Conférence de presse, déclarations et interview à Radio France internationale, le 27 mars, de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, sur l'état des négociations pour la paix au Proche-Orient, la préparation du sommet de la francophonie de Beyrouth et la coopération franco-libanaise, notamment en matière de cinéma, d'agriculture et de nouvelles technologies de l'information, Beyrouth les 26, 27 et 28 mars 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse, déclarations et interview à Radio France internationale, le 27 mars, de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, sur l'état des négociations pour la paix au Proche-Orient, la préparation du sommet de la francophonie de Beyrouth et la coopération franco-libanaise, notamment en matière de cinéma, d'agriculture et de nouvelles technologies de l'information, Beyrouth les 26, 27 et 28 mars 2000.

Personnalité, fonction : JOSSELIN Charles.

FRANCE. Ministre délégué à la coopération et à la francophonie

Circonstances : Voyage de M. Josselin au Liban et en Jordanie du 26 au 30 mars 2000

ti : Déclaration à la presse le 26 mars :

Q - Monsieur le Ministre, soyez le bienvenu au Liban. Quels sont les buts de votre visite ?

R - Laissez-moi d'abord vous dire le plaisir qui est le mien de revenir au Liban après presque 18 ans puisque je suis venu fin 1982 à un moment où le Liban traversait une passe difficile et je crois que je vais avoir quelques difficultés à retrouver Beyrouth tant il est vrai que beaucoup a changé dans cette ville depuis, heureusement.

Je voudrais dire aussi que cette visite va être, pour moi, l'occasion de témoigner de la constance de la politique de la France vis-à-vis du Liban dont la coopération très diversifiée que la France entretient avec le Liban est la preuve.

J'aurai et j'en suis heureux des contacts avec les plus hauts responsables de l'Etat libanais. Je verrai le président de la République, le président de la Chambre des Députés, le président du Conseil des ministres et de nombreux ministres, dont M. Beydoun que j'avais rencontré à Paris lors de son voyage et avec lequel nous avons beaucoup de choses à faire, notamment dans le domaine de la coopération culturelle. Je verrai aussi le vice-président du Conseil des ministres, ministre de l'Intérieur puisqu'il est chargé du Sommet de la Francophonie qui est un moment important dans notre histoire commune. C'est pour moi une visite qui se présente sous d'excellents auspices.


(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 mars 2000)
Toast prononcé suite au dîner offert par M. Mohammed Youssef Beydoun, ministre libanais de l'éducation nationale et de la culture le 27 mars :

Monsieur le Ministre,

Je suis entouré de collaborateurs de qualité, je ne suis pas sûr que l'allocution qui m'a été préparée se soit nourrie à la même fête poétique que la vôtre. Mais je ne fais aucun reproche à ceux qui m'ont aidé, ils ont peut être eu un souci technique peut-être un peu moins politique que le vôtre ; mais certainement, j'y insiste, moins politique.

Je voudrais d'abord vous dire très sincèrement le réel plaisir que j'éprouve à partager ce soir le pain de l'amitié, dans un cadre très exceptionnel qui nous permet d'ailleurs sur l'instant de voir les bouleversements positifs que connaissent actuellement les Beyrouthins, à l'image de ces transformations très profondes qui sont en train de révolutionner le Liban.

Lorsque je vous ai reçu l'an dernier à Paris, j'avais été impressionné par l'étendue, la richesse de votre portefeuille et il m'a fallu vous connaître un peu mieux, découvrir le passé extrêmement dense que le vôtre : chef d'entreprise, responsable de mouvement associatif, ministre en charge de divers secteurs avant d'occuper celui-là, si important que chez nous on vient d'ailleurs de l'utiliser cet après midi en séparant la Recherche de l'Education. Je voudrais d'ailleurs tout de suite vous dire ma conviction que Jack Lang sera un excellent ministre de l'Education et Roger Gérard Schwartzenberg un très bon ministre de la Recherche, d'une vraie subtilité, intelligence quand vous le connaîtrez, car je ne doute pas de réussir à le convaincre de venir lui aussi au Liban. Vous pourrez en avoir la preuve.

Vous avez raison, Monsieur le Ministre, notre amitié s'inscrit très profondément dans une histoire déjà longue, pas aussi longue que le Liban et j'ai eu un peu le vertige, cet après-midi, lorsque nous étions à Byblos. Il faut nous rappeler l'extraordinaire longueur du temps qui avait façonné ce bout de terrain où nous étions et ces strates successives. Bref il y avait devant nous 8000 ans, le Celte que je suis se dit bien que ses mairies et ses dolmens ont aussi quelques années, mais 8000 ans c'est tout à fait impressionnant, 8000 ans qui ont façonné pas seulement le rivage, pas seulement les reliefs ; mais 8000 ans pour lesquels ce morceau d'Asie a vu passer, se rassembler échanger, se battre tellement de civilisations distinctes pour arriver à ce qui nous semblait, il n'y a pas si longtemps encore, l'exemple du parfait équilibre de la coexistence organisée entre religion, pour faire du Liban ce que ceux qui le visitaient alors décrivaient comme un paradis. Et puis nous avons découvert moins brutalement, moins douloureusement que vous mais avec aussi beaucoup d'attention et, croyez le, avec une grande tristesse que même les paradis pouvaient se transformer en enfer.

Nous voulons croire que ce temps-là est définitivement révolu, que la sagesse va de nouveau prévaloir sur d'autres considérations et que les mêmes qualités qui vous ont permis d'être ce lieu d'échanges, ce lieu de culture plurielle, de diversité culturelle et Dieu sait si aujourd'hui cette expression a un sens plus fort encore. On sait, bien qu'on soit quand même un peu menacé par un mouvement inverse, on peut croire que toutes ces qualités vont, non seulement vous permettre de vous en sortir vous ; mais d'être pour le monde à nouveau un modèle à part, alors vous avez compris que je ne vais pas entrer dans les considérations techniques que nous avons parlées. J'en demande pardon à ceux qui m'ont aidé à préparer un peu cette intervention, mais je voudrais vraiment, d'abord me réjouir que le ciel soit bleu, je souhaiterais qu'il le soit aussi au moment du Sommet de la Francophonie qui peut être, et je m'en suis ouvert à plusieurs d'entre vous, un moment très privilégié pour dire à la face du monde, ce que peut être un Liban rassemblé à nouveau, réconcilié, en paix.

On peut encore espérer que d'ici là un certain nombre de choses s'arrangent et permettent que cet espoir soit devenu réalité : un Liban stable, je le disais, rassemblé, souverain et en paix avec non seulement avec lui-même mais avec ses voisins. Et je crois que si on arrive tous ensemble, et je crois qu'on le peut, les efforts qui sont accomplis à Genève hier, à Washington demain, à Paris et ici peuvent certainement y contribuer. Alors si on y arrive, quelle fête sera ce Sommet de la Francophonie ! Quel éclairage sur le Liban contemporain ! Ce qui ne nous empêchera pas de jeter un coup d'¿il dans le rétroviseur, mais en sautant très largement le temps pour retrouver vos papas : Souvenirs des Phéniciens. Bref tout ce qui a fait votre histoire et votre génie, car je suis convaincu que le Liban recèle à cet égard des qualités incomparables.

