Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur les restructurations dans l'industrie d'armement française et européenne et la coopération européenne dans l'armement, notamment l'armement terrestre, Le Bourget le 19 juin 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur les restructurations dans l'industrie d'armement française et européenne et la coopération européenne dans l'armement, notamment l'armement terrestre, Le Bourget le 19 juin 2000.

Personnalité, fonction : RICHARD Alain.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Inauguration de l'exposition Eurosatory sur l'armement terrestre, au Bourget le 19 juin 2000

ti : Monsieur le président,
Messieurs les ministres,
Messieurs les représentants des pays étrangers,
hôtes de la France,
Monsieur le préfet,
Monsieur le délégué général pour l'armement,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et messieurs,


Introduction

C'est avec beaucoup d'intérêt que je viens à nouveau inaugurer le salon Eurosatory, car, comme vous venez de le souligner, il est tout à la fois une occasion de promouvoir la qualité des technologies françaises d'armement terrestre et un lieu de rencontres et d'échanges de dimension internationale.

C'est en effet sa grande ouverture internationale qui caractérise l'exposition Eurosatory. Au-delà des regroupements industriels et des actions des Etats en matière de coopération d'armement, le dialogue et les échanges entre les différents acteurs présents au Salon permettent de créer à la fois une saine émulation, source de progrès technologiques, et une confiance réciproque qui forme la base des projets de coopération.

La situation de l'armement terrestre

Pour appréhender correctement la situation actuelle de l'industrie de l'armement terrestre, il faut rappeler l'environnement général des forces terrestres, aujourd'hui en pleine évolution. Le contexte stratégique d'emploi des forces terrestres se caractérise par des missions de plus en plus diversifiées et complexes, allant du combat classique en haute intensité, dont il faut conserver le savoir-faire, jusqu'aux actions de maîtrise de la violence et de soutien à la prévention et à la sécurité, dans le cadre d'objectifs plus humanitaires.

Cette variété des missions et des engagements nous impose donc de disposer d'un outil militaire à la fois souple, varié et bien adapté, en particulier en termes d'équipement. Ce nouveau contexte rend en particulier primordiales, la fonction de protection du combattant de nos équipements (à titre d'exemple les programmes VCI, SAMP/T et FELIN), la maîtrise de l'information et l'aéromobilité (de combat avec le Tigre, tactique et stratégique avec le NH90 et l'A400M). Les principaux programmes existants, dont bien entendu le Leclerc qui montre actuellement ses qualités au Kosovo, sont maintenus, le cas échéant adaptés. Enfin, les autres équipements, plus traditionnels, font l'objet d'améliorations régulières.

Dans ce contexte évolutif, le salon Eurosatory intervient à un moment important pour les industries de défense terrestre.

Le bilan des restructurations de l'industrie française et européenne aéronautique et de défense menées depuis 3 ans est très largement positif. La création d'EADS sera effective dans les prochaines semaines ; elle renforce notamment, pour ce qui concerne les matériels de défense terrestre, Eurocopter et les activités de missiles. Le pôle d'électronique professionnelle et de défense Thomson CSF conforte quant à lui son assise européenne par son rapprochement avec le groupe britannique Racal. Ces deux groupes peuvent désormais rivaliser avec les meilleurs mondiaux.

Contrairement aux secteurs de l'électronique, des missiles ou de l'aéronautique, les industries d'armement terrestre traditionnelles (blindés, armes et munitions ...) restent encore dispersées. Les alliances entre maîtres d'oeuvre sont rares et se limitent à des programmes particuliers. Ainsi, l'Europe compte quatre maîtres d'oeuvre dans le domaine des blindés lourds, marché en forte décroissance, plus de douze sociétés pour les véhicules blindés, plusieurs dizaines dans le domaine des munitions...

Un mouvement de concentrations qui passe par des regroupements ou des alliances est donc nécessaire, car cet émiettement est devenu, pour l'industrie française, un frein à l'acquisition d'une compétitivité comparable aux industries les plus performantes dans ce domaine, en particulier américaines. Le rachat récent de plusieurs entreprises européennes par des groupes américains -celui de Bofors par UDLP étant le plus récent- le démontre. Ces reprises prouvent aussi que, malgré la décroissance des budgets, l'industrie de l'armement terrestre offre des perspectives stratégiques intéressantes.

Je pense que les acteurs industriels européens ont compris cette exigence de regroupements et que le paysage industriel européen est en évolution.

Dans ce panorama, les industriels français, en particulier Giat industries, principal acteur du domaine terrestre, doivent se placer au mieux dans ce mouvement de regroupements industriels. Le projet de constitution d'une société commune réunissant les activités commerciales et de maîtrise d'oeuvre de Giat industries et de Renault VI dans le domaine des blindés à roues constitue une consolidation de l'industrie française et une étape utile dans la recherche d'alliances plus larges.

