Déclarations et conférences de presse de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie et interviews à Kol Israël et à France Culture, sur le Proche-Orient, à Ramallah, Jérusalem et Amman du 19 au 21 juin 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclarations et conférences de presse de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie et interviews à Kol Israël et à France Culture, sur le Proche-Orient, à Ramallah, Jérusalem et Amman du 19 au 21 juin 2000.

Personnalité, fonction : JOSSELIN Charles.

FRANCE. Ministre délégué à la coopération et à la francophonie

Circonstances : Voyage de M. Charles Josselin en Israël, en Palestine et en Jordanie du 18 au 21 juin 2000

ti : Déclaration pour l'ouverture de la troisième commission mixte franco-palestinienne à Ramallah le 19:

Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi de vous dire combien vos paroles de bienvenue me sont agréables, à ma délégation et à moi-même. Je veux vous en remercier, vous remercier aussi pour le vibrant témoignage d'amitié exprimé à l'intention de la France et de son peuple, au nom du peuple palestinien.

Je suis très honoré d'ouvrir cette troisième session de la Commission mixte franco palestinienne et je le suis d'autant plus que l'assistance est nombreuse, et de qualité comme en témoigne tout particulièrement la présence d'un nombre important de ministres palestiniens.

La délégation qui m'accompagne ne comprend pas d'autre ministre que moi mais je crois néanmoins qu'elle représente beaucoup de compétences, à commencer par celle de notre consul général, M. Denis Pietton.

Ceux qui m'accompagnent me pardonneront de ne pas les citer tous, je voudrais vous signaler notamment la présence parmi nous de trois élus français, M. Bruno Le Roux, qui est le député et le maire de la Commune d'Epinay-sur-Seine, M. Marcel Trigon qui est conseiller général du Val-de-Marne, département de la région parisienne - il est chargé au sein du Conseil général du Val de Marne des relations internationales - et puis Philippe Nouveau, qui est maire-adjoint de Dunkerque. Tous les trois, font vivre des accords de coopération entre leurs collectivités et les collectivités palestiniennes et je suis content qu'ils aient pu m'accompagner, car j'ai fait de la coopération décentralisée une priorité de la coopération française. Je suis convaincu que ces relations directes entre élus français et élus palestiniens peuvent impliquer d'avantage nos populations dans cette coopération.

Monsieur le Ministre, Messieurs les Ministres, je crois que la France a été le premier pays à proposer à votre ministère la tenue d'une Commission mixte. La Commission franco-palestinienne créée en novembre 1995 n'avait abordé au cours de sa première session que quelques-uns uns des domaines de coopération et notamment l'éducation et la culture. Mais nous avions en quelque sorte montré la voie. Depuis, l'Autorité palestinienne, avec ses ministères bien établis, a acquis une solide expérience de la coopération internationale et vous nous avez demandé, il y a quelques mois, d'élargir le cadre de notre commission, notamment aux actions économiques et au développement. Et c'est donc l'ensemble des thèmes de notre coopération qui vont être abordés à l'occasion de cette troisième session de notre commission. Il reviendra aux participants de tirer les enseignements de notre coopération récente, mais surtout d'envisager, et je l'espère avec imagination, les axes de notre coopération future. Je suis particulièrement heureux que cette réunion permette la signature, dans le domaine de l'éducation, de la première convention de financement consacrée à la Palestine du Fonds de solidarité prioritaire. Heureux aussi que cette réunion puisse intégrer les perspectives d'intervention de l'Agence française pour le développement, bien entendu représentée ici, et qui en un plus d'un an d'activité dans les Territoires palestiniens s'est déjà fortement impliquée, notamment dans les projets d'infrastructure. Le premier groupe de travail qui se réunira cet après-midi traitera de la construction de l'Etat et du renforcement des institutions représentatives d'un Etat de droit. Mais c'est en fait l'ensemble des travaux de la Commission mixte qui pourrait être placé sous ce thème. Le peuple palestinien n'est qu'à quelques semaines d'échéances politiques majeures. Le statut intérimaire des institutions de l'Autorité palestinienne doit normalement s'achever le 13 septembre prochain.

La France, par la voix de ses principaux dirigeants, le président Mitterrand en 1982, le président Chirac en 1996, le Premier ministre, M. Jospin, en début de cette année, s'est fait l'avocat inlassable du droit du peuple palestinien, à l'autodétermination, à la création de son propre Etat. Je mesure toute l'importance de ce moment historique que vit la société palestinienne alors que toute l'énergie et l'attention de ses dirigeants est tournée vers une difficile négociation. Comme j'ai eu l'occasion de le dire à mes interlocuteurs israéliens au cours de ces dernières heures, une paix juste et durable, demande du courage, de l'imagination mais aussi de la générosité. Je sais que le peuple palestinien n'en manque pas et c'est pourquoi je nourris l'espoir que la voix de la raison et du coeur saura ces prochaines semaines prévaloir et vous permettre de réaliser votre aspiration profonde, vivre dans l'Etat de votre choix, un Etat souverain, démocratique, pacifique et viable. Soyez assurés que la France se tiendra résolument à vos côtés pour vous aider, pour aider la paix à naître et à durer.

