Conférence de presse de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la réforme du collège et du lycée, le lycée professionnel, la violence scolaire et les priorités de l'école primaire, à Paris, le 4 septembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la réforme du collège et du lycée, le lycée professionnel, la violence scolaire et les priorités de l'école primaire, à Paris, le 4 septembre 2000.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti : Introduction

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Je suis heureux de vous retrouver pour cette conférence de presse de rentrée. Vous le savez, il s'agit là d'une tradition importante, reconnue, attendue, un peu solennelle même, presque d'un rite qui souligne et accompagne le commencement d'une nouvelle année scolaire.

Le début de l'année scolaire marque pour les enfants, pour les élèves et pour les enseignants, bien sûr, mais aussi et au-delà d'eux, pour toutes les familles et pour toute la société, comme le début de l'année réelle. Elle est sans doute le signe le plus fort et le plus visible de la reprise du temps de travail, après celui des vacances et du repos.

Notre école sort tout juste d'une crise qui l'a violemment éprouvée et parfois meurtrie ou blessée. Ces derniers temps encore, elle a été injustement décriée par certains de ceux qui prétendent vouloir la réformer. Elle ne mérite pas d'être ainsi maltraitée. Les Français ne s'y trompent pas qui, selon les dernières enquêtes d'opinion, lui font massivement confiance et abordent cette rentrée avec optimisme.

Le premier ministre m'a confié, voici quelques mois, la double mission de restaurer un climat de sérénité et de redonner un souffle nouveau à notre politique de l'éducation. J'entends assumer cette mission difficile et exaltante avec énergie, pugnacité et détermination. Je veux avant toute chose adresser, au seuil de cette rentrée, deux messages clairs à la communauté éducative :

- un message d'espoir vers les jeunes

- un message de confiance vers les serviteurs de l'école de la République


I. UN MESSAGE D'ESPOIR VERS LES JEUNES

Je voudrais placer d'abord cette rentrée sous le signe de l'espoir, l'espoir pour les jeunes d'accéder à une formation qui leur permette de réussir pleinement leur vie.

Une chance nouvelle que n'a pas connu la précédente génération s'offre à eux en raison de l'évolution de notre société : le recul du chômage de masse, l'embellie économique, les exigences croissantes de qualification. Plus que jamais, nous entrons à marche rapide dans la société du savoir et de la création et dans l'économie de la connaissance et de l'intelligence. Les jeunes qui accomplissent aujourd'hui leurs études en seront les artisans et les bénéficiaires. A la différence de leurs devanciers qui ont vécu dans l'angoisse des lendemains, ils peuvent être assurés que leurs études peuvent leur permettre de parvenir à un emploi. Le gouvernement mettra à leur disposition les moyens de leur réussite intellectuelle, morale et professionnelle. Qu'ils s'en saisissent et en tirent le maximum de bienfaits.

Puis-je ajouter que dans la guerre culturelle mondiale qui oppose l'immense empire du profit aux peuples qui veulent vivre libres et préserver leur identité créative, le meilleur antidote à l'uniformisation et à la colonisation intellectuelle est la mise en valeur de notre capital humain. Nous gagnerons la bataille internationale de l'intelligence si nous sommes habités par une puissante ambition : faire l'impossible pour que les jeunes de ce pays soient parmi les mieux éduqués et les plus cultivés de la planète. A cette tâche, je consacrerai toutes les forces de ma conviction et de ma combativité.

Dans un instant, j'exposerai les principales nouveautés de la rentrée. Elles donneront aux jeunes une place nouvelle qui leur permettra de mieux se servir de leur avenir : nouvelles instances de dialogue et de préparation à la citoyenneté ; nouvelles formes de travail encourageant l'esprit de recherche, d'initiative et d'équipe ; recours croissant aux technologies de la communication et à l'interdisciplinarité.

Les chantiers nouveaux qui seront ouverts au cours des prochaines semaines leur offriront d'autres occasions d'avancer, de progresser, de réussir.


II - UN MESSAGE DE CONFIANCE AUX SERVITEURS DE L'ECOLE DE LA REPUBLIQUE

Je souhaite placer cette rentrée sous un autre signe : celui de la sérénité retrouvée et du dialogue renoué.

Professeurs, chefs d'établissement, administrateurs de l'éducation nationale, méritent respect et considération. Je serai à leurs côtés pour les aider à accomplir ce beau métier de passeur du savoir et d'éveilleur de l'esprit républicain. Ils sont aux avant-postes de la construction du futur.

Il faut que le pays sache que, contrairement à ce que propagent les professionnels du dénigrement, notre école républicaine est considérée par les études comparatives internationales comme l'une des meilleures du monde. Nous pouvons légitimement en ressentir une fierté collective.

Le mérite des maîtres de l'éducation nationale est d'autant plus grand qu'ils ont du, on l'oublie parfois, affronter avec courage et intelligence depuis quinze ans deux défis d'envergure :

- la vague puissante d'une démocratisation sans précédent qui s'est traduite, en dix ans, par le doublement du nombre de bacheliers et d'étudiants alors qu'il avait fallu naguère quatre-vingt-cinq ans pour aboutir à un premier doublement ;

- le chômage de masse qui a appauvri et désespéré de nombreuses familles et leurs enfants.

Au moment où l'horizon économique s'éclaircit, ce capital humain d'expérience acquis par nos professeurs dans l'épreuve des difficultés est une source d'inspiration et de richesse pour les changements que nous aurons à apporter à l'école de la République. C'est avec eux et non contre eux que je veux conduire avec pugnacité ces transformations et construire un service public fort et moderne de l'éducation nationale.

Pour accomplir ces transformations, je suis animé par une philosophie et par une méthode.

1) Une philosophie : une école républicaine de l'exigence. Ma conviction de toujours est connue. Chaque citoyen de ce pays a le droit d'accéder à la culture la plus élevée et au savoir le plus ambitieux. L'idéal d'une école élitaire pour tous ne sera atteint que si, à partir d'un socle de connaissances solidement acquis par chacun, nous réussissons à libérer et à reconnaître la diversité des sensibilités et des talents.

Ce maître mot de l'exigence s'impose à chacun d'entre nous, ministre, maîtres, élèves.

