Déclaration de M. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, sur les priorités en faveur de la recherche en sciences du vivant, Paris le 22 mars 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, sur les priorités en faveur de la recherche en sciences du vivant, Paris le 22 mars 2000.

Personnalité, fonction : ALLEGRE Claude.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie

Circonstances : Conférence de presse sur les sciences du vivant à Paris le 22 mars 2000

ti : Dès son arrivée, ce Gouvernement a annoncé un effort sans précédent en faveur de la recherche en sciences de la vie.
Cette décision a été confirmée lors des Conseils interministériels de la recherche scientifique et technique de 1998 et de 1999 ; ces conseils ont permis de préciser les grandes priorités de la recherche, sur le plan de l'organisation et des moyens d'intervention, comme sur celui de l'équilibre entre les grandes disciplines.

L'action volontariste du Gouvernement en matière de recherche répond à trois grandes priorités :

coordonner la recherche,
- en réorientant les missions des organismes,
- en construisant un réseau d'infrastructures scientifiques et technologiques répondant à une logique nationale,
donner une impulsion à de nouvelles thématiques de recherche, afin de répondre à la demande sociale et économique,
augmenter significativement les moyens des équipes de recherche pour favoriser cette réorientation.

C'est à un point d'étape que vous êtes conviés aujourd'hui.

Tout d'abord, je rappellerai les raisons qui ont conduit à faire de la recherche en sciences du vivant une priorité.
Les connaissances en sciences du vivant évoluent si rapidement et si massivement. Entre la découverte de la structure de l'ADN par Watson et Creek en et le décryptage, bientôt complet, du génome humain - des millions de paires de bases, d'éléments de base de la construction de l'ADN - , que de chemin parcouru en peu de temps !

Je crois que l'on peut parler de véritable révolution scientifique. La compréhension du monde vivant en est bouleversée.

Au-delà de l'accroissement des connaissances, qui est évidemment essentiel dans ce XXIème siècle où les batailles seront celles de l'intelligence et du savoir, les découvertes en sciences de la vie sont porteuses d'améliorations pour notre vie quotidienne. Ces découvertes trouvent des applications dans le domaine de la santé de l'homme, mais aussi de son alimentation et même de son environnement avec, par exemple, le traitement biologique des milieux pollués.

En plus de leurs conséquences directes sur la qualité de vie de nos concitoyens, les technologies issues des recherches sur le vivant ont un important potentiel de création de richesse et d'emplois.
Tout ceci démontre à quel point il est stratégique pour notre société de soutenir à un haut niveau la recherche en sciences du vivant et le transfert de technologies en ce domaine.

Dans le même temps, et c'est normal, la puissance des biotechnologies inquiète.
On voit bien qu'elles ouvrent des possibilités nouvelles -pour lutter contre les maladies par exemple- mais on se demande à quel prix, et si ces technologies ne risquent pas " d'échapper " au contrôle de ceux qui les auront mises en ¿uvres.
Répondre à ces inquiétudes compréhensibles de nos concitoyens, c'est une raison supplémentaire de soutenir la recherche.
Maîtriser le développement des biotechnologies tout en favorisant leur essor pour le bien de tous, c'est l'objectif du Gouvernement !

Pour mettre en ¿uvre la politique volontariste indispensable à la réalisation des objectifs du Gouvernement, il est apparu nécessaire de compléter et d'améliorer encore le dispositif de recherche existant.

Une particularité de la recherche en sciences de la vie, et qui rend plus délicate une optimisation de l'utilisation des moyens tient à la complexité de son organisation. Cette recherche est réalisée dans pas moins d'une dizaine d'organismes de recherche, autant de fondations ou associations caritatives, la totalité des universités scientifiques ou pluridisciplinaires. Elle mobilise près de 15 000 chercheurs et enseignants-chercheurs.

On conçoit alors aisément que la coordination des efforts était un élément essentiel, et c'est ce que nous avons fait !