Mais les autres thèmes de coopération dont nous débattrons au cours de cette Commission me paraissent tout aussi importants. La viabilité du futur Etat palestinien supposera une gestion maîtrisée de ses ressources naturelles. L'eau tout d'abord, dont nous savons combien elle fait défaut dans toute la région. L'Agence française de développement continuera de consacrer une part importante de ses moyens à la réhabilitation des réseaux d'eau potable et d'assainissement. Nos experts ont travaillé ensemble à l'optimisation de l'irrigation agricole dont on sait la part importante qu'elle mobilise dans les ressources en eau. Le territoire aussi, autre ressource rare, qu'il faut savoir valoriser par une politique d'aménagement équilibrée, par une politique agricole réfléchie. Nous pourrons oeuvrer ensemble sur cette voie. Mais la principale richesse de la société palestinienne, c'est l'abondance et la qualité de sa ressource humaine. C'est là que réside la clé de son développement économique et social futur.

L'Autorité palestinienne a déjà su, avec prévoyance, investir dans le haut niveau d'éducation de la population. J'ai donc souhaité que notre Commission mixte porte un accent particulier sur les actions d'éducation et de formation professionnelle, des actions de formation conduites en commun entre partenaires français et professionnels. Cette priorité a trouvé une traduction concrète avec le premier projet inscrit sur le Fonds de solidarité prioritaire, que j'aurai plaisir à signer avec le ministre Nabil Chaath à l'issue de nos travaux. Ce programme est conçu selon une approche intégrée concernant chacun des niveaux d'éducation, depuis le pré-élémentaire jusqu'à l'enseignement supérieur.

Enfin, l'identité nationale est l'expression d'un héritage et donc d'un patrimoine dont la préservation et la valorisation représentent un véritable enjeu politique mais aussi économique. J'aurai l'occasion de renouveler l'accord de coopération archéologique qui unit nos institutions pour une nouvelle période de cinq ans. Je me réjouis aussi de l'organisation, dès cet automne, d'une grande exposition à l'Institut du monde arabe à Paris qui présentera les découvertes archéologiques récentes faites par nos équipes à Gaza. Dans tous ces domaines, comme dans celui de la valorisation touristique, nous sommes prêts à vous offrir notre concours. Je n'oublie pas que l'ensemble de la société palestinienne est partie prenante à la création de l'Etat de droit. Je suis frappé par la vitalité des structures locales et de la société civile palestinienne. Je vous ai dit à l'instant, l'importance que j'attachais à la coopération décentralisée. Nous avons là un large champ de coopération qu'il nous faut savoir défricher.

Pour résumer, les grandes lignes de l'action qui inspirent le président de la République, le Premier ministre et le gouvernement français, je rappellerais que la France, comme l'Union européenne dont elle va en effet dans quelques jours, assumer la présidence, souhaite contribuer à l'instauration d'une paix durable et féconde dans la région. Nous sommes convaincus que la meilleure garantie pour la stabilité dans la région, y compris pour la sécurité d'Israël, c'est l'existence d'un Etat palestinien aux structures solides et démocratiques répondant aux aspirations légitimes de la population palestinienne. La France s'est exprimée à ce sujet de la manière la moins équivoque. L'édification d'un Etat palestinien représente pour la France un élément clé du règlement qu'elle n'a cessé de prôner au Proche-Orient. Cette troisième réunion de notre Commission mixte élargie à laquelle je souhaite le plein succès dans la poursuite de ses travaux s'inscrit naturellement dans ce cadre qui est aussi celui de l'amitié et de la solidarité.

Voilà, Monsieur le Ministre, Messieurs les Ministres, ce que je souhaitais exprimer à l'ouverture de cette session. Je voudrais aussi, si vous en êtes d'accord, en profiter pour présenter M. Saint-Geours qui est l'un des acteurs importants qui va donc désormais présider les travaux de la Commission mixte pour la partie française, il est en charge à la Direction générale de la Coopération internationale et du Développement, de l'ensemble des relations universitaires et de recherche, mais l'expérience qu'il a acquise dans ces commissions mixtes, l'autorise à une grande polyvalence, donc nous comptons sur lui.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 juin 2000)
Entretien avec la radio israélienne "Kol Israël" le 19 :

Q - Monsieur le ministre, vous arrivez dans un contexte très particulier, celui du retrait israélien du Liban qui vient d'être reconnu par l'ONU, donc un contexte de décrispation. Est-ce que vous ressentez une avancée à ce niveau là dans le cadre de votre visite ?

R - Observons d'abord que l'engagement israélien a été suivi d'effet, puisque le retrait est intervenu par anticipation par rapport au calendrier initial et que, globalement, nous avons le sentiment que les choses se sont bien passées. Il reste la question de la certification. Attendons, je le répète, que Kofi Annan ait terminé le tour qu'il fait dans la région afin de tirer au vu de son rapport les conclusions définitives. Mais, globalement, les choses, je le répète, se passent bien et c'est vrai que ceci modifie beaucoup de choses.

D'abord Israël se met en règle par rapport à la résolution des Nations unies. C'était important et c'est vrai que ceci polluait en quelque sorte le dialogue politique entre Israël et les pays qui entendaient faire respecter, et voir respecter ces résolutions. Donc, ceci est une bonne chose. Il est vrai que ceci ouvre des perspectives nouvelles en ce qui concerne le Sud-Liban.

Il faut maintenant, c'est la position de la France, que le Liban y restaure son autorité, qu'il utilise pour ce faire les moyens dont il dispose, y compris les moyens militaires. C'est après seulement, et en concertation, qu'on peut apprécier la part que la communauté internationale devrait prendre dans la stabilisation définitive : dans la stabilisation et dans le développement de cette région.