Alors, c'est avec cette espérance que je voudrais vous remercier pour votre hospitalité, vous remercier des paroles aimables que vous avez eues à mon endroit et souhaiter vraiment à toutes et à tous, à tous les Libanais beaucoup de bonheur et surtout beaucoup de paix.


(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 30 mars 2000)
Point de presse à l'issue de l'entretien avec M. Salim El Hoss, Premier ministre libanais le 27 mars :

C'est toujours avec plaisir que je rencontre la presse, mais je me dois de vous rappeler que j'ai un rendez-vous avec le président de la République dans quelques instants. Notre rencontre sera donc nécessairement brève. Je voulais redire le plaisir que j'ai de me retrouver au Liban. Je suis venu à Beyrouth, il y a longtemps déjà, au moment où la situation était difficile. Elle n'est pas totalement éclaircie. Mais au cours des entretiens que je viens d'avoir avec le Premier ministre et que j'aurai avec le président et avec certains ministres, j'aurai en tout cas l'occasion de dire combien la France entend préserver et développer ses relations d'amitié avec le Liban et mettre son expertise à la disposition des autorités libanaises pour continuer à faire progresser l'économie mais aussi l'organisation de son administration, la francophonie, son système éducatif et toutes questions pour lesquelles la France, je le répète, a décidé non seulement de mobiliser les moyens financiers mais aussi de mettre en place des capacités d'expertise qui devraient d'ailleurs, à l'occasion du Sommet de la Francophonie, l'an prochain, permettre au Liban d'apparaître dans son originalité et dans sa spécificité dans cette région du monde. Les entreprises françaises le savent bien. Elles sont nombreuses à faire le choix du Liban, convaincues qu'à partir du Liban, elles peuvent rayonner sur l'ensemble de la région.

Voilà, c'est tout ce que je voulais vous dire. Nous verrons demain, à l'occasion d'une conférence de presse que j'ai l'intention de tenir à l'issue de mes différentes visites.

Q - Monsieur le Ministre, à propos du Sommet de Genève, pourquoi, à votre avis, ce sommet n'a pas réussi ?

R - Sans doute, parce que les questions soulevées par la relation entre Israël et la Syrie sont difficiles, complexes et qu'il faudra peut-être, je le souhaite en tout cas, d'autres rencontres pour faire progresser un processus de paix auquel la France attache beaucoup d'importance et qui malheureusement ne progresse pas aussi vite que nous le voudrions. Nous continuons à espérer. Je le répète, les efforts entrepris par les uns et les autres - la France de son côté s'y emploie - finiront par faire progresser les positions des uns et des autres et permettre enfin cette paix durable que la France souhaite à cette région et qui permettra au Liban, en particulier, de retrouver une pleine stabilité et préserver, bien sûr, son indépendance.

Q - Mais en fait, Monsieur le Ministre, n'est-il pas difficile de relancer les négociations entre Israël et la Syrie à votre avis ?

R - Ecoutez, c'était hier seulement qu'il y a eu cette rencontre importante. On n'a pas encore eu trop le temps d'en faire le bilan. Souffrez que je prenne le temps d'en parler moi-même peut-être avec le président français, avec le Premier ministre, avec M. Védrine, ministre des Affaires étrangères, avant de répondre à une question aussi précise.

Je vous remercie.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 mars 2000)
Entretien avec Radio France internationale le 27 mars :

Q -Vous êtes le premier membre du gouvernement français à vous rendre au Liban après les déclarations du Premier ministre qui avaient suscité pas mal de réactions au Liban. Vos interlocuteurs vous en ont bien parlé ce matin?

R -Non, non pas vraiment. Je crois que tout le monde savait à quoi s'en tenir. Lionel Jospin s'est expliqué. L'Assemblée nationale a été l'occasion pour lui de reparler de ce voyage et de préciser mieux peut-être ce qu'il avait voulu dire, et en particulier cette conviction que l'enchaînement de la violence ne sert pas la paix. Au fond, c'était bien cela. J'ai le sentiment que nos interlocuteurs libanais ont compris. Qu'ils attachent trop de prix à l'amitié de la France et au partenariat pour ne pas souhaiter positiver cette relation.

Je viens dans le cadre d'une visite programmée avant. Le principe en avait été décidé lorsque j'avais reçu le ministre de l'Education et de la Culture, M. Beydoun. On n'avait pas précisé la date à l'époque. Il se trouve que le calendrier choisi tombe pile dans la réalité orientale. Puisque si vous mettez en ligne le voyage du Premier ministre, celui du Pape, le mien vient directement derrière, en toute modestie. J'observe surtout et aussi que dans le même temps, à Genève à l'hôtel Intercontinental, le président Clinton et le président Assad ont eu l'occasion de parler également du même dossier, car chacun voit bien que c'est un dossier global dont il s'agit et que la seule bonne paix serait une paix durable et globale pour l'ensemble de la région et c'est aussi de cela dont j'ai pu parler en demandant à mes interlocuteurs ce matin leur analyse de la situation.

Q -Elle est optimiste ?

R -L'optimisme n'est pas partagé par tous. Certains le sont davantage, d'autres le sont moins, mais tous sont convaincus qu'il faudra encore quelques efforts et de nouvelles conversations pour que l'accord de paix espéré par tous, que la France en tout cas pour sa part souhaite passionnément, finisse par aboutir.

Q - Dans un peu plus d'un an, le Sommet de la Francophonie se tiendra ici à Beyrouth, vous êtes aussi là pour commencer à préparer ce Sommet ?

R - Oui, je suis là en tant que ministre de la Coopération, donc pour parler des accords qui sont déjà mis en place, puisque le Liban, je le rappelle, a été inscrit dans la Zone de solidarité prioritaire de la France. Cela a été décidé il y a déjà quinze mois. Que l'Agence française de développement qui est notre principal opérateur en quelque sorte est déjà installée à Beyrouth. Qu'une première convention a été signée qui concerne le problème d'alimentation en eau, un dossier extrêmement sensible ici. Demain j'aurai l'occasion de signer avec le Ministre de l'Agriculture un dossier relatif au développement agricole, qui fait l'objet d'un financement spécifique. J'ai vu ce matin, comme je le disais, le ministre de l'Education avec lequel j'ai signé un accord relatif à la coproduction cinématographique, puisqu'il est aussi ministre pas seulement de l'Education mais aussi de la Culture. Puis il y a la Francophonie, le Sommet de la Francophonie. C'est vrai que c'est un moment important je crois, important pour la Francophonie.

