Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à France 2 le 14 septembre 2000, sur le référendum sur le quinquennat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à France 2 le 14 septembre 2000, sur le référendum sur le quinquennat.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, LABORDE Françoise.

FRANCE. RPF, président

ti : Charles Pasqua, bonjour.

Bonjour.

La caméra se met en place sur vous et vous allez pouvoir nous dire pourquoi vous êtes contre le quinquennat, donc on va tout de suite vous entendre. D'abord vous êtes pour la participation mais contre le quinquennat, vous n'avez pas changé d'avis depuis hier en entendant le président de la République.

Non, je considère que le président de la République a bien fait d'appeler les Français à aller voter. On ne peut pas en effet organiser un référendum qui consiste à donner la parole au peuple et puis s'en désintéresser.
Moi je dirais aux Français qu'ils ne doivent pas prendre ce scrutin à la légère, d'abord parce que le référendum est une forme de libération par rapport à ceux qui nous gouvernent. Qu'il s'agisse du gouvernement, du président de la République ou des partis politiques.
C'est l'occasion pour les Français de reprendre eux-mêmes leur destinée en main. Alors ce serait dommage qu'à cette occasion, une majorité de gens décide de ne pas aller voter. Peut-être auraient-ils préféré être consultés sur d'autres sujets, c'est possible¿

A l'avenir ce sera peut être possible aussi.

Oui, non seulement se sera possible, mais c'est souhaitable. Moi j'avais déposé il y a maintenant près de 20 ans, une proposition de loi créant le référendum d'initiative populaire, c'est à dire donnant la possibilité aux Français de décider eux mêmes qu'ils veulent être consultés.
Je crois qu'il faudra y venir si on parle de démocratie un peu plus active, un plus ouverte, le référendum est un des moyens.

Alors avec Jacques Chirac sur le principe de faire voter vous êtes d'accord, pourquoi cependant selon vous l es sondages indiquent-ils une faible participation prévue, actuellement il y a un sondage IPSOS vis-à-vis de France 2 qui dit 36 % d'intentions de vote seulement.

D'abord ce ne sont que des sondages, le match est joué quand le coup de sifflet de l'arbitre a été donné, coup de sifflet final. Je pense qu'il y aura davantage de participation mais je crois qu'un certain nombre de mesures qui ont été prises pour organiser ce référendum n'incite pas à voter.
D'abord la date, le 24 septembre, le fait d'autre part qu'il n'y ait aucun débat d'organiser sur le plan national, on aurait bien aimé entendre le président de la République s'expliquer davantage sur les raisons pour lesquelles il avait changé d'avis¿

Vous seriez prêt à débattre avec lui ?

Non je ne pense pas qu'il faille débattre avec le président de la République, ce ne serait pas très convenable mais en tous les cas lui aurait pu s'expliquer davantage aux Français, il a eu l'occasion dans d'autres émissions de le faire.

Il l'a fait hier devant des jeunes, un conseil général de jeunes, ce n'est pas rien.

Oui c'est pas mal¿

C'est vrai qu'ils n'ont pas le droit de vote encore.

Oui mais c'est un moyen comme un autre, c'est un clin d'¿il donné à ce que ces messieurs appellent maintenant la modernité et ce qui les anime. Mais c'est pas mal, c'est pas mal.

Alors le 24 septembre pas bonne date, pas de débat alimenté par le président.

Et par le gouvernement non plus, ce qui fait qu'en définitive, compte tenu d'autre part de ce qu'il y a un déséquilibre considérable dans les temps d'antenne officiels deux heures pour les uns, vingt minutes pour les autres il n'y a pas vraiment de débat. Alors moi j'ai essayé de l'organiser à ma manière, c'est-à-dire que je fais le tour de France, je vais voir les gens, et à cette occasion il y a toujours une reprise par la presse locale et j'essaie d'organiser les choses ; les gens d'ailleurs viennent et j'espère qu'il y aura beaucoup plus de participation que cela parce que, parce que ce serait mauvais pour la démocratie.