2) Une méthode : Toute action de transformation doit se décliner en trois temps :

a) Prendre le temps de comprendre, de dialoguer, d'échanger. On ne réforme pas la société contre les citoyens. On ne transforme pas l'école contre ses professeurs. Aucun d'entre nous, fut-il ministre, n'a en lui la vérité révélée. Toute ma vie, je me suis nourri, enrichi des expériences de la société et des idées des uns et des autres. Je crois à ce qu'on pourrait appeler la maïeutique collective. Les grandes aventures de la transformation sociale sont d'abord l'¿uvre des citoyens. Contre vents et marées, je continuerai passionnément à écouter, à entendre, à me rendre sur place pour mieux percevoir les difficultés et leurs causes et à trouver les thérapeutiques les plus efficaces. Je veux que ce ministère soit une ruche à idées ouverte à tous ceux qui souhaitent apporter leur projet. Et le ministre que je suis sera en permanence disponible, accessible.

b) Décider. Par tempérament, par expérience, par goût, je fus, je suis et je serai un ministre militant du changement. On veut bien me créditer d'avoir accompli une sorte de " révolution " au ministère de la culture. Avec le même enthousiasme, je suis décidé à entreprendre une progressive métamorphose de cette grande maison de l'Education nationale. Nous y accomplirons une autre révolution pacifique et constructive.

Au demeurant, nous n'avons pas chômé en quatre mois. Outre la réorganisation du ministère pour en assurer une bonne marche, nous avons été confrontés d'abord à des urgences qu'il a fallu régler :

- la réforme des lycées : on doutait qu'elle se réalise, nous l'avons accomplie ;

- la réforme des collèges : on prétendait qu'elle serait mise au placard, elle deviendra réalité ;

- le plan pour l'école : on redoutait qu'il ne soit reporté aux calendes grecques, il fut arrêté dès le mois de juin et accueilli avec sympathie par l'ensemble de la communauté éducative.

- les autres chantiers : on craignait étrangement que je les abandonne. Je les ai réouverts. Et des décisions importantes seront prises au cours des prochains mois.

c) Assurer scrupuleusement la mise en application des décisions prises. J'aime passionnément construire, transformer, bâtir. Aussi bien me suis-je toujours attaché tout au long de mes actions à la tête de l'Etat à me battre pour que les décisions s'inscrivent dans la réalité. Je suis ce matin devant vous pour vous dire concrètement où nous en sommes dans la réalisation effectuée des mesures antérieurement annoncées.

Je voudrais remercier de leur exceptionnel dévouement et de leur engagement les équipes qui m'entourent, les directeurs de l'administration centrale et l'ensemble des recteurs et des personnels à qui j'ai imposé, depuis mon arrivée, un rythme de travail intense, y compris au cours de l'été.


C'est dans un esprit serein et déterminé que j'aborde cette rentrée dont vous connaissez les contours essentiels.(cf. voyez les fiches du dossier de presse): effectifs d'élèves stables, encadrement pédagogique renforcé, soutien financier du gouvernement.

- Quasi stabilité des effectifs attendus - quelque 12.508.000 élèves, soit - 0,4 % par rapport à la rentrée précédente, avec une évolution contrastée entre les académies ( accroissement de population plus forte dans le sud, dans les Dom et dans certains départements de la banlieue parisienne).

- Accroissement du nombre de personnels ce qui confirme la volonté du gouvernement d'améliorer le taux d'encadrement, de mieux combattre les disparités sociales et de réduire les écarts relatifs entre académies. Au total un encadrement de l'institution qui compte 1.314.000 personnes, exerçant dans 70.300 écoles, collèges, lycées et lycées professionnels.

- Des moyens nouveaux pour la rentrée (vous les trouverez précisés dans une fiche) et un milliard de francs obtenu dans la loi de finances rectificative sont venus s'ajouter au budget initial de mon ministère. Le budget pour 2001, que nous rendrons public dans les prochaines semaines, marquera une nouvelle amélioration des moyens mis à notre disposition par le gouvernement et par la Nation.

Nous voilà donc au seuil d'une nouvelle année scolaire. J'entends inscrire mon action dans une double perspective.

L'une se situe par rapport aux réformes, parfois controversées, engagées par mes prédécesseurs : elles concernent l'enseignement secondaire.

L'autre vise à donner de nouvelles ambitions à notre maison, en se tournant résolument vers le futur. Elles portent, d'une part, sur le socle de notre système éducatif, l'école maternelle et élémentaire. D'autre part sur divers chantiers de grande ampleur dont je vous dirai un mot tout à l'heure.


La poursuite ajustée ou infléchie des réformes engagées dans le second degré

I - LE COLLEGE

J'ai souhaité recentrer, éventuellement adapter ou infléchir, la rénovation engagée des collèges autour de quelques axes majeurs :

- Aide personnalisée aux élèves : les dispositifs déjà mis en place sont confirmés et étendus. En sixième, études dirigées ou encadrées, heures de remise à niveau ; en cinquième, aide individualisée ; en quatrième, aide et soutien. Le tutorat d'accompagnement est encouragé.

- Expérimentation de " travaux croisés ", interdisciplinaires, en quatrième. Pourquoi expérimentation et pas généralisation ? Parce que nous voulons aller de l'avant, de façon souple, selon mon habitude, en permettant l'appropriation de cette innovation par les équipes pédagogiques elles-mêmes. Chaque collège devrait organiser au moins une expérimentation. Dans la suite logique des " parcours diversifiés " de la cinquième, nous poursuivons là notre objectif : chercher à mieux répondre à l'hétérogénéité des besoins des élèves

- Maîtrise des langages : nous sommes là au c¿ur de l'une de mes préoccupations majeures, tant apprendre à lire est une ¿uvre sans cesse inachevée. Loin d'être terminé à l'école primaire, il s'agit d'un processus continu, permanent, tout au long de l'école et du collège. Je vous en reparlerai plus loin lorsque nous aborderons le premier degré.
Au collège, l'accent est mis sur la pratique de la lecture et de l'oral (généralisation des ateliers de lecture en sixième et en cinquième ; une appréciation sur la maîtrise du langage oral dans les nouveaux bulletins trimestriels). Accent aussi sur l'enseignement des langues vivantes et sur le développement des sections européennes.

- Enseignement de la technologie. Notre souci est double : développer l'intelligence concrète des élèves ; fournir aux enseignants des outils susceptibles de faciliter certains apprentissages. C'est dans cette perspective que nous poursuivons la promotion de l'utilisation de l'outil informatique et du réseau internet. En quatrième seront mis en place des groupes de nouvelles technologies. Dès cette année, et en conformité avec les décisions que j'ai prises en juin, les élèves de troisième seront préparés à l'obtention d'un brevet informatique et internet.

- Apprentissage de la citoyenneté. L'éducation civique est désormais enseignée de façon continue de la sixième à la troisième. Depuis la session de 2000, elle est évaluée au brevet. Par ailleurs, l'heure de vie de classe, occasion d'expression et d'échange dans le respect mutuel, doit être mise en place dans un plus grand nombre de collèges. Une version remaniée du " Journal du collégien de sixième " sera diffusée en appui aux actions permettant aux plus jeunes élèves de mieux s'intégrer dans leur nouvel environnement scolaire.


II - LE LYCEE

Poursuivre les réformes contestées du lycée ou les interrompre ?