Ce sera la première fois que la Francophonie tient son sommet dans cette partie du monde. Important aussi pour le Liban parce que cela va être un coup de projecteur qui va être donné par les télévisions du monde entier. Moncton a été un événement médiatique important et Hanoï encore plus. Je ne doute pas qu'au Liban, les médias seront au rendez-vous et vont donner en même temps une image de la Francophonie dans cette région du monde mais aussi une image du Liban avec sa spécificité, sa diversité et je pense que ce sera une bonne occasion pour parler précisément du combat engagé par la Francophonie et la France en premier rang, en faveur de la diversité culturelle et pourquoi pas évoquer à cette occasion la relation, une relation culturelle plus spécifique entre le français et l'arabe. Cela me paraîtrait intéressant de le faire à Beyrouth.


( Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 mars 2000)
Déclaration à l'issue de l'entretien avec M. Mohammed Youssef Beydoun, ministre de l'éducation nationale et de la culture le 27 mars 2000 :

Monsieur le Ministre,

Je voudrais à mon tour me réjouir de l'occasion qui m'est donnée de pouvoir à vos côtés concrétiser la volonté de la France et du Liban de resserrer leurs liens dans le domaine de la coopération culturelle, illustrant ainsi une longue amitié qui s'inscrit dans l'histoire, qui ne s'est jamais démentie et qui s'explique largement par les conditions dans lesquelles le Liban est né et qui font de nous plus que des amis, des parents. Vous êtes un peu responsables de cette visite puisque aussi bien je vous en avais fait la promesse lorsque vous êtes venus à Paris et j'ai tenu la promesse et je n'avais pas précisé le calendrier de cette visite.

J'observe que ce calendrier rejoint l'actualité. Une actualité très soutenue qui fait que les projecteurs sont de nouveau braqués sur le Moyen Orient. L'opinion internationale suit avec une attention extrême les discussions en cours, elle a attendu les résultats des conversations qui ont eu lieu hier à Genève. Elle avait suivi d'ailleurs aussi je crois cette opinion internationale globalement la visite du Pape à Jérusalem, c'est aussi un moment important dans l'histoire de cette région. Mais il est vrai aussi que nous mesurons bien que le processus de paix est loin d'être encore abouti et qu'il faudra très certainement d'autres discussions, de nouveaux efforts entrepris par les uns et les autres, et au nombre de ceux-là, je compte la France, qui a toujours et qui continue de réclamer une paix juste et durable, j'ajouterai globale pour les pays de cette région, et qui garantisse en particulier au Liban sa liberté et son intégrité. Ce qui signifie l'application des résolutions des Nations unies auxquelles vous avez fait allusion tout à l'heure. La France espère que le Liban pourra retrouver son intégrité dans le cadre d'un accord global et qu'elle sera prête le moment venu à apporter sa part pour faire respecter un tel accord.

Mais je voulais puisqu'aussi bien nous sommes chez vous, Monsieur le Ministre, rappeler que le domaine de l'éducation au sens large est aussi un champ de coopération que nous avons déjà commencé à faire fructifier.

C'est vrai sur le plan de la relation universitaire, en matière d'enseignement technique, un des chantiers, là aussi, auquel vous êtes très attaché.

Monsieur le Ministre,

C'est vrai en ce qui concerne la recherche, et puis il y a ce champ culturel que notre accord d'aujourd'hui vient ainsi de simuler. Le cinéma est un art, c'est un mode de création, c'est un mode d'échange aujourd'hui considérable. Je suis heureux que les conventions signées facilitent la coproduction donc là aussi la coopération entre nos créateurs, nos réalisateurs, nos producteurs. Je voyais à la télévision cette nuit qu'il y a un festival du film arabe, je crois le premier, qui est entrain de se dérouler, bientôt Cannes va être un moment important aussi pour recevoir le cinéma du monde entier.

Je souhaite vraiment que notre convention, d'abord grâce à nos amis de la presse, soit connue de façon à inciter tous ceux qui ont envie de coopérer au Liban et en France pour produire, réaliser, faire rêver, faciliter aussi l'échange, donc la compréhension, donc le rapprochement des civilisations soit au rendez-vous. J'espère enfin que le Sommet de la Francophonie, dans un an, plus maintenant, octobre prochain sera un temps fort de notre relation et permettra, là encore, au Liban de faire valoir toute sa diversité propre et sa contribution à la diversité culturelle. C'est ce que nous attendons aussi de nos amis libanais. Je vous remercie.


( Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 mars 2000)
Déclaration devant la société libanaise et la communauté française le 27 mars :

Monsieur le Ministre,

Messeigneurs,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Mes premiers mots seront pour remercier Monsieur l'Ambassadeur et Madame Lecourtier pour cette invitation qu'ils vous ont adressée et qui me permet de vous rencontrer ce soir, mêlé j'en suis heureux, à la société libanaise et la communauté française.

Laissez-moi le plaisir que j'éprouve en retrouvant le Liban et surtout en redécouvrant une Résidence des Pins, dont la rénovation témoigne des progrès que le Liban aura connus au cours de ces dernières années. Quand j'y suis passé en 1983, les sacs de sable enserraient cette résidence, notre ambassadeur était réfugié à Baabda et la Place des Canons était un champ de bataille.

Cette visite était programmée depuis déjà plusieurs mois. J'en avais fait la promesse à M. le Ministre Beydoun lorsqu'il était venu à Paris. Il était temps. Il était normal que le ministre de la Coopération vienne rencontrer les partenaires libanais avec lesquels nous développons toute une gamme de projets, qui sont, pour nous, des partenaires, qu'il s'agisse des dossiers touchant le développement de l'agriculture, à cette question essentielle de l'eau, à la réorganisation, à la modernisation des structures de votre administration, qu'il s'agisse surtout du champ de la coopération culturelle, linguistique auquel le ministre de la Francophonie a été particulièrement sensible.

Sensible aussi à cet événement majeur que va représenter l'an prochain le Sommet de la Francophonie et qui va voir réunir à Beyrouth cinquante deux chefs d'Etat et de gouvernement et qui offre une occasion incomparable à la fois de dire au monde ce qu'est la Francophonie, ses ambitions, pas seulement linguistiques, de civilisation, de culture, de démocratie et l'occasion aussi de donner aussi un coup de projecteur extraordinairement positif sur le Liban. Un Liban qui illustre cette diversité culturelle, qui est précisément une des grandes ambitions de la Francophonie.

J'aurai eu aujourd'hui, j'aurai encore demain des rencontres techniques avec M. le Ministre. Je suis heureux de saluer de nouveau, ce soir, tous ceux que je viens de rencontrer. J'aurai eu bien sûr aussi des entretiens plus politiques. J'ai rencontré ce matin, le président Lahoud, le Premier ministre. Je verrai demain le président de l'Assemblée nationale, M. Nabih Berry. Ce sera bien sûr, cela a déjà été l'occasion aujourd'hui, d'évoquer une actualité qui braque de nouveau ses projecteurs vers le Moyen-Orient, où l'on a la visite du Pape à Jérusalem, où l'on a aussi une rencontre qui n'a pas sans doute produit tous les effets qu'on pouvait en attendre entre le président Clinton et le président Hafez El Assad. Mais si cette rencontre n'a pas encore permis de faire progresser comme nous l'aurions voulu le processus de paix, elle était un signe positif. Je veux d'ailleurs dire combien nous avons apprécié le rôle que le président Clinton a joué et joue pour faire progresser la paix. La France aussi, et depuis de longs mois, s'efforce sur toutes les scènes internationales, dans les contacts publics latéraux, parfois plus discrets que notre président, que notre Premier ministre, que notre ministre des Affaires étrangères et moi-même modestement pouvons avoir. C'est peut-être pour moi l'occasion de rappeler que la France entend réaffirmer l'espoir d'une paix durable, globale pour les pays de cette région, une paix qui garantisse enfin et pour longtemps la souveraineté et l'intégrité du Liban.

