Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur l'importance de la communauté française en Israël et sur la contribution de la France au devoir de mémoire et d'éducation sur la Shoah, Tel Aviv le 23 février 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur l'importance de la communauté française en Israël et sur la contribution de la France au devoir de mémoire et d'éducation sur la Shoah, Tel Aviv le 23 février 2000.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Voyage de M. Jospin en Israël et dans les territoires palestiniens du 23 au 26 février 2000

ti : Messieurs les Ministres,
Messieurs les Délégués au Conseil supérieur des Français à l'étranger,
Mes chers compatriotes,


C'est avec une grande joie qu'avec la délégation qui m'accompagne je commence ma visite officielle en Israël par cette rencontre avec la communauté française. Vous symbolisez les liens si particuliers et si forts qui unissent la France et Israël. Vous formez en effet une communauté singulière. Pour la plupart, vous avez choisi d'être ici en raison des liens familiaux, personnels, culturels ou religieux qui vous attachent à cette terre. Au cours du demi-siècle écoulé, vous avez pu voir l'intensité des rapports entre nos deux pays varier.

Mais l'amitié entre nos peuples ne s'est jamais démentie. Comme ami constant d'Israël, je peux en témoigner et j'en veux pour preuve l'essor spectaculaire qui a marqué nos relations ces dernières années. C'est vrai au plan économique. En six ans, le nombre des entreprises françaises représentées en Israël a presque décuplé. Depuis 1985, le montant des importations israéliennes de France a été multiplié par quatre et celui des exportations israéliennes en France par trois. La France, cinquième partenaire d'Israël, dans le monde, est l'un des deux seuls pays qui ont vu leur part de marché augmenter ces deux dernières années. Alors que le nombre global des touristes en Israël a baissé au cours de cette période, celui des touristes français s'est accru.

En matière de coopération scientifique et technique, la France est le troisième partenaire d'Israël. Le haut niveau de développement attire ici de plus en plus de jeunes Français, qui connaissent une réussite rapide dans les industries de haute technologie. Les crédits budgétaires que la France consacre à cette coopération ont plus que doublés au cours de la décennie écoulée.

Nous voulons approfondir ces liens. La France est le seul pays à posséder ici un réseau aussi dense de centres et d'instituts culturels : Tel-Aviv, Haifa, Nazareth, Beer Sheva. J'inaugurerai aussi vendredi un nouveau Centre culturel à Jérusalem, qui, notamment avec notre Centre de recherche, contribuera à renforcer la présence de la France dans la Ville Sainte. Vous êtes en Israël les défenseurs et les messagers de la culture et de la langue françaises. Vous pouvez compter sur la France pour vous soutenir dans vos efforts. En particulier, nous oeuvrons pour que les conditions de l'entrée d'Israël dans les instances de la grande famille francophone soient enfin réunies, grâce aux progrès du processus de paix. Vous pouvez, de votre côté, nous aider à encourager l'apprentissage du français aux jeunes générations. Elles tiendront ainsi un atout maître dans le jeu des échanges à venir avec les pays méditerranéens, où nombre d'entre vous sont nés.

Vous avez notre soutien actif. Français installés en Israël, vous êtes en droit d'attendre de l'Etat les services dus à tous les expatriés. L'immigration française en Israël reste jeune et dynamique : elle est la deuxième en nombre du monde occidental après celle des Etats-Unis. Je veux rendre hommage au travail accompli par vos délégués au Conseil supérieur des Français de l'étranger, en liaison avec notre Ambassade et nos Consulats. La Chambre de commerce et d'industrie Israël-France et vos principales associations, l'ADFI, l'UFI, l'UNIFAN, et celle des Anciens Combattants, défendent vos intérêts dans le respect du pluralisme inhérent aux sociétés française et israélienne. A cet égard, je ne peux que vous encourager à vous inscrire dans nos Consulats, avant le 31 mars, afin de participer aux prochaines élections au CSFE, que vous soyez immatriculés ou non, puisque vous avez la chance de profiter d'une structure démocratique de représentation que la France est l'un des rares pays à avoir mise en place. Et c'est avec ces élus, comme avec tous les membres du CSFE, que le Gouvernement entend continuer à travailler, comme il le fait depuis trois ans, selon quelques axes prioritaires : la réforme du dispositif de l'enseignement français à l'étranger, l'extension de la convention sociale par les plus démunis, la fin des doubles cotisations par les fonctionnaires expatriés. Hubert Védrine, qui nous rejoindra plus tard, y travaille activement avec ses collègues du Gouvernement.