C'est en ces termes brutaux que la question me fut posée à mon arrivée. La communauté éducative était gravement divisée en deux camps. Mon devoir était, à la fois, d'apaiser et d'avancer.
Par respect pour le travail engagé par mes prédécesseurs et par ceux qui avaient participé à la réflexion -enseignants, parents, lycéens-, j'ai alors décidé, le 27 avril dernier, de préserver l'esprit de ces réformes. Comment ? En assouplissant les modalités de leur application et en les accompagnant d'un soutien technique, pédagogique et financier qui n'avait pas été prévu.
Pour remettre le train sur les rails, j'ai retenu deux principes qui se trouvent au c¿ur de ce changement :
- encourager l'innovation pédagogique, centrée plus étroitement sur les besoins des élèves ;
- mettre l'innovation au service d'une haute exigence scientifique, intellectuelle et culturelle.

1/ Encourager l'innovation pédagogique centrée plus étroitement sur les besoins des élèves : en particulier l'aide individualisée et les travaux personnels encadrés, en réunissant les conditions pratiques de leur application concrète et effective à la rentrée.

L'aide individualisée en français et en mathématiques en seconde est maintenue et confortée. Elle permet de prendre en compte la diversité des élèves et d'aider ceux qui se trouvent en difficulté. Ces pratiques nouvelles d'enseignement portent déjà leurs fruits. Les moyens sont là : les heures nécessaires - 72 heures au moins en seconde- sont disponibles dans les établissements et des actions de formation seront entreprises.

Innovation majeure : les travaux personnels encadrés (TPE) en première vont être mis en place, de façon souple et progressive, dans au moins une classe par lycée, dès le mois d'octobre.

Objectif : généralisation à toutes les classes de première en janvier 2001. Il s'agit, je vous le rappelle, de proposer aux élèves, pendant deux heures par semaine, un travail pluridisciplinaire de recherche documentaire, de synthèse, de mise en forme et de restitution orale, à partir de thèmes définis au niveau national. Ces TPE sont effectués sous la direction de professeurs d'au moins deux disciplines différentes.

J'ai veillé personnellement à ce que ces deux innovations soient soutenues et accompagnées :

- Mise à la disposition des CDI les plus démunis de moyens informatiques et documentaires très importants (120 MF)

- Affectation d'une partie significative (50 MF) 1 des crédits de formation supplémentaires dont nous pouvons disposer, grâce au collectif budgétaire, à la formation des professeurs impliqués dans l'aide individualisée et dans les TPE.

- Incitation des lycées à mettre en commun, autant que possible, leurs ressources documentaires et celles existant autour d'eux (bibliothèques municipales, centres documentaires spécialisés etc.).

- Instruction donnée aux inspecteurs pédagogiques régionaux d'épauler en priorité ces enseignants.

- Réalisation d'un site internet pour permettre aux professeurs de mieux s'informer et de dialoguer entre eux.

L'éducation civique, juridique et sociale, introduite en seconde l'année dernière, et fondée sur la pratique du débat argumenté, est étendue aux classes de première, dans toutes les séries générales.

2/ Mettre l'innovation au service d'une haute exigence scientifique, intellectuelle et culturelle.

Sur trois plans :
en consolidant les savoirs fondamentaux en seconde ;
en accordant plein droit de cité aux activités culturelles et artistiques;
en assurant l'application des nouveaux programmes.

La consolidation des savoirs fondamentaux
Ainsi,
a) en classe de seconde, les horaires de français et de mathématiques (savoirs fondamentaux s'il en est) sont renforcés : une demi-heure supplémentaire dans l'horaire-élève de chacune de ces deux disciplines.

b) dans la série L, le profil littéraire et linguistique a été mieux mis en valeur. Dès cette rentrée, en première L, un enseignement de littérature obligatoire a été introduit, en sus de l'enseignement dit " de français ". L'horaire global de " français et littérature " passe, de ce fait, de cinq à six heures. Par ailleurs, l'horaire de la première langue vivante de cette série a été renforcé d'une heure supplémentaire par semaine. Par ces mesures, la dignité et l'excellence de la filière littéraire sont réaffirmées.

c) dans la série S, la langue vivante 2 fait désormais partie des enseignements obligatoires. Ne sont-ils pas un élément essentiel d'une culture adaptée à notre temps ?

d) dans la série ES, les sciences économiques et sociales ont été consolidées : elles bénéficient de une heure supplémentaire en classe dédoublée.

L'ouverture plus ample aux activités culturelles et artistiques
Je souhaite souligner, enfin, mon souhait, indiqué déjà en avril dernier : les arts et l'ensemble des pratiques artistiques doivent faire une entrée définitive et massive dans notre lycée. Premier pas positif dans cette direction : les ateliers d'expression artistique, qui ont commencé à se mettre en place en 1999, doivent être généralisés et remplacer progressivement les ateliers de pratiques artistiques.

En novembre prochain, je présenterai avec Catherine Tasca un plan pluriannuel sur la culture et l'éducation artistique. Le lycée bénéficiera d'actions nouvelles dans le domaine du cinéma, de l'art contemporain, de la musique, des arts plastiques et de l'architecture. Par ailleurs, des instructions ont d'ores et déjà été données pour que les lycéens soient encouragés à prendre eux-mêmes des initiatives culturelles (groupes de théâtre ou de musique, expositions, etc.).

L'entrée en vigueur des nouveaux programmes
Les nouveaux programmes de cette rentrée concernent les disciplines suivantes :

- en seconde, français, physique-chimie, sciences de la vie et de la terre, mathématiques, éducation physique et sportive, enseignements artistiques, informatique de gestion et de communication ;

- en première, éducation civique, juridique et sociale, mathématiques en L, enseignement scientifique en série ES et L.


III - LE LYCEE PROFESSIONNEL

L'enseignement professionnel occupe une place essentielle dans notre dispositif d'enseignement. Il assure la formation des ouvriers, des techniciens et de certains cadres de notre pays dans des conditions souvent méconnues et injustement décriées. Dans la société de l'information qui est désormais la nôtre et face à l'extrême mobilité des structures de nos entreprises, la voie professionnelle joue un rôle déterminant dans le développement économique du pays.

Certains élèves éprouvent cependant des difficultés à effectuer une scolarité complète et il nous faut limiter les sorties sans qualification encore trop nombreuses (57 000 sur 767 000 lycéens). Nous savons bien que de telles sorties conduisent le plus souvent au chômage. Nous ne pouvons l'accepter. Tout faire pour éviter cette situation, tel doit être le souci prioritaire.

L'année scolaire écoulée -chacun s'en souvient- a été marquée, dans l'enseignement professionnel, par de forts mouvements d'interrogation, voire de mécontentement. Dès notre arrivée rue de Grenelle, Jean-Luc Mélenchon et moi-même, avons cherché à mettre fin à cette situation de crise pour ne pas pénaliser les élèves et préparer sereinement la rentrée scolaire qui nous réunit aujourd'hui.