Pour le reste, la relation avec la Syrie, il y a en quelque sorte une nouvelle donne avec la mort d'Hafez El Assad, et la désignation d'un nouveau responsable dont on nous dit qu'il entend poursuivre l'effort de son père en ce qui concerne le processus de paix, mais un processus de paix qui n'avait pas jusqu'alors abouti. Il est vrai également que la France a toujours dit que la revendication syrienne de récupérer ses territoires était légitime. Cela renvoie donc au dialogue entre Israël et la Syrie dont nous espérons qu'il permettra d'aboutir à la paix. Nous nous souvenons aussi qu'il y a ce fameux principe d'échange de la paix contre des territoires auquel, si tout le monde y tient suffisamment, on doit pouvoir faire confiance.

Q - Dans ce contexte précisément, est-ce que la France revendique également le retrait des troupes syriennes du Liban ?

R - La France n'a pas à revendiquer. Elle n'est pas dans cette situation. Ce que nous souhaitons c'est que le Liban retrouve sa pleine souveraineté.

Q - En ce qui concerne la Francophonie, dont vous êtes également le ministre, quel est l'état selon vous du développement de la Francophonie en Israël d'après ce que vous avez pu voir depuis votre arrivée ?

R - J'observe que la Francophonie est une réalité vivante en Israël, le français n'étant pas d'ailleurs appelé à je ne sais quelle compétition avec une langue anglaise dont nous savons la part qu'elle a dans la société israélienne. Le français pouvant être le "plus" qui donne à des jeunes en particulier un passeport supplémentaire en direction du monde et de l'Europe, mais aussi une chance de plus pour un parcours professionnel. Les jeunes que j'ai rencontrés au Lycée René Cassin ce matin me paraissent bien s'inscrire dans cette perspective, sans oublier qu'une langue de plus, c'est un enrichissement, c'est un métissage culturel de plus, c'est ce qui sert aussi quand on parle de paix et de rapprochement. Bref, la réalité francophone est forte. Nous souhaitons évidemment qu'elle se développe et nos coopérations servent à cela.

Q - Justement, ne pensez-vous pas que compte tenu de l'importance de la Francophonie en Israël, l'aide française à ce développement est peut-être insuffisante ?

R - Il y aurait un autre moyen, mais les conditions ne sont peut-être pas encore tout à fait réunies. Pourquoi ne pas espérer qu'elles le soient un jour ? Pour qu'Israël puisse bénéficier des outils que l'organisation de la Francophonie s'est forgée, ce qui signifierait une relation plus directe entre Israël et cette organisation francophone.

Q - Une toute dernière question sur la coopération triangulaire. Deux mots là dessus si vous le voulez bien.

R - La coopération triangulaire, c'est la possibilité pour une collectivité française d'avoir des actions de coopération avec une collectivité israélienne et une collectivité palestinienne. Ce qui contribue aussi à les rapprocher et il y a des thèmes communs comme l'eau, comme la gestion des services publics, comme l'assainissement, comme les transports, comme la culture.

Q - Que vous développez ?

R - Que nous développons et que nous encourageons très fortement, et la présence à mes côtés de trois élus français dont les collectivités qu'ils représentent coopèrent avec Israël et les territoires palestiniens, l'Autorité palestinienne, illustre cette volonté.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 juin 2000)
Conférence de presse à Jérusalem le 19 :

Mesdames et Messieurs,

Merci d'être au rendez-vous que je vous ai proposé.

Je voudrais, en exergue, rappeler que depuis la visite d'Ehud Barak à Paris en septembre 1999, le rythme des relations, et en particulier des visites des responsables français et israéliens s'est accéléré. Mon voyage intervient après ceux d'Hubert Védrine, d'Alain Richard, du Premier ministre, de Marie-George Buffet, et d'autres suivront, témoignant de la volonté de la France de resserrer à la fois le dialogue politique mais aussi ses liens de coopération avec Israël.

Etant en charge précisément de la Coopération internationale et de la Francophonie, c'est évidemment sur ces deux terrains que j'ai prévu d'avoir les relations les plus approfondies. Bien entendu mon voyage est aussi l'occasion de participer au dialogue politique dont j'ai parlé à l'instant et d'évoquer avec mes interlocuteurs la situation en Israël ; ses relations avec ses voisins ; le dialogue entre Israël et la Palestine ; la situation nouvelle née du retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban. Questions dont je vais aussi parler cet après-midi avec mes interlocuteurs palestiniens que je vais rencontrer, et en particulier le président Arafat que je rencontre en fin d'après-midi. J'irai ensuite, demain soir, en Jordanie, pour poursuivre avec les autorités jordaniennes ces contacts, mais parler aussi avec eux bien sûr de la coopération entre la France et la Jordanie.

Voilà, ayant dit cela, je ne vous apprendrai rien en vous disant que la France suit avec une attention extrême, presque douloureuse, le processus de paix tel qu'il s'est enclenché avec ses avancées, avec ses difficultés.

