Conférence de presse de Mme Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports, sur la participation des athlètes français aux Jeux olympiques de Sydney, la politique communautaire en faveur du sport, le dopage et les attentes des jeunes de la part de l'Europe, Paris le 8 septembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de Mme Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports, sur la participation des athlètes français aux Jeux olympiques de Sydney, la politique communautaire en faveur du sport, le dopage et les attentes des jeunes de la part de l'Europe, Paris le 8 septembre 2000.

Personnalité, fonction : BUFFET Marie-George.

FRANCE. Ministre de la jeunesse et des sports

ti : Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie d'être présents pour cette conférence de presse durant laquelle j'aborderai d'une part les aspects qui concernent la présence de la France aux Jeux Olympiques et Paralympiques de Sydney, et d'autre part les actions que je compte mener à bien durant la Présidence française de l'Union Européenne dans le domaine du sport et en matière de jeunesse.

Comme vous le savez tous et toutes, les vingt septièmes Jeux Olympiques d'été s'ouvriront à Sydney le 15 septembre prochain. Avec la participation de plus de dix mille cinq cents athlètes représentant deux cents pays, ces Jeux du Millénaire seront les plus universels. Les 341 sportives et sportifs qui seront présents à ces jeux ont été sélectionnés à partir de règles de qualification adoptées par la commission nationale du sport de haut niveau qui a veillé scrupuleusement à ce que l'ensemble des sélections soit conforme aux règles fixées.

Il me semble important de signaler que cette délégation sera composée de 131 sportives, ce qui représente 38 % de la délégation française, soit 5% de plus qu'aux derniers jeux qui se sont déroulés à Atlanta en 1996. Ces Jeux confirmeront le développement constant du sport féminin à l'échelle mondiale. Il faut d'ailleurs signaler l'action volontaire de la France pour la promotion du sport féminin depuis deux ans.

Il ne me paraissait pas possible de parler des jeux olympiques sans parler des jeux paralympiques dont la onzième édition se déroulera du 18 au 29 octobre, avec une délégation française 147 sportives et sportifs. Ces femmes et ces hommes ont besoin d'une réel reconnaissance. C'est pourquoi j'ai décidé qu'au delà des simples mots, il fallait un acte de présence fort de ma part. Je serai donc à leur côté à Sydney pour la cérémonie d'ouverture des jeux paralympiques. Et je compte bien soutenir toute action visant à une réelle prise de conscience des médias, et du grand public sur l'importance sociale et citoyenne des jeux Paralympiques. Mais il faut tout de même noter q'une prise de conscience sur la question du handicap dans le sport commence à émerger dans notre société : pour la première fois chaque équipe française présente à Sydney sera parrainée par un ou une championne valide. C'est un bel exemple de solidarité entre sportifs. Il faut aussi noter la démarche tout à fait remarquable entreprise par France Télévision afin que ces jeux connaissent une plus grande audience auprès du public.

Les Jeux Olympiques se caractérisent par une responsabilité partagée de l'Etat et du Comité National Olympique et Sportif. La préparation olympique aux Jeux de Sydney, a fait l'objet d'un engagement financier important des pouvoirs publics dans cinq grands domaines :

L'aide aux fédérations olympiques se fait dans le cadre des conventions d'objectifs. celles-ci représentent un montant de 700 millions de francs, et sont destinée principalement au suivi médical des athlètes et au financement du sport de haut niveau.

Les aides aux athlètes sous la forme d'aides personnalisées représentent au total 250 millions de francs.

L'encadrement olympique et les établissements bénéficient d'une aide publique spécifique pour la préparation olympique.

L'aide publique au GIPSEPO s'élève à 19 millions de francs sur 4 ans. Ce Groupement d'intérêts publics est constitué à la fois par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, le CNOSF et l'INSEP.

Enfin, le Ministère de la Jeunesse et des Sports a attribué au CNOSF une subvention de 35 millions de francs pour contribuer au financement de la délégation française aux Jeux Olympiques et Paralympiques de Sydney, dont le budget prévisionnel est de 55 millions de francs.

Venant en à la lutte anti-dopage. On ne peut que se féliciter de la mise en place de contrôles inopinés, et de l'utilisation, à cette occasion, des nouvelles méthodes de détection de l'EPO mises au point par des équipes scientifiques françaises et australiennes. Cette avancée significative a été rendue possible par l'accord de coopération signé entre la France et l'Australie le 17 septembre 1999, et par le travail remarquable du laboratoire national de dépistage du dopage de Châtenay-Malabry. Je ne partage pas ces analyses ou réactions frileuses, je dirai même "grincheuses" sur ces avancées. Rappelez-vous où en était la lutte anti-dopage il y a à peine trois ans ! Ceci dit soyons lucides, il reste encore beaucoup à faire.

