Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la politique de la mer après le naufrage du pétrolier Erika, la sécurité du transport maritime, l'aide à la pêche et aux activités portuaires, la vocation maritime de Brest, axée sur la construction navale, la navigation de plaisance et Océanopolis, Brest le 8 juillet 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la politique de la mer après le naufrage du pétrolier Erika, la sécurité du transport maritime, l'aide à la pêche et aux activités portuaires, la vocation maritime de Brest, axée sur la construction navale, la navigation de plaisance et Océanopolis, Brest le 8 juillet 2000.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Inauguration des espaces rénovés d'Océanopolis à Brest (Finistère), le 8 juillet 2000

ti : Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d'abord remercier le maire de Brest, Pierre MAILLE, de son accueil chaleureux. Inaugurer officiellement OCEANOPOLIS, qui a ouvert au public, le 29 mai dernier, des espaces rénovés et agrandis, c'est désigner ensemble l'importance de ce centre de tourisme scientifique et de découverte dédié à la mer, mais c'est aussi pour moi l'occasion de marquer, ici, en Bretagne, combien la mer compte dans la vie de notre pays.

La relation, forte mais complexe, qu'entretient la France avec la mer s'ancre dans la géographie et l'Histoire.

Nous le sentons bien, nous qui sommes aujourd'hui en ce lieu magique, où la terre s'achève avec la pointe du Raz, où l'Ile Longue recèle la puissance nucléaire de la France, et où l'on devine, au-delà de l'île d'Ouessant, l'immensité du grand large.

Ce n'est que progressivement que notre pays a fait siennes les mers qui l'entourent. Enraciné dans ses terroirs, notre peuple a d'abord dû, comme l'a expliqué Fernand BRAUDEL, conquérir puis défendre un vaste domaine terrestre. Dotés de deux façades maritimes -les racines méditerranéennes, l'immensité atlantique-, les Français se sont longtemps sentis à la fois fascinés et dépassés par ces 2.700 kilomètres de côtes. Avant de devenir, pour notre pays, une voie familière de communication et de commerce, un de ces espaces où s'est épanouie, comme en Méditerranée, une " économie-monde ", la mer fut donc à la fois l'inconnu -parfois hostile, souvent imprévisible et dangereux- et le territoire du rêve, une " frontière " dont l'existence lançait un défi.

Ce défi, le génie français a su le relever. Notre pays eut ainsi ses visionnaires de la politique maritime -RICHELIEU, qui fit creuser ici un port en 1631, puis COLBERT-, ses découvreurs au long cours -Jacques CARTIER-, ses explorateurs éclairés -KERGUELEN ou BOUGAINVILLE-, ses grands amiraux -DUQUESNE, TOURVILLE et SUFFREN- comme ses corsaires -Jean BART et SURCOUF. L'océan est resté dans l'imaginaire français -que l'on pense à Jules VERNE- un sixième continent à explorer. Il demeure le théâtre des exploits de marins d'exception. Eric TABARLY, Philippe POUPON, Philippe MONNET, Florence ARTHAUD, Isabelle AUTISSIER : les noms de ces femmes et de ces hommes qui se sont mesurés aux éléments évoquent chacun une aventure qui nourrit l'imagination de tous ceux que la mer fascine. C'est bien un amour inachevé et toujours renaissant pour la mer que les Français ont vécu et vivent encore.

Cet attachement profond à la mer est réapparu avec force lors de la marée noire provoquée par le naufrage de l'Erika. Une fois encore, la Bretagne se découvrait blessée. Cette catastrophe, due à la cupidité humaine, a entraîné une puissante mobilisation, un élan de solidarité -de protestation, aussi. Dans cette épreuve, les Bretons n'ont pas baissé les bras. Avec cette calme détermination qui anime, jour après jour, marins et pêcheurs, ils ont rendu le littoral à sa beauté. Venus de toute la France, des milliers de bénévoles leur ont prêté main forte. A tous, je rends hommage. L'Etat et les services publics, l'armée ont assumé leurs responsabilités et ont su organiser la solidarité de la Nation. Des moyens financiers exceptionnels ont été débloqués pour réparer au plus vite ce qui pouvait l'être, et pour tenter d'indemniser le reste. Aujourd'hui, presque toutes les plages sont propres et accueillent les vacanciers.