J'aurai eu en tout cas à l'occasion de cette visite l'occasion d'entendre et répéter par tous les interlocuteurs la volonté des Libanais d'avoir avec la France une relation non seulement amicale mais j'oserais dire presque familiale et je le dis à la Résidence des Pins, nous savons le rôle qu'elle a joué dans l'indépendance du Liban. La France entend non seulement préserver mais développer encore cette relation, être aux côtés du Liban dans les efforts qui sont entrepris pour son développement, pour sa stabilité, pour la bonne relation entre les communautés qui le composent. J'aurai demain matin, le plaisir de participer au colloque sur les nouvelles technologies prévu à l'Ecole supérieure des Affaires qui est aujourd'hui une bonne illustration de la coopération très vivante, très vivace entre le Liban et la France.

Je voudrais dire à la communauté française des pensées particulières que m'inspire notre rencontre, rappeler à cette communauté que c'est elle qui fait la présence française au Liban, plus encore que les diplomates qui m'entourent, adresser peut-être un signe particulier, les autres me pardonneront, aux Bretons que j'ai eu le plaisir à retrouver. Dire aux Bretons que j'ai apprécié de retrouver à Byblos le souvenir de M. Renan qui a inventé Byblos et souhaiter surtout à toutes et à tous de vivre à Beyrouth, de vivre au Liban en pleine amitié.

Juste un mot. Pour réparer l'oubli, j'ai avec moi dans une délégation nombreuse, je n'en citerai pas tous les membres, mais je voulais rappeler que je suis accompagné d'un député français, M. Rochebloine, de Saint-Chamond, ville qui a illustré pendant de longues années le maire qui était Antoine Pinay. Je suis heureux qu'il ait pu m'accompagner, il s'intéresse depuis longtemps au Liban et c'est aussi un témoignage de plus de la volonté française d'être proche de votre pays.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 30 mars 2000)
Déclaration à l'issue de l'entretien avec M. Michel El-Murr, vice-Premier ministre, ministre de l'intérieur, le 27 mars :

Nous venons, vous l'aurez deviné, de parler un sujet qui me tient à coeur en tant que ministre de la Francophonie et qui évidemment intéresse de très près le ministre de l'Intérieur, vice-Premier ministre, El Murr, parce qu'il est chargé de l'organisation de ce Sommet de la Francophonie, qui devrait dans notre esprit être un moment important à la fois, un coup de projecteur sur la réalité de la Francophonie, ce qu'elle représente dans le monde aujourd'hui, les batailles engagées pour la diversité culturelles et puis un coup de projecteur sur le Liban. Je ne doute pas que cet événement sera suivi par beaucoup de vos confrères et par vous mêmes et nous souhaitons bien sûr que tout soit mis en oeuvre pour assurer le plein succès de ce Sommet à la fois pour la Francophonie et pour le Liban.

Q - Monsieur Josselin comment pouvez-vous définir les relations libano-françaises en ce moment, surtout après les dernières déclarations de M. Jospin en Israël?

R - Je crois maintenant que tout cela a été expliqué et commenté de la part des autorités libanaises comme des autres autorités qui s'étaient senties concernées. Le président Chirac a fait passer lui - même un certain nombre de messages et le Premier ministre, M. Jospin a eu l'occasion de s'expliquer, notamment à l'Assemblée nationale, parce qu'il a été questionné sur son voyage. Je crois que les choses maintenant sont totalement normalisées. J'en suis heureux parce que la France n'a en aucun moment voulu donner des signaux qui auraient pu être négatifs au Liban. Nous sommes amis du Liban, de son peuple et de ses dirigeants et on a bien envie que cela dure longtemps.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 mars 2000)
Déclaration à l'Ecole supérieure des affaires de Beyrouth, le 28 mars :

Monsieur le Ministre,

Monsieur l'Ambassadeur,

Monsieur le Directeur général,

Mesdames et Messieurs,

Laissez-moi vous dire tout d'abord le très vif plaisir que je ressens à inaugurer cette rencontre franco-libanaise sur la société de l'information. Un regret, la variété et la densité de mes entretiens m'empêchera de m'attarder autant que je l'aurais souhaité parmi vous. Mais faut-il s'en étonner ? Le "marathon" que je mène ces deux jours à Beyrouth reflète à l'évidence la richesse des liens de coopération unissant nos deux pays. Et le ministre en charge de la francophonie que je suis mesure chaque jour un peu plus combien sont multiples et complexes les facettes de celle-ci .

Avec les plus hautes autorités de la République libanaise, j'ai en particulier discuté de la préparation du Sommet de la francophonie, qui réunira à Beyrouth l'an prochain les représentants des 55 pays ou gouvernements ayant le français en partage, soit approximativement le quart de notre planète. Je gage qu'un tel événement sera pour un Liban reconstruit à nouveau rassemblé une formidable opportunité de communiquer alors avec le monde entier pour le convaincre , pour le séduire.

Avec Mohammed Youssef Beydoun, c'est la facette également traditionnelle de la francophonie au sens linguistique et culturel que j'ai évoquée. Traditionnelle, mais incontournable, car comment préserver un espace de la francophonie si l'apprentissage de la langue française n'est pas assuré dans de bonnes conditions, par un corps de professeurs compétents et respectés ? Comment aussi donner à cette langue et aux expressions culturelles qu'elle véhicule la diffusion et l'audience qu'elles méritent sans se donner la pleine maîtrise de moyens audiovisuels qui, plus encore que l'école républicaine, permettent de s'affranchir des obstacles géographiques et des cloisonnements sociaux ? C'est un dossier qui sera au centre de mes entretiens de cet après-midi avec les responsables du secteur audiovisuel et le ministre de l'Information M. Anouar El-Khalil.

Mais c'est une facette peut-être plus inattendue de la francophonie qui me vaut de me trouver ici, à l'Ecole supérieure des Affaires, dans ce "domaine Clémenceau" qui abritait autrefois notre Ambassade au Liban. Saluons le lieu tout d'abord : l'ESA, inaugurée il y a seulement trois ans, a déjà fait la preuve de sa réussite et formé plus de quatre cents élèves, dans un domaine, la gestion, où il est de bon ton de vanter les méthodes anglo-saxonnes. Voici bien la preuve qu'une francophonie active, moderne, peut s'avérer concurrentielle, pour peu qu'elle se libère de quelques complexes et renonce à quelques clichés.

