Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'apprentissage du langage et de la lecture, notamment la prise en charge des enfants en échec scolaire, soit la dysphasie soit la dyslexie, Paris le 5 juillet 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'apprentissage du langage et de la lecture, notamment la prise en charge des enfants en échec scolaire, soit la dysphasie soit la dyslexie, Paris le 5 juillet 2000.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Remise du rapport de M. Jean-Charles Ringard sur la prise en charge des enfants dysphasiques et dyslexiques à Paris le 5 juillet 2000

ti : 1- En abordant aujourd'hui le sujet des troubles d'apprentissage du langage, je suis dans la continuité de la politique pédagogique que j'ai engagée.


Il y a un peu moins de trois semaines, je vous ai présenté mes grandes orientations pour l'école primaire.

Rappel :

Dans l'idéal éducatif dont j'ai dessiné les grands délinéaments, le langage est roi. Se sentir chez soi dans la langue française est indispensable pour accéder à tous les savoirs. La langue est la véritable colonne vertébrale des apprentissages, le savoir des savoirs, la porte qui ouvre aux autres disciplines.

Pour cela, j'ai fixé deux priorités :
· Mieux marquer deux temps d'apprentissage absolument capitaux (la maîtrise de l'oral à la maternelle et l'apprentissage de la lecture à l'école élémentaire)
· Rénover l'évaluation et les remédiations

Ces priorités sont au service d'une ambition : que l'école jamais ne se résigne à la souffrance de l'échec.

En m'attachant aujourd'hui à cette partie, petite quantitativement mais si importante par la détresse qu'elle doit affronter, d'élèves qui sont soit dysphasiques (atteints de troubles du langage oral) soit dyslexiques (atteints de troubles du langage écrit), je me situe bien aujourd'hui dans le droit fil de cette politique.


2- Pour autant, je sais que j'aborde là, avec ma collègue Dominique Gillot, un sujet difficile,

car très passionnel, très controversé scientifiquement, très lourd d'enjeux de toutes sortes dont certains sont indéniablement des enjeux empreints d'intérêts matériels. J'ai, en tant que ministre, un devoir de vigilance vis-à-vis des enfants accueillis dans les écoles.

C'est pourquoi, avant d'aborder la présentation du travail réalisé par l'inspecteur d'académie de Loire-Atlantique, Monsieur Jean-Charles RINGARD, il est indispensable que nous définissions clairement notre démarche, Dominique GILLOT et moi-même.

Aborder ce sujet,
· c'est tout d'abord assumer ses responsabilités, pour le Gouvernement et pour l'école. L'école n'a pas à être exonérée de sa responsabilité pédagogique et éducative face à la souffrance réelle des familles et au sentiment d'échec profond de plusieurs milliers d'enfants.

Notre pays présente indéniablement un retard par rapport à d'autres pays étrangers : Etats-Unis et Pays-Bas, notamment. Nos enseignants, insuffisamment informés et surtout insuffisamment formés, pour affronter seuls des difficultés que pourtant ils repèrent, de façon empirique ou intuitive. De façon générale, l'information sur ces sujets reste trop parcellaire et trop entachée de querelles idéologiques, querelles qui effraient bien souvent les familles, augmentant ainsi leur angoisse.

Pour combler ce retard et ces lacunes, l'Education nationale doit avancer avec conviction.

C'est la première fois qu'un travail conjoint de réflexion aboutit entre nos deux ministères. C'est la première fois qu'il est question, dans notre pays, d'un plan d'action nationale.

· c'est ensuite garder de la distance face aux multiples pressions ou, du moins, aux intérêts très divergents de tous ceux qui sont concernés par ce sujet. J'ai le souci d'éviter l'hyper-médicalisation des réponses ou des prises en charge qui peuvent être proposées. La question de la dysphasie - et plus encore celle de la dyslexie - sont trop complexes et trop controversées scientifiquement pour que l'école n'ouvre, sans discernement, ses portes à de nouvelles théories explicatives aussitôt contestées, à des recettes miracles, à des kits de dépistage livrés clef en mains, à des gourous adulés un jour, honnis le lendemain.
La lutte contre l'échec scolaire reste la responsabilité première des enseignants. Ce sont eux qui, confrontés aux difficultés d'un enfant, doivent se sentir investis d'un mission de repérage, d'alerte et bien sûr de remédiation, avec d'autres professionnels.

· c'est garder continuellement en tête un principe de respect de l'enfant. Un trouble dépisté, de façon précipitée, peut marquer un enfant aussi fortement et aussi douloureusement qu'un handicap qui n'aurait pas été repéré à temps. Nous touchons là, avec Dominique Gillot, un sujet où trop de souffrance et de culpabilisation sont en jeu pour ne pas être totalement rigoureux, vigilants et exigeants.