Afin d'écarter tout risque de nouvelle pollution, l'épave de l'Erika devait être traitée. En survolant le site ce matin, j'ai pu voir l'ensemble du dispositif de contrôle, de surveillance et d'intervention. Le ministre de l'Equipement, des Transports et du Logement, Jean-Claude GAYSSOT, assure le suivi de ces opérations. L'objectif est de garantir un pompage complet, dans la sécurité des hommes et de l'environnement. Par ailleurs, lors du CIADT du 28 février dernier, le ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement a été mandaté pour mettre en place un réseau de suivi des conséquences écologiques de la marée noire. Des crédits, à hauteur de 100 millions de francs, ont en outre été débloqués pour assurer la reconstitution du fonctionnement écologique des écosystèmes littoraux.

Pour l'avenir, il nous faut être plus exigeants en matière de sécurité maritime et de prévention des pollutions. Les initiatives prises par la France dès la mi-février font leur chemin au sein de l'Organisation maritime internationale, de l'Union européenne et du FIPOL. Largement reprises par la Commission européenne, nos propositions consistent à prévenir -c'est-à-dire tenir à distance de nos côtes les navires dangereux-, à renforcer contrôles et normes de sécurité, et à mieux responsabiliser les acteurs du transport maritime. C'est là une des priorités de la Présidence française. Cette démarche européenne va de pair avec un volontarisme sur le plan national : deux Comités interministériels de la mer -les 28 février et 27 juin derniers- ont accéléré le renforcement de notre dispositif de contrôle et de surveillance des côtes. A cet effet, deux cents emplois nouveaux seront créés en trois ans. Plus de 750 millions de francs d'investissements ont été dégagés pour la sécurité. La coordination de l'ensemble des acteurs sera renforcée, la veille technologique et les capacités d'expertises seront consolidées.

A travers ces efforts, rendus nécessaires par l'épreuve surmontée ensemble, c'est bien sûr la solidarité de la Nation qui s'exprime. Mais c'est aussi l'attachement de notre peuple à la mer qui se manifeste. La France ne saurait tourner le dos à la mer.

C'est pourquoi nous menons une ambitieuse politique maritime.

Pour mieux mettre en valeur toutes les ressources de la mer, nous voulons aider les pêcheurs, les ports et les bateaux.

Parlons des hommes, tout d'abord, et donc des pêcheurs. Nous savons les difficultés que ceux-ci peuvent rencontrer. Nous savons que certains ont dû " déchirer " leurs bateaux, et nous savons ce que cela représente pour eux. Le Gouvernement entend donc préparer l'avenir avec les pêcheurs. Assurer une gestion plus efficace mais aussi plus réaliste de la ressource, favoriser le renouvellement de la flotte, mieux valoriser les produits de la pêche, moderniser les relations sociales : tels sont les objectifs que nous poursuivons. La Présidence de l'Union européenne sera l'occasion de faire avancer les idées de la France en ce domaine. Nous souhaitons ainsi engager le débat sur la réforme de la politique commune des pêches prévue pour 2002.

Nous allons donner une impulsion nouvelle à l'activité portuaire. Le Gouvernement a pour cela adopté le 27 juin dernier une série de mesures. La concertation entre les ports sera renforcée, afin de veiller à leur plus grande complémentarité et de favoriser la formation de pôles d'activité portuaire. De nouvelles dispositions fiscales contribueront à accroître la compétitivité de nos ports. La taxe professionnelle sur les équipements de manutention portuaires et la taxe sur les passagers seront supprimées dès 2001. Des ports mieux desservis par le réseau ferré pourront attirer un trafic plus intense. Nous avons à cet effet dégagé de nouveaux crédits dans le cadre des contrats de plan Etat-Régions. Des aides publiques seront consacrées tant à l'amélioration des infrastructures internes des ports qu'à la mise en place de navettes ferroviaires. Afin d'encourager le transport maritime à courte distance, une aide pour le démarrage de lignes de cabotage sera inscrite au budget dès 2001.

