Déclaration de M. François Huwart, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, sur les résultats du commerce extérieur français pour le premier semestre 2000, la réduction de l'excédent commercial , les conséquences de l'augmentation du prix du pétrole et le dynamisme du commerce mondial , Paris le 22 août 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Huwart, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, sur les résultats du commerce extérieur français pour le premier semestre 2000, la réduction de l'excédent commercial , les conséquences de l'augmentation du prix du pétrole et le dynamisme du commerce mondial , Paris le 22 août 2000.

Personnalité, fonction : HUWART François.

FRANCE. SE au commerce extérieur

Circonstances : Conférence de presse sur le bilan du commerce extérieur pour le 1er semestre 2000 à Paris, le 22 août 2000

ti : Mesdames et Messieurs,

Sur les six premiers mois de l'année 2000, l'excédent commercial fab/fab s'élève à 32,3 milliards de francs contre 56,1 milliards de francs sur la même période de 1999, et après 54,5 milliards de francs au second semestre 1999. Les exportations du 1er semestre 2000 sont en progression de 15,6 % par rapport au 1er semestre de l'année 1999 et les importations de 19,5 %.

Les échanges commerciaux poursuivent au premier semestre 2000 leur forte progression amorcée au printemps de l'année dernière : les exportations continuent d'être dynamiques et progressent de 7,2 % au 1er semestre 2000 par rapport au semestre précédent, après 7,8 % au 2ème semestre 1999; les importations, renchéries par l'augmentation du prix du pétrole et l'appréciation du dollar, progressent de 10,1 % au premier semestre 2000, à un rythme supérieur à celui enregistré au semestre précédent.

Au delà de la réduction de l'excédent commercial induite par l'alourdissement de la facture énergétique, ces résultats sont satisfaisants et témoignent de l'excellente santé intrinsèque de notre économie et de la bonne tenue de la compétitivité structurelle de nos produits. Je vous donne ici mon interprétation de ces chiffres.

1) Tout d'abord, ces résultats rendent compte du dynamisme du commerce mondial dans le contexte d'une forte croissance mondiale.

Les perspectives pour l'économie mondiale en 2000 sont les meilleures de la décennie, comme le rappelait encore le Directeur du FMI au début de ce mois : la croissance mondiale devrait s'établir cette année aux environs de 4 ¿ % et il est à noter que les prévisions de croissance mondiale ont été régulièrement révisées à la hausse depuis un an. La croissance économique devrait augmenter en 2000 dans les différentes zones du monde. L'économie américaine poursuit son expansion sur des rythmes de croissance particulièrement forts, bénéficiant de gains de productivité importants en partie liés aux nouvelles technologies. Elle devrait néanmoins ralentir graduellement au second semestre, sous l'effet du tassement de la demande des ménages induit par le resserrement de la politique monétaire, comme le laissent augurer les comptes trimestriels du 2ème trimestre.

Les économies de la zone euro, après avoir subi les conséquences des crises des zones émergentes à l'hiver 1998 - 1999, se sont redressées au second semestre 1999, portées par la reprise du commerce mondial et les policy-mix. Cette embellie s'est poursuivie au 1er semestre 2000 avec une croissance stabilisée autour de 3 ½ % en rythme annualisé. Durant le restant de l'année, l'expansion de la zone euro devrait continuer de bénéficier du haut niveau de confiance des chefs d'entreprises et des ménages, alimenté par les fortes création d'emploi. En France, la croissance, qui devrait s'établir à 3,5% en moyenne annuelle selon la dernière note de conjoncture de l'INSEE, continuerait d'être portée par une demande intérieure très vigoureuse dans un environnement international très favorable. Enfin, l'écart de croissance entre l'Allemagne et l'Italie et les autres partenaires de la zone euro s'estomperait.

L'inflation de la zone euro qui s'est établie à 2,4 % en juillet reflète largement l'augmentation du prix du pétrole et les effets de l'appréciation du dollar. L'inflation, sous-jacente, à 1,3 %, reste en revanche contenue.

Au Japon, une reprise modeste est en cours depuis le début de l'année 1999, soutenue par le renforcement de la profitabilité des entreprises et l'expansion de l'investissement dans les nouvelles technologies. Elle devrait s'amplifier en 2000.

Enfin, après une sortie de crise remarquablement rapide sous l'impulsion des échanges extérieurs, avec notamment une forte demande en équipement électronique, et d'une stabilisation naturelle après l'effondrement de l'activité, la reprise de l'activité dans les zones émergentes prendrait un caractère plus autonome ; le redressement de la demande intérieure se confirmant. L'Asie émergente devrait connaître une forte expansion au rythme de 6,5 % environ en 2000, et l'Amérique Latine au rythme de 5 % environ après une croissance nulle en 1999.

Dans ce contexte, après avoir sensiblement ralenti en 1999, le commerce mondial a nettement accéléré à partir du printemps 1999. Les zones émergentes, qui avaient particulièrement contribué au ralentissement du commerce mondial courant 1998, sont à l'origine de son redressement à la mi-99.