Et je ne suis pas insensible, Monsieur le Ministre, au fait que, vous qui avez enseigné dans les plus prestigieuses écoles européennes et américaines, vous soyez l'un des principaux soutiens de cette jeune institution. C'est que je n'imagine pas notre action en faveur de la francophonie comme isolée d'un effort plus général de préservation du pluralisme culturel et linguistique à l'échelle de la planète : il y a donc une stratégie coopérative à entretenir avec d'autres grandes familles linguistiques, l'arabe bien entendu. Il y a bien sûr un rapport à entretenir avec l'anglais, une grande langue de modernité et de communication, afin de développer le trilinguisme, un atout majeur à la disposition des Libanais.

Ce que nous voulons, c'est le développement des expressions et des cultures, qui passe par ce que j'appellerai une "grammaire" des langues, et non pas un combat d'arrière-garde qui viserait à la préservation nostalgique de "prés carrés" linguistiques.

Ce qui suscite mon admiration, c'est ce génie libanais qui, toujours, a su s'approprier langues et cultures pour mieux exprimer son identité nationale. C'est ce Liban qui, au XIXème siècle, est le pays ferment de la "nahda" ou renaissance arabe ; c'est ce Liban qui, aujourd'hui, est l'un des pays phares de la francophonie et utilise la langue française pour traduire une pensée et une culture libanaises. La langue n'est pas ici, comme parfois au Maghreb, un objet de débat, voire un instrument de division, elle est une source d'enrichissement, dans tous les sens de ce mot.

Mesdames et Messieurs, ces propos liminaires font déjà ressortir la dimension essentielle de la francophonie ici au Liban comme espace de solidarité, mais je veux ajouter que ce colloque consacré aux nouvelles technologies est pour moi une occasion privilégiée de témoigner de l'amitié que nous portons au Liban et de notre conviction que cette grande nation peut et doit tenir une place particulière dans un Proche-Orient en paix qui retrouve sa vocation historique de région d'échange et de culture.

Or il me semble que le "génie" libanais que j'évoquais tout à l'heure a pleinement vocation à s'exprimer une fois de plus dans le contexte de profonde mutation, tant économique que culturelle, induit par l'apparition des "nouvelles technologies". Nous sommes aujourd'hui, nous le sentons bien et nous en voyons de nouveaux indices tous les jours, au seuil d'une nouvelle révolution technologique, c'est-à-dire aussi d'une révolution de société d'où sortira une nouvelle répartition des savoirs et des richesses. Et dans ce type de contexte toujours incertain, qui exige en retour lucidité et audace, il faut savoir ne pas "rater le coche" : sans doute me pardonnerez-vous la trivialité apparente de cette expression si je vous rappelle qu'au milieu du siècle dernier, un certain nombre de villes françaises, et non des moindres, ont refusé le chemin de fer et par-là même signé un déclin inéluctable face à d'autres villes plus avisées.

Encore faudrait-il ajouter que les révolutions technologiques liées à l'information sont les plus redoutables, parce que les plus difficiles à appréhender. La découverte de l'écriture en est un exemple, que je ne cite pas seulement parce que la Phénicie antique en est l'un des berceaux. Avant même le développement de la "galaxie Gutenberg" liée à la découverte de l'imprimerie, il est des révolutions de l'information moins connues, mais tout aussi cruciales. Pour ma part, j'aime citer celle relevée par Saint-Augustin, peut-être parce que né à Bône, il est un grand homme du Maghreb, une région du monde qui m'est également chère. Dans ses confessions, Augustin note, pour s'en étonner, qu'Ambroise, évêque de Milan, avait pour coutume de lire, je cite, "sans bouger les lèvres".

Autrement dit, Ambroise a inventé la lecture intérieure - ou silencieuse - dans une société antique où la pratique était de lire à voix haute. C'est un développement considérable des potentialités offertes par l'écriture à la communication entre les hommes, car allez imaginer une bibliothèque où tous les lecteurs liraient à voix haute : ce serait une ruche bourdonnante assez peu productive... Le livre imprimé, à son tour, ouvre à la communication de nouveaux horizons, je pourrai presque dire de "nouvelles Amériques" en jouant sur la coïncidence chronologique. Et nous voici maintenant devant une révolution dont nous pressentons qu'elle est d'une ampleur d'ores et déjà sans précédent : celle du numérique, de la transmission satellitaire, du "réseau des réseaux" offert par Internet.

Il est pour moi évident que le Liban a une vocation éminente à devenir dans ce domaine un des pays de pointe de la région. Pays de penseurs et d'artistes, de commerçants et de banquiers, pays de diaspora également, pays situé à la confluence de deux bassins linguistiques de première importance, je veux parler des mondes arabophone et francophone, le Liban se caractérise par le haut niveau d'instruction de sa population, laquelle s'avère également très réceptive aux nouvelles technologies - si j'en juge notamment par l'étonnante passion des Beyrouthins pour l'usage du téléphone portable...

Je me garderai bien entendu d'engager un propos technique : ce n'est pas le rôle des politiques et la journée qui commence donnera la parole aux experts et aux praticiens. Ils sont venus nombreux, tant du côté des entreprises libanaises que de leurs homologues françaises : je les salue, comme je remercie le directeur général de l'ESA d'avoir si diligemment et soigneusement organisé cette manifestation. Je suis heureux qu'elle soit l'occasion, pour nous Français, de montrer ce que nous sommes capables de faire, de communiquer l'état de nos réflexions sur l'avènement de la société de l'information et ses multiples conséquences. Je sais que le profit sera partagé, car les "jeunes pousses" libanaises - c'est, me dit-on, le résultat des travaux de nos commissions de terminologie pour traduire les "start-up" - n'ont pas attendu cette journée pour croître et se multiplier.

Mesdames et Messieurs,

Après Nasser Saidi, je souhaite une pleine réussite à vos travaux. Soyez assurés qu'au-delà des partenariats que, peut-être, cette journée vous permettra de nouer entre entreprises, l'état de vos réflexions sera examiné avec attention par tous les responsables concernés.

Je vous remercie.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 mars 2000)
Déclaration à l'issue de l'entretien avec M. Sleiman Frangie, ministre de l'agriculture, le 28 mars :

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs

J'ai pu ajouter à la présentation que vous venez de faire des actions qui vont être entreprises dans le cadre de cette coopération. Je voudrais simplement souligner l'importance que l'agriculture a dans nos actions de coopération - l'agriculture et l'eau qui sont deux éléments, qui souvent sont liés lorsqu'on parle d'agriculture -, rappeler que notre coopération s'exerce à la fois sur le terrain et on en aura la preuve à travers les deux actions qui ont été décidées, ce matin, dans le Metn et dans la Bekaa dans un cas pour encourager la restructuration et l'organisation des agriculteurs, dans l'autre pour développer les cultures de substitution ou cultures illicites, je rappelle aussi que nous intervenons en appui auprès des universités, l'Université Saint-Joseph, je sais que c'est le cas ; mais aussi l'Université libanaise et également l'Université Saint-Esprit de Kaslik qui ont chacune une Faculté d'Agronomie, auprès de l'Institut de recherche agronomique libanais également qui est un de nos partenaires et qui vient d'ailleurs de signer un accord avec l'Institut national de recherche agronomique français ; mais il me semble que ce matin que c'est surtout sur les actions de développement qu'il faut mettre l'accent, tout cela avec l'ambition de permettre à l'agriculture libanaise d'affronter dans de bonnes conditions les accords de libre échange qui sont en train de se préparer, qui devraient intervenir aux environs de 2010, autrement dit les agriculteurs libanais ont dix ans pour se préparer ; mais dix ans c'est très vite passé, je crois qu'il est important qu'ils puissent avec notre appui faire les efforts nécessaires pour donner à leur agriculture la qualité, l'efficacité nécessaire.