Dans l'industrie de défense terrestre, je voudrais également rappeler l'importance que j'attache à la contribution spécifique des PME-PMI. A l'instar des grands groupes industriels de la défense, l'important tissu de petites et moyennes entreprises est aussi amené à s'adapter au nouveau contexte mondial. Il joue en effet un rôle tout aussi fondamental pour l'avenir de notre outil de défense, s'agissant notamment de sa capacité d'innovations et de son poids dans l'économie. En favorisant l'émergence de ces entreprises, en les associant plus étroitement à nos programmes (grâce par exemple aux " appels à projets ") et en accompagnant ces évolutions aux côtés des acteurs économiques locaux, notre démarche d'acquisition et notre politique sectorielle contribuent au renforcement du tissu national des PME-PMI.

La réduction des barrières administratives qui peuvent entraver le développement de sociétés transnationales européennes, l'augmentation du nombre de programmes en coopération européenne et l'harmonisation de nos besoins sont nécessaires pour accompagner ce mouvement de restructurations industrielles.

S'il est vrai que les industriels doivent s'organiser, il importe aussi que les Etats européens accompagnent de leur côté ce mouvement de restructuration.

Un premier axe de l'action des Etats consiste à réduire les barrières administratives, qui peuvent entraver le développement de sociétés transnationales de défense. Les demandes en ce sens des industriels existent et nous les avons écoutées.

La démarche induite par la LoI (Letter of Intent), signée en 1998 par les 6 pays européens les plus concernés par l'industrie de défense (Allemagne, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Suède), devrait aboutir, sans doute à l'occasion du salon de Farnborough, à un accord entre ces Etats pour faciliter les regroupements industriels européens, et notamment pour mener des programmes en commun. Grâce à la LoI par exemple, les procédures de transferts d'équipements seront simplifiées et une reconnaissance mutuelle des procédures nationales d'habilitation mise en place.

Il importe également que la demande soit rationalisée et mieux organisée par les Etats, en particulier par un travail au niveau européen. Il serait incohérent et dommageable que les Etats n'harmonisent pas leurs besoins, alors que nous avons décidé à 15 d'organiser des capacités de défense communes et que les industriels se regroupent. Je compte pour ma part mener une concertation avec mes homologues dans le cadre de l'élaboration de la prochaine loi de programmation militaire qui devra notamment commencer à tenir compte du résultat de la conférence de génération de forces prévue en novembre prochain dans le cadre de la présidence française de l'UE.

Pour conduire des programmes et gérer des contrats en commun, les Etats européens ont pris leurs responsabilités : la création de l'Organisation Conjointe de Coopération (OCCAR), véritable agence européenne de l'armement, en est l'expression. L'OCCAR a pour mission de conduire et faire exécuter les programmes d'armement qui lui sont confiés par les Etats membres. Elle améliore la conduite des programmes en coopération. Je crois maintenant souhaitable que l'OCCAR intervienne pour promouvoir des activités communes de préparation de l'avenir et de recherche. Dans un contexte de réduction des marchés, il est en effet important de rester vigilant afin de maintenir la part des investissements consacrés à la R D : c'est la garantie du maintien du haut niveau technologique et donc de notre capacité à disposer des technologies nécessaires pour préparer l'avenir.

Plusieurs succès récents en matière de programme en coopération me semblent montrer le caractère mobilisateur de la politique décidée par les Etats pour constituer une Europe de la Défense. Après le succès du Tigre en 1999, je citerai à titre d'exemple, hors armement terrestre le Météor, le PAAMS, le SCALP, Horizon. Dans le domaine de l'armement terrestre, la signature, le 8 juin dernier, au salon de Berlin, de la lettre d'intention en faveur de l'hélicoptère de transport de troupes NH 90 par les quatre pays européens participant au programme, à savoir la France, l'Allemagne, l'Italie et les Pays-Bas.

En outre, l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ont décidé de s'engager dans le programme A400M proposé par Airbus Military Company pour doter l'Europe d'une capacité européenne de transport commune et cohérente, susceptible d'être mise en oeuvre de façon optimale dans le cadre d'interventions coordonnées. Je compte d'ailleurs proposer une initiative à mes homologues, partenaires du programme, pour permettre aux sept nations concernées de confirmer conjointement leur décision en faveur de l'A400M dès les prochaines semaines. Un accord sur les conditions techniques et financières devra ensuite être obtenu avec les industriels pour permettre le démarrage du programme dès le début de l'année 2001. Le programme A400M conforte l'industrie européenne aéronautique et de défense, au moment où le groupe EADS se constitue et renforce ses liens avec les industries britanniques et italiennes.

Enfin, en matière de capacités communes de renseignement identifiées comme prioritaires au sommet d'Helsinki, la décision allemande de lancer un programme de satellite radar complète les capacités optiques dont dispose la France avec le système Hélios. Dans ce domaine-clé, d'autres coopérations sont également possibles, en particulier avec l'Italie.


Le salon Eurosatory intervient donc à un moment important où beaucoup d'évolutions d'avenir sont engagées. Je ne doute pas qu'il contribuera à développer les contacts entre les différents acteurs de l'industrie d'armement terrestre et à favoriser des initiatives constructives pour l'avenir de cette industrie.

C'est donc avec un grand intérêt que je vais visiter les stands de cette exposition pour rencontrer et écouter les partenaires.


(source http://www.defense.gouv.fr, le 20 juin 2000)


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