Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur la diffusion de la littérature portugaise en France et l'action du ministère des affaires étrangères pour l'édition et la diffusion d'oeuvres littéraires françaises à l'étranger, Paris le 17 mars 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur la diffusion de la littérature portugaise en France et l'action du ministère des affaires étrangères pour l'édition et la diffusion d'oeuvres littéraires françaises à l'étranger, Paris le 17 mars 2000.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Salon du livre du 17 au 22 mars 2000 à Paris (Invité d'honneur : le Portugal)

ti : Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Grâce au XXème Salon du Livre, qui se déroule actuellement, j'ai le plaisir de vous accueillir ce soir au Quai d'Orsay, c'est-à-dire au ministère des Affaires étrangères.

D'abord, je suis très heureux que le Portugal soit l'invité d'honneur de ce salon au moment même où par ailleurs, depuis le 1er janvier dernier, ses dirigeants président avec talent et intelligence l'Union européenne. Que Serge Eyrolles et le Syndicat national de l'Edition soient remerciés de ce choix.

Il n'est guère nécessaire de rappeler ici combien les relations de la France et du Portugal sont dans tous les domaines, depuis longtemps vivaces, confiantes et chaleureuses, aujourd'hui plus que jamais. Sur le plan culturel la sympathie est réciproque mais la connaissance mutuelle était autrefois inégale.

Pendant longtemps nos amis portugais ont été de bien meilleurs lecteurs de nos ¿uvres que nous des leurs. Leur connaissance de la littérature française, et très souvent de notre langue, était admirable. De notre côté, nous ne connaissions pas assez les créateurs et les ¿uvres portugaises, ni le pays lui-même. Avec des exceptions cependant. Réécoutons Valéry Larbaud nous dire "la politesse portugaise, la douceur des m¿urs portugaises sont une réalité. Le Portugal est un pays ou on est heureux, où je crois que nous pourrions vivre agréablement. Il a pour lui le climat, les paysages, l'océan et le climat moral d'un vieux et glorieux royaume européen". Ajoutons que depuis ce texte, il y a eu la modernité, et un miracle portugais. En tout cas, ce retard a été depuis presque entièrement comblé. Grâce à des traducteurs talentueux, à des éditeurs tenaces, un grand nombre d'écrivains portugais est aujourd'hui accessible en français. Livres, revues, colloques et échanges universitaires concourent à rendre évidentes l'exceptionnelle richesse de la littérature portugaise : de Camoens à Pessoa, poètes fondateurs. De lui, un essayiste dit : "Après lui la culture portugaise a su qu'on pouvait revenir vivant du voyage au c¿ur du néant. Elle ne l'a pas oublié. Elle vit de ce merveilleux souvenir" De Fernaõ Mendes Pinto, le voyageur, à Mario de Sa-Carneiro, de Gil Vicente le dramaturge à Raul Brandao, de Florbela Espanca - la romantique - à Sophia de Mello Breyner, de Fernaõ Lopes de Castanheda l'historien à Oliveira Martins, d'Eça de Queiros le romancier à Antonio Lobo Antunes, d'Antero de Quental le polémiste engagé à Miguel Torga.

Grâce à vous, ici présents ce soir, auteurs, traducteurs, éditeurs, libraires, notre connaissance des écrivains portugais, de l'imaginaire portugais, de l'effervescence nouvelle de cette culture, ne cesse de s'étendre, et notre admiration de croître.

Aussi, en France, avions-nous jugé légitime que le Nobel consacre enfin mondialement avec José Saramago un écrivain de langue portugaise.

Que les éditeurs et les écrivains portugais, qui en cette année 2000 sont les hôtes du Salon du Livre, soient tout particulièrement remerciés d'avoir répondu à notre invitation et d'être parmi nous ce soir, pour être fêtés par le ministère des Affaires étrangères, après l'avoir été, toute la semaine, par les médias français et visités hier par les deux présidents, ce matin par les deux Premiers ministres. Un festival du Portugal à Paris en quelque sorte.

Enfin, j'ajoute que la France sera le pays thème du 1er Salon du Livre portugais en octobre prochain.

*

Mais nous n'accueillons pas ici ce soir que nos amis portugais. Mais aussi 100 libraires français du monde entier invités par le Salon du Livre à l'occasion de l'an 2000, avec le concours de France Edition et du ministère des Affaires étrangères.