Kofi Annan vient dans la région. A son retour il fera un rapport. Ce sera l'occasion d'une évaluation de la situation, en particulier, au Liban. On annonce pour la fin de la semaine, je crois, la venue de Mme Albright. Bref, le processus de paix est au coeur de l'actualité. Nous espérons bien sûr qu'il aboutisse et qu'il permette cette paix durable conciliant l'aspiration légitime de sécurité de l'état d'Israël mais aussi le droit à l'autodétermination visant à la constitution d'un Etat palestinien. La France a depuis longtemps dit sa volonté de voir aboutir les accords, de voir respecter aussi les engagements pris à l'occasion des différentes étapes. C'est pour moi aussi l'occasion de rappeler, mais le président de la République et le Premier ministre ont déjà eu l'occasion de le faire, que ce processus de paix n'a des chances d'aboutir que si chacun respecte scrupuleusement ses engagements. C'est aussi le message que je porte à mes différents interlocuteurs.

Voilà, si je dois laisser un peu de temps à vos questions, j'arrête là cette présentation très rapide qui n'avait pour but que de situer le cadre en quelque sorte dans lequel j'effectue ce voyage.

Q - Vous arrivez à un moment où la France va prendre la présidence européenne dans quelques jours. Ce matin dans "Haaretz" il y avait un article qui traite de quelques craintes israéliennes vis-à-vis de la reconnaissance par la France et l'Union européenne d'un Etat palestinien dès le moment où il sera proclamé, que cela se fasse en accord ou en désaccord avec Israël.

R - Il est exact que l'Europe entend apprécier librement le moment où elle pourra reconnaître l'Etat palestinien. Notre souhait est bien entendu que cette reconnaissance intervienne dès lors qu'un accord sera intervenu. Mais la question se posera le moment venu. S'il est vrai que nous n'avons pas voulu qu'Israël puisse exercer une sorte de veto par rapport à cette reconnaissance, je le répète, nous continuons à espérer que cette reconnaissance interviendra dans le cadre d'un accord.

Q - Et si ce n'était pas le cas ?

R - Ecoutez, laissez-nous le temps d'apprécier la situation à ce moment. Malgré les difficultés que nous observons, rien ne permet aujourd'hui de conclure qu'il n'y aura pas d'accord.

Q - Vous avez prononcé le mot veto, et j'ai remarqué que vous n'allez pas à Beyrouth. Je le regrette profondément parce que concernant la Francophonie, il y a un veto du Liban. Israël n'est pas accepté dans la communauté francophone parce que le Liban s'y oppose et nous sommes ici dans une situation totalement absurde. Est-ce que vous pensez que la France va faire pression sur le Liban ? Est-ce que vous estimez, maintenant que le retrait est fait, que si le Liban continuait à s'opposer à ce qu'Israël fasse partie de la communauté francophone que le président de la République voudra peut-être éviter de se rendre au sommet de la Francophonie qui aura lieu à Beyrouth comme il l'avait prévu.

R - Il y a plusieurs questions. Je ne suis pas allé à Beyrouth car j'y étais il y a un mois. Ce fut un séjour qui a permis, je crois, de bien mettre à plat, dans tous ses aspects, la coopération très féconde qui se développe et qui se renforce entre la France et le Liban. Il est vrai que nous avons en perspective ce sommet de la Francophonie prévu l'année prochaine. Il se prépare, je crois, très sérieusement et il va être un moment important du dialogue entre francophones, mais aussi avec les autres, puisqu'aussi bien le thème du sommet de Beyrouth sera justement le dialogue des cultures. Beyrouth est, de ce point de vue, un lieu un peu privilégié pour traiter d'un tel sujet.

La règle en Francophonie c'est le consensus. Il faut l'accord des autres membres de l'organisation francophone qui compte aujourd'hui, je le rappelle, 58 membres car il y a eu un nouvel élargissement, en particulier l'an dernier au Sommet de Moncton avec l'entrée de la Macédoine et de l'Albanie. Donc il faut l'accord de tous pour qu'un nouvel Etat entre dans l'organisation.

J'ai déjà eu l'occasion d'ailleurs à Paris de dire qu'Israël compte une proportion de francophones plus élevée que dans un certain nombre de pays pourtant membres de l'organisation francophone. Si l'on s'en tient à ces critères là, rien ne doit empêcher Israël d'entrer en Francophonie et on peut espérer que les conditions politiques se soient suffisamment améliorées pour que cette perspective soit sinon actée, au moins envisagée, ou pourquoi ne pas en parler à l'occasion du sommet de Beyrouth.

Il est vrai que ceci signifierait que d'autres pays arabes, en Francophonie, je pense à l'Egypte, mais pas seulement, je pense au Liban, au Maroc, à la Tunisie, sans parler des autres pays importants, donnent également leur accord. Je souhaite que cet accord intervienne parce que cela signifierait que les mentalités des uns et des autres aient évolué dans la bonne direction. C'est le message que nous faisons passer à ceux-là.

Q - Vous pensez que le président de la République se rendra à Beyrouth ?

R - Oui bien sûr.

Q - Il s'est déjà rendu en Israël, et un passeport oblitéré à la frontière israélienne interdit toute entrée au Liban. Non, je veux dire qu'il est difficile d'imaginer que le président de la République, qui est la France, la langue française, ne fasse pas ici pression et qu'il envisage froidement de se rendre à Beyrouth si Israël est toujours exclu de la Francophonie.

R - Je vous étonnerai peut-être, mais je n'ai pas entendu qu'Israël avait demandé à entrer en Francophonie.

