Déclaration de M. Jean-Jack Queyranne, secrétaire d'Etat à l'outre-mer, sur la coopération régionale des DOM - TOM en matière de recherche ainsi que sur le financement et les thèmes généraux de recherche en outre-mer, Paris le 21 mars 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-Jack Queyranne, secrétaire d'Etat à l'outre-mer, sur la coopération régionale des DOM - TOM en matière de recherche ainsi que sur le financement et les thèmes généraux de recherche en outre-mer, Paris le 21 mars 2000.

Personnalité, fonction : QUEYRANNE Jean-jack.

FRANCE. SE à l'outre mer

Circonstances : Réunion des représentants DOM-TOM de l'Institut de recherche et de développement (IRD), Paris le 21 mars 2000

ti : Monsieur le président,

Monsieur le délégué à l'outre-mer,

Mesdames et messieurs,

Je suis très heureux que vous m'offriez cette occasion de rencontrer les représentants de l'IRD outre-mer en présence des principaux responsables de l'Institut et des administrations des ministères dits de " tutelle ". Je tiens en préambule à dire à ceux-ci combien j'apprécie la coopération constructive et le travail commun de nos services .

La rencontre d'aujourd'hui me permettra de mieux comprendre les problèmes que rencontrent vos délégués et d'apprécier les solutions qui y seront proposées. Ce sera également l'occasion de les informer des préoccupations et des orientations du gouvernement pour l'outre-mer, qui définissent une part du cadre dans lequel ils seront amenés à intervenir.

La date de cette réunion est fort bien choisie car nous sommes à un moment décisif à la fois pour l'IRD et pour les pouvoirs publics.

Pour l'Institut, le processus de définition de vos nouvelles unités de recherche et de service est largement entamé et, après expertise et criblage par vos instances scientifiques, le conseil d'administration va être amené à en discuter.

Je puis vous assurer que les deux administrateurs que j'ai désignés, mon représentant, monsieur PUZENAT, et monsieur l'ambassadeur GARRIGUE-GUYONNAUD prendront une part très active à ces débats, dont je suis convaincu qu'ils seront ouverts et positifs.

L'Etat et les autres collectivités publiques se sont également engagés dans un processus de définition de nouveaux schémas de partage des compétences et des responsabilités.

Achevé, sous réserve d'ajustements mineurs toujours possibles en Nouvelle-Calédonie, bien engagé en Polynésie Française, ce processus va s'étendre rapidement aux DOM au travers de la loi d'orientation pour l'outre-mer, dont le parlement aura à débattre à la fin de ce semestre.

Pour les contrats de plan eux-mêmes la phase de discussion va s'achever et leur mise en oeuvre va commencer.

Dans l'esprit qui a conduit tous ces travaux, je veux essayer de vous exposer mes attentes vis à vis de l'IRD:

J'aborderai succinctement :

- le nouveau mode d'exercice des compétences, en particulier en matière de coopération régionale ;

- les moyens financiers spécifiques et les enjeux économiques et sociaux ;

- pour terminer par une réflexion sur les thèmes de recherche.


Concernant l'évolution des structures, l'intention du gouvernement est de procéder à une large décentralisation des compétences au bénéfice des collectivités d'outre-mer, région, départements, territoire, Nouvelle-Calédonie. Des dispositions de ce type sont déjà en place pour la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française. Elles figurent également dans le projet de loi d'orientation pour les départements d'outre-mer qui vient d'être examiné par les collectivités de ces départements. Si ce projet est adopté au parlement, celles-ci auront la capacité de traiter avec les Etats voisins, dans le respect bien sûr des engagements internationaux de la France. Dans le même esprit, la compétence en matière de gestion des ressources biologiques et non biologiques de la mer sera transférée aux régions.

La coopération régionale constitue en effet une potentialité forte pour l'outre-mer d'échanges et de développement économique. Parmi les thèmes de cette coopération figurent bien sûr les activités de recherche, dans lesquelles les compétences développées en outre-mer peuvent être valorisées.

