Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à TF1 le 17 septembre 2000, sur son refus d'une amnistie en Corse et sur le référendum sur le quinquennat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à TF1 le 17 septembre 2000, sur son refus d'une amnistie en Corse et sur le référendum sur le quinquennat.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles.

FRANCE. RPF, président

ti : Un petit retour sur la politique avant de fermer ce journal, puisque traditionnellement depuis le début de la campagne sur le référendum pour le quinquennat, nous recevons les leaders politiques pour le oui et pour le non. Ce soir, Charles Pasqua. Bonsoir.

Bonsoir.

Un tout petit mot avant d¿aborder ce problème du référendum, peut être sur la Corse. On a entendu dans ce journal Jean Guy Talamoni demander l¿amnistie pour tous les prisonniers politiques y compris, et il le disait en filigrane, les assassins du Préfet Erignac.

C¿est inacceptable, c¿est totalement inacceptable.
Et cela va à l¿encontre de tout ce qu¿on nous a raconté sur les conditions dans lesquelles s¿est engagé le processus de Matignon. Et le Premier ministre, Lionel Jospin, doit se rendre compte maintenant à qui il a à faire, à ces gens qui tiennent envers et contre tout leur cap et qui, en réalité, profitent des faiblesses des autres.
Si on est faible, ils avancent. Il faut s¿en souvenir.

Vous pensez que c¿est une épine dans le pied de Lionel Jospin qui accroît peut être le recul que l¿on note dans sa cote de popularité ?

Oui. Je crois que, même si les Français ne sont pas en mesure d¿analyser en détail les choses, ils comprennent bien que Lionel Jospin n¿avait jamais dit qu¿il avait l¿intention d¿engager ce processus. Il n¿a aucune légitimité pour le faire. L¿Assemblée nationale et le Sénat ne lui ont pas donné quelque mandat que ce soit.
L¿assemblée de Corse n¿a pas non plus de légitimité, elle n¿a pas été élue pour cela. Et ce processus risque d¿avoir des conséquences qui le dépassent et cela est très grave pour le pays.
Le fait d¿ailleurs qu¿un Ministre de l¿Intérieur ¿ et ce n¿est pas n¿importe lequel, Jean-Pierre Chevènement qui est à la fois de gauche mais un grand républicain ¿ ait décidé de s¿en aller sur cette affaire, aurait dû inciter à la réflexion.
Je crois que les Français l¿ont compris. Peut-être que certains l¿ont moins compris que les Français eux mêmes.

Alors, venons en donc à ce référendum. Vous appelez à voter non à ce référendum sur le quinquennat. Pourquoi vous opposez vous au fond à la majorité des Français, puisque selon les sondages, ils seraient à peu près de 80 % des votants à aller voter oui ?

On nous a dit en temps utile, il y a quelques mois, que 80 % des Français étaient pour le quinquennat.
Maintenant, on en est rendu à 80 % des votants.

C¿est moins, oui.

Oui, c¿est beaucoup moins. Lorsqu¿on parle des votants, on en est rendu à 35 % du corps électoral, ce qui veut dire qu¿en réalité, si on allait jusqu¿au bout de cette démarche et s¿il n¿y avait pas de mobilisation, ce que je ne souhaite pas ¿ que les gens aillent voter oui, qu¿ils aillent voter non, mais qu¿ils y aillent ¿ cela voudrait dire que cette réforme serait éventuellement votée par un quart des Français ? Je ne pense pas que cela soit de nature à satisfaire ceux qui sont attachés à la démocratie et, en tous les cas, cela hypothèquerait cette réforme dès sa naissance, si j¿ose dire. Et je pense que le Président de la République et le Premier ministre seraient biens inspirés de s¿en rendre compte.

C¿est à dire qu¿il faudrait qu¿ils renoncent à l¿appliquer ?

Je veux dire par là que, d¿abord, puisqu¿ils ont décidé de consulter les Français, ils devraient un peu expliquer de quoi il s¿agit, ce qu¿ils ne font pas.

Ni l¿un, ni l¿autre, selon vous ?

Ni l¿un, ni l¿autre. J¿ajouterai que les grands partis politiques qui, selon la Constitution, sont là pour concourir à l¿expression du suffrage universel, ne font rien. Pourtant, ils sont subventionnés par des fonds publics.

Nous recevons tous les leaders politiques à venir parler.

Mais ils ne font rien sur le terrain. Moi, je sillonne la France, je ne rencontre personne, ni à gauche, ni à droite.
Donc, je considère que cela interpelle et cela nous amènera à nous demander si le fait que ces partis soient largement subventionnés.
Cette affaire ne doit pas être revue, parce que s¿ils ne jouent pas leur rôle, à quoi servent-ils ? Ils ne reçoivent pas des fonds pour thésauriser ou acheter des immeubles.
Ils sont là pour expliquer aux Français les problèmes qui se posent et les solutions qu¿eux préconisent.

C¿est à dire que, s¿il y a une forte abstention et un oui qui l'emporte donc très faiblement, ce sera quoi ? Ce sera une défaite à la fois pour Jacques Chirac et pour Lionel Jospin ?

Certainement. Et ce ne sera pas très bon pour la République en général. Mais en tous les cas, pour eux deux, ce sera un camouflet, c¿est certain.

Et pourquoi voulez vous que les Français votent non à une réforme qui pourtant peut, d¿une certaine manière, accroître la démocratie ? Plus on vote, plus on fait vivre la démocratie.

La démocratie, cela ne consiste pas seulement à voter plus souvent. Cela consiste, pour les hommes politiques, à tenir leurs engagements et leurs promesses.
Lorsqu¿ils se présentent pour un programme, cela consiste à appliquer ce programme et non pas à faire l¿inverse. Penser que, parce qu¿on vote plus souvent, cela résoudra les problèmes, cela ne résoudra rien du tout.
Le Président de la République verra ses fonctions banalisées. Il ne sera plus élu à l¿occasion d¿un scrutin qui lui est propre, avec une large majorité des Français, plus de 50 %, ce qui lui donne l¿autorité morale nécessaire.
Ce sera le chef d¿une majorité parlementaire. C¿est un grand retour en arrière. Ce n¿est pas moderne du tout. C¿est archaïque, c¿est très archaïque.

Merci beaucoup, Charles Pasqua, d¿être venu nous parler de ce référendum sur le quinquennat. Nous vous réécouterons, bien sûr, dimanche prochain, puisque ce sera le 24 septembre, jour du scrutin.

Merci.

(source http://www.rpfie.org, le 18 septembre 2000)

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