Notre objectif a été de tenir un équilibre entre les préoccupations légitimes des personnels et la nécessité de conduire la modernisation de l'enseignement professionnel. D'où une réforme comportant deux volets : un volet pédagogique, important et novateur, et un volet statutaire, valorisant pour les personnels.

Le volet pédagogique comporte deux axes nouveaux :

1. Un allègement de la charge hebdomadaire des élèves, par une meilleure répartition du volume global de formation au cours du cycle diplômant a été décidé. Il a été rendu possible par une meilleure utilisation du temps scolaire. La place des périodes de formation en entreprise selon le diplôme, en même temps que les modalités de leur préparation, de leur déroulement et de leur suivi a été précisée.

2. L'introduction d'une démarche pédagogique originale : le projet pluridisciplinaire à caractère professionnel (PPCP). Il s'agit pour les élèves de s'initier à un travail sur projet conséquent et qui s'appuie sur une réalisation concrète. Pour le réaliser, l'élève mobilise des compétences issues des enseignements généraux et des enseignements professionnels.

L'esprit de cette activité est le même que celui des " travaux croisés " au collège ou des " travaux personnels encadrés " au lycée : aider les lycéens professionnels à mieux percevoir la cohérence et les finalités de la formation qui leur est proposée.

Le volet statutaire est d'importance.

A côté de ces dispositions de nature pédagogique, il était indispensable et même normal, de reconnaître au plan statutaire l'importance du travail réalisé par les professeurs de lycées professionnels. Leurs tâches sont de jour en jour plus difficiles et leur attachement au service public doit être souligné.

Des dispositions nouvelles ont permis d'améliorer sensiblement le statut des professeurs de lycée professionnel. Les obligations de service hebdomadaires de tous les professeurs de lycée professionnel sont unifiées à 18 heures, plaçant les enseignants des disciplines professionnelles dans la même situation que ceux des disciplines générales. Au delà de la suppression d'une disparité statutaire, cette mesure vise aussi à rappeler l'importance d'une formation professionnelle qui sache équilibrer les compétences relevant de la culture générale et celles qui tiennent à un domaine professionnel spécifique. Ces décisions s'accompagnent d'un renforcement des équipes pédagogiques, avec la création de 300 postes de chefs de travaux ou de coordonnateurs tertiaires, et d'un accroissement des crédits pédagogiques et d'équipement.

Cette action conjointe et rapide de Jean-Luc Mélenchon et de moi-même laisse subsister chez certaines catégories de personnels quelques questions. C'est la raison pour laquelle dès cette rentrée scolaire, Jean-Luc Mélenchon va ouvrir une concertation sur les dossiers les plus urgents.


IV - UNE VIE SCOLAIRE DE QUALITE POUR TOUS

1. Conforter les parents dans leur rôle d'éducateurs premiers

Une " Semaine des parents à l'école " sera organisée au cours des deux premiers mois de l'année scolaire. Les modalités et le contenu de cette initiative ont été redéfinis et seront publiés au BOEN le 7 septembre prochain. Cette " Semaine des parents " devra comporter une journée " portes ouvertes " au cours de laquelle les parents d'élèves seront accueillis, dans les écoles et les établissements, à des horaires compatibles avec leurs activités professionnelles et le bon déroulement des cours. C'est-à-dire, la plupart du temps, en fin d'après-midi. Les parents pourront visiter les locaux scolaires. Le fonctionnement administratif et pédagogique de l'établissement leur sera expliqué ainsi que le rôle qu'ils peuvent y jouer. Les associations de parents d'élèves pourront intervenir pour y présenter leur rôle et leurs activités.

Deux initiatives sont prises pour mieux informer les parents et les jeunes :

- Une rencontre semestrielle entre les parents d'élèves et l'équipe éducative dans tous les collèges sera organisée.

- Un guide distribué à tous les élèves entrant en sixième. Ce " journal de sixième ", rédigé avec des équipes de direction et des enseignants, a été remanié, comme je vous l'ai dit tout à l'heure. Il devrait aider à mieux passer le cap, souvent difficile, de l'entrée en sixième.

Lors de la Conférence de la Famille de juin dernier, le Gouvernement a annoncé le développement de réseaux d'aide aux parents qui bénéficieront, cette année, de 60 MF de crédits. Ces réseaux, dont la mission est d'offrir aux parents des lieux d'écoute et de conseil, de les conforter dans leur rôle d'éducateurs, se développeront dans une étroite liaison avec les écoles et les établissements scolaires par le biais de conventions locales. Ainsi les problèmes de comportement ou les difficultés scolaires d'un enfant, repérés par les enseignants, pourront-ils faire l'objet d'une prise en charge plus globale et plus efficace, grâce au soutien apporté à sa famille.

(source http://www.education.gouv.fr, le 2 octobre 2000)
2. Etudier dans la sérénité

Nos établissements sont d'abord des lieux d'enseignement. Ce sont aussi des lieux de vie. Il n'y a pas de frontières étanches entre ces deux dimensions qui se nourrissent l'une l'autre et contribuent, toutes deux, à l'épanouissement d'une personnalité, à l'éveil civique, à la conquête de la confiance en soi. A cet égard, en ce jour de pré-rentrée, je voudrais rendre un hommage à tous les personnels qui oeuvrent, chaque jour, dans des conditions parfois difficiles, souvent ingrates, à l'animation de la vie scolaire : les personnels d'éducation et de surveillance.

On ne peut évoquer la vie scolaire sans penser à la lutte contre la violence, violence qui suscite des inquiétudes nombreuses et qui, dans certains cas, fort heureusement limités, crée un climat détestable.

S'il est un sujet qui nécessite une continuité, une persévérance dans l'effort et la vigilance, c'est bien celui-là. Un plan a été engagé par mes prédécesseurs en 1998. Quelque 400 établissements du secondaire ont vu leurs moyens renforcés en personnels médico-sociaux, en personnels d'éducation et en surveillants, ils ont bénéficié de l'apport d'aides éducateurs. Au total, quelque 9000 personnes supplémentaires ont été affectés à la mise en ¿uvre de ce plan. Plus récemment, en janvier 2000, de nouveaux établissements, situés dans de nouvelles zones ont été intégrés à ce dispositif.

Les moyens supplémentaires, dégagés à cette occasion, seront tous en place à la rentrée, à savoir : 800 MI-SE, 100 CPE, 150 infirmières, 30 assistantes sociales et 5000 aides éducateurs supplémentaires. L'effort ne s'arrêtera pas là et, à l'occasion du prochain budget, j'annoncerai un renforcement des moyens et surtout des actions que je compte engager.