Je suis très heureux d'être aux côtés du ministre Frangié dans cette circonstance et je lui souhaite ainsi qu'à toute son équipe, bonne chance pour les actions qu'il entreprend.


(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 30 mars 2000)
Conférence de presse du 28 mars :

Je vous dois d'abord des excuses pour ce retard, mais l'agenda était un peu tendu et c'est toujours les derniers rendez-vous qui prennent parfois plus de temps, surtout lorsqu'on a l'ambition de conclure. C'était le cas tout à l'heure avec le ministre de l'Information, et si je vous rejoins avec une heure de retard, c'est parce que nous souhaitions lui et moi concrétiser notre entretien par la signature d'un accord prenant en perspective le développement de la Francophonie sur les ondes et sur les écrans libanais et en particulier en préparation du sommet de Beyrouth, prévu en octobre de l'an prochain.

Mesdames et Messieurs, merci d'être venus à ce rendez-vous. Je voudrais en quelques instants vous restituer ma visite et puis répondre aux questions que vous allez me poser, sachant que M. l'Ambassadeur Lecourtier est également à votre disposition pour répondre lui-même aux questions auxquelles je ne pourrais pas, je n'ose pas dire auxquelles je ne voudrais pas répondre.

Ma visite était, je l'ai déjà dit en arrivant à l'aéroport, pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, programmée depuis déjà plusieurs mois dans son principe, et plusieurs semaines dans son calendrier. Il était temps, il était normal que le ministre chargé de la Coopération vienne sur place rencontrer les diplomates français et plus généralement celles et ceux qui ont en charge la mise en oeuvre de cette coopération, rencontrer surtout nos partenaires libanais pour parler de leurs problèmes, de leurs projets et puis concrétiser cette coopération par un certain nombre d'accords qui avaient été préparés auparavant.

C'est ainsi que j'ai pu, avec le ministre de l'Education et de la Culture, M. Beydoun, signer une convention destinée à encourager la co-production cinématographique. Pour prendre un exemple bien particulier, j'ai pu ce matin, avec le ministre Frangié, signer là encore deux documents destinés à promouvoir le développement agricole dans le Metn et dans la Békaa, que j'ai eu aussi d'autres discussions sur les problèmes de l'eau avec M. Traboulsi, entre autres exemples. Bien évidemment, j'ai beaucoup parlé avec le ministre M. El-Murr de la préparation du Sommet de la Francophonie, puisqu'il en est chargé par le gouvernement libanais, et puis j'ai eu la possibilité de parler de problèmes plus généraux auxquels doit faire face le Liban : de l'actualité diplomatique, politique, avec le président, M. Lahoud, le Premier ministre M. El-Hoss et ce matin avec le président de l'Assemblée nationale, M. Nabih Berry. J'avais d'ailleurs avec M. Beydoun parlé également de ces problèmes plus généraux et pas seulement, même si c'est important, de son domaine qui est celui de l'Education, de la Culture et de la Jeunesse et des Sports.

Que dire encore ? Que je crois avoir été entendu par tous mes interlocuteurs quand j'ai dit la volonté de la France de préserver, de développer ses relations de coopération et d'amitié avec le Liban, quand j'ai dit que la France était aux côtés du Liban, qu'elle partage la même espérance que les Libanais d'un Etat stable, souverain, qu'elle milite pour une paix durable, globale, dans l'ensemble des pays de la région, qu'elle soutient l'application des résolutions des Nations unies, les fameuses résolutions 242 et 425, qu'elle préfère que le retrait des troupes israéliennes se fasse dans le cadre d'un accord global, toutes positions qui étaient déjà connues, mais qu'il était bon, je crois, de rappeler au cas où certains auraient pu en douter.

Que dire encore ? Que mon voyage a rejoint une actualité chargée pour le Moyen-Orient, la visite du Pape à Jérusalem, la rencontre à Genève du président Clinton et du président Hafez El-Assad, rencontre attendue, espérée, dont les effets méritent probablement d'être encore évalués, mais une rencontre qui sera, pensons-nous, suivie d'autres rencontres, permettant de faire progresser un processus de paix auquel la France est particulièrement attachée et en faveur duquel elle milite de son côté.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les axes de cette visite que je viens d'effectuer, trop brève - deux jours -, mais j'ai l'espoir de revenir. J'ai pu en tout cas observer en redécouvrant Beyrouth que la reconstruction du Liban a commencé, celle de Beyrouth incontestablement plus qu'une reconstruction, une restauration, à certains égards un bouleversement. J'avais en juillet 1983 - pardon pour l'erreur de date commise lors de mon arrivée ; c'était en 1983 j'en ai retrouvé la trace à Byblos -, que j'étais pour la première fois venu à Beyrouth : je venais alors en ma qualité de rapporteur du budget de la Culture à la commission des Finances de l'Assemblée nationale, pour voir la situation du patrimoine français au Liban.

J'ai eu l'occasion déjà de le rappeler, la Résidence des Pins était une casemate et la Place des Canons un champ de bataille. J'ai pu observer que l'une et l'autre ont fort heureusement connu des travaux de rénovation considérables qui permettent d'y vivre autrement. Je souhaite que d'ici l'automne 2001, cette transformation positive de Beyrouth continue, afin que le Liban puisse offrir aux médias du monde entier, réunis à l'occasion du sommet de la francophonie, une image positive d'un pays en paix, rassemblé, capable d'offrir l'exemple d'une diversité culturelle, pleinement assumée, mais pacifiquement assumée, une paix entre Libanais, et, je l'espère bien, une paix des Libanais avec tous les autres. Je suis maintenant, si vous le voulez, à votre disposition pour répondre aux questions que vous auriez à me poser.

Q - Vous avez parlé du retrait des troupes israéliennes, vous avez dit que vous préférez que cela se fasse dans le cadre d'un accord global. Le gouvernement israélien a accepté aujourd'hui que des troupes françaises ou des troupes multinationales se redéploient sur les frontières libanaises dans le cas d'un retrait. Qu'avez-vous à commenter sur cela ?

R - Vous m'en faites l'annonce, pardonnez-moi, donc avant de commenter une information que je découvre, laissez-moi le temps d'une brève respiration. Est-ce que je peux vous demander de préciser la nature de l'information ?