L'accélération de l'activité en Europe occidentale et aux Etats-Unis a, par ailleurs, conforté ce mouvement. Le commerce mondial aurait continué d'accélérer au premier semestre 2000 progressant à un rythme proche de 12 % en glissement annuel. Puis, le commerce mondial reviendrait sur un rythme de croissance annuelle de 10 % en fin d'année 2000 Au total, le commerce mondial devrait progresser en moyenne annuelle aux environs de 10,5 %.

2) Autre lecture des chiffres du commerce extérieur, les résultats du premier semestre indiquent une réduction de notre excédent commercial.

a) Comme j'ai eu maintes fois l'occasion de l'exprimer, je n'ai pas le fétichisme du solde commercial. Ce résultat est la conséquence de l'alourdissement de la facture énergétique. A lui seul, il fait plus qu'expliquer la réduction de notre excédent commercial.

En raison de la mise en ¿uvre par l'OPEP d'une politique d'offre restrictive à partir de mars 1999 et de l'accélération de l'activité mondiale, nous pâtissons aujourd'hui de cours particulièrement élevés, tandis que l'appréciation du dollar contribue également à renchérir les hydrocarbures. Le déficit énergétique s'est aussi creusé de 40 MdF sur les 6 premiers mois de l'année. Il est ainsi passé de 30 MdF au 1er semestre 99 à 70 MdF au 1er semestre 2000.

b) En revanche, notre solde industriel civil, s'élève à 32 MdF sur le 1er semestre 2000 contre 26 MdF sur le 1er semestre 1999.

Mais alors que le résultat du 1er semestre 1999 était obtenu dans un contexte de morosité et de faible croissance, celui du 1er semestre 2000 l'est dans un contexte de fort dynamisme des échanges, les exportations industrielles civiles s'établissant à 868 milliards de F au premier semestre 2000 et les importations industrielles civiles à 837 milliards de F. . Le commerce en produits manufacturés poursuit au 1er semestre 2000 la forte reprise annoncée dès le printemps de l'année 1999. Nos ventes à l'étranger bénéficient pleinement au 1er semestre 2000 de la vigueur de la demande mondiale adressée à la France et aussi de gains de compétitivité. Nos importations sont en ligne avec la bonne tenue de la demande finale ; l'utilisation plus intensive des capacités de production au début de l'année 2000 et les contraintes qu'elle engendre sur les capacités de production contribuent à la vigueur des importations. N'oublions pas, comme l'a indiqué l'INSEE dans sa dernière note de conjoncture, que l'économie française tourne à plein régime.

Si, effectivement, les parts de marché de la France mondiale et relative vis à vis des pays de l'OCDE continuent de se tasser en valeur au premier semestre 2000, cette évolution n'est pour l'essentiel que la conséquence mécanique de la hausse du dollar et du cours du pétrole. En revanche, la part de marché relative de la France vis-à-vis des pays de l'OCDE, en volume, se redresse en début d'année 2000, tout comme le résultat à l'exportation de nos producteurs, ce qui témoigne de la très bonne tenue de notre compétitivité structurelle et de l'amélioration de notre compétitivité-prix.

c) D'un point de vue sectoriel, le dynamisme des échanges au 1er semestre 2000 a concerné l'ensemble des secteurs industriels.

Les exportations de biens d'équipement sont les plus dynamiques (+ 10,9 % au premier semestre 2000 par rapport au semestre précédent). Elles sont soutenues par les livraisons d'Airbus, de trois paquebots, d'une plate-forme pétrolière mais également par la progression d'autres branches comme les équipements électriques et électroniques, avec notamment une embellie des ventes de téléphones portables. Les livraisons d'Airbus à partir de la France, pour 80 appareils, quoique pratiquement au même niveau que l'an passé sur la même période (81 appareils), ont progressé en valeur de plus de 20 %.

Les exportations automobiles restent très bien orientées (+ 6,4 % au premier semestre 2000 par rapport au semestre précédent) ce qui reflète la bonne tenue du marché européen et les bonnes performances des constructeurs français. La part de marché européenne du groupe PSA, en termes d'immatriculations automobiles, s'est notamment élevée à 12,8 % sur les 6 premiers mois de l'année contre 11,5 % sur la même période de l'année 1999. Celle de Renault a très légèrement progressé à 10,7 %.

Les échanges de biens intermédiaires sont très dynamiques et contribuent pour près de 40 % à la croissance des échanges industriels civils.

Contrairement aux échanges industriels, les échanges agro-alimentaires sont en léger repli. Les exportations agro-alimentaires ont accusé une baisse sensible en début d'année après les fortes ventes liées aux festivités du millénaire, mais ont amorcé une reprise en mai.

d) En termes géographiques, le dynamisme des échanges avec le continent américain ne compense pas la réduction de l'excédent commercial avec l'Europe et la légère dégradation du solde avec l'Asie.