Des actions, justement. Beaucoup a été fait pour faire diminuer ce qu'il faut appeler, à proprement parler, des phénomènes de délinquance (des dispositifs de surveillance ont été mis en place grâce à un partenariat avec la Police, un meilleur suivi judiciaire s'installe grâce à un rapprochement avec la Justice). Ma conviction est que si nous nous limitons à cet aspect de sécurité, nous ne touchons qu'un seul des versants de ce phénomène, complexe, qu'est la violence dans l'école.

Mon intention est donc de faire porter toute mon énergie sur la prévention, le repérage des problèmes quand ils sont encore maîtrisables, la mobilisation de toute l'institution scolaire.

J'ai constitué un Comité national contre la violence. Sa composition vous indique la façon dont j'aimerais travailler cette difficile question :

Un noyau permanent et une Présidente, Madame Sonia HENRICH, inspectrice générale qui fut longtemps inspectrice d'académie, fonction dans laquelle elle a obtenu des résultats remarquables, en particulier dans les Bouches-du-Rhône. Autour d'elle seront réunis des professionnels de terrain provenant d'autres ministères (un directeur de la sécurité publique, un procureur de la République, un directeur de la Protection judiciaire de la Jeunesse, un directeur départemental de la Jeunesse et des Sports, entre autres). Et aussi, naturellement, des personnels de l'éducation nationale (chefs d'établissements bien sûr tant on sait l'importance de leur rôle, responsables académique, enseignants). S'adjoindront enfin au groupe des parents et des élèves ainsi que des élus des différentes collectivités locales et des chercheurs. Chacun sera désigné ou invité aux travaux en fonction de son expérience et de ses réussites.

J'installerai prochainement ce comité. Je lui demanderai d'évaluer en permanence l'évolution de la situation ; de faire remonter les initiatives qui ont tant de mal à se diffuser dans notre institution ; de proposer des pistes d'action.

Je mise sur l'expérience acquise, sur l'esprit positif et sur la participation de tous les partenaires institutionnels qui doivent, sans défaillance, être bien coordonnés pour réussir.

Si je fais -pour la première fois- une place aux élèves et aux enseignants dans ce comité, c'est parce que " l'incivilité scolaire ", expression que je préfère à celle de " violence ", terme flou et générateur d'inquiétudes, se joue et se règle d'abord dans la relation qui se noue entre enseignants et élèves au sein de la classe. L'incivilité scolaire se joue aussi dans les moyens concrets donnés aux enseignants pour réagir face à des élèves qui sont parfois en rejet pur et simple de l'institution. Pour lutter contre l'incivilité scolaire, enfin, il nous faut donner aussi aux élèves eux-mêmes les moyens de prendre en mains une part de cette lutte : nous devons les convaincre de briser la loi du silence ; nous devons tenter de remobiliser ceux qui soudain " décrochent " ; nous devons offrir à tous un cadre de vie scolaire clair, fondé sur une seule règle : le respect de chacun.

C'est pourquoi :

a) Une initiative pionnière sera lancée avec la région Ile-de-France au cours du premier trimestre pour mobiliser dans chaque lycée un réseau de correspondants lycéens pour la lutte contre la violence. Cette mobilisation aboutira à une campagne régionale, réalisée par les lycéens eux-mêmes, contre la violence.

b) L'ensemble des textes, souvent très anciens, qui régissaient les procédures disciplinaires a été entièrement revu. Ce travail mené avec un seul souci - celui de faire de la sanction un acte d'éducation clair, expliqué et perçu comme juste par les élèves - permettra à chaque établissement de mener une réflexion interne sur l'incivilité et la violence, l'importance des règles communes, la nécessité d'une discipline juste et respectueuse de chacun. Les règlements intérieurs devront également être travaillés et élaborés de nouveau, avant le 1er janvier 2001, pour devenir de véritables " chartes de vie commune " comme c'est déjà le cas dans de nombreux établissements.

c) Les dispositifs-relais qui permettent de resocialiser ou de re-scolariser des jeunes en rejet de l'école seront développés. Ils passeront de 180 à 250 au cours de l'année prochaine. J'ajoute que le travail souvent extraordinaire des enseignants véritablement militants qui travaillent dans ces petites structures sera reconnu et encouragé.

d) Dans le cadre du comité national de lutte contre la violence, un soutien sera apporté aux projets artistiques, culturels, civiques et humanitaires qui, tous, permettent à des établissements en difficulté de reconquérir une image, souvent dévaluée à tort, de redonner confiance aux élèves et de retrouver la sérénité.

Pour lutter contre la violence, il n'y a pas une solution, un axe, une approche mais une palette de solutions qu'il faut articuler étroitement, une solidarité qu'il faut susciter. Je me rendrai moi-même, régulièrement, auprès d'établissements qui entreprennent, qui agissent et qui réussissent. Je demande à toute la hiérarchie de l'éducation nationale d'en faire autant. Le soutien aux personnels ne peut être crédible que s'il se manifeste très humainement et que si la hiérarchie sait se faire proche et attentive. J'y veillerai.

3. Soutenir les initiatives des lycéens

Au lycée, la vie scolaire a des caractéristiques propres qui sont dûes à l'âge des lycéens et au fait que, depuis 1989, ils disposent de droits spécifiques. Pour les avoir beaucoup écoutés, dans le cadre du Conseil national de la vie lycéenne, j'ai perçu chez les lycéens un profond besoin d'action, d'engagement civique, un désir d'entreprendre.

Les 17 et 19 octobre prochain, des conseils de la vie lycéenne se mettront en place dans chaque lycée. Il s'agit d'une nouvelle instance où les lycéens en dialoguant avec l'équipe de direction, les personnels enseignants et les ATOS, pourront élaborer leurs points de vue et faire entendre leurs voix. Mais j'ai souhaité, avant tout, que ces conseils de la vie lycéenne, soient des lieux où s'élaborent des projets, où les jeunes fassent l'apprentissage de l'engagement dans la vie concrète de leur lycée.

C'est pourquoi j'ai nommé délégué national à la vie lycéenne un jeune homme de 24 ans, Thomas ROGE, qui a trouvé dans la vie associative, l'épanouissement et la confiance qui lui avaient manqué dans sa scolarité. Je lui ai confié la mission d'animer un réseau de correspondants dans chaque académie, de construire des outils de communication modernes pour les lycéens et surtout d'imaginer un printemps des lycées qui pourrait, dans chaque région, permettre aux lycéens de faire la démonstration de leurs capacités créatives et civiques. Un fonds d'aide à la vie lycéenne de 50 MF permettra de nourrir et de soutenir ces projets.


L'information est un aspect essentiel de la vie lycéenne. Pour permettre à chacun de comprendre ce que peuvent apporter ces nouveaux conseils, une brochure d'information a été réalisée par le ministère. Un mémento de la vie lycéenne qui rappelle, de façon concrète, les droits et les devoirs de chacun, sera également disponible dans chaque lycée peu après la rentrée.