Q - A propos de la présidence française, l'Union européenne, et le rôle de l'Union européenne au Proche-Orient et dans le cadre du processus de paix, est-ce qu'il y a des propositions déjà avancées pour que l'Union européenne retrouve vraiment sa place dans le cadre du processus de paix ? Première chose, et la deuxième qui est plus dans le cadre de votre voyage, est-ce que dans le cadre des coopérations, vous avez prévu d'impulser des coopérations tripartites ?

R - L'Union européenne est déjà très présente, - ne serait-ce qu'au travers justement des coopérations, je veux parler de celle de la France mais d'autres pays interviennent, et font partie comme on dit des bailleurs de fonds - dont l'action bénéficie ici à plusieurs pays de la région. Donc l'Union européenne est présente déjà. La France va assumer en effet la présidence dans quelques jours, c'est une occasion pour la France d'être plus active, plus présente au nom de l'Union européenne. Dans le processus de paix elle est disponible pour entreprendre les actions qui s'avéreraient utiles pour le faire progresser. Elle sera, et elle l'est déjà, présente et disponible en ce qui concerne le Liban. Pour ne parler que de ce dossier que nous n'avons pas encore véritablement évoqué.

Q - Et s'agissant, plus spécifiquement des coopérations tripartites...

R - Trois élus m'accompagnent qui représentent, l'un la ville d'Epinay - M. Le Roux est député-maire de cette ville -, le Conseil général du Val-de-Marne, que représente M Trigon -, il est chargé au Conseil général du Val-de-Marne des relations internationales de ce département. Je rappelle d'ailleurs que Val-de-Marne et Seine Saint-Denis coopèrent sur ce dossier particulier des Territoires palestiniens et d'Israël. Et puis Philippe Nouveau qui est maire-adjoint de Dunkerque, une ville qui est également engagée dans la coopération avec un certain nombre de collectivités palestiniennes et singulièrement Gaza. Donc, la coopération décentralisée les touche désormais parce qu'on a essayé de faire savoir un peu mieux ce que c'était : c'est donc la relation directe qu'une collectivité française peut entretenir avec une collectivité étrangère, partenaire.

Cette coopération décentralisée, qui est aujourd'hui considérée par moi comme une priorité de notre coopération, peut en effet se développer de manière triangulaire en impliquant des collectivités israéliennes et palestiniennes. C'est ce que nous essayons de faire.

J'observe d'ailleurs que la société civile, de son côté, s'efforce aussi de pousser cette forme d'échange, de dialogue. J'en ai eu la preuve il y a quelques instants en visitant le lycée René Cassin où on nous a rappelé que l'Alliance israélite universelle s'efforce précisément de son côté de faciliter le dialogue entre les cultures et de promouvoir ainsi une sorte de vivre-ensemble, condition aussi d'une paix durable dans la région. Vous voyez, la coopération décentralisée est donc triangulaire, et parait être un outil privilégié pour participer au processus de paix, et de développement.

Q - Puis-je revenir un peu sur la reconnaissance par l'Union européenne et la France de l'Etat palestinien. Vous avez dit que rien ne permettait de penser qu'un accord ne serait pas obtenu. Vous semblez bien optimiste alors que nous sommes nous ici un peu pessimistes. Est-ce que nous avons des raisons de vous croire ou de croire que nous nous sommes trompés ?

R -Ecoutez, vous savez, vous qui êtes ici, vous savez mieux que moi la réalité d'une situation où les bonnes et les moins bonnes nouvelles se succèdent. Nous savons qu'actuellement il y a quelques éléments, sinon de blocage au moins de difficulté, tels qu'ils se sont exprimés à Washington au cours des derniers jours. J'observe, en même temps que les efforts se poursuivent pour essayer de lever ces difficultés. C'est peut-être parce que nous croyons tellement à la paix qu'on n'imagine pas qu'elle ne puisse pas intervenir. J'ai le sentiment que de plus en plus d'Israéliens et de Palestiniens ont cette position là et expriment le même espoir. Quand je vois, je le répète, les efforts de la société civile pour aboutir, je n'imagine pas que les responsables politiques ne fassent pas le maximum pour y arriver.

Je vous remercie.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 juin 2000)
Entretien avec France Culture le 20 :

Q - Charles Josselin est arrivé dimanche en Israël, première étape d'une visite de quatre jours au Proche-Orient qui l'a conduit hier à Ramallah en Cisjordanie. Le ministre de la Coopération et de la Francophonie a eu des entretiens avec plusieurs membres du gouvernement Barak, notamment le chef de la diplomatie israélienne David Lévy et hier il a longuement rencontré Yasser Arafat, le président de l'Autorité palestinienne. Nous sommes en ligne avec Charles Josselin, bonjour Monsieur le Ministre.

R - Bonjour.

Q - Merci d'être en ligne avec nous depuis Jérusalem. D'un mot, dites-nous si l'incident de Bir Zeit, le caillassage de Lionel Jospin en février dernier, lorsqu'il avait qualifié le Hezbollah de terroriste, dites-nous si cet épisode a laissé des traces chez les Palestiniens.

R - Ecoutez, je crois vraiment que la page est tournée. On sait avec quel sang-froid le Premier ministre avait réagi à cette flambée de violence, mais je crois aussi que le retrait d'Israël des territoires...

Q - Du Liban.

R -... a donné, comme le rappelait d'ailleurs Shimon Peres, raison quand il faisait confiance aux Israéliens pour organiser ce retrait. Quand je vois les témoignages d'amitié que Yasser Arafat nous a exprimés hier soir, quand je vois que la coopération avec l'université de Bir Zeit et en particulier l'institut du droit, continue de se développer, je me dis qu'en effet on peut considérer que la page est tournée.