Au regard des récents événements je me devais d'évoquer l'utilisation de la langue française aux Jeux de Sydney, qui découle, comme vous le savez, de l'application de l'article 27 de la charte olympique. Son application a nécessité une vigilance particulière des autorités françaises, et la mise en place d'une série d'initiatives. Parmi lesquelles il convient de souligner la mise en place du site Internet en langue française du comité d'organisation. Mais tout n'est pas réglé.

En France, la Fête du Sport et de la Jeunesse qui aura lieu dans toutes les régions de France les 23 et 24 septembre portera les couleurs olympiques pour donner à ces Jeux une dimension populaire et festive, grâce au travail des directions départementales et régionales de la Jeunesse et des Sports, des collectivités territoriales, du mouvement sportif, et de très nombreux clubs et associations, et de centaines de bénévoles. Leur implication pour le mieux être collectif est essentiel. Aussi, mon ministère a édité un guide pratique d'information diffusé à des milliers d'exemplaires qui porte sur l'ensemble des mesures dont les bénévoles peuvent déjà bénéficier.

A Paris et en Ile-de-France, cette fête du sport sera plus particulièrement placée sous le signe du soutien à la candidature française aux Jeux de 2008. D'aucuns semblent penser que tout est joué.. Je ne le pense pas. Paris a encore toutes ces chances.

J'en viens à présent à l'objet principal de cette conférence de presse, à savoir les priorités que je poursuis dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne.

Et tout d'abord, restons dans le domaine du sport.

Comme vous le savez, le Conseil européen de Feira a demandé, dans ses conclusions, que les institutions européennes tiennent comptent, dans la mise en ¿uvre des politiques communes, des caractéristiques spécifiques du sport.

Le débat de ces dernières semaines entre la FIFA et la Commission sur le problème des transferts me confirme que l'approche strictement économique du sport mène à une impasse. Heureusement, la situation semble se débloquer sur la base d'une nouvelle alternative.

Pour corriger les dérives marchandes du sport, il faut revaloriser - et donc reconnaître - ses fonctions sociales et éducatives, soutenir la formation dans les clubs, accompagner la redistribution des richesses vers les pratiques amateures.

Après les conclusions de Feira, et conformément à ce que le Premier Ministre a annoncé devant l'Assemblée nationale, la France travaille désormais à l'adoption d'une déclaration par laquelle l'Union européenne, non seulement reconnaîtra les spécificités du sport, mais les identifiera clairement, et précisera ce que leur caractère spécifique implique.

Face à des offensives mercantiles, comme celles observées récemment dans le football et dans le basket, je souhaite que cette déclaration reconnaisse notamment le rôle des fédérations dans l'organisation des compétitions, dans la définition des règles sportives, et dans la délivrance des titres.

A mon sens, la déclaration devrait parallèlement souligner que pour disposer de droits exclusifs dans ce domaine, les fédérations ont des missions à remplir, dans le but de favoriser la sport pour tous et l'insertion des jeunes, de promouvoir les pratiques féminines, de développer la formation¿

Elle devrait affirmer le principe de la redistribution des recettes des droits de télévision ; réglementer la multipropriété des clubs ; moraliser les transferts - sans les interdire ; affirmer la nécessité d'accorder une protection aux jeunes sportifs mineurs, en matière de santé - je pense aux conséquences mal connues des surentraînement précoce -, face aussi aux transactions commerciales, pour que l'esprit de la loi française soit étendu à toute l'Europe.

Au jour d'aujourd'hui, je suis raisonnablement optimiste sur nos chances d'aboutir d'ici au Conseil européen de Nice.

Des différentes rencontres que j'ai eu et continue à avoir avec mes homologues européens Je retire le sentiment que le principe de l'adoption d'une déclaration, qui serait suffisamment précise tout en ayant une véritable portée politique, est partagé par mes collègues.

Il ne s'agira donc pas, comme certains l'auraient voulu - et je comprends cette demande - de donner des compétences nouvelles à l'Union européenne, mais d'offrir au mouvement sportif et aux gouvernements, chacun dans leur rôle, un cadre leur permettant de réguler les excès liés à la marchandisation du sport.

La question du dopage, et principalement de la participation de la communauté européenne à l'Agence mondiale anti-dopage.a notamment été au centre des entretiens que j'ai eus avec M. Chris Smith, ministre britannique de la Culture, en charge du sport. Il m'a affirmé que la Grande Bretagne ne s'opposerait pas à une position de consensus quant aux bases légales de cette participation. Nous nous sommes donné jusqu'au Forum européen du sport, que nous organiserons à Lille les 26 et 27 octobre prochains, pour résoudre cette question.

J'ai donc bon espoir que nous trouvions une issue positive lors de la réunion des ministres des sports, que j'accueillerai à Paris quelques jours plus tard, le 6 novembre.

Je veux à présent vous dire un mot de mes objectifs dans le domaine de la jeunesse. Car ils participent de la même démarche, visant à faire que l'Union européenne offre un visage plus proche des citoyens, plus humain, plus ouvert à leurs préoccupations, en un mot plus accessible.

