Déclaration de M. Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, sur les réactions à la "marée noire" après le naufrage de l'Erika à l'occasion de la parution du livre "Plus jamais ça !" et sur les mesures annoncées par le gouvernement visant à la création d'un droit maritime international, à l'Assemblée nationale le 29 février 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, sur les réactions à la "marée noire" après le naufrage de l'Erika à l'occasion de la parution du livre "Plus jamais ça !" et sur les mesures annoncées par le gouvernement visant à la création d'un droit maritime international, à l'Assemblée nationale le 29 février 2000.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. PS

Circonstances : Publication du livre "Plus jamais ça ! 100 crayons pour effacer la marée noire" à l'initiative de l'Association des petites villes de France, de La Lettre du cadre territorial et "Le Monde", le 29 février 2000. Naufrage de l'Erika le 12 décembre 1999

ti : Pourquoi " Plus jamais ça " ? Pourquoi ce titre pour un livre sur le naufrage de l'Erika ? Parce que la Bretagne et la Vendée croyaient en avoir fini avec les marées noires. Le Torrey Canyon en 67, l'Amoco Cadiz en 78, le Tanio en 80. Autant de catastrophes dues à l'imprudence ou à la rapacité et qui ont été lourdement payés par les habitants de ces régions et la collectivité nationale.

" Plus jamais ça " est un programme : celui que nous aurions dû mettre en oeuvre, celui qui nous incombe. C'est aussi un cri qui vise à faire en sorte que le naufrage de l'Erika soit le dernier. Je félicite ceux qui ont été à l'initiative de ce recueil, l'association des petites villes de France et Martin Malvy, la lettre du cadre territorial et Le Monde.

Ce livre, on le reçoit comme un coup de poing, pour la justesse de son ton, pour les injustices qu'il dénonce, c'est le propre du dessin de presse et le talent des caricaturistes. Ensuite, on le savoure au hasard de la diversité des auteurs, et on constate que l'on peut classer ceux-ci en deux catégories. Il y a ceux qui ne peuvent pas faire de l'humour sur ce sujet et qui préfèrent constater que les oiseaux meurent par milliers, que les bénévoles en ont assez de s'épuiser à la tâche, que les pétroliers continuent à engranger des bénéfices. Et puis il y a ceux qui persistent à nous faire rire sans faire de nous des cyniques. Parmi ceux-ci, je veux faire référence à un seul, et chacun m'en excusera puisqu'il s'agit d'André Franquin, auteur de Spirou et de Gaston Lagaffe, connu pour sa sensibilité et sa gentillesse. Franquin est mort il y a tout juste 3 ans, ses dessins publiés aujourd'hui ne font évidemment pas référence au naufrage que nous venons de vivre, puisqu'ils ont environ 20 ans. Ils parlent d'un autre naufrage, celui de l'Amoco Cadiz ou celui du Tanio. Pourtant leur actualité est manifeste.

Alors, que faire ? dénoncer, bien sûr, et c'est l'objet de ce livre. Mais aussi agir. Le Gouvernement a annoncé hier, à l'occasion d'un CIADT spécialisé, un train de mesures, et il confirme sa volonté de faire avancer le droit international. L'Assemblée nationale a créé une commission sur la sécurité du transport maritime, afin, à partir d'une analyse serrée des règles du transport maritime, de leurs insuffisances et des manquements constatés dans leur application, de faire des propositions pour que de tels accidents ne se reproduisent plus. Déjà il en ressort une évidence, c'est que la vétusté quasi généralisée des flottes n'est plus admissible. En pointant du doigt armateurs, compagnies, nous sommes parfaitement dans notre rôle de parlementaire.

Enfin, je remarque que, sur 150 dessins, un seul fait référence à l'OMC (celui de Michel Iturria), alors que le noeud du problème se situe probablement là. La mer a été longtemps considérée comme une zone de non droit. Elle l'est d'ailleurs toujours dans les faits dès que l'on quitte les eaux territoriales, même si la flibuste et les fortunes de mer devraient appartenir à un passé révolu. Le faux départ du nouveau cycle de l'OMC, cet automne à Seattle a au moins permis de faire émerger l'idée que le commerce n'est pas une fin, mais un moyen et qu'il doit être au service d'un développement harmonieux et durable de la planète. Cela passe par des règles et par la création d'un véritable droit maritime international. La nécessité d'une régulation mondiale, négociée, acceptée, apparaît comme de plus en plus forte, complémentaire de l'action des Etats nationaux.

Les mesures annoncées par le Gouvernement vont dans le bon sens, elles sont une réponse à cette émotion collective qui nous a gagnés devant l'image lamentable de notre nature dévastée. C'est pourquoi ce concentré de dessins indignés jouera, j'en suis sûr, son rôle dans ce combat éminemment politique et utile. Je vous remercie.

Source http://www.assemblee-nationale.fr, le 2 mars 2000)

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