Q - Au moment où le processus de paix semble quand même une nouvelle fois complètement dans l'impasse, est-ce que vos interlocuteurs israéliens et palestiniens vous ont donné des signes d'une volonté de débloquer le processus ?

R - Ecoutez, j'observe que le discours se veut résolument optimiste, mais certaines pratiques, elles, sont moins encourageantes. Il est évident que le processus de paix s'inscrit dans une dynamique, qui a besoin d'être entretenue par des gestes concrets, cela c'est le respect des engagements déjà pris. Et qu'il s'agisse de la restitution de certains territoires, qu'il s'agisse de la libération des prisonniers politiques, il y en a plus de quinze cents. On attendait la libération de 300, on parle de trois, voyez l'écart qu'il y a entre les intentions et la réalité. C'est ceci qui pourrait menacer ce processus de paix, même si on ne peut pas imaginer que par rapport à une opinion publique, qu'elle soit palestinienne, qu'elle soit israélienne, qui veut de plus en plus la paix, on ne peut pas imaginer que ce processus n'aboutisse pas.

Q - M. Josselin, Jacques Chirac a remis par votre intermédiaire un message au président Arafat. Etait-il de nature politique ?

R - Oui bien sûr. Je n'ai pas évidemment à en dévoiler les termes, ce n'est pas la règle, mais je peux simplement dire que ce message transmis au président Arafat par Jacques Chirac s'inscrit dans le dialogue politique très serré qui désormais s'organise entre Français et Palestiniens. Le président Arafat a des relations directes avec le président Jacques Chirac, il en a avec Lionel Jospin et je crois que c'est bien qu'il en soit ainsi, tout cela sert le processus de paix.

Q - Hier vous avez ouvert la troisième session de la commission mixte franco-palestinienne, quelles sont les priorités de cette coopération bilatérale ?

R - Ecoutez, cette commission mixte, elle a pris en compte l'ensemble des actions de coopération, qu'elles soient culturelles, qu'elles soient éducatives, qu'elles soient aussi économiques, qu'elles concernent les infrastructures, qu'elles concernent surtout l'appui institutionnel à l'autorité palestinienne, aux institutions palestiniennes qui se mettent en place. Et à cet égard la présence au mois de septembre aux côtés des responsables palestiniens, d'un ancien secrétaire général du gouvernement français, Jacques Fournier, conseiller d'Etat, va certainement aider à la consolidation de l'état de droit dans cette Palestine naissante. Mais je voudrais ajouter que sur le plan éducatif, il y a un programme important qui va de la maternelle à l'enseignement supérieur, qui intègre en particulier des classes bilingues, la francophonie est aussi une politique voulue par les Palestiniens et le ministre délégué à la Francophonie ne peut évidemment que s'en réjouir. J'ajoute un programme important en matière d'eau, qui est évidemment la grande question, et aussi pour faire bonne mesure, la santé, dans quelques instants je vais remettre un chèque à l'hôpital Saint Joseph qui permettra l'achat d'équipements médicaux en particulier.

Q - Israéliens et Palestiniens vous ont-ils dit ce qu'ils attendent de la France en tant que prochaine présidente de l'Union européenne ?

R - L'attente est forte, c'est incontestable, ça ne durera que six mois, mais on pense que la France peut faire avancer de manière significative, à la fois le dossier de la Méditerranée, c'est le processus de Barcelone, c'est-à-dire la possibilité de faire de la Méditerranée un champ diplomatique et de coopération économique et permettre ainsi à cette mer commune d'être un facteur de paix et de réconciliation alors qu'aujourd'hui, elle est plutôt marquée par la division. Je rappelle qu'une conférence ministérielle est prévue à Marseille pour parler de tout cela et que si les conditions le permettent, elle sera suivie d'un sommet des chefs d'Etats qui marquerait alors, en effet, la présidence française par une action forte en direction de la Méditerranée.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 juin 2000)
Point de presse à l'issue de l'entretien de M. Josselin avec M. Fayçal Husseini, membre du comité exécutif de l'OLP à Jérusalem le 20 :

Q - Monsieur Josselin, pourriez-vous nous donner une idée de l'accord que vous venez de signer et nous parler de votre visite aujourd'hui à Jérusalem ?

R - S'agissant de la convention que nous venons de signer, elle concrétise la promesse qu'avait faite le Premier ministre, M. Lionel Jospin. L'appui financier que cette convention illustre va permettre l'acquisition notamment de matériels médicaux dont nous savions qu'ils étaient très attendus. Je suis donc très heureux que cette promesse ait pu être réalisée et je ne manquerai pas de rendre compte au Premier ministre, que je verrai dès jeudi, de la satisfaction que vous avez exprimée. Je voudrais ajouter que la rencontre ce matin avec Fayçal Husseini a été évidemment l'occasion d'évoquer la question de Jérusalem puisque nous savons que le ministre est directement en charge de ce dossier. J'ai eu l'occasion de rappeler l'importance que la France attachait au principe de liberté qui devrait prévaloir en ce qui concerne le futur statut de Jérusalem : liberté reconnue à toutes les religions de pouvoir accéder en toute facilité aux lieux saints mais aussi la possibilité pour les religions de continuer évidemment à y vivre.