Dans le même temps, le mandat des représentants élus des lycéens a été porté à deux ans, pour éviter que notre système ne soit en élections permanentes ; le fonctionnement des instances académiques et nationales a été revu.

4. Une politique sociale au service des élèves les plus défavorisés.

Depuis trois ans, des outils nouveaux permettent aux établissements de mener des politiques sociales adaptées à leurs élèves, en complément des aides accordées par l'Etat directement aux familles. Aux fonds sociaux pour les collèges et pour les lycées, s'est ainsi ajouté en 1998, un fonds social pour les cantines, aujourd'hui doté de 250 MF. De plus en plus - et hommage doit leur en être rendu - les collectivités locales s'engagent dans un soutien aux établissements qui sort du cadre strict des compétences qui leur ont été dévolues dans les lois de décentralisation.

Nous devons faire plus pour aider et soutenir tous les jeunes qui ne disposent pas des ressources financières suffisantes pour subvenir à tous les frais d'une scolarité.

Des mesures ont été prises mais avec un souci nouveau : celui d'une mise en cohérence des différentes aides. Celles-ci peuvent varier, en effet, parfois considérablement, d'une région à l'autre, d'un département à l'autre, voire même d'un établissement à l'autre.

En pragmatique, j'ai donc souhaité y voir clair et commencer par le commencement :


a) Je veillerai tout d'abord à ce que l'ensemble des fonds sociaux disponibles soient bien utilisés par les établissements et simplifiés dans leurs modes d'utilisation.

b) Ensuite, sera engagée une réflexion sur les cantines. Deux décrets, dont l'un est déjà sorti le 19 juillet, vont permettre aux établissements d'avoir une politique tarifaire, plus souple et plus juste socialement. Le système du tarif unique, payable à l'avance, forfaitairement et par trimestre, sera assoupli. Un groupe de travail examinera l'ensemble des questions techniques et comptables que pose la mise en oeuvre de cette possibilité nouvelle offerte aux établissements, après décision des conseils d'administration. Les fonds sociaux " cantines " pourront être utilisés pour permettre une modulation des tarifs. Ce groupe de travail devra également faire des propositions pour améliorer la qualité, la convivialité et la dimension éducative du temps des repas.

c) Les lycéens de l'enseignement professionnel doivent parfois faire face à des frais d'équipement très onéreux que, bien souvent, ils ne réutilisent pas ou qu'ils réutilisent peu, par la suite, dans leur vie professionnelle. Pour soutenir les familles, la prime d'équipement, propre aux élèves boursiers de l'enseignement professionnel, sera doublée dans le prochain budget. Cette mesure sera applicable à la rentrée prochaine.

d) 10 000 compléments de bourses de 5000 francs seront attribués à des élèves déjà boursiers qui ont obtenu de très bons résultats aux épreuves du brevet. Ces bourses, que n'hésitons pas à appeler " bourses au mérite ", permettront à ces bons élèves de s'offrir tout ce qui, à qualité de travail scolaire égale pourtant, les handicape par rapport à d'autres élèves qui ont la chance d'avoir des familles plus aisées : un équipement informatique, des livres, des activités culturelles, un voyage à l'étranger, par exemple.

La loi de finance rectificative m'a permis de dégager 73 millions de francs pour couvrir les dépenses qui sont liées à l'achat des carnets de correspondance et à l'affranchissement des courriers envoyés aux parents d'élèves. Ces dépenses incombaient aux familles, jusqu'alors, dans les collèges.

Conformément aux engagements, pris au mois de mai, une note a été adressée aux recteurs et aux inspecteurs d'académie, le 20 juin dernier, pour leur demander de veiller à ce que la gratuité de ces fournitures soit garantie.

Enfin, j'ai confié à Bernard Toulemonde, inspecteur général, une mission pour examiner d'un regard nouveau la question de la gratuité scolaire aujourd'hui, tant le contexte de notre société et l'organisation du système éducatif requièrent notre vigilance. M. Toulemonde devra d'abord procéder à un bilan et à une mise à plat. La gratuité a de nombreuses implications : elle touche à la fois aux ambiguïtés de la décentralisation dans le champ scolaire, aux pratiques des éditeurs, aux prescriptions qui émanent des enseignants, au rôle de régulation du ministère. Sa mission comportera donc une phase de consultation et d'audition de tous les acteurs concernés.

La phase d'audition a commencé dès le mois de juillet et se poursuivra jusqu'à la fin du mois de septembre. Les premiers éléments de bilan seront disponibles au mois d'octobre de telle sorte qu'une table ronde puisse être réunie en novembre. Une table ronde qui réunira les parents, les élèves mais aussi les collectivités territoriales, les éditeurs et les représentants des chefs d'établissements et des enseignants. Ce sera l'occasion d'un examen approfondi des diverses formules de chèques livres qui existent aujourd'hui et qui pourraient être développées.


De nouvelles ambitions

I - UNE NOUVELLE AMBITION POUR L'ECOLE

Faut-il rappeler que l'école maternelle et élémentaire constitue le socle fondamental de la formation des élèves ? Qu'il est essentiel d'en redéfinir les missions, les ambitions, les exigences ? Le 20 juin dernier, lors d'une conférence de presse sur l'école primaire, je vous disais mon obsession de la réussite de l'élève.
Notre école primaire est porteuse d'un bilan plus qu'honorable, il serait injuste de ne pas le souligner. Il lui faut continuer avec une exigence sans faille. Mais il appartient à chacun de nous, le ministre au premier rang, de dire, fortement aussi, que nous refusons la fatalité de l'échec scolaire.

Le plan ambitieux et largement approuvé que je vous annonçais en juin, va devenir réalité selon les modalités suivantes :

A - Gagner la bataille de la lecture et de l'écriture.

Rappelons-le inlassablement :transmettre la langue est la priorité absolue. La langue est, en effet, la véritable colonne vertébrale des apprentissages, le savoir des savoirs, la porte qui ouvre aux autres disciplines.

C'est au moment des premiers pas dans l'acquisition de la langue que certains élèves, déjà, risquent de perdre pied. C'est pourquoi j'ai arrêté un programme d'action ambitieux et résolu pour les années à venir. Il engage tous les niveaux de l'école maternelle et de l'école élémentaire :

1/ à l'école maternelle, dont l'importance est déterminante pour la scolarité ultérieure de l'élève, l'enjeu sera de travailler prioritairement l'expression orale pour préparer l'accès à l'écrit, ainsi que la bonne maîtrise du geste grapho-moteur.

2/ au CP et au CE1, l'ambition consiste à travailler avec une extrême rigueur le savoir-lire et l'amour de la lecture. Ceux-ci constituent, en effet, les objectifs majeurs des premières classes de l'école élémentaire.