Nous l'avons fait à travers la création du comité consultatif de coordination des sciences du vivant. Ce comité, placé auprès du directeur de la recherche, regroupe des personnalités reconnues pour leurs compétences en sciences de la vie et les responsables des principaux établissements impliqués dans ces recherches. De par sa composition, ce comité dispose d'une vision globale de l'état de la science et de ses perspectives mais aussi de la politique des établissements. Il a un pouvoir de proposition en matière d'orientation de la politique de recherche.

De façon plus directement opérationnelle, la coordination de la recherche ce sont aussi les contrats quadriennaux des organismes de recherche et des universités qui sont établis en concertation avec la direction de la recherche. De par sa mission, la direction de la recherche possède en effet les informations concernant l'ensemble des établissements de recherche. Elle est ainsi à même de d'aider chaque établissement à optimiser son plan de développement, en tenant compte des actions projetées par les autres établissements.

Le renforcement de la coordination est un élément nécessaire mais non suffisant de la politique volontariste du Gouvernement. Pour être à la hauteur de l'ampleur et de la rapidité des transformations que connaissent les sciences du vivant actuellement et ne pas rester à la traîne de la communauté internationale, il fallait également réagir vite et soutenir massivement la recherche en ce domaine.
Car désormais, la recherche en sciences du vivant a changé d'échelle. Elle nécessite des centres de ressources de dimension nationale ou internationale. Cette évolution est particulièrement remarquable pour l'étude des génomes. Par ailleurs, la biologie n'est plus isolée, son développement implique une coopération avec d'autres disciplines, l'informatique notamment. La réussite passe par des regroupements pluridisciplinaires, autour d'infrastructures complexes dotées d'équipements mi-lourds.

C'est ce que nous avons entrepris.
Des moyens considérables, 150 MF en 1999, sont alloués pour la mise en place d'un réseau de génopoles. En 1999, un appel à propositions a permis de sélectionner les premiers centres scientifiques qui, avec la Génopole d'Evry, constituent un premier maillage. Il s'agit de Lille, Montpellier, Strasbourg, Toulouse et l'Institut Pasteur de Paris.
Ce premier maillage sera complété en 2000 par Aix-Marseille, Lyon-Grenoble et la génopole Ile-de-France : le groupe des laboratoires de la Montagne Sainte Geneviève et le centre de génomique humaine de l''niversité de Paris V s'associeront à la génopole d'Evry et à l'Institut Pasteur.

Le réseau de génopoles fonctionnera comme un vaste campus virtuel grâce aux très hauts débits du réseau Renater - 2 Gigabit par seconde, dès la fin de l'année 2000 - et au renforcement de la bioinformatique, sans laquelle l'étude des génomes est désormais inconcevable.
En 1999 et 2000, ce sont 100 MF qui sont attribués à la bioinformatique :

- 15 MF ont d'ores et déjà permis d'augmenter la puissance du centre national de ressources informatiques Infobiogen,
- 45 MF ont été consacrés au renforcement des ressources informatiques du réseau des génopoles,
- en 2000, 40 MF viendront financer des développements novateurs issus de la recherche française.

Nous agissons massivement. Nous agissons aussi rapidement grâce aux nouveaux moyens d'intervention du ministère de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie : le fonds national de la science et le " nouveau " fonds de la recherche technologique. Ils permettent de compléter efficacement l'action des établissements de recherche car ils rendent possible une concentration rapide de moyens importants sur des programmes nécessitant la coopération de plusieurs organismes.

Ces deux fonds connaissent une augmentation notable. Leur total était de 620 MF en 1998 et il est de 1600 MF pour l'année 2000.
La moitié de ces financements est consacrée aux sciences du vivant, soit 810 MF.
Au total, et grâce aux efforts consentis par d'autres ministères, c'est plus d'1 milliard de francs qui est consacré aux seules sciences du vivant en 2000.
Ce financement vient doubler le soutien de base des équipes des trois principaux organismes impliqués : l'INSERM, l'INRA et le CNRS.