Je souhaite que l'IRD soit un des outil de cette coopération. Le réseau constitué par les représentants de l'IRD dans l'outre-mer français et dans les Etats voisins doit pouvoir y aider. Parlant de l'IRD, je vise non seulement l'organisme en tant que tel, mais aussi, dans les domaines où cela lui incombe, en sa qualité de tête de ce réseau coopératif d'organismes de recherche que vous évoquez. Je vous invite donc à vous rapprocher des collectivités locales pour les aider à promouvoir des projets de coopération régionale dans le domaine de la recherche, et à définir vos perspectives stratégiques, expertise collégiale, thèmes de recherche, en fonction de cet objectif. Les représentants de l'Etat pour leur part ne manqueront pas de vous appuyer dans ces démarches.


Sur le deuxième point, la dimension financière, économique et sociale, d'abord un mot des financements : l'essentiel des financements spécifiques doit se trouver dans les contrats de plan qui sont finalisés ou en cours de finalisation. Vous y avez travaillé avec les services locaux, les délégués régionaux à la recherche et à la technologie notamment, et les élus.

Je considère toutefois que les programmes à moyen terme ne peuvent représenter la totalité de l'action publique, même si j'ai conscience que les processus de recherche demandent du temps et sont peu compatibles avec l'urgence. Un certain nombre d'actions complémentaires à ces programmes nécessitent de disposer chaque année d'une marge de manoeuvre complémentaire. Cela peut être vrai tant d'idées nouvelles qui surgissent que des besoins exprimés en expertise collégiale.

C'est pourquoi j'ai souhaité, lorsque j'ai pris mes fonction au secrétariat d'Etat à l'outre-mer, rétablir les financements anciennement connus sous le nom de programme CORDET. Dès 1998, une ligne budgétaire a ainsi été abondée, dans des proportions malheureusement limitées compte-tenu des engagements budgétaires pris par ailleurs. Je souhaite vivement que soit retrouvé un niveau au moins analogue à ce qu'il était au début des années 1990, et il vous appartiendra là encore de faire des propositions de points d'application de ces financements.

La seule contrainte que j'y mettrais en principe c'est que, s'agissant de programmes complémentaires et annuels, ils soient conclus assez vite et que les résultats en soient largement diffusés.

J'aborde ainsi la dimension économique de la recherche. J'ai la conviction que les clefs du développement économique sont pour une large part à chercher sur les paillasses ou dans les ordinateurs de vos laboratoires. D'ores et déjà il faut faire un effort particulier pour valoriser les résultats de la recherche.

Là encore l'implantation multiple de l'IRD pourrait être mise à profit : les accords que vous pouvez avoir avec des groupes privés métropolitains me paraissent très intéressants, mais ne doivent évidemment pas exclure des accords à l'étranger. Le " réseau " IRD doit aussi venir en appui aux partenaires moins habitués à cette forme tels que nos jeunes universités.

La loi sur l'innovation de Claude Allègre doit s'appliquer le plus largement possible outre-mer. Il incombera d'ailleurs à la Nouvelle Calédonie et à la Polynésie française de prendre certaines des mesures qui relèvent de leur compétences. Je me propose d'appeler leur attention sur cette question.

Je constate en effet que l'on prend relativement peu de brevets outre-mer. La loi sur l'innovation a parmi ses objectifs d'aider et d'inciter les chercheurs à s'investir dans une démarche industrielle. Peut-être faut-il en outre, pour l'outre-mer, envisager des aides publiques au dépôt ou à la maintenance des brevets. Je n'y serais pas opposé pour ma part, et je me propose d'évoquer la question avec mon collègue Claude Allègre. Mais j'attends de vous un engagement actif dans cette voie, sans lequel aucune mesure des pouvoirs publics ne peut avoir d'efficacité.

Une condition essentielle pour garantir la qualité de la recherche en outre-mer est d'assurer celle des chercheurs qui y servent. Il me semble que ce but ne peut être atteint qu'à une double condition.