3/ au cycle des approfondissements, qui couvre les trois dernières années de la scolarité élémentaire, multiplier, chaque jour, l'écriture et la lecture. Pratiquer des exercices d'écriture et de dictée, courts et fréquents. Des lectures, silencieuses ou à haute voix, la récitation fréquente de textes, de poèmes, de morceaux choisis. Ainsi les enfants seront-ils mieux guidés à pénétrer progressivement la complexité d'un texte et à lire dans toutes les disciplines. Pourquoi ? Parce que l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et de l'expression orale ne se limite pas aux seuls premiers pas.

4/ il conviendra aussi, à chaque niveau, de favoriser la rencontre des enfants avec les livres, de solliciter davantage encore la littérature de jeunesse et les ¿uvres de patrimoine et de faire en sorte que chaque élève puisse se construire une anthologie des textes aimés.

On mesure ainsi la logique profonde de l'apprentissage de la lecture. D'abord la maîtrise du lire : comment aimer lire si ce stade n'est pas franchi ? Pendant cette période, les maîtres doivent constamment veiller à n'abandonner personne au bord de la route. Sans cesse repérer, dépister, les élèves en difficulté. Les aider à y remédier. Evaluation/remédiation : deux mots indissociables.

Vient ensuite le stade du plaisir, du goût, de la passion de lire qu'il conviendra d'entretenir tout au long de la scolarité..

Tels sont les objectifs à long terme.

Dès la rentrée, un certain nombre de mesures nouvelles devraient nous engager dans cette direction :

a/ en grande section de maternelle et au cours préparatoire :

- au cours du premier trimestre, diffusion, notamment sur Internet, d'exercices, anciens et nouveaux, destinés à apprécier le niveau de maîtrise d'une compétence par les enfants, à mieux déceler une difficulté ou un progrès dans différents domaines : par exemple le repérage dans l'espace et dans le temps, l'esprit logique, le langage, le comportement, l'attention etc.

- des exercices de remédiation seront ensuite élaborés par type de difficultés, pour aider les élèves à franchir les obstacles. Le concours de tous sera bienvenu : les enseignants eux-mêmes, les conseillers pédagogiques, les équipes d'inspection. Sans oublier les mouvements pédagogiques qui sont la richesse, la diversité, la vitalité de notre maison, telle l'Association Générale des Institutrices et Instituteurs des Ecoles maternelles publiques, l'A.G.I.E.M.

Par ailleurs l'administration centrale mènera un travail de concertation et de réflexion pour aider les maîtres, dès la rentrée 2001, à mieux établir des bilans réguliers de compétences pour leurs élèves.

b/ au cours élémentaire deuxième année et au cycle des approfondissements :

- Dès le début de l'année scolaire, dans chaque circonscription, les inspecteurs de l'éducation nationale animeront des ateliers pour que les enseignants puissent mieux exploiter les résultats des évaluations passées par les élèves ;

- Plus tard, dans le courant de l'année scolaire, les mêmes inspecteurs mettront en place des groupe de travail chargés de concevoir des exercices de remédiation. Ceux-ci seront collectés au plan national, améliorés si nécessaire, puis très largement rediffusés.

B - Introduire l'apprentissage de deux langues vivantes étrangères, dès le plus jeune âge.

Voilà l'un des points les plus importants de cette rentrée : la maîtrise des langues vivantes est une nécessité pour nos élèves, futurs citoyens d'une Europe forte de son plurilinguisme et de ses différentes cultures. Or, aujourd'hui, moins de 30 % des élèves de l'enseignement primaire apprennent une langue vivante étrangère.

Dès la rentrée 1991, Lionel JOSPIN avait engagé les premières expériences d'initiation à une langue vivante, durant l'Ecole élémentaire.

Ma détermination est totale pour passer à la vitesse supérieure et franchir un cap significatif.

Mon ambition ? Dans les cinq ans, tous les élèves devraient entrer en sixième après un apprentissage d'une langue vivante à l'école maternelle et primaire. Plus précisément, à la rentrée 2005, tous les élèves auront appris une langue vivante, depuis la grande section de maternelle jusqu'au CM2. Et ils pourront débuter ensuite une deuxième langue vivante dès la 6ème.

1) Dès la rentrée 2000, l'apprentissage d'une première langue vivante doit être généralisé dans toutes les classes de CM2. Nous ne sommes pas loin du but qu'il nous faut atteindre sans délai : actuellement, l'enseignement de langues est mis en place dans 85 % d'entre elles, certains départements ayant réussi à couvrir 100 % de leurs classes de CM2. La priorité est donnée à la communication (compréhension et expression à l'oral, puis à l'écrit) sans que les apports culturels soient pour autant négligés.

Les recteurs et les inspecteurs d'académie, qui ont reçu des instructions particulières en ce sens, mobilisent à cet effet toutes les compétences disponibles. A la rentrée 2000, 400 postes supplémentaires d'assistants étrangers, s'ajouteront aux 1000 postes déjà créés depuis 1998 dans l'enseignement primaire. Il est possible aussi de recourir à des intervenants extérieurs (locuteurs natifs, diplômés en langues vivantes, personnes ayant effectué des séjours à l'étranger...) recrutés par les inspections académiques après évaluation de leurs compétences par une commission spécifique. Pour rémunérer ces intervenants, 36,6 MF de crédits ont été obtenus au titre du budget 2000 dont 15 MF au titre du collectif budgétaire. Ces crédits ont été répartis entre les départements, en fonction du nombre de CM2 restant à couvrir.


A la rentrée 2001, le même objectif devra être atteint dans les classes de CM1 dont la moitié bénéficient déjà de cet enseignement.

Ainsi, avant la rentrée 2002, tous les élèves de cours moyen seront concernés par l'enseignement des langues.

2) A partir de 2002, l'apprentissage des langues vivantes concernera d'année en année des élèves de plus en plus jeunes ; mais d'ores et déjà, en fonction des politiques académiques et des ressources disponibles, des écoles proposent une initiation aux langues bien avant le cours moyen. Le ministère soutient les initiatives innovantes favorisant le bilinguisme, qu'il s'agisse des langues vivantes étrangères ou de langues régionales. Ainsi, certaines académies (Strasbourg, par exemple) offrent-elles déjà des parcours linguistiques particulièrement riches à leurs jeunes élèves.

3) La mise en place d'un enseignement précoce de langues dans l'enseignement élémentaire donne une place plus importante qu'aujourd'hui aux langues européennes, aux langues régionales et aux langues issues de l'immigration. Les langues dites rares feront aussi l'objet d'une attention soutenue. L'un des principes qui anime la réflexion actuelle est la nécessité de prendre en compte la diversité des situations locales et, en particulier, de prendre appui sur les spécificités de certaines régions ou bassins de formation en consolidant les dispositifs existants (enseignement des langues régionales, enseignement de la langue du voisin dans les régions frontalières...). Les académies et les acteurs locaux sont encouragés à jouer de leurs atouts culturels régionaux à des fins d'ouverture internationale.