Nous sommes aussi liés par l'exigence de la mémoire. Beaucoup d'entre vous ont vécu avec une douleur singulière, dans leur personne ou dans leur famille, les tragédies de la communauté juive française pendant l'occupation de la France lors de la deuxième guerre mondiale. Je l'ai rappelé à la Conférence de Stockholm, à laquelle j'ai récemment participé en compagnie de M. Henri HAJDENBERG, Président du CRIF, et qui est à mes côtés ce soir : la France souscrit pleinement au devoir de mémoire et d'éducation sur la Shoah. En 1993, le président MITTERRAND a instauré la Journée nationale de commémoration des persécutions racistes et antisémites, liée à l'anniversaire de la rafle du Vélodrome d'hiver. En 1995, le Président CHIRAC a reconnu la responsabilité de l'Etat français dans les persécutions subies par les Juifs au cours de la guerre. Je me suis, moi aussi, exprimé dans ce sens .

Je veux souligner devant vous la détermination qui est la mienne et celle de mon Gouvernement à tirer toutes les conséquences de cette époque douloureuse de notre histoire. La Commission présidée par Jean MATTEOLI, dont le vice-président, le professeur Ady STEG m'accompagne, étudie depuis trois ans les spoliations dont les Juifs ont été victimes. Elle rendra prochainement son rapport définitif, qui contiendra les dernières recommandations relatives à cette question. La Commission d'indemnisation des victimes des spoliations -qui n'auraient pas déjà été indemnisées- que j'ai instituée et que préside Pierre DRAI, a commencé de recueillir de nombreuses demandes. Celles-ci peuvent lui être adressées directement, selon des modalités que nos Consulats vous préciseront. Au-delà des victimes directes, le Gouvernement a décidé que seraient indemnisés les orphelins des déportés partis de France. Les fonds publics et privés qui ne seront pas revendiqués seront versés à une fondation consacrée au souvenir de la Shoah, qui sera créée prochainement pour financer des actions dans le domaine de la mémoire, de la solidarité ou de l'enseignement.

La France a également affecté une contribution de 20 millions de francs au Fonds international d'aide aux victimes des persécutions nazies créé en 1998. Je suis heureux d'annoncer que, parmi les bénéficiaires de cette contribution, figure l'association israélienne Aloumim, qui s'efforce de réunir les survivants cachés comme enfants en France et à leur apporter une aide morale et matérielle. Je salue son président, le professeur Israël LICHTENSTEIN, présent parmi nous. Le Gouvernement français a, par ailleurs, accordé une aide d'un million de francs à la constitution, par Yad Vashem, que je visiterai demain, d'un recueil des " Justes " de France. Enfin, nous avons attribué 50 millions de francs au projet d'agrandissement du Mémorial et du Centre de documentation juive contemporaine à Paris.

Réparer les injustices du passé, c'est vouloir préparer un avenir meilleur, fondé sur l'égale dignité de tous les hommes. C'est notre devoir envers les victimes de la barbarie. C'est notre responsabilité vis-à-vis des jeunes générations. Et c'est pourquoi La France, sans confondre les périodes historiques, a affirmé une position très claire de réprobation de la coalition gouvernementale droite-extrême droite qui vient de se constituer en Autriche, et en tire les conséquences au plan diplomatique.

La même volonté de paix nous réunit. La France a, au départ, aidé Israël à édifier sa défense et à renforcer sa sécurité. Elle n'en est que plus fondée aujourd'hui à se réjouir des progrès accomplis sur la voie de la paix dans la région, à encourager chacun à appliquer les accords qu'il a conclus, à participer au combat contre toutes les formes de terrorisme, à apporter sa contribution à la recherche d'un règlement juste et durable. Elle l'a déjà fait, dans le souci de protéger les populations civiles d'Israël et du Liban, en co-présidant avec les Etats-Unis le Groupe de surveillance sur le Liban-Sud. Elle est aussi présente par ses soldats des forces de maintien de la paix ou d'observation -que je salue ici- dans le Sinaï, sur le Golan ou au Liban. Elle est disposée à garantir, y compris par des forces sur le terrain, un futur accord de paix entre Israël et ses voisins.

Mes chers compatriotes, je vous souhaite, ainsi qu'à tout le peuple d'Israël, de connaître enfin pleinement la paix à laquelle vous aspirez. La France partage vos espoirs et ne ménagera pas ses efforts pour qu'ils se réalisent. Elle sera, dans la paix, un partenaire de confiance pour Israël.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 13 mars 2000)

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