Q - ... C'est une dépêche, je crois que c'est M. Levy qui avait parlé, le ministre des Affaires étrangères, c'était soit lui soit M. Barak, je ne sais plus très bien, et il avait annoncé que le gouvernement israélien acceptait que des troupes françaises ou des troupes multinationales remplacent les troupes israéliennes au Sud-Liban dans le cas d'un retrait

R - ... Vous ne m'avez pas dit que la France acceptait la proposition, vous exprimez le souhait des Israéliens. ¿ Est-ce que la France accepterait une proposition pareille ?... Autorisez-moi d'en parler un peu demain avec le président Chirac, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères.

Q - Monsieur le Ministre, quelle Francophonie pour le XXIème siècle, tel est le titre choisi pour le concours et le prix Charles Helou qui a tant ¿uvré pour la Francophonie de par le monde, en France et au Liban puisqu'il était ancien chef d'Etat, comme vous le savez, et également bien sûr président d'honneur de l'Association parlementaire en langue française. Quelle est, Monsieur le Ministre, votre vision des choses, quel est l'enjeu de la Francophonie alors que notre planète se heurte à pas mal de problèmes. Et qu'en est-il des préparatifs du Sommet francophone au Liban ?

R - D'abord il s'agit d'une Francophonie d'ouverture, le temps est révolu où le combat francophone signifiait une défense d'une citadelle assiégée essayant de préserver des espaces où le français était la langue exclusive. La Francophonie aujourd'hui c'est la volonté de lutter pour une diversité culturelle qui me paraît essentielle et qui est le nécessaire contrepoint de la mondialisation ou de la globalisation comme on dit. La Francophonie, c'est une mobilisation de moyens dans un cadre multilatéral pour permettre à ceux qui le veulent de partager notre langue, d'approcher notre culture, mais aussi de partager certaines valeurs. D'où l'importance que la Francophonie attache à la réflexion entre francophones, j'allais dire entre amis, sur des questions parfois délicates, parfois difficiles, comme la démocratie, les Droits de l'Homme, l'alternance politique. La Francophonie, c'est la possibilité de répondre à l'appétence des Français qui s'expriment à partir de pays qui étaient classés anglophones, lusophones, hispanophones. Mais la Francophonie sait comprendre que des pays classés francophones puissent avoir envie aussi d'échanger avec d'autres cultures, avec d'autres langues, voire de les partager. Beyrouth, de ce point de vue, est, je crois, un lieu particulièrement bien choisi pour parler de cette Francophonie-là, qui se veut un avenir et pas un souvenir, j'y insiste aussi et ce n'est pas pour rien que nous avons à Moncton, au Canada, associé la jeunesse à l'événement. J'espère bien que la jeunesse sera aussi au rendez-vous que le Liban nous donne en octobre de l'année prochaine.

Quant à l'état de préparation, je crois que les capacités d'accueil de Beyrouth continuent de se développer. Elles seront certainement prêtes l'an prochain, il reste encore un peu de temps et je vois ici ou là de nouveaux hôtels, qui viennent d'ouvrir ou sont en train de pousser, donc nous sommes optimistes quant au lieu de congrès et de réunion. Là aussi je sais que les choses ont été largement calculées, y compris pour l'accueil de la presse, et nous en parlons avec un peu d'insistance car, sans vouloir jeter la pierre à nos amis canadiens, il n'est pas sûr que la presse à Moncton ait eu le sentiment de disposer de l'espace nécessaire ni des entrées nécessaires. Nous souhaitons, et je l'ai dit à nos amis libanais, que la presse puisse être totalement présente, y compris à l'intérieur du sommet et pas seulement à l'extérieur. Voilà ce que je voulais dire, il nous reste à travailler sur les thèmes pour faire en sorte que les réflexions des chefs d'Etat puissent être préalablement nourries de la nôtre, c'est la règle du jeu en général. Ca ne veut pas dire qu'ils sont capables eux-mêmes de réflexion. Voilà en réponse à cette question sur la Francophonie.

Q - Monsieur le Ministre, pour revenir à la question de la paix, justement la déclaration qui a été faite par le ministre israélien des Affaires étrangères sur l'acceptation d'un déploiement des forces françaises nous rappelle la proposition qui a été faite au Parlement libanais lors de la visite de M. Chirac. Est-ce que, au cours de vos entretiens avec les responsables libanais, vous avez évoqué les formes de soutien ou d'aide française dans le cadre d'un accord de paix ?

R - Je ne peux là que confirmer ce que le président Chirac disait alors et ce que le Premier ministre lui-même a rappelé à l'Assemblée nationale lorsqu'il a été questionné il y a quelques semaines à la suite de son voyage en Palestine et en Israël. La France souhaite qu'un accord global intervienne et elle a dit que dans ce cadre-là, elle était disposée à participer à la mise en oeuvre d'un tel accord et y apporter en quelque sorte sa propre garantie, je ne peux pas commenter plus qu'une telle déclaration de principe car il faudrait que les conditions d'un accord global soient réunies, elles ne le sont pas encore. Nous espérons qu'elles le seront, et il est clair en outre que la participation de la France sera liée aux demandes précises qui pourraient nous être faites par les différents acteurs de cet accord global. Donc, en l'état actuel, je le répète, de nos informations et de la situation telle qu'on peut l'apprécier, je ne peux pas être plus précis dans ma réponse, mais la France sera au rendez-vous de la paix en quelque sorte.

Q - Monsieur le Ministre, en tant que membre du gouvernement, jusqu'à quel point vous sentez-vous engagé par les propos tenus à Jérusalem par le Premier ministre français Lionel Jospin ?

R - Dès lors que le Premier ministre français a voulu dire très simplement que lorsqu'un processus de paix était en marche, il n'était pas sûr que l'enchaînement de la violence serve la paix, je suis d'accord avec lui, et j'espère bien que la paix, j'y insiste, finira par s'imposer.

Q - Vous avez dit que la France soutient la paix dans la région et milite pour rétablir cette paix, est-ce que vous pensez qu'un accord de paix a encore une chance d'être conclu, après la rencontre de M. Clinton et de M. Assad ?

R - Je sais que de nombreux commentateurs ont déjà titré "échec" à Genève. Peut-être parce que je suis un optimiste incorrigible, peut-être aussi parce que je crois que cet objectif de paix est trop important pour qu'on puisse se satisfaire d'une seule rencontre pour décider qu'elle n'aura pas lieu, la paix, moi j'espère, je le répète, que les efforts entrepris vont se poursuivre, y compris ceux de M. Clinton. Je suis convaincu qu'il ne va pas lui-même se satisfaire de ce résultat-là, je suis convaincu que d'autres rencontres vont avoir lieu, qui vont continuer à promouvoir le processus de paix ; j'espère encore qu'il interviendra, je suis même assez optimiste, pour souhaiter que le retrait dont on parlait tout à l'heure, intervienne. Il reste encore quelques mois, c'est beaucoup si les volontés sont au rendez-vous, pour que ce retrait se fasse dans le cadre d'un accord global que nous avons nous-mêmes préféré.