4) J'entends valoriser les acquisitions linguistiques de tous les élèves ; à cette fin, le portfolio européen des langues, déjà utilisé dans d'autres pays d'Europe, sera introduit au cours de l'année 2000-2001. Outil d'auto-évaluation personnel de l'élève, il l'accompagnera durant toute sa scolarité et facilitera la continuité de ses apprentissages. Dans ce contexte, les enfants issus de l'immigration pourront faire valoir leur maîtrise d'une autre langue, leur connaissance d'une autre culture parfois, faisant de ce qui est considéré comme une différence un " plus ".

5) Un concours de recrutement des professeurs des écoles avec une épreuve de langues obligatoire pour tous (et non plus optionnelle) est en préparation. Les professeurs des écoles du XXIème siècle doivent tous maîtriser des compétences de communication dans une autre langue (au moins) que la langue nationale. Ces compétences évaluées dès le recrutement seront confortées et développées, complétées par des savoir-faire pédagogiques spécifiques, pour tous ceux qui choisiront une formation professionnelle à dominante langue. Ainsi, l'école primaire disposera-t-elle d'enseignants généralistes qui pourront dispenser un enseignement linguistique de qualité à de jeunes enfants.

6) Les nouveaux programmes de l'école primaire, qui seront préparés dès cette année, prendront en compte les langues vivantes avec un statut d'une discipline à part entière ; cet enseignement sera doté d'un horaire spécifique et d'objectifs précis.

C - Rénover l'enseignement des sciences.

Le domaine privilégié du développement de cette intelligence concrète est celui de l'expérimentation scientifique.

En m'inspirant notamment des expérimentations conduites à l'initiative de Georges Charpak dans quelques centaines d'écoles, j'ai décidé de mettre moi aussi la... main à la pâte ! Je vous confirme donc que j'ai décidé la mise en ¿uvre généralisée d'un enseignement rénové des sciences, dans les trois dernières années de l'école élémentaire. Une opération de grande ampleur, dont la mise en place s'étendra sur trois années scolaires. Elle préfigure les changements que j'entends conduire au collège puis au lycée.

Actuellement, inégalement réparties sur le territoire, environ 5000 classes dans 91 départements sont directement concernées par l'opération " La main à la pâte " qui, par ailleurs, a suscité un intérêt et des pratiques nouvelles dans bon nombre d'autres classes. C'est ainsi par exemple que des enfants ont installé dans le ciel un ballon-sonde, aidés en cela par le CNES et une association spécialisée ; résultat : il leur parvient régulièrement des données météorologiques et des images satellitaires qu'ils analysent à leur niveau. Ailleurs, des élèves d'une école maternelle ont débusqué les illusions d'optique apprenant à douter pour distinguer la réalité ; d'autres encore, au terme d'une étude, ont mis en ligne des informations très précises sur le système solaire. Ces exemples, et l'on pourrait en citer beaucoup d'autres, sont particulièrement encourageants.

En développant à l'école primaire les bases d'une culture scientifique conforme aux exigences de la société, pour tous les élèves, il s'agit de renforcer la part d'activité de l'élève qui s'interroge sur des phénomènes et des objets de l'environnement naturel, physique ou technologique et cherche, par l'expérimentation ou l'observation, à apporter des réponses à ses interrogations.

L'approche pédagogique qui est valorisée vise à favoriser, en même temps que le développement de l'intelligence, des qualités d'initiative et d'invention autant que la rigueur et les capacités à fonder des échanges sur des arguments raisonnés.

Les modalités de mise en ¿uvre de ce plan ont été communiquées aux recteurs et aux inspecteurs d'académie.

D'ores et déjà, pour l'année 2000 :

1/ un crédit global de 11 millions de francs a été délégué aux inspecteurs d'académie afin d'apporter une aide appropriée à la réalisation de projets d'équipes enseignantes. Et pour permettre aux classes qui en ont besoin d'acquérir les équipements nécessaires à la rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie.

2/ un crédit complémentaire de 10 millions de francs a été délégué aux inspecteurs d'académie dans le but de doter chaque équipe de circonscription d'un ensemble de matériel pédagogique, à des fins, prioritaires, de formation des maîtres.

3/ la documentation pédagogique multi-média mise à la disposition des enseignants sera renforcée, notamment la documentation en ligne sur Internet.

4/ dans ce sens, une rubrique spécifique pour l'enseignement des sciences et de la technologie sera ouverte sur l'espace-école du site Internet du C.N.D.P., à partir du portail pédagogique dont l'ouverture est prévue en janvier 2001.

5/ un cédérom regroupant l'essentiel des ressources disponibles pour la mise en ¿uvre des activités à caractère scientifique, sera diffusé dans les écoles.

6/ des groupes de suivi -académiques et départementaux-, de la mise en ¿uvre du plan de rénovation, seront créés dès la rentrée, à l'initiative des Recteurs et des Inspecteurs d'Académie. Ils seront chargés de garantir la cohérence des dispositifs mis sur pied dans les départements et dans les circonscriptions.
Il auront aussi pour tâche, en étroite relation avec les I.U.F.M., de mettre en place les actions de formation continue et d'accompagnement des enseignants.

7/ un comité de suivi national est mis en place et présidé par Jean-Pierre Sarmant, inspecteur général de l'éducation nationale. M. Sarmant est l'auteur d'un rapport en 1999 sur l'opération " La main à la pâte " à l'école primaire. Ce comité qui comprend, outre Georges Charpak, prix Nobel, François Gros, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, tiendra sa première réunion ce 8 septembre.
M. Sarmant a reçu, de la DESCO mission de suivre les étapes de la réalisation sur le terrain et d'envisager des développements réalistes au collège et au lycée.

Les dispositions que je viens d'énumérer ne constituent pas, si on les examine ensemble, une série de mesures décoratives pour faire joli. Elles témoignent, vous pouvez le constater, de la volonté radicale qui est la mienne de changer à la fois de vitesse et de cap.

(source http://www.education.gouv.fr, le 2 octobre 2000)
D - Développer l'éducation artistique et culturelle.

Serez-vous étonnés si je vous dis mon attachement aux enseignements artistiques ?

Trois raisons majeures militent pour un développement accru des enseignements artistiques.

1/ l'enfant ne peut connaître un épanouissement harmonieux et équilibré que si son intelligence rationnelle et son intelligence sensible sont éduquées à parité.

2/ l'éveil de la sensibilité peut être un merveilleux sésame pour les autres formes de l'intelligence : la musique introduit au calcul, le théâtre à la lecture et les arts plastiques ne sont pas sans liens avec la géométrie et la perspective.

3/ par les pratiques culturelles collectives, le chant choral, le jeu théâtral, l'enfant cerne son identité, affirme sa personnalité, rencontre les autres sur des bases créatives, constructives et en définitive, apaisées. De la sