Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur l'établissement d'importantes instances européennes à Strasbourg, la nécessité d'une bonne desserte aérienne et ferroviaire et sur le développement des transports en commun, notamment du tramway, pour une meilleure politique de la ville, Strasbourg le 1er septembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur l'établissement d'importantes instances européennes à Strasbourg, la nécessité d'une bonne desserte aérienne et ferroviaire et sur le développement des transports en commun, notamment du tramway, pour une meilleure politique de la ville, Strasbourg le 1er septembre 2000.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Inauguration des nouvelles lignes du tramway de Strasbourg, le 1er septembre 2000

ti : Mesdames et Messieurs les ministres,
Monsieur le Président du Conseil régional,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Président de la Chambre de commerce et d'industrie,
Mesdames, Messieurs,

C'est avec beaucoup de plaisir que je retrouve l'Alsace et Strasbourg à l'invitation de son maire, Catherine TRAUTMANN. Certains d'entre vous ont parcouru avec moi plusieurs quartiers de Strasbourg et de trois communes voisines. Ce voyage à l'intérieur d'une agglomération nous rappelle combien les chemins, les voies, les grands axes de communication ont façonné l'histoire de cette ville et nourri son développement. Non loin de cette immense avenue fluviale qu'est le Rhin, Strasbourg fut dès l'origine à la croisée d'antiques routes et le carrefour d'intenses échanges commerciaux. Son nom même porte la trace de ce riche passé. Fidèle à cette histoire, Strasbourg reste aujourd'hui une ville d'échanges, ouverte sur l'Europe et sur le monde. Nous sommes réunis tout près de la grande Foire européenne du WACKEN qui débute aujourd'hui. Nous venons d'apercevoir le magnifique bâtiment du Parlement européen. L'une et l'autre soulignent combien vivante est la vocation européenne de Strasbourg.


Parler de Strasbourg, c'est évoquer l'Europe.

C'est se souvenir de la Déclaration de Robert SCHUMAN, qui présida ici l'Assemblée parlementaire européenne. C'est évoquer un symbole du dépassement des déchirures séculaires de notre continent. Parler de Strasbourg, c'est retracer l'histoire d'une ville où se bâtit depuis cinquante ans l'Europe des droits de l'Homme, de la démocratie et de la justice. Le Conseil de l'Europe est là, avec ses différents organismes, à commencer par la Cour européenne des droits de l'Homme. Le Parlement européen, l'Eurocorps, le Système d'Information SCHENGEN : des institutions essentielles à l'édification d'une Europe politique se sont établies ici toujours avec le soutien du Gouvernement français. Parler de Strasbourg, c'est aussi raconter l'aventure d'ARTE, qui a élargi un dialogue d'abord franco-allemand à l'ensemble des cultures européennes. Aux côtés de Bruxelles et de Luxembourg, Strasbourg est devenue une des capitales de l'Europe. Elle en illustre, avec d'autres villes, la diversité et la richesse. De tout cela, vous pouvez, nous pouvons être fiers.

Ce rôle européen de Strasbourg, le Gouvernement entend le conforter. C'est pourquoi nous voulons consolider encore l'ancrage, à Strasbourg, des institutions européennes. Bien des efforts ont été déployés en ce sens ces dernières années. Et je tiens à saluer l'énergie et la combativité dont Catherine TRAUTMANN a fait preuve. Il a fallu aider les institutions à s'installer et à travailler dans de bonnes conditions. Un véritable " quartier européen " a émergé sur les bords de l'Ill. Il s'est agrandi de bâtiments alliant l'élégance à l'audace architecturale, parmi lesquels le nouvel immeuble " Louise WEISS " du Parlement européen. Après le Traité d'Amsterdam, après l'arrêt rendu par la Cour de Justice en 1997, ce bâtiment consacre le siège strasbourgeois du Parlement européen. Celui-ci souhaite d'ailleurs en faire l'acquisition.