Le Gouvernement souhaite également développer le pavillon français. Longtemps en repli, la flotte française s'est aujourd'hui stabilisée autour de 210 navires servis par 7.200 marins. Le GIE fiscal créé en 1998 a permis de faciliter l'achat de navires. Le remboursement d'une partie des cotisations sociales patronales a réduit leur coût d'exploitation. Le Gouvernement engage en outre la modernisation, au sein du pavillon français, du registre des Terres australes et antarctiques françaises. Ce registre, qui sera ouvert aux navires de croisière, permettra à nos armateurs de soutenir la compétition des pavillons tiers. Le ministre de l'Equipement et des Transports préparera d'ici la fin de l'année, en liaison avec les partenaires sociaux, un assouplissement des règles d'armement. De nouveaux remboursements de charges sociales concerneront les allocations familiales et les cotisations d'assurance-chômage pour les navires immatriculés aux registres métropolitains ou au registre des Terres australes et antarctiques françaises.

Cette compétitivité accrue du pavillon français s'accompagnera d'un renforcement des droits des marins. Le secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-mer, Jean-Jack QUEYRANNE, veillera à l'élaboration d'un véritable droit social des navigants embarqués sur les navires immatriculés aux Terres australes et antarctiques françaises. Pour ces bateaux, les remboursements de charges sociales seront subordonnés à la conclusion d'accords entre les armateurs et leurs représentants du personnel, portant sur les effectifs, la formation et l'application des règles d'armement.

Réservoir de ressources naturelles, voie de transports dont l'importance croît au rythme de la mondialisation des échanges, la mer est une ressource précieuse. Son littoral en bénéficie, surtout lorsqu'il sait s'adapter aux mutations qui touchent les activités maritimes et offrent de nouvelles possibilités de développement. Ici, à Brest, vous donnez l'exemple.

Brest a su en effet profondément renouveler sa vocation maritime.

Brest reste bien sûr notre grand port militaire du Ponant : parce que la maîtrise des mers est essentielle à notre sécurité et à nos intérêts économiques, la Marine nationale continuera de conforter l'importance de cette place. Quant à elle, la réparation navale militaire traverse, à Brest comme ailleurs, une période d'incertitude. Mais l'horizon s'éclaircit : des mesures importantes sont prises, de solidarité entre les établissements de la DCN, d'embauche de personnel de la sous-traitance et, dès l'an prochain, commencera la construction des NTCD, les nouveaux transports de chalands de débarquement.

Mais le lien à la mer du Pays de Brest change et s'étoffe. Il faut rendre hommage à Pierre MAILLE d'avoir eu la lucidité et le courage de comprendre le sens de l'Histoire et d'avoir engagé une reconversion profonde et réussie de sa ville, fidèle à sa vocation maritime, autour de trois pôles de développement : le tourisme, l'environnement, la recherche.

Dans quelques jours, " Brest 2000 " rassemblera plusieurs milliers de bateaux en une régate unique. Puisant à une riche tradition, les " vieux gréements " côtoieront les fleurons des technologies de pointe. Cette grande fête populaire réunira plus de 15.000 marins d'une vingtaine de pays. Elle attirera sans doute, comme en 1992 et 1996, des millions de visiteurs. Brest a ainsi su devenir une destination touristique réputée dans le monde entier. Par cette grande réussite, les Brestois contribuent à maintenir la France au tout premier rang du tourisme mondial. En 1999, nous avons accueilli 73 millions de visiteurs étrangers. La mer compte pour beaucoup dans cet attrait. Il nous faut conforter cette fidélité aux sites du littoral français. Nous y parviendrons en offrant aux touristes du bord de mer des activités plus variées, à forte valeur ajoutée, créatrices d'emplois et de services nouveaux, en veillant à la qualité et à la professionnalisation de cette offre.

