Toast de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur les relations entre la France et Israël et sur la relance du processus de paix au Proche-Orient, Jérusalem le 24 février 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Toast de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur les relations entre la France et Israël et sur la relance du processus de paix au Proche-Orient, Jérusalem le 24 février 2000.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Voyage de M. Jospin en Israël et dans les Territoires palestiniens du 23 au 26 février 2000

ti : Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs,


Permettez-moi tout d'abord, de vous remercier, Monsieur le Premier ministre, pour vos paroles chaleureuses, et pour l'accueil que vous avez réservé à ma délégation. Ces paroles, cet accueil, sont de ceux que l'on réserve à des amis, et j'y suis, personnellement et comme ami, très sensible.

C'est bien l'amitié entre Israël et la France que je suis venu honorer et renouveler.

Cette amitié ancienne, solide, s'enracine dans une histoire partagée. Fondée sur la richesse des liens qui unissent nos cultures, elle a fait de nos deux pays, en bien des circonstances, des partenaires. Quand l'Etat d'Israël a vu le jour, il nous a trouvé à ses côtés. Les Forces de Défense d'Israël n'auraient pu devenir ce qu'elles sont sans l'aide considérable que la France leur offrit deux décennies durant. Quand la sécurité d'Israël paraissait menacée, la France a, avec persévérance, appelé à la fin des violences. Elle a accueilli avec une très grande satisfaction, en 1988, la renonciation par l'OLP au recours au terrorisme. Et c'est à Paris que celui qui devait devenir le Président ARAFAT a déclaré " caduque " la Charte palestinienne. C'est le même message qu'Hubert VEDRINE est venu porter en novembre 1997, en descendant à pied la rue Ben Yéhuda à Jérusalem.

Cette amitié se veut lucide. L'Histoire s'écrit aussi en de sombres chapitres, que la France veut désormais relire sans concession, y compris pour elle-même. Nous l'avons rappelé ensemble à Stockholm, le mois dernier, à l'occasion de la Conférence internationale sur l'éducation à la Shoah. Avec le Président de la République, M. Jacques Chirac, j'ai contribué à cette difficile mais indispensable tâche en reconnaissant la responsabilité de l'Etat français dans les persécutions subies en France par les Juifs pendant la guerre. Mon pays a décidé d'en tirer toutes les conséquences, de réparer les injustices, de préserver fidèlement le souvenir. La tentation renaît aujourd'hui, chez certains mouvements politiques en Europe même, de céder au lâche soulagement de l'oubli. La mémoire est donc une oeuvre qu'il faut encore, toujours, inlassablement recommencer. Car trop souvent cet oubli ouvre la voie à l'exclusion, à la haine raciale, à l'obsession de la " pureté ethnique ". Car cet oubli est celui des principes mêmes qui fondent nos démocraties.

Cette amitié exige aussi de nous la franchise. Aujourd'hui, Israël se trouve confronté à des choix difficiles, ceux qu'appelle la paix. La conviction très forte défendue par Itzakh Rabin et Shimon Peres, comme par le Président Arafat, d'échanger la paix contre la terre, et donc de permettre aux Palestiniens de se doter à terme d'un Etat indépendant, viable, démocratique et pacifique, est aujourd'hui largement acceptée. Certes, en manifestant publiquement son soutien à l'idée d'un Etat palestinien, la France est parfois accusée de préjuger du résultat des négociations sur le statut final des territoires. Mais peut-on refuser aux uns le droit que l'on a réclamé -exigé- pour les autres ?

Il faut bien comprendre pourquoi la France plaide en ce sens. Il vous appartient en effet de définir votre intérêt national et de décider comment mieux en assurer sa défense. Mais nous croyons précisément que la sécurité d'Israël réclame un Etat palestinien viable, démocratique, stable et prospère. Seul, cet Etat est en mesure de contracter et d'appliquer les accords internationaux qui assureront cette sécurité. Seul, cet Etat disposera des moyens de maintenir l'ordre public et de prévenir les risques de violence. Seul, cet Etat est à même d'offrir au peuple palestinien le développement et les perspectives que celui-ci demande.

Il reste à définir en commun les frontières et les attributs de l'Etat palestinien. Sur les questions de l'eau, de Jérusalem, des réfugiés, un accord demandera du courage, de l'imagination, de la générosité. Israël n'en manque pas. La France, avec ses partenaires de l'Union européenne, est prête à prendre toute la part que vous voudrez bien lui confier pour aider cette paix à naître et à durer.

Parce qu'il est l'ami d'Israël et qu'il compte aussi de nombreux amis dans les pays arabes, mon pays entend exercer pleinement ses responsabilités. Il apporte sa contribution à la protection des populations civiles d'Israël et du Liban dans le Groupe de surveillance qu'il co-préside avec les Etats-Unis. Il est prêt à garantir, y compris par le déploiement de forces sur le terrain, et si cela est souhaité, un accord de paix avec la Syrie et le Liban. Un tel accord permettra l'application des résolutions de l'Organisation des Nations Unies, entraînera la reconnaissance d'Israël par tous ses voisins et ouvrira la voie à un développement sans précédent de contacts et d'échanges au sein du partenariat entre l'Europe et la Méditerranée.

Car une fois la paix revenue, Israël fondera son développement, déjà impressionnant, sur une coopération résolue, avec les Etats qui l'entourent. Dans l'ensemble méditerranéen, Israël pourra compter sur la France, et sur l'Europe, pour être des partenaires fiables. N'en doutons pas, l'avenir nous rapprochera davantage encore.

C'est à cet avenir de paix, de sécurité et de prospérité pour Israël, comme à l'amitié entre nos deux peuples, que je lève mon verre, Monsieur le Premier ministre. Le Haïm !


(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 10 mars 2000)

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