute la vie - et beaucoup dans notre Parti ont voulu affirmer cette légitime ambition -, alors nous devons fournir les réponses en termes de droit, en termes de financements qui correspondent précisément à cette exigence. Mais la formation professionnelle, c'est aussi une manière de tenir compte des mutations technologiques, des qualifications qu'il faut sans doute adapter ; c'est pourquoi il faut faire de la formation professionnelle un élément de lutte contre le chômage.
Il faut aussi améliorer le pouvoir d'achat des Français et la grande question du jour, c'est la baisse des impôts. Il ne faudrait pas d'ailleurs laisser penser que depuis 1997, nous n'aurions rien fait pour diminuer les prélèvements. Nous avons d'abord élargi l'assiette de la CSG pour baisser les cotisations sociales des salariés, et donc pour mieux appréhender les revenus du capital. Nous avons aussi baissé la part salariale de la taxe professionnelle pour encourager l'emploi. Nous avons enfin, et le Parti a pesé, diminué de façon ciblée la TVA, notamment pour stimuler la consommation. Il faut sans doute aujourd'hui aller plus loin, puisque la croissance est là et qu'elle nous fournit des dividendes. Tant d'années de sacrifices, d'efforts, notamment des plus modestes - les salariés - pour renoncer à l'objectif de leur redonner une part des fruits de la croissance ?! Sûrement pas. Ce que nous avons toujours affirmé, et ce qui sera notre règle commune - je le pense - au cours des prochains mois, c'est que cette baisse d'impôts nécessaire, indispensable, possible, doit être à la fois facile et concerner tous les Français, et pas simplement une partie d'entre eux qui sont, quelques fois, les plus favorisés.
Nous voulons, dès l'an 2000, utiliser cette fameuse " cagnotte fiscale " qu'on nous envie tant et que nous avons néanmoins produite. Nous étions souvent victimes d'une accusation trompeuse et mensongère, celle de " vider les caisses ". Aujourd'hui, on nous reproche de les remplir¿ Mais, parce que nous sommes la gauche, notre objectif n'est pas de remplir les caisses ; il n'est pas de les vider non plus. Notre objectif est de redonner aux Français ce qui leur revient de droit. C'est pourquoi, pour l'année 2000, nous proposons que l'essentiel - la totalité, même - de cette fameuse " cagnotte fiscale " soit affectée à la baisse de la taxe d'habitation, parce que c'est l'impôt payé par tous.
J'entends néanmoins quelques esprits grincheux ; il y en a toujours - peu dans notre Parti. Ils nous disent : " vous baissez la taxe d'habitation parce qu'il y a bientôt les élections municipales¿ ". Seulement, en France, il y a toujours des élections ! Et il vaut mieux baisser les impôts avant les élections municipales plutôt que de les augmenter ! Nous serons jugés au regard de notre intention en 2000, mais nous sommes aux responsabilités jusqu'en 2002, et nous ne devons pas multiplier les effets d'annonces ou les spectacles politiques. Nous devons marquer notre intention : la baisse des impôts qui pèsent sur tous les Français ; la taxe d'habitation d'abord, puis les autres impôts directs. Mais il est clair que nous voulons une mesure juste, forte et générale. Et nous disons à tous ceux - toujours soucieux de la transparence - que nous voulons être jugés sur pièces et sur actes en 2002, par rapport à nos résultats en matière de lutte contre le chômage, de lutte contre les inégalités mais aussi de baisse des impôts.
2°- Contribuer à éclairer l'avenir
C'est notre deuxième mission. Nous aurons d'abord la Convention Territoires et Citoyens, préparée et coordonnée par Alain CLAEYS. C'est un enjeu majeur. Il s'agit de la lutte contre les inégalités spatiales qui renforcent les inégalités sociales. En tant que socialistes, nous sommes extrêmement conscients du fait que, si nous agissons simplement dans la redistribution entre les individus ou les groupes sociaux, ce sera nécessaire mais pas suffisant, et qu'une partie de la bataille se joue aussi sur le plan territorial, entre collectivités mais aussi entre quartiers des grandes agglomérations.
Nous organiserons 6 colloques décentralisés - e premier à Rennes le 5 février prochain. Nous devons, à travers ces grands débats que nous vous ferons partager, poursuivre six objectifs :
Le 1er : inscrire une nouvelle étape de la décentralisation. De la même manière de François MITTERRAND, Gaston DEFFERRE, Pierre MAUROY avaient engagé le premier moment décisif de notre histoire institutionnelle par la décentralisation, nous devons donner aujourd'hui les moyens aux citoyens, aux élus, aux collectivités de trouver des pouvoirs nouveaux et des compétences clarifiées.
