Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, dans "Le Parisien" du 17 juillet 2000, sur la proposition de Lionel Jospin de réformer le statut de la Corse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, dans "Le Parisien" du 17 juillet 2000, sur la proposition de Lionel Jospin de réformer le statut de la Corse.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, SEZNEC Bruno.

FRANCE. RPF, président

ti : Charles Pasqua refuse que les élus de l'île puissent avoir la possibilité "d'adapter les lois en fonction de leurs propres sentiments". Pour lui, Jospin abandonne et Chirac se trompe.
Avant l'intervention de Jacques Chirac à la télévision, l'ancien ministre de l'Intérieur sort de la réserve qu'il s'impose habituellement sur le dossier Corse.


Que vous inspirent les dernières nouvelles venues de Corse ?

Beaucoup d'inquiétude. Comme tous les gouvernements, celui de Monsieur Jospin s'est attaqué au problème de la violence dans l'île. Mais, jusqu'à présent, aucun, Premier ministre n'avait envisagé de céder à la totalité des revendications de ceux qu'on appelle les "nationalistes", et qui sont, en réalité, des gens à la recherche du pouvoir malgré leur incapacité à convaincre une large majorité de Corses lors des élections, où ils n'ont jamais obtenu plus de 25 % des voix¿

"Les idées nationalistes ont contaminé les élus de l'Assemblée de Corse".

Une majorité s'est pourtant exprimée mercredi soir à l'Assemblée de Corse¿

Si une telle majorité existe, comme on le dit, cela voudrait dire que les nationalistes auraient remporté un grand succès. Cela voudrait dire que leurs idées ont contaminé la grande majorité des élus à l'Assemblée territoriale de Corse. Or, à ma connaissance, ces élus n'ont reçu aucun mandat démocratique pour prendre les décisions qu'ils s'apprêtent à voter.

Même quand il s'agit du développement économique de l'île ?

Là, le problème est différent. Chercher à rassembler une très large majorité sur un tel projet me paraît évidemment tout à fait logique. D'ailleurs, quand, en 1994, je me suis rendu en Corse avec Edouard Balladur, Premier ministre, c'est ce que j'ai cherché à faire.

Et quand il s'agit de la question de la langue corse ?

Là, je dis non. La revendication permanente des nationalistes, qui veulent que l'enseignement de la langue corse soit obligatoire, est contraire à la Constitution : la langue de la République, c'est le français. Je suis d'accord pour une augmentation des heures de cours de corse, je l'ai moi-même proposée, et des émissions en corse à la radio et à la télévision. Mais obliger ceux qui vivent dans l'île ou qui viendraient y vivre, et vouloir contraindre leurs enfants, dès la maternelle, à apprendre le corse, c'est de mon point de vue totalement inacceptable. Que ceux qui veulent l'apprendre ou le faire apprendre à leurs enfants le puissent, très bien. Mais pas d'obligation.

Le gouvernement envisage aussi un "partage" du pouvoir législatif.

Sur certains sujets, je ne suis pas partageur. Cette idée me paraît relever soit de la tromperie, soit de la confusion qui s'est emparée des esprits. La loi est faite par les représentants de la nation qui siègent au Parlement. Point. Pourquoi donner aux élus corses la possibilité d'adapter les lois en fonction de leurs propres sentiments ? C'est tout simplement une incroyable atteinte à l'unité nationale qui n'en a pourtant pas besoin. Et quand j'entends Monsieur Madelin dire : Il faut envisager pour la Bretagne la même chose que pour la Corse en termes de législation partagée, je vérifie que la démagogie a encore de beaux jours devant elle.

Si le gouvernement décide de s'engager dans cette voie, il devra envisager de modifier la Constitution.

Oui. Et la balle sera alors dans le camp du président de la République. Car que compte-t-il faire ? Il a eu l'occasion de dire que le Conseil constitutionnel est là pour veiller à l'unité nationale. Non. Le garant de l'unité nationale, c'est lui, le président de la République. Le Conseil constitutionnel est là pour veiller à la régularité des lois par rapport à la Constitution. Mais il est vrai que le président de la République a lui-même entrouvert la porte quand il a dit qu'il fallait aborder les problèmes sans tabous¿ Je vois dans toute cette affaire une conséquence supplémentaire des méfaits de la cohabitation. Chacun essaie d'être plus "ouvert" et plus "moderne" que l'autre¿

"Il y a des limites à ne pas franchir¿ Et elles ont été franchies".

Ce débat estival sur la Corse ne risque-t-il pas d'en estomper un autre : celui sur le quinquennat que vous combattez ?

Oui. Mais, comme je viens de le dire, tout est lié. La cohabitation longue, telle qu'elle est pratiquée, est permicieuse. Le Premier ministre et le président de la République sont préoccupés de leur propre élection ou réélection. Cela les amène à suivre des pistes qui ne correspondent pas à l'intérêt général. La course-poursuite derrière le quinquennat en est une pénible et dangereuse illustration. Comme la manière d'aborder ce qui se passe en Corse. Dans l'île, certains de mes compatriotes élus sont déjà plongés dans les délices des élections municipales. Tout le reste, croient-ils, n'a finalement pas grande importance. De toute façon, ils pensent pouvoir s'en débrouiller, plus tard. Ils ont tort. Je crois qu'il y a des limites à ne pas franchir. Et elles ont été franchies.

Que pensez-vous du silence de Jean-Pierre Chevènement ?

La minute de vérité va arriver pour Jean-Pierre Chevènement aussi. Il ne pourra pas cautionner tout ce qui se passe en Corse, sauf à renier tout ce qu'il a dit, tout ce qu'il a écrit et ce qu'il est : un homme de gauche profondément attaché à l'unité nationale. Si Lionel Jospin poursuit dans la voie désormais ouverte, je vois mal comment Jean-Pierre Chevènement pourrait rester au gouvernement.


(source http://www.rpfie.org, le 17 juillet 2000)

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