En ce qui concerne la discussion engagée entre les autorités palestiniennes et les autorités israéliennes, nous n'entendons pas nous immiscer dans cette négociation. Nous souhaitons bien évidemment qu'un accord aboutisse pour permettre à toutes les communautés de vivre en paix à Jérusalem. Nous sommes conscients de la difficulté de l'exercice mais nous mesurons aussi combien Jérusalem pourrait être symbolique d'une tolérance retrouvée et d'une liberté vécue. Jérusalem est déjà une ville emblématique, elle serait une ville exemplaire et c'est ce que nous espérons et nous sommes prêts à participer aux réflexions qui sont engagées pour apporter aussi notre expertise dans la recherche de solutions permettant de concilier des points de vue dont on vient de nous dire qu'ils ne sont pas encore tout à fait proches.

Il en va du futur statut de Jérusalem comme du processus de paix : il y a en quelque sorte une obligation de résultat.

Q - Est-ce que vous ne trouvez pas un recul dans la position européenne et en particulier française par rapport à Jérusalem dans les contacts avec les responsables palestiniens à Jérusalem, étant donné qu'on ne visite plus le siège de la Maison d'Orient qui est le siège officiel ?

R - J'ai dit que cette première réunion se justifie pleinement à l'hôpital Saint Joseph qu'on appelait et qu'on appelle parfois encore l'hôpital français. J'ajoute qu'il y a une raison particulière de venir ici, la signature de cette convention qui est signée directement au bénéfice de l'hôpital. Je n'écarterais pas la possibilité pour une autre visite la possibilité d'avoir notre réunion à la Maison d'Orient.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 juin 2000)
Déclaration à l'issue de la rencontre de M. Josselin avec M. Yasser Arafat, président de l'Autorité palestinienne, à Ramallah le 20 :

A mon tour, je voudrais dire l'émotion que j'ai ressentie en rencontrant de nouveau le président Arafat. La première fois, c'était à Paris, lors de son premier voyage en France, en 1989. Depuis, beaucoup de chemin a été parcouru, qui nous rapproche, quelles que soient les difficultés, de la paix, qui rapproche le peuple palestinien de la réussite de ses ambitions.

La France est au côté du peuple palestinien depuis très longtemps déjà, et singulièrement aux côtés du président Arafat. Le président Mitterrand, dès 1982, puis le président Chirac, aujourd'hui et tout le gouvernement français entendent venir en appui des efforts du peuple palestinien, non seulement pour que la paix progresse, mais aussi pour qu'Etat palestinien se construise.

Je suis heureux que la Commission mixte, à laquelle se sont consacrées une délégation française et une délégation palestinienne très importante, ait pris en compte non seulement la coopération culturelle, éducative, mais aussi la coopération économique, la réalisation des infrastructures nécessaires, mais aussi se soit attaché à donner au peuple de Palestine les moyens destinés à consolider son autodétermination, et disons-le, à consolider, le moment venu, le futur Etat palestinien.

La France va présider l'Europe dans quelques jours. Elle espère bien que toute l'Europe saura aussi se mobiliser aux côtés du peuple palestinien et du président Arafat.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 juin 2000)
Conférence de presse à Amman le 21 :

J'ai regretté il y a deux mois de devoir reporter mon voyage en Jordanie pour des raisons de remaniement ministériel en France. Finalement, je viens en Jordanie au lendemain d'un remaniement ministériel du gouvernement jordanien. Je suis heureux que ce nouveau calendrier m'ait permis de rencontrer le nouveau ministre du Plan et un nombre significatif de ministres et, bien entendu, le Roi.

J'ai été heureux de rencontrer le Roi dont j'avais fait la connaissance lors de son voyage en France où j'avais été chargé de l'accueillir à l'aéroport au nom du gouvernement français.

Outre les ministres que vient de citer M. Hadid, le ministre du Plan jordanien, je voudrais rappeler que dans le cadre de réunions amicales, j'ai pu également rencontrer le ministre des Finances, le ministre de l'Information et j'ai même pu croiser le ministre de l'Education dans l'antichambre du Roi.

Ce voyage, qui pour moi était le premier en Jordanie, me laissera une impression extrêmement positive. Je savais la proximité politique entre nos deux pays, les relations personnelles qui existent entre nos dirigeants. Je sais aussi que, depuis la dernière période, il y a eu une accélération dans le rythme des voyages ministériels, mais plus fondamentalement, j'ai pu vérifier combien nos analyses de la situation internationale, et en particulier par rapport au processus de paix, étaient proches.

Ce voyage intervenant après le retrait israélien du Sud-Liban, au lendemain aussi de la mort de Hafez El Assad, j'ai pu analyser avec mes interlocuteurs la nouvelle situation comme je l'avais fait hier et avant-hier avec mes interlocuteurs israéliens et palestiniens.

Pour ce qui est de la coopération, M. le ministre du Plan vient de rappeler la part prise par les entreprises françaises dans le développement de la Jordanie, et notamment au travers des privatisations. Hier soir d'ailleurs, j'ai pu, en inaugurant aux côtés du Prince Raad le complexe hôtelier de Spa/Maïn, mesurer l'importance que le tourisme représente dans notre coopération. Un tourisme qui entend offrir au monde un patrimoine historique naturel extraordinaire et que la coopération française se propose en effet de valoriser, y compris au travers des recherches archéologiques qui contribuent à révéler la richesse du patrimoine du Royaume Hachémite.