D'accord et vous par contre, vous appelez à voter non, contrairement à Jacques Chirac bien sûr qui dit il faut voter pour le quinquennat. Les arguments qu'il a développés hier pour la modernité que vous n'aimez pas, comme argument vous le refusez toujours.

Non l'argument de la modernité cela ne tient pas une seule minute, si on dit que cinq ans c'est plus moderne que sept ans, quatre ans c'est encore plus moderne que cinq ans. Donc cela ce n'est pas un argument sérieux.

Mais il explique que les choses vont de plus en plus vite, donc il faut s'adapter.

Oui naturellement que les choses vont de plus en plus vite, mais il y a d'autres moyens, le seul argument qui consiste à dire ça permet de venir plus souvent devant les Français, ça c'est un bon argument, à une condition, c'est que dans le même temps temps, on n'oublie pas que la démocratie ça ne consiste pas seulement à venir plus souvent devant les Français, ça consiste aussi à tenir les engagements que l'on a pris. Et lorsqu'on a été élu sur un programme, ça ne consiste pas à faire l'inverse.

Donc là, vous voulez dire que pendant le septennat qu'il préside il n'a peut être pas¿

Il a été élu sur la fracture sociale et il a conduit une autre politique de 95 à 97, ce qui a amené la dissolution et l'échec de 97, voilà. Mais il n'est pas le seul dans ce cas.

Et c'est une des raisons pour lesquelles vous êtes candidat à la présidentielle en 2002.

Oui je crois que là c'est un autre problème, il s'agira pour chacun d'entre nous de dire quelle est la vision qu'il a de la place de la France en Europe, dans le monde, parce que pour le moment, en dehors de leur propre intérêt qui les amène à prendre des décisions de réduction de mandat ou de ceci, on ne sait pas du tout quelle est leur vision des choses, comment ils voient l'avenir du monde, quelle est la place de la France¿ ils ne le disent pas, peut-être parce qu'ils ne savent pas.

Et sur un plan personnel, vous vous voyez élu pour sept ans ? Vous êtes en forme mais quand même, il y a l'âge.

Oui bien sûr, mais je crois qu'il s'agisse de sept ans ou de cinq ans, le problème c'est pas tellement une question d'âge, c'est d'abord de savoir ce que l'on veut faire pour son pays, moi il est bien évident que je ne suis pas à la recherche d'une situation, ce n'est pas mon problème.

Dites moi, il y a plusieurs partis qui appellent à voter non, et certains, Megret le dit, il pourrait y avoir un rassemblement, des noms à cartel, vous n'êtes pas d'accord pour ce cartel ?

Non, je ne suis pas d'accord pour un cartel des noms, il n'y a pas eu de cartel des noms non plus au moment de Maastricht.
Que chacun fasse sa campagne de son côté, qu'il donne ses arguments, il peut y avoir des points de convergences, il y a aussi des points de désaccord, nous ne sommes pas sur la même ligne dans un certain nombre de domaines, donc chacun doit affirmer ses sentiments, ma conviction profonde c'est qu'une grande période d'instabilité va s'ouvrir pour la France, période d'instabilité institutionnelle si le quinquennat est voté parce que certains voudront aller plus loin, période d'instabilité sur le plan monétaire avec la chute de l'euro, or compte tenu de ce que les gouvernements ont abandonné leurs responsabilités, on ne voit pas ce qui pourrait arrêter cette chute et par conséquent, pour les Français eux mêmes un certain nombre de conséquences immédiates dans leur vie de tous les jours, c'est cela dont ils doivent être conscients.

Bien sur ces paroles je n'ose pas vous souhaiter une bonne journée, mais quand même¿

Souhaitons nous quand même une bonne journée.

Je vous remercie Charles Pasqua d'être venu aux 4 Vérités.

Merci à vous.


(source http://www.rpfie.org, le 16 septembre 2000)

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