Les échanges avec le continent américain sont marqués par la vigueur des exportations. Nos exportations vers les Etats-Unis s'accélèrent (+ 16,2 % au premier semestre 2000, après + 10,4 % au second semestre 1999) grâce à la persistance du dynamisme de l'activité américaine au premier semestre 2000 et à un contexte de change favorable et notre solde commercial vis-à-vis des Etats-Unis affiche un excédent de 1,1 milliard de francs ce qui n'a jamais été observé depuis 1990.

Les exportations vers l'Amérique Latine bénéficient de la reprise de la zone et s'accélèrent.

Les exportations vers les pays d'Europe Centrale et Orientale, qui se sont redressées en cours d'année, continuent d'être très dynamiques.

Le dynamisme retrouvé des échanges avec l'Asie se confirme. Avec une hausse supérieure à 10 % pour les deux flux, les échanges avec l'Asie confirment leur progression du deuxième semestre 1999 et le retour à la croissance des ventes vers l'Asie. Les échanges avec le Japon se distinguent par une vigueur particulière pour le deuxième semestre consécutif. Nos ventes vers Hong-Kong, la Corée, Taïwan et Singapour profitent, avec une progression de +11 %, de la reprise de ces pays. Les ventes vers la Chine sont néanmoins en très forte diminution, contrecoup prévisible des livraisons d'Airbus du second semestre 1999.

Notre excédent avec l'Union européenne s'est réduit au premier semestre 2000 de 16 milliards par rapport au semestre précédent pour atteindre 28 milliards de francs. Le moindre dynamisme de nos ventes vers l'Union européenne tient tout d'abord au repli de nos exportations agro-alimentaires après les bons résultats du semestre précédent et aux faibles livraisons de biens d'équipement et de biens de consommation au Royaume-Uni, où cette évolution corrige les très fortes ventes du semestre dernier. Nos exportations industrielles vers la zone euro sont plus dynamiques, particulièrement vers la Belgique, l'Espagne et l'Irlande, et accélèrent même vers l'Allemagne.

3) Quelles perspectives peut-on tracer pour l'année 2000 ?

Je voudrais tout d'abord mentionner un facteur d'incertitude majeur : il concerne le prix du pétrole.

Lors de la présentation des chiffres annuels pour 1999 du commerce extérieur en février dernier, nous avions retenu l'hypothèse pour 2000 d'un relâchement graduel des contraintes de production que s'était fixées l'OPEP à partir de mars 2000 et une détente progressive des cours. Cette hypothèse ne s'est pas confirmée.

Durant l'été, nous avons fait l'hypothèse que les cours du pétrole resteront très volatils en 2000 et se maintiendraient à un niveau élevé environ 27 $ / baril en moyenne en 2000 contre 17,8 $ / baril en 1999, dans un contexte de demande vigoureuse et de stocks bas. Cette hypothèse supposait un retour progressif du prix du baril à 25,5 $ d'ici la fin de l'année, après avoir atteint 29,8 $ / baril en juin et 28,4 $ / baril en juillet. Elle était compatible avec l'objectif affiché de l'OPEP de maintenir le prix du baril dans une bande de 22 à 28 $ le baril. Dans ces conditions, la facture énergétique pourrait augmenter d'environ 60 MdF en 2000 par rapport à l'année précédente. Compte tenu de la flambée récente du prix du pétrole, si l'on maintenait le prix du brut à 30 $ le baril sur le restant de l'année, la facture énergétique s'alourdirait alors de l'ordre d'une dizaine de milliards de F supplémentaires.

Comme je l'ai rappelé au début de mon intervention, les perspectives économiques globales sont très bien orientées pour l'année 2000 et le commerce mondial connaîtrait une vive progression supérieure à 10 %. Dans ce contexte, nos exportations de produits manufacturés bénéficieraient du dynamisme de la demande étrangère au second semestre et nos importations de la forte vigueur de notre demande finale.

La bonne tenue des grands contrats signés en 1999, dont le montant, un des trois meilleurs de la décennie, a atteint 182 milliards de francs permet d'envisager une poursuite de la hausse de nos biens d'équipement en particulier l'aéronautique, avec notamment une reprise vers l'Asie émergente. La progression des contrats signés au 1er semestre 2000, 14 % par rapport à la même période en 1999, confirme les excellentes performances du secteur aéronautique et indique une inflexion positive pour les autres branches de biens d'équipement civil. Les chantiers de l'Atlantique ont notamment largement regarni leurs carnets de commandes. De plus, d'après les dernières enquêtes de conjoncture de l'INSEE, les carnets de commandes sont très bien garnis et ont atteint, voire dépassé, leurs maximums historiques dans les différentes branches de l'industrie, où pour certaines les PME-PMI sont très actives. L'excédent industriel devrait donc se stabiliser à un bon niveau voire progresser.

Au total, le solde agro-alimentaire ne progressant pas significativement, l'excédent commercial (fab/fab) se contracterait d'environ 40 MdF (ou d'environ 50 MdF dans l'hypothèse haute sur le prix du baril) et s'établirait autour de 70 MdF (ou de 60 MdF dans l'hypothèse haute sur le prix du baril) en raison du fort alourdissement de la facture énergétique.

(Source http://www.commerce-exterieur.gouv.fr, le 31 août 2000).

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