Certes, des critiques s'expriment encore à l'encontre de la fonctionnalité de cette localisation. Certains voudraient réduire la présence effective des parlementaires européens à Strasbourg. Il nous faut résister à cette pression et oeuvrer à renforcer encore cet ancrage européen.

C'est là un objectif majeur du contrat triennal signé le 1er juillet dernier entre l'Etat et les collectivités locales. Grâce à la mobilisation de tous, plus de 800 millions de francs seront débloqués pour rendre Strasbourg plus facile d'accès, notamment en reconstruisant la piste et les voies de circulation de l'aéroport, mais aussi pour soutenir le rayonnement culturel de la ville et pour consolider sa vocation internationale dans les domaines de l'enseignement supérieur et de la recherche, où vous avez atteint un niveau remarquable.

Cette mobilisation doit permettre, en particulier, de régler les difficultés que rencontrent certains parlementaires pour rejoindre leur assemblée lors des sessions plénières. Quand ce Gouvernement a pris ses fonctions, l'Etat finançait durant les sessions des vols spéciaux, souvent vides et presque toujours en retard, entre Strasbourg et les principales capitales européennes. Nous avons, avec vous, amélioré ce système. Mais aujourd'hui encore toutes les capitales européennes ne sont pas desservies et le dispositif retenu ne paraît pas donner satisfaction à certains députés.

Nous mettrons donc en ¿uvre des moyens renforcés. En liaison avec la Présidence du Parlement européen et les collectivités locales, le Gouvernement a adressé un questionnaire à tous les parlementaires européens, afin de mieux connaître leurs besoins. A partir de ce diagnostic, nous préparerons dès l'automne, avec les collectivités locales, le renouvellement du schéma de desserte aérienne. Il nous faudra aussi tirer un meilleur parti de la position de Strasbourg au centre d'un espace aéroportuaire de grande qualité, en combinant l'aéroport d'Entzheim avec ceux, par exemple, de Francfort et de Bâle-Mulhouse.

La réalisation du TGV Est contribuera également à conforter le rôle européen de Strasbourg. Le ministre de l'Equipement et des Transports, Jean-Claude GAYSSOT, a précisé en janvier dernier les conditions de financement d'une première tranche de travaux. Il reste aujourd'hui à signer la convention qui les fixera définitivement. Je ne doute pas que les obstacles qui pourraient subsister sur les plans national et international seront bientôt levés, permettant d'engager au plus tôt la réalisation, en France et en Allemagne, de ce grand projet européen.

Mais le pouvoir d'attraction d'une ville tient aussi à la qualité de vie qu'elle offre à ses habitants. Une action intelligente en faveur des transports et de la circulation en ville, une politique avisée d'aménagement et de renouvellement urbain peuvent y contribuer.

Dans ce domaine, la politique des transports conduite ici depuis plus de dix ans est exemplaire.

Strasbourg et les communes qui lui sont associées au sein de la communauté urbaine ont repensé la politique des déplacements urbains afin de diminuer la part de la voiture dans les transports quotidiens et d'accroître celle du vélo et des transports collectifs, dont le tramway.

Strasbourg est en effet une ville pionnière dans la renaissance du tramway. Dès 1994, la ligne A du tramway offrait un service de qualité entre Hautepierre et Baggersee. Elle a été prolongée en 1998 vers Illkirch Graffenstaden. Nous avons aujourd'hui inauguré ensemble les lignes B et C reliant l'Elsau, au sud-ouest, à Hoenheim, au nord, et à l'Esplanade, à l'est. Elles permettront un doublement de la fréquentation du tramway : 80.000 passagers y sont attendus chaque jour, qui s'ajouteront aux 77.000 voyageurs qu'accueille aujourd'hui la ligne A. Les automobilistes sont invités à laisser leur véhicule dans des " parkings-relais " à la périphérie pour rejoindre le centre en tramway. Engagé aux côtés de la Communauté Urbaine de Strasbourg, l'Etat a contribué à hauteur de 320 millions de francs à ce projet, auquel le département et la région ont également apporté leur concours.