Q - Excusez-moi, je me permets de reprendre encore une fois le micro parce que, comme nous sommes à la télé, nous avons quand même une particularité à Télé Liban, puisqu'il y a le Canal 9, qui renaît de ses cendres. Monsieur le Ministre, vous avez eu un entretien avec le ministre de l'Information. Qu'en est-il donc de la Francophonie des émissions à la radio et à la télé, qui était quand même un petit peu en voie de disparition, ça nous intéresse particulièrement, si vous le permettez...

R - Je ne vais pas là vous présenter la grille des programmes, on n'en est pas là, ni le budget de fonctionnement des programmes francophones. Je peux simplement vous dire que la France est désireuse d'aider le Liban à se doter à la fois au niveau de sa radio, à la fois au niveau de sa télévision, à la fois au niveau de l'agence nationale d'information, des moyens en équipements, en gestion, permettant une meilleure présence des programmes francophones au Liban. Et nous le souhaitons en perspective du sommet mais nous espérons bien que ce sera de manière durable. Sur le principe, nous sommes d'accord, les moyens de financement ont commencé d'être réunis, ils ne sont pas négligeables, je ne vous les afficherai pas, donc ne me posez pas la question, mais vous le saurez le moment venu, c'est important.

Il faut laisser aux experts qui vont venir très vite rencontrer leurs homologues libanais, le soin de préciser les conditions d'application de l'accord, la part d'assistance technique par exemple, à ce que pourrait être une chaîne francophone, si c'est ce choix-là, la reconnaissance comme vous disiez de Canal 9, dont j'ai compris que ce n'était pas un canal au sens technique du terme mais en fait un programme francophone. Dans ce cas, j'espère bien que les invités du sommet pourront "zapper" comme on dit en bonne Francophonie et trouver des programmes francophones, plus nombreux qu'aujourd'hui.

Q - Monsieur le Ministre, vous me permettez de revenir à la charge sur la question de la frontière, des garanties qui pourraient être données aux uns et aux autres en cas de retrait. Mais cette fois-ci, contrairement à mes camarades libanais, je poserai la question d'un retrait unilatéral, sachant, comme vous l'avez dit tout à l'heure, que la France est attachée à l'application de la résolution 425 et que la France a en plus également environ 200 soldats dans la FINUL actuellement. Donc, est-ce que vous avez eu l'occasion de parler avec les responsables libanais de la résolution 425 et de son application qui prévoit notamment dans la résolution annexe 426, la pleine coopération des pays des deux côtés de la frontière, c'est-à-dire également du Liban, ce qui veut dire que si la question se posait d'un retrait unilatéral israélien, l'application de la 425 s'imposerait et est-ce que la France a des garanties quant à l'attitude du Liban ?

R - Je n'avais pas mandat pour parler de cette question que nous n'avons évoquée en tout cas dans son détail avec aucun de mes interlocuteurs. Donc, c'est le moment venu, je le répète, qu'il faudra que les autorités françaises compétentes en l'occurrence pour une question comme celle-là - il s'agit d'une responsabilité partagée entre le président de la République, le Premier ministre et le ministre de la Défense nationale, des Affaires étrangères : que la France décidera de sa position.

Q - Cela ne va pas être sur le retrait cette fois, vous avez rencontré...

R - ... Non, mais vous pouvez me parler du retrait, vous savez ce qui est bien, ce qui facilite le dialogue entre nous, c'est que vous pouvez me poser toutes questions.

Q - Et vous pouvez ne pas répondre...

R - Et je peux ne pas répondre, c'est ça qui est bien...

Q - Vous avez parlé de votre rencontre avec le ministre de l'Information, M. Anouar El-Khalil, et vous avez parlé d'une possibilité de concrétiser un accord ou est-ce que cet accord a été concrétisé et en quoi ça consiste exactement ?...

R - ... Vous parlez de...

Q - ... De l'accord avec le ministre Anouar El-Khalil, le ministre de l'Information...

R - ... Nous avons signé ce qu'on peut appeler une déclaration d'intentions affichant la perspective de renforcer la présence francophone à Télé Liban, Radio Liban et l'Agence nationale d'Information.

Q - ... Et pour ce qui est de la liberté d'information, de la liberté de presse, est-ce que vous avez aussi soulevé ce problème avec le ministre ?

R - Ces questions n'ont pas été évoquées mais nous en avons parlé de manière incidente en rappelant qu'une télévision efficace c'est évidemment une télévision qui puisse disposer librement de son programme. Encore lui faut-il des moyens, mais nous ne sommes pas entrés dans le détail, même si ceci est un détail essentiel. Mais puisque les experts, je le répète, vont venir rencontrer leurs partenaires libanais, je pense que c'est à cette occasion que ce dossier pourrait éventuellement être évoqué. Il ne l'a pas été encore aujourd'hui.

Q - Vous avez déclaré que dans le cadre de l'ouverture que constituait la Francophonie, la question des valeurs et des Droits de l'Homme était délicate et difficile. Est-ce que vous pouvez expliquer ces deux adjectifs ?

R - Je pense que la démocratie n'est pas encore apprivoisée partout, que des pays francophones viennent de la découvrir, que certains ne l'ont pas encore mise en pratique de manière suffisamment satisfaisante, que nous savons les obstacles à cette démocratie, le manque d'information, parfois même l'absence d'alphabétisation, parce que cela commence parfois là. Mais l'absence de statut de l'opposition, l'incapacité dans laquelle sont souvent les pays de gérer le devenir des anciens présidents, des battus aux élections, la relation entre la politique et l'argent, qui est loin d'être là aussi maîtrisée convenablement dans beaucoup de pays francophones, cela fait partie des questions, je le répète, dont nous devrions pouvoir parler, dont nous avons commencé à parler entre francophones directement, il faut qu'on soit capables d'évoquer tranquillement ces questions. Je préfère en tout cas, là encore je le dis, une présence critique dans un débat entre francophones qu'une absence moralisatrice.

Q - Monsieur le Ministre, je voudrais savoir où vous situez le Liban parmi ces pays francophones ? Est-ce qu'il a découvert la démocratie ? Est-ce qu'il l'applique, selon vous ?

R - J'observe que la démocratie au Liban a des singularités qui tiennent à son histoire, à sa réalité plurielle, mais j'espère qu'avec les Libanais aussi, nous pourrons parler de ces questions, je vous ai dit avoir rencontré beaucoup de ces responsables, je suis prêt à en rencontrer d'autres la prochaine fois.

Q - Monsieur le Ministre, une précision, vous avez dit que vous seriez prêt à rencontrer d'autres responsables la prochaine fois, éventuellement des responsables du Hezbollah ? Pour la francophonie bien sûr ?

R - Je crois que le Hezbollah a une expression politique, il y a même des députés, on pourrait parler.

Je vous remercie.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 30 mars 2000)

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