Dés le mois de novembre de l'année dernière, avec la Commissaire Viviane Reding, nous avons décidé d'organiser, dans chaque Etat membre, une vaste consultation des jeunes en Europe, notamment pour mieux connaître leur perception de l'Europe, et aussi leurs attentes à l'égard des institutions européennes.

En France, j'ai ainsi décidé de me tourner vers les jeunes de 15 à 25 ans, à travers une questionnaire largement diffusé ; des réunion se sont déroulées dans presque tous les départements sur ce sujet à l'initiative des Conseils Départementaux de la Jeunesse. Plus de 7000 jeunes, au total, ont participé à cette consultation au cours du mois de juin. Et, sans être une grande découverte, ce que m'ont dit les jeunes confirme que si l'Union européenne jouit d'une perception beaucoup plus positive que négative, elle suscite également de nombreuse déceptions.

Qu'ont-ils dit ?

D'abord, qu'ils attendent beaucoup de l'Europe, mais souhaitent qu'elle soit plus concrète, qu'elle accorde une priorité plus grande aux préoccupations qui sont les leur : en matière d'emploi, notamment, mais aussi de lutte contre les exclusions, ou encore pour l'égalité entre les hommes et les femmes, trois domaines qu'ils placent au premier rang de leurs priorités.

Alors même qu'ils souhaiteraient être plus respectés, la plupart ont l'impression de ne pas être du tout associés aux décisions.

Ils voient bien que l'Europe est en train de devenir une grande puissance, mais ils n'en voient pas les conséquences concrètes sur leurs vies.

Ils pressentent que l'Europe signifie plus de solidarités entre Européens, mais ils s'étonnent du manque de solidarité avec le reste du monde.

Ils souhaitent s'approprier l'Europe, voyager, découvrir, rencontrer des jeunes de pays différents, y étudier ou y travailler, même, mais ils disent peu connaître les programmes de mobilité de la Communauté européenne. Leurs principaux obstacles pour franchir nos frontières sont le plus souvent d'ordre financier, et parfois aussi linguistiques.

Si l'attitude des jeunes reste ainsi marquée par une perception positive de l'Europe, l'éloignement et le manque de concret la fragilisent.

Je crois qu'il faut s'y attaquer sans attendre.

C'est pourquoi le premier objectif de la Présidence française a été de donner la parole aux jeunes. D'un commun accord avec la Commission, qui ambitionne de publier un Livre Blanc sur les politiques jeunesse de l'Union européenne, et après la consultation engagée dans chaque Etat membre, nous accueillerons à Paris, les 6 et 7 octobre, une Rencontre européenne des jeunes, qui accueillera 450 jeunes venus de toute l'Europe.

Et je souhaite que de tels mécanismes de consultation puissent être pérennisés - je pense notamment que les jeunes devraient être associés à une évaluation du programme jeunesse.

Le problème de l'accessibilité apparaît, par ailleurs, comme un des problèmes majeurs auxquels nous sommes confrontés. Je proposerais ainsi qu'il soit traité de façon très concrète dans le cadre d'un projet de résolution que je soumettrai au Conseil jeunesse du 9 novembre qui abordera l'ensemble des aspects de l'intégration sociale des jeunes. C'est mon deuxième objectif.

Il faudrait que cette résolution inscrive les politiques jeunesse au c¿ur de l'Agenda social européen qui devrait être adopté au Conseil européen de Nice, de sorte qu'elles fassent l'objet de dispositions particulières de suivi régulier au cours de chaque réunion du Conseil européen.

Lors de ce Conseil, je souhaite que les jeunes puissent, enfin, venir exposer les conclusions de la rencontre européenne de la jeunesse, de sorte que nos réunions soient moins formelles, plus productives, quitte à bousculer un peu les habitudes de travail.

Au delà de ces objectifs immédiats, mon sentiment est qu'il est indispensable d'ouvrir d'autres chantiers, si l'on veut que les jeunes se retrouvent dans cette Europe.

Et j'ai envie, d'emblée, de poser ces questions : ne pourrait-on pas imaginer des bourses, pour permettre aux jeunes de partir en vacance à l'étranger, comme ils en font la demande ?

Ne pourrait-on pas démultiplier les points info-Europe, où toutes les informations, mais aussi l'assistance pour monter des projets, seraient à la dispositions de tous les jeunes, comme c'est déjà le cas dans le réseau information jeunesse ?

Ne pourrait-on pas offrir aux Conseils de jeunesse de toute l'Europe des cadres permanents de discussion, de consultation, de sorte qu'ils disposent de relais efficaces en Europe ?

Mon espoir, c'est qu'à l'appui de la parole des jeunes, les choses bougent. C'est la raison pour laquelle j'ai tenu à ce que la présidence française soit marquée par ces initiatives.

(Source http://www.jeunesse-sports.gouv.fr, le 13 septembre 2000).

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