La politique que vous avez conduite est d'une efficacité exemplaire. Des incitations tarifaires, un titre de transport commun " parking-relais et tram ", la gratuité pour les chômeurs ont encouragé le plus grand nombre à utiliser les transports collectifs. Les résultats sont là. La fréquentation des transports urbains a augmenté de 50 % entre 1992 et 1999. La circulation automobile a diminué de près d'un cinquième dans le centre-ville. Les " parkings-relais " ont pleinement joué leur rôle puisque la plupart de leurs utilisateurs prenaient auparavant leur voiture lorsqu'ils se rendaient dans le centre-ville.

Et Strasbourg a fait école en ce domaine. Demain, Nantes inaugurera neuf kilomètres supplémentaires de tramway. La réussite du projet strasbourgeois a sans doute encouragé Montpellier, Orléans et Lyon à construire de nouvelles lignes, qui ouvriront prochainement. Avec l'achèvement du VAL de Lille, avec les bus en site propre de Rennes et de Tours, c'est à un véritable renouveau des transports collectifs en site propre que nous assistons. C'est là le fruit d'une politique volontariste de maires et d'élus que le Gouvernement a soutenue depuis trois ans, en aidant ces modes de transport à s'affirmer dans le paysage des villes.

L'action menée ici est également exemplaire par son insertion dans la politique de la ville. La construction du tramway a été l'occasion d'améliorer le cadre de vie, de restructurer et de reconquérir l'espace urbain. Les nouvelles lignes relient au centre de l'agglomération des quartiers parfois isolés ou mal desservis. Elles retissent ainsi une trame urbaine par endroit fragilisée. Mais le tramway de Strasbourg est plus qu'un moyen de transport efficace et attractif. Il déroule à travers Schiltigheim, Hoenheim et Bischheim son ruban de verdure. Il ouvre de nouvelles perspectives sur le magnifique patrimoine architectural de Strasbourg. Il offre aux voyageurs de nouveaux points de rencontre, autour de monuments ouverts, telle la "passerelle de l'Ill" à Bischheim, et les kiosques qui en ponctuent le trajet, du " Bar des plantes " au " Gazebo " de l'Elsau. Les oeuvres d'art qui jalonnent son parcours donnent un visage neuf aux lieux publics qu'il traverse. Le tramway propose à chacun de s'approprier ces espaces rénovés en présentant par exemple les portraits de ceux qui l'ont construit.

La qualité de ces aménagements, l'extrême soin apporté à chaque détail, mais aussi un travail en profondeur sur l'équilibre de la ville apportent une nouvelle cohérence à l'ensemble de l'agglomération. Les choix ainsi effectués marquent une volonté de redonner beauté, dignité, humanité à la cité. A travers eux, c'est le projet d'une ville plus solidaire que vous défendez. Je suis très sensible à cette approche.

Ce projet d'une ville plus solidaire est au c¿ur de notre politique.

Nous avons donné une nouvelle impulsion à la politique de la ville. Cette impulsion était nécessaire, car le retour d'une croissance solide et la baisse du chômage laissent encore à l'écart certains quartiers. Faire jouer une véritable solidarité entre les territoires, satisfaire ainsi une exigence de justice, imprimer pour cela à la politique de la ville un véritable changement d'échelle : tels sont les objectifs du vaste programme de renouvellement urbain que nous avons engagé en décembre 1999. Nous lui consacrerons des financements exceptionnels cinq milliards de francs de crédits nouveaux sur la période 2001-2006. Cinquante " Grands projets de ville " doivent en bénéficier.

Dans cette ambition pour les villes, les transports collectifs jouent un rôle essentiel. Le Gouvernement s'est donné les moyens de les développer. Un milliard de francs de crédits supplémentaires seront dégagés à cet effet dès 2001. L'Etat consacrera 500 millions de francs aux opérations lourdes d'aménagement de transports collectifs en site propre. L'autre moitié de cette enveloppe 500 millions de francs de crédits déconcentrés permettra aux préfets d'accompagner la mise en ¿uvre des plans de déplacements urbains dans les agglomérations.