Le 2ème : la péréquation des ressources entre collectivités. Sans cela, cette décentralisation aggravera les inégalités puisqu'elle ne sera pas corrigée par une répartition différente des moyens. Sans cela, ce seront les communes les plus riches, les collectivités les plus prospères qui pourront engager des réformes quand d'autres seront soumises aux règles contraignantes de l'assistance sociale.
Le 3ème : des nouveaux droits pour les citoyens. La décentralisation n'est pas simplement faite pour les élus, elle l'est aussi, rappelons-le, pour les citoyens.
Le 4ème : l'accès aux services publics qui doivent sans doute être repensés, beaucoup plus proches, mais qui doivent être aussi renforcés.
Le 5ème : la protection de l'environnement.
Le 6ème : la démocratie.
Au total, ce que nous devons imaginer à chaque étape, à chaque moment de notre délibération collective, c'est une amélioration de la vie quotidienne des Français ; c'est reprendre le bel impératif de " changer la vie ", en changeant les territoires.
Le deuxième moment fort de notre contribution à la réflexion collective sera, bien sûr, le Congrès du Parti socialiste, en novembre 2000, à Grenoble - nous voulions une ville symbole, Grenoble en est une. Grenoble n'a qu'un défaut : nous y avions déjà tenu un congrès en 1973, mais il y a tant de nouveaux adhérents au Parti socialiste qu'ils ne s'en souviennent pas.
Quelle est notre ambition pour ce congrès ? Fixer notre identité, nos propositions au-delà même de 2002. Ce n'est pas parce que nous aurons respecté nos engagements que nous en aurons terminé avec notre projet de transformation sociale. D'autres priorités nous attendent pour la décennie qui vient : le rythme du retour au plein emploi, la maîtrise de la société de l'information, l'éducation sur toute la vie, l'affirmation de nouveaux droits, la régulation de la mondialisation. Nous parlerons donc de tout cela lors de ce Congrès. Le Congrès de l'an 2000 ne peut être simplement le congrès du bilan, il doit être celui d'une ambition et d'un projet, bref il doit être le congrès de l'avenir. Vous y contribuerez tous ; il y aura bien sûr le jeu des textes. Mais, au-delà des contributions, des motions, ayons ce souci d'inscrire ce Congrès au-delà même de 2002.
3°- La préparation des prochaines élections municipales et cantonales
L'année 2000 est une année sans élection ; ce ne sont pas forcément les années les plus simples. Et puis, il y a toujours des élections, partielles. Je pense notamment à Henri EMMANUELLI, qui sera élu, je n'en doute, pas la semaine prochaine dans les Landes.
Nous aurons à désigner nos candidats en l'An 2000 et à négocier avec nos partenaires de la majorité plurielle les accords indispensables pour la victoire.
Au plan interne, notre calendrier est connu. Il est précis, suffisamment précoce pour nous préparer à l'échéance comme il convient ; et au mois de mai prochain, nous aurons terminé. Notre méthode est également connue : c'est le vote des militants, et uniquement le vote des militants. C'est notre loi commune ; elle a fait ses preuves récemment pour la désignation de nos responsables. Faut-il encore que ces règles soient scrupuleusement respectées. Or, il y a parfois des inflations militantes qui ne s'expliquent pas simplement par la popularité de notre gouvernement. Il faudra donc veiller à rester dans des proportions tout à fait réalistes. Mais pour le reste, la transparence doit être totale. La direction du Parti Socialiste y veillera, comme je serai vigilant sur les formes de rassemblement possibles avant même la compétition entre nous. Chaque fois que nous pouvons, dans une ville, essayer d'arbitrer entre l'un, l'autre (l'une, l'autre) pour choisir la solution qui permet le succès, pourquoi aller vers la confrontation ? En même temps, lorsque l'arbitrage est nécessaire, ce sont les militants qui décideront souverainement. Je veillerai aussi à ce que le principe de parité, qui sera de toute façon inscrit dans la loi, soit pour notre Parti aussi bien respecté qu'il est possible de le faire.