· c'est avancer avec humilité. Notre devoir à tous est d'agir, d'améliorer le repérage précoce, d'affiner les dépistages et d'améliorer les remédiations ou les prises en charge par une coordination entre la Santé et l'Education nationale. Les familles doivent savoir pourtant que nous avancerons, pas à pas, parce que nous voulons construire, pour elles et pour leurs enfants, des actions cohérentes et sûres. Nous prendrons le temps d'une mise en oeuvre réfléchie et attentive parce que notre devoir est de ne pas décevoir leurs attentes par des annonces sans lendemain.


3- La présentation du travail effectué par Jean-Charles RINGARD

Rappel :

Mes prédécesseurs avaient confié à Monsieur Jean-Charles RINGARD, en septembre 1999, la mission d'animer un groupe de travail, très largement ouvert et totalement conjoint entre l'Education nationale et la Santé, sur ces questions.

Devant la grande qualité du travail produit par Monsieur RINGARD et constatant la large adhésion suscitée par ses propositions, j'ai donc pris la décision de rendre public ce travail. De le rendre public et de le diffuser largement :
- à tous les membres du groupe de travail,
- à toutes les personnalités qui ont été auditionnées,
- à l'ensemble des inspecteurs d'académie,
- aux inspecteurs de l'Education, responsables du premier degré,
- aux IUFM,
- et, plus largement, à toutes les écoles.

Je sais que les écoles sont très rarement destinataires de ce type de rapports. Bien souvent, la diffusion de ces documents s'arrête aux circonscriptions. Je pense pourtant que ce sujet est suffisamment important, dans la carrière de chaque enseignant, et suffisamment chargé d'émotion pour que, dans chaque école, l'on puisse avoir accès à un document de référence.

Car ce rapport est, à mes yeux, un document de référence. J'ai rarement lu, sur ce sujet, un texte aussi clair, aussi pédagogique. Et je dois ajouter, aussi honnête et impartial.

Nous prendrons Dominique Gillot et moi-même le temps de faire le point sur ce travail.

D'ores et déjà, je voudrais vous faire part de quelques-unes de mes réactions.

La première, c'est toute l'importance que j'attache à ce que Jean-Charles RINGARD appelle un principe de précaution, qui doit devenir le principe de toute action publique en la matière. Je voudrais d'ailleurs le citer : "la frontière entre difficulté et trouble restant par certains aspects et pour certains enfants, floue, il convient d'éviter tout déterminisme scolaire et social".

La deuxième concerne la proposition n° 2, à la page 64 : celle d'un dépistage systématique. Je m'interroge et je suis en désaccord avec cette proposition pour deux raisons :

La première est qu'elle est contradictoire avec toute la logique décrite - logique de responsabilisation et d'individualisation - dans le reste du rapport, à savoir un repérage individuel par les instituteurs et les institutrices des enfants présentant des difficultés de langage oral ou écrit puis, à la demande, un diagnostic affiné et précis permettant de confirmer ou non ce premier repérage.

La seconde est qu'il existe déjà un bilan obligatoire de tous les enfants dans leur sixième année. Jes suis favorable à ce que l'on intègre, dans le bilan effectué par les médecins scolaires, avant l'entrée au cours préparatoire, des éléments de dépistage d'éventuels troubles du langage.
A condition, je le répète, qu'un travail très sérieux soit mené sur les outils et les tests dont nous disposons. Un diagnostic trop rapide peut être catastrophique pour un enfant et bien des difficultés d'apprentissage peuvent se régler d'autres manières que par une prise en charge médicale, parfois lourde.

Tous les enfants qui ont des difficultés d'apprentissage ne sont pas des enfants porteurs de troubles.

Ma troisième remarque concerne la partie sur la formation. Il y a bien évidemment là un enjeu essentiel. Je souhaite un groupe de travail pour éclaircir les modalités et les objectifs de cette formation des enseignants et de tous les personnels concernés qui devra s'effectuer dans un cadre de responsabilités claires et avec un souci d'égale qualité pour tous les personnels.


4- Qu'allons-nous faire de ce rapport ?

Sous réserve de ces quelques interrogations, nous devons maintenant poursuivre le travail et entrer dans une phase opérationnelle.

Nous sortons de la phase de réflexion et nouis allons demander à une cellule interministérelle, réunissant les directions de nos deux ministères, de traduire ces propositions dans des mesures concrètes, opérationnelles et précises.

Ces mesures nous seront ensuite soumises pour constituer un plan d'action conjoint nationale qui fera l'objet d'une consultation.

Je sais l'impatience de nombreuses familles. Pourtant mon devoir, notre devoir, est d'être le plus précis, le plus concret et le plus honnête sur un sujet, encore une fois, où personne n'a le droit ni à l'erreur ni à l'illusion.


(source http://www.education.gouv.fr, le 13 juillet 2000)

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