Pour le développement local, l'environnement est un atout précieux. Relancé par la ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, Dominique VOYNET, le projet de parc national marin de la mer d'Iroise fait aujourd'hui l'objet d'une concertation approfondie. Il pourrait voir le jour l'année prochaine et constituer ainsi le premier parc national dédié exclusivement à la mer. Le périmètre concerné présente une richesse écologique remarquable, dont dépend largement la qualité des ressources halieutiques. La convergence avec les intérêts de la pêche sera recherchée : l'idée avancée d'un label des produits pêchés dans un espace protégé est à encourager.

En matière de recherche océanographique, Brest constitue un pôle unique, concentrant 60 % du potentiel scientifique français dans ce domaine -soit 1.200 chercheurs. Le CEDRE, l'Institut français pour la recherche et les technologies polaires, l'IFREMER, l'EPSHOM -Etablissement principal du Service hydrographique et océanographique de la Marine nationale- et l'Institut européen de la mer, avec l'Université de Bretagne Ouest, sont installés ici. Tous ces établissements ont su se regrouper et atteindre une dimension internationale. En synergie avec les filières industrielles, ils font du Pays de Brest une véritable technopole.

Au c¿ur de celle-ci, OCEANOPOLIS est un symbole. Le symbole des nouvelles voies de développement qui s'ouvrent à l'économie maritime. Le succès touristique du centre justifie l'extension qu'il connaît aujourd'hui. Depuis 1990, aux côtés de la pointe du Raz, ce centre est devenu une attraction de premier plan. Il doit faire face à une fréquentation très supérieure à celle initialement prévue -plus de 300.000 visiteurs chaque année. Dans sa nouvelle configuration, le centre pourra les accueillir deux fois plus nombreux. Surtout, OCEANOPOLIS s'insère dans un projet touristique global, avec la rénovation du Conservatoire botanique national, tout proche, l'extension du port de plaisance de Brest -déjà le plus grand de Bretagne.

Vitrine de la recherche océanographique, OCEANOPOLIS sensibilise en outre un large public à la nécessité de protéger la mer. Il propose à ses visiteurs une présentation des écosystèmes marins et de l'impact sur la mer des activités humaines. La reconstitution extraordinairement fidèle des milieux marins, la précision scientifique des informations diffusées, la richesse visuelle des décors en font un lieu sans égal. De la banquise du pavillon polaire aux mangroves du pavillon tropical -sans oublier un littoral breton, lui aussi admirablement reconstitué-, c'est l'infinie diversité de la faune et de la flore marine qui nous est présentée.

OCEANOPOLIS remplit une mission pédagogique essentielle. Les publics scolaires peuvent être accueillis jusque dans les laboratoires. L'ensemble des dispositifs interactifs disséminés dans le centre participe de cette démarche éducative. OCEANOPOLIS prépare ainsi, pour demain, de nouvelles vocations scientifiques.

Ce projet est enfin exemplaire de ce que peuvent accomplir ensemble les collectivités publiques. Les efforts conjoints de l'Etat, de l'Union européenne, de la région, du département et de la Communauté urbaine de Brest ont permis de réunir les 320 millions de francs nécessaires à cette première extension. Cet effort d'aménagement du territoire, nous voulons le poursuivre avec les 85 communes du Pays de Brest.


Mesdames et Messieurs,

A travers l'appui apporté aux activités traditionnelles de la mer, mais aussi au tourisme, à la protection de l'environnement marin et à la recherche océanographique, c'est le développement durable de l'économie du littoral français que nous voulons assurer. Il y a là les termes d'un pacte renouvelé avec la mer. Un pacte fondé sur le respect de ce trésor aussi impressionnant que fragile. Un trésor qu'il nous faudra savoir transmettre à nos enfants. Cela nécessitera des réformes volontaristes, une vigilance de tous les instants et surtout la sensibilisation, l'éducation et l'information de chacun, auxquelles OCEANOPOLIS apporte une grande et belle contribution. C'est pourquoi je veux vous dire encore une fois combien je suis heureux et fier, en notre nom à tous, d'inaugurer OCEANOPOLIS et de souhaiter plein succès à toute l'équipe qui l'anime.


(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 18 juillet 2000)

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