Au plan externe, nous réaffirmons notre volonté de constituer des listes de gauche plurielle dans la plupart des villes de France. Nous avons engagé des négociations avec tous nos alliés, sous l'autorité de Jean-Pierre BEL, avec un double principe : la reconduction des municipalités sortantes et le partage des gains entre les différentes composantes de la gauche plurielle. Nous devons parvenir à un accord global d'ici à la fin du mois de février.
Avec le Parti Communiste, le MDC et le Parti Radical de Gauche, nous sommes habitués à ce type de négociations, de relations et, malgré les inévitables frictions, nous trouverons les bases d'un bon compromis en tenant compte de l'influence de chacun.
Je sais que le Parti communiste est très attentif à la reconduction des municipalités sortantes et à la reconquête des villes qu'il a perdues - mais qu'il ne peut reprendre que si, précisément, l'influence qu'il a encore lui permet d'y prétendre.
Avec les Verts, nous sommes devant une situation nouvelle. D'abord parce qu'ils n'étaient pas - en 1995 - dans une stratégie de gauche plurielle, ensuite parce qu'ils n'ont pas ou peu de sortants ; enfin parce qu'ils doutent - au moins une partie d'entre eux - de la stratégie même d'union de la majorité plurielle à l'occasion des élections municipales. Nous devons donc faire un effort significatif, en leur faisant des propositions sérieuses de succès, ce qui suppose des têtes de liste dans des villes gagnables, mais en exigeant en contrepartie le respect du principe de cohérence.
L'union telle que nous l'imaginons, telle que nous la ferons, n'est pas une union à la carte ; ce n'est pas non plus un " menu " imposé ; on ne picore pas là où c'est l'intérêt de chacune des composantes. On se rassemble parce que c'est la dynamique qu'il faut créer.
Il faut donc concevoir, comme les élections législatives et les élections régionales, que l'union, que la concession de têtes de liste soit en contrepartie validées par des rassemblements partout, et que la solidarité départementale soit vérifiée chaque fois qu'il est nécessaire.
Notre rôle de force principale de la majorité plurielle nous confère le devoir de traiter nos partenaires avec beaucoup de respect, de leur faire des propositions sérieuses et honnêtes ; mais en même temps, parce que nous sommes socialistes, nos partenaires ne doivent à aucun moment oublier que le succès est et sera d'abord collectif, et que nous avons quelque influence pour y contribuer. Parce que, à force, nous pourrions croire que le succès de la gauche plurielle serait le succès des composantes actuelles de la majorité, en dépit du Parti socialiste. Si toutes les composantes de la majorité plurielle ont vocation à gagner, nous aussi. Nos partenaires ne peuvent gagner que si nous sommes, nous-mêmes, dans cette majorité, et la force principale. Par moments, à entendre un certain nombre de nos amis, on finirait par penser que, finalement, même sans Lionel JOSPIN, même sans le gouvernement, ils auraient du succès¿ Je ne le crois pas. Le succès, c'est le nôtre ; pas celui du Parti socialiste, mais celui de l'ensemble de la gauche.
III - CONCLUSION
Cher(e)s Ami(e)s, Cher(e)s Camarades, vous êtes secrétaires de section, militants ; vous êtes l'armature du Parti socialiste. Nous connaissons les faiblesses de notre Parti ; sans doute n'avons-nous pas encore la représentation de toutes les catégories professionnelles ; sans doute n'avons-nous pas partout, sur l'ensemble du territoire, l'influence principale ; sans doute avons-nous aussi des renouvellements de génération à opérer, et nous y travaillerons car la rénovation du Parti socialiste sera poursuivie avec ténacité. Mais nous en connaissons aussi les forces, les qualités, les atouts. La première, c'est la capacité de régler démocratiquement nos conflits et de choisir nos candidats. La seconde, c'est d'être toujours capable de s'unir face aux circonstances, et notamment maintenant que nous sommes devant nos responsabilités. Nous avons aussi une volonté partagée de transformer le pays durablement. Enfin, nous avons la fraternité - même si cette dernière a pu manquer en des temps aujourd'hui révolus - comme élément de relations entre nous.
L'image que vous avez donnée, et que vous continuez de donner dans vos sections, est la plus belle qui soit pour le Parti socialiste, car c'est celle d'un parti qui sait débattre, qui sait proposer, qui sait parfois exiger, mais qui sait comprendre ce qu'est l'intérêt de la gauche, et l'intérêt général.

(Source http://www.parti-socialiste.fr, le 23 janvier 2000).

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