Ici, à Strasbourg, vous avez rejoint, et même souvent anticipé l'action que nous conduisons. Vos travaux recherchent une nouvelle cohérence à l'échelle des agglomérations, que favorisent les lois relatives à l'aménagement durable du territoire et à l'intercommunalité qui ont été portées par Dominique VOYNET, la ministre de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire, et Jean-Pierre CHEVENEMENT, l'ancien ministre de l'Intérieur. Ces dispositifs marient renouvellement urbain et démarche solidaire, dans l'esprit du projet de loi relatif à la solidarité et au renouvellement urbains que défendent Jean-Claude Gayssot, le ministre de l'Equipement et des Transports, Claude Bartolone, le ministre délégué à la Ville, et Louis Besson, le secrétaire d'Etat au Logement. Ce projet important devrait être adopté avant la fin de cette année.

De même, vous avez marqué très tôt votre volonté d'inscrire dans la politique de la ville la lutte contre le fossé numérique. L'ouverture de points d'accès public à l'Internet, l'installation avec les emplois-jeunes d'animateurs multimédias faisant fonctionner ces sites, quelques remarquables réalisations de terrain comme le " Cybercentre " du NEUHOF ont inspiré plusieurs des mesures annoncées lors du dernier Comité interministériel pour la société de l'information.

C'est pourquoi ce projet pour les villes, nous le mettons en ¿uvre, avec vous, à Strasbourg. Le quartier du NEUHOF porte la trace des phases successives d'une urbanisation insuffisamment maîtrisée. Il souffre aujourd'hui d'une image dévalorisée. Il a pourtant connu depuis vingt ans tous les dispositifs mis en ¿uvre par la politique de la ville. Comme beaucoup de quartiers, il a besoin d'une action plus déterminée, plus massive, plus cohérente. Pour toutes ces raisons, Claude BARTOLONE a retenu le " Grand projet de ville " proposé par Strasbourg pour le NEUHOF, ce qui devrait permettre à ce site de bénéficier d'environ 900 millions de francs supplémentaires sur la durée du contrat de plan. Le développement des transports que prévoit ce projet contribuera de façon déterminante à désenclaver ce quartier. Le tramway dont je viens d'inaugurer aujourd'hui deux lignes nouvelles sera prolongé afin de le relier au centre-ville. Le Gouvernement a par ailleurs retenu la candidature de Strasbourg au programme d'intérêt communautaire " URBAN ". Les interventions envisagées concerneront 32.000 habitants, dans le NEUHOF et son pourtour. Elles compléteront celles menées à bien dans le cadre du " Grand projet de ville ".


Mesdames, Messieurs,

Pour importants qu'ils soient, ces moyens nouveaux, à Strasbourg et ailleurs, ne prendront tout leur sens que s'ils permettent aux habitants des villes de réinventer ensemble une citoyenneté urbaine. Il faut pour cela que les citadins s'approprient les nouveaux instruments que nous avons mis en place, que les responsables locaux s'engagent avec les habitants dans la définition collective, démocratique et négociée du développement de leur ville.

Pour que tous se mobilisent, il nous faudra réfléchir ensemble, débattre, convaincre. Donner une nouvelle impulsion à la réflexion collective suppose de mettre en commun l'expérience de ceux qui conduisent des politiques urbaines. L'Institut des Villes y contribuera, qui réunira dès les prochains jours l'Etat et les élus intéressés par la gestion des villes. Pour lancer cet Institut, les expériences conduites à Strasbourg, les succès déjà remportés ont tout naturellement imposé le nom de sa première Présidente : Catherine TRAUTMANN. Celle-ci saura, j'en suis convaincu, apporter aux travaux de l'Institut des Villes l'imagination, la qualité et la convivialité que l'on retrouve dans les réalisations que nous avons pu voir ensemble et que j'ai été heureux de découvrir aujourd'hui grâce à vous.


(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 4 septembre 2000)

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