Dès que Liana Lévi, présidente de France-Edition, m'a proposé de les recevoir j'ai accepté avec enthousiasme car cela me donnait l'occasion de rendre hommage à ces lieux incomparables de culture que sont ces librairies dans le monde, et où le public de ces pays trouve livres, revues et cédéroms en langue française - entre autres langues, je n'oublie pas la diversité -. D'ailleurs, un livre français sur cinq est vendu à l'étranger.

Vous le savez, le ministère des Affaires étrangères et le ministère de la Culture et de la Communication accordent aux librairies françaises à l'étranger une attention constante et leur soutien, particulièrement en cette période où la numérisation, Internet, et le livre électronique transforment l'édition et la diffusion de l'écrit, en même temps qu'elles en élargissent la perspective.

Vous êtes venus ce soir, de l'Algérie à la Turquie, du Brésil au Japon, de la Côte d'Ivoire aux Pays Bas, des Etats-Unis au Liban, répondant à l'invitation des éditeurs français et du ministère des Affaires étrangères.

Permettez-moi de vous saluer et de vous encourager, au nom de tous ceux, dont je fais partie, pour qui la lecture est une passion et les librairies des lieux magiques. Aller régulièrement dans une librairie où l'on a ses habitudes, à Paris, ailleurs en France, ou à l'étranger, en découvrir de nouvelles au hasard des voyages et des pérégrinations, fait partie de ma vie, aujourd'hui comme hier.

L'écriture n'est pas toute la culture, loin de là, mais elle est au c¿ur de son expression, de sa diffusion, inséparable depuis son apparition il y a quelques 5000 ans de la propagation de la pensée, des émotions et des rêves de l'humanité. Et, pour la France, consubstantielle à sa culture et à sa langue.

Revenons au ministère des Affaires étrangères. Sur tous ses supports, des plus traditionnels aux plus sophistiqués, l'écrit reste au c¿ur de sa vie : dépêches, télégrammes, notes, et aussi protocoles, accords, traités. Notre direction des Archives conserve à cet égard des trésors.

Sans doute le fait d'avoir compté parmi les diplomates de nombreux écrivains célèbres explique-t-il aussi l'importance que nous continuons à donner dans cette maison à notre langue, à toutes les langues, au mot juste, à la chose écrite.

Le Cardinal de Retz, Chateaubriand, Stendhal, Tocqueville, Saint-John Perse, Claudel, Giraudoux, Romain Gary parmi beaucoup d'autres, et sans compter les vivants, nous obligent.

Promouvoir l'écrit reste aussi un des principaux objets de la diplomatie culturelle que nous mettons en oeuvre, en particulier à travers notre réseau d'établissements d'enseignement, de centres culturels, de centres de recherche et de nombreux projets de coopération et d'aide au développement.

Chaque année, le ministère des Affaires étrangères enrichit le fonds d'une centaine de bibliothèques à l'étranger en leur donnant plus d'un million de livres. Il finance les missions à l'étranger et les invitations en France d'un millier d'auteurs, éditeurs, traducteurs, bibliothécaires, libraires français et étrangers.

Il apporte un soutien déterminant à des éditeurs étrangers dans soixante cinq pays afin qu'ils traduisent dans leur langue plusieurs centaines d'ouvrages, et principalement d'auteurs contemporains.

Cette politique vise à faire connaître la qualité et la diversité de la création et de la production écrites en France dans tous les domaines, Lettres, Philosophie, Arts et Sciences, actualité mais aussi faire découvrir en France des ¿uvres d'auteurs étrangers.

*

Bien sûr, Chers Amis, nous savons tous que nous vivons une époque où l'image règne en maître - et parfois en despote ? -, qu'elle obéit, en ce qui concerne sa création, sa production, sa diffusion, aux lois d'airain de l'économie globale de marché, et qu'elle modèle en retour - trop ?- la vie de nos sociétés.

Je crois néanmoins que l'écrit poursuivra son chemin, que les nouvelles technologies lui ouvriront de nouvelles carrières sans abolir les anciennes et qu'il demeurera ainsi le compagnon de nos vies car il apporte à l'homme, être de désir, de curiosité, d'interrogation et d'angoisse, un miroir d'une profondeur d'unique, des questions qui vont plus loin, des réponses qui raisonnent plus longuement en nous.

J'y crois. Et je suis sûr que ce soir, cette pensée nous réunit tous. Longue vie au livre, et aux libraires !.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 mars 2000)

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