Déclaration de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, sur le concours général et le concours des métiers et l'enseignement des disciplines abstraites et techniques, Paris le 3 juillet 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, sur le concours général et le concours des métiers et l'enseignement des disciplines abstraites et techniques, Paris le 3 juillet 2000.

Personnalité, fonction : MELENCHON Jean-Luc.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement professionnel

Circonstances : Cérémonie de remise des prix du concours général à Paris le 3 juillet 2000

ti : Mesdames, messieurs,

Qu'on s'en défende ou non mais pourquoi s'en défendrait-on ? -la remise des prix aux lauréats du concours général est un moment d'émotion et de fête pour tous ceux qui sont appelés à s'y joindre. D'abord pour les jeunes lauréats, dira-t-on ! Sans aucun doute. Je suis sûr qu'ils goûtent à cet instant la fierté du travail bien accompli. Ils savent aussi qu'il ne leur a pas suffi de savoir. Encore leur a-t-il fallu aussi au moment qui comptait, dans l'épreuve, trouver en eux mêmes les ressources de contrôle de soi qui permettent d'épanouir son talent au moment opportun...

Ce sera la première leçon que cette rencontre nous délivre : le savoir n'est rien sans les qualités de l'esprit qui l'accueille. N'empêche, on se le demande en les regardant si jeunes et si sachant : que peut-on ressentir à se savoir les meilleurs parmi les très bons ?

Quel sentiment vous unit dorénavant à la discipline qui vous a permis de s'élever ici sous nos yeux au premier rang de l'excellence ? C'est le secret des coeurs. Mais nous vous souhaitons de méditer cet instant. D'abord pour se protéger de l'orgueil qui vous ferait passer à côté de l'essentiel du message que notre Concours adresse à ceux qu'il distingue.

C'est un message de modestie éclairée et d'humanité. Le voici. L'appropriation d'un savoir est une entrée dans une longue chaîne humaine, dans un effort collectif dont chacun de nous n'est que l'usufruitier. Vérité d'aujourd'hui est peut être erreur pour demain : l'esprit avance à tâtons et chaque génération pose des balises pour la suivante.

L'être qui sait, sait surtout qu'il ne lui restera en tout et pour tout que l'enchantement de cette lumière du savoir qui éclaire autant les choses qu'il touche que l'esprit qui le porte.

Je devine pourtant que l'émotion la plus forte est pour les maîtres qui ont formé ces esprits si bien éveillés. C'est à eux d'abord qu'il faut dédier nos félicitations et notre reconnaissance. C'est ce que je fais à cet instant, en mon nom propre comme en celui du Ministre de l'éducation nationale, Jack Lang qui sera parmi nous dans quelques minutes. Chers enseignants, on dit que le bon maître est celui qui apprend aussi à l'élève à se déprendre de lui. Vous voici parvenus à ce point du parcours de votre enseignement avec ces jeunes gens. Votre pédagogie est couronnée. C'est votre art propre. Et nous en connaissons la portée. Car nous le savons : les efforts que ces lauréats ont portés au plus haut niveau, vous les avez aussi donnés en partage à tous ceux qui les ont côtoyés sur les mêmes bancs, dans les mêmes classes.

J'en viens à d'autres enseignements, c'est à dire à ceux que contient notre rassemblement aujourd'hui. Le moment qui nous regroupe unit dans un même triomphe le Concours général, tel que l'ont connu des dizaines de générations avant celle-ci depuis 1774, et le concours des métiers tel qu'il est depuis 1995. Je veux souligner que parmi les 11 300 candidats de cette épreuve, 2148 viennent du secteur des métiers depuis 18 domaines professionnels différents. Mon intention n'est pas de comparer des mérites, ni même de compenser par de généreuses paroles l'affligeant mépris ordinaire dans lequel sont souvent tenus, dans la France des maîtres de la plume et du verbe, la culture expérimentale et technique, les savoir faire.

Je veux au contraire porter à haute voix le message implicite que la réunion de la diversité des talents récompensés par le Concours Général porte devant le pays. Je dis que l'on ne doit pas confondre les hiérarchies sociales qui tirent argument de l'excellence dans certaines disciplines, au demeurant changeantes suivant les époques, avec une hiérarchies des disciplines elles -mêmes. A plus forte raison ne faut-il pas les confondre avec une hiérarchie des formes d'intelligence, et moins encore avec celle des esprits. Au demeurant nos maîtres ne revendiquent pas de tels transferts d'autorité. Tout au contraire.

Aujourd'hui davantage que par le passé, la connaissance se connaît assez elle-même pour savoir quel archaïsme sclérosant peut faire son nid dans cette sorte d'arrogance comme dans le cloisonnement disciplinaire. Certes, notre époque est elle-même en proie à un obscurantisme mercantile qui accomplit dans tous les compartiments de la vie son effet appauvrissant. Mais notre civilisation des objet à profusion nous oblige à comprendre plus impérativement qu'auparavant combien le savoir toujours plus poussé est la matière première des progrès de notre temps.

La production, sous toutes ses formes, incorpore des savoirs aigus, en renouvellement constant ! Du coup, les métiers, quels qu'ils soient, sont devenus autant de sciences pratiques. C'est à dire à la fois, et de manière aussi exigeante, un savoir scientifique et un savoir faire opérationnel complexe. C'est bien pourquoi l'Université est entrée aussi hardiment dans une démarche d'ouverture de ses enseignements vers des séquences professionnalisantes.

Loin de s'y trouver amoindris, les enseignements disciplinaires les plus abstraits s'en trouvent confortés. Sans eux, rien n'est possible ! C'est bien la connaissance disciplinaire exacte qui commande la sûreté et l'efficacité du geste technique. Encore faut - il bien sûr que la complémentarité et la convergence des enseignements soient pensées et mises en oeuvre. Nous y sommes aujourd'hui dans l'enseignement secondaire comme dans l'enseignement supérieur, dans les trois voies, générale, technologique et professionnelle. Dès lors, c'est bien comme science pratique contemporaine que se présenteront, toujours davantage, les métiers de notre époque. Ils se définissent chacun comme un savoir pluridisciplinaire trouvant son utilité sociale.

Je conclus. Jeunes gens, je juge que vous êtes aujourd'hui réunis tous ensemble au profit du pays qui vous a fait héritiers du savoir. Nous ne vous hiérarchisons pas entre vous. Au contraire, parce que vous êtes les meilleurs dans vos disciplines, ou domaines d'enseignement nous vous appelons à vous rapprocher les uns des autres pour qu'il en naisse une autre excellence, celle que vous devez au pays en conjuguant vos savoirs.


(source http://www.education.gouv.fr, le 8 août 2000)

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