Les centres de recherche en outre-mer doivent bénéficier d'une cote favorable dans la communauté scientifique. Il faut donc que les modules qui y sont localisés et que les moyens matériels qui leur sont attribués, acquièrent un prestige comparable à celui des centres métropolitains.

Les chercheurs de ces centres doivent par ailleurs bénéficier d'une formation de qualité. Au delà de leur formation initiale, la clef me paraît résider dans la mobilité des chercheurs. Les chercheurs originaires de l'outre-mer doivent avoir l'occasion de rejoindre pour un temps les centres de recherche de la métropole. De même, il ne me paraît pas souhaitable que des chercheurs fassent des séjours excessivement longs dans un unique centre de l'outre-mer.

Je sais que j'évoque là un thème qui n'est pas nouveau pour vous et sur lequel vous avez engagé une réflexion. Je m'en réjouis et je souhaite qu'elle aboutisse sans tarder, afin que ces postes soient attrayants en terme de niveau de recherche, et contribuent ainsi à la réussite de ceux qui y servent.


Le troisième point de vue que je souhaite évoquer est celui des thèmes généraux de recherche. Ce n'est évidemment pas moi qui vais dire aux chercheurs où, ni comment, chercher. Je crois néanmoins que l'on ne peut occulter toute dimension politique dans la définition de grands programmes de recherche.

Pour moi l'avenir de la recherche en outre-mer doit résulter essentiellement d'une interaction entre :

- un élément très favorable qui est la richesse de sa bio-diversité, au sens le plus large, incluant la mer, zone économique exclusive et zone d'activité naturelle

- et un élément de fragilité, sa vulnérabilité aux catastrophes naturelles, aux fluctuations économiques, à l'équilibre démographique, à un environnement régional qui peut être très déstabilisant.

Je souhaite donc que ces deux aspects soient pris en compte dans les programmes de recherche. Je sais que la contribution de l'institut, quand il s'appelait ORSTOM autant que maintenant, y est importante. J'attacherai en particulier du prix à ce que la Nouvelle Calédonie et la Polynésie française se dotent des moyens juridiques pour éviter le pillage de leur patrimoine et je souhaite que l'IRD participe à l'élaboration de ces textes et mesures.

Monsieur le président, l'association entre les organismes de recherche intervenant outre-mer, selon le projet que vous avez exposé et que j'approuve totalement, représente un potentiel considérable, dont beaucoup ont sans doute peu conscience. Il faut le valoriser en le portant à la connaissance du plus vaste public.

C'est pourquoi j'ai formé le projet d'une exposition qui présenterait la recherche outre-mer, dans sa richesse et dans son apport à l'outre-mer, mais aussi dans l'apport spécifique que l'outre-mer français peut constituer pour la recherche française. Ce projet a reçu un accueil très favorable de Claude Allègre. Les services du ministère en charge de la recherche et les miens travaillent actuellement à l'organisation de cette exposition, qui devrait se tenir à la cité des Sciences à la Villette courant 2001. Elle pourrait s'ouvrir sur un colloque qui présenterait un bilan du siècle écoulé et des éléments de prospective pour les 5 ou 10 prochaines années.

Je souhaite très vivement que l'IRD puisse s'y impliquer de manière active et fasse des propositions pour les thèmes qu'il vous paraîtrait pertinent de traiter.

Je voudrais redire en conclusion que l'implantation de l'IRD à la fois dans l'outre-mer français et dans les pays voisins est une de ses richesses majeures qu'il convient d'exploiter au maximum. Il y a quelques années certains percevaient une concurrence entre l'outre-mer et ses voisins. Cette ère est révolue et je suis convaincu qu'il y nécessité de co-développement pour ces entités régionales. Vos chercheurs, vos équipes ont des tâches passionnantes. Soyez assurés que mes services, mes collaborateurs et moi-même n'avons pas fini de les solliciter.

(Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 23 mars 2000)

Rechercher