Le fonds national de la science et le fonds de la recherche technologique financent les actions concertées incitatives et les réseaux de recherche et d'innovation technologique.

Les actions sont conçues pour donner une impulsion dans les domaines débordant le champ habituel des organismes. C'est le cas notamment des conséquences environnementales potentielles de l'utilisation d'organismes génétiquement modifiés, c'est aussi le cas de la télémédecine et des technologies pour la santé, ou encore de la recherche sur le SIDA et le paludisme dans les pays en voie de développement.

Les réseaux de recherche et d'innovation technologique visent à la mise en place de coopérations entre le milieu de la recherche et les petites et moyennes entreprises. Le but est la mise en ¿uvre de programmes de recherche visant très directement à des transferts de technologie et le soutien de la recherche dans les PME en renforçant les liens avec les laboratoires publics.

Il existe déjà trois réseaux dans les sciences du vivant

*Génoplante, qui regroupe recherche publique et principaux groupes semenciers pour la création de nouvelles variétés végétales.
*Gen' Homme, pour la valorisation du génome humain
*Télémédecine et technologies pour la santé qui est le fruit de la réussite de l'action lancée en 1999 dans ce domaine.

En dehors des nouveaux moyens d'intervention, la priorité donnée aux sciences du vivant se retrouve dans l'évolution du financement des organismes et dans la relance de l'emploi scientifique.
Le soutien de base des laboratoires a augmenté de 17 % depuis 1997. L'objectif est d'atteindre une augmentation de 25 % en 2002 pour les équipes universitaires associées au CNRS.

L'action du ministère vise à conforter les pôles d'excellence -à travers l'augmentation du soutien de base notamment-, mais aussi à assurer le renouvellement des forces vives.
Un grand espoir naît de la mobilisation et du dynamisme des jeunes en science du vivant.

Les jeunes ont répondu massivement à l'appel d'offres " jeunes chercheurs ". Un tiers des projets sélectionnés relèvent des sciences du vivant.

Les jeunes se sont également distingués dans le concours national d'aide à la création d'entreprises lancé en 1999 par le ministère de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie. L'âge moyen des lauréats est de 35ans, 20 % ont moins de 20 ans. Un quart des projets d'entreprises couvrait le champ du vivant.

L'effort considérable consenti pour la première fois aux sciences du vivant est une nécessité qu'a bien comprise le Gouvernement actuel. Il sera poursuivi, dans une démarche de progrès maîtrisé.

Le Gouvernement est extrêmement attentif à l'évaluation et à la l'anticipation des dangers éventuels qui pourraient être liés à l'utilisation des nouvelles techniques. L'effort de recherche permettra de répondre aux attentes de nos concitoyens et aux besoins d'expertise des pouvoirs publics.
De la même façon, les aspects éthiques des recherches sont au c¿ur des préoccupations du Gouvernement, tout particulièrement lorsqu'il s'agit du vivant. J'ai ainsi demandé aux organismes de se doter de comités d'éthiques afin qu'une réflexion permanente puisse être menée.

Enfin, dans un souci de transparence, j'ai décidé que chaque responsable de programme de recherche devrait consacrer 3% de son budget à faire connaître son action aux citoyens.

Dans cette même perspective, les moyens de la mission de la culture et de l'information scientifique et technique seront renforcés.

Le ministère chargé de la Recherche se doit d'apporter sa contribution aux débats qui animent notre société et qui ont trait à la science.
Il le fait à travers l'organisation de séminaires scientifiques qui permettent de faire le point sur l'état de la science et de ses conséquences pour la société. La présidence française de l'Union européenne est l'occasion d'associer nos collègues européens à la réflexion générale sur les rapports de la science et de la société.

Il faut faire avancer d'un même pas l'évolution des connaissances, les retombées économiques des connaissances et la capacité de la société toute entière à débattre de ces questions et à choisir les retombées dont elle souhaite bénéficier.


(source http://www.education.gouv.fr, le 23 mars 2000)

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