France Télécom, les ciments Lafarge, Accor et, demain, j'espère, d'autres entreprises françaises, sont convaincues de l'avenir de la Jordanie, sont aussi évidemment favorablement impressionnées par les dispositions fiscales, par l'environnement juridique, et la sécurité surtout qui prévalent dans ce pays.

J'ai eu, lors de ce voyage, l'occasion de signer deux conventions qui illustrent l'une et l'autre la diversité de notre coopération. Hier soir, j'ai signé une convention relative à une aide alimentaire de 4.000 tonnes de blé alors même que la semaine dernière les 8.000 tonnes correspondant à une décision précédente étaient débarquées au port d'Aqaba. Et puis, ce matin, j'ai signé avec le ministre de l'Eau une convention mettant en marche un programme de gestion de l'eau et de maîtrise de l'utilisation de l'eau. Je sais l'importance de ce dossier et j'observe aussi que l'eau est un domaine dans lequel les entreprises françaises occupent une des toutes premières places mondiales. Je n'oublie pas que l'eau est aussi un secteur de coopération extrêmement fécond. Il faut que nous puissions ensemble faire progresser le dossier de la désalinisation, de l'irrigation, de l'utilisation raisonnée et raisonnable de l'eau pour le développement agricole par exemple, sans oublier que le développement touristique exige aussi une alimentation en eau satisfaisante.

Si j'observe en outre que la coopération en matière culturelle et scientifique se développe, que les échanges d'étudiants ne demandent qu'à augmenter, on comprendra que je retire de ce voyage un très grand sentiment de satisfaction. J'en rendrai compte bien entendu au président Chirac, au Premier ministre, M. Jospin et, bien sûr, au ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, qui était ici il y a deux mois.

Je voudrais simplement en concluant cette présentation et avant de répondre aux questions que vous allez me poser, rappeler que la France va présider l'Union européenne à compter du 1er juillet. Elle a l'intention de faire de la Méditerranée un des thèmes prioritaires de sa présidence afin que la Méditerranée devienne un espace de paix et de développement, afin que la Méditerranée aussi puisse mieux profiter de la solidarité européenne.

Parmi les questions qui seront évoquées sous présidence française, il y aura en effet la mise en oeuvre des politiques d'allégement de la dette des pays en développement. Une première décision a été prise au bénéfice des pays les plus pauvres. Je sais la préoccupation des responsables jordaniens et c'est un thème dont nous avons pu, dès hier soir, parler longuement avec le ministre du Plan. Vous n'êtes pas sans savoir que la France a déjà participé au rééchelonnement de la dette de la Jordanie, avec qui nous avons en outre mis en place un mécanisme permettant de convertir une partie de la dette en investissements. C'est d'ailleurs ce mécanisme qui a participé au financement du complexe hôtelier que nous avons inauguré hier soir, mais c'est aussi le même mécanisme qui peut demain financer des programmes aussi divers que le parc régional de Debeen ou le projet de musée de Jérash. Il reste que la question d'effacement de la dette demeure une préoccupation. Je ne suis pas en mesure de promettre que cette décision sera prise mais je peux, en tout cas, vous dire tout l'intérêt personnel que j'accorderai à ce dossier en sachant que la Jordanie souffre aussi de la situation d'instabilité qui affecte certains de ses voisins et que c'est un argument qu'il est normal de prendre en considération.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire. Je suis prêt, si vous le souhaitez, à répondre à quelques questions.

Q - Est-ce qu'il y aura prochainement d'autres initiatives françaises complètes pour soutenir l'action de développement du gouvernement jordanien ? Est-ce qu'on peut s'attendre prochainement à d'autres initiatives françaises en faveur de la Jordanie ?

R - C'est évidement, je le disais tout à l'heure, une question qui est déjà sur la table et les autorités jordaniennes ne manqueraient pas de nous le rappeler si nous l'oublions. Je rappelle aussi que c'est la France qui assure la présidence de ce qu'on appelle " le Club de Paris ", le lieu où l'ensemble des créanciers examinent les dossiers d'allégement et de rééchelonnement de la dette. Mais, je pense que c'est du côté de l'Europe qu'il faut aussi se tourner. Des programmes spécifiques pour les pays méditerranéens sont prévus, je pense à MEDA, je pense aussi à la participation de la Banque européenne d'investissements qui peut apporter son aide dans le financement des initiatives dont vous parliez. Et puis, je rappelle ce que je disais à l'instant, la procédure de conversion de dette en investissements est en train de produire ses effets. C'est un outil presque neuf et j'observe que la Jordanie est un des premiers pays à en bénéficier. Je suis convaincu que c'est un outil tout à fait fécond.

Je veux simplement dire ma conviction que le Roi Abdallah inscrit son action à la suite de son père, le Roi Hussein, et comme son père, il joue déjà et est certainement appelé à jouer un rôle important sur la scène internationale. Il est déjà un acteur de paix. Je voulais le souligner. C'est aussi une des raisons pour lesquelles la France accorde aussi volontiers son amitié à la Jordanie. Je ne doute pas que la nouvelle équipe gouvernementale saura de son côté saisir toutes les opportunités que la bonne image de la Jordanie à l'étranger permet d'espérer, de la part de la France en tout cas, de la part de l'Europe et d'autres parties du monde. La présence hier soir du ministre du Tourisme indonésien montre que la Jordanie entend regarder loin.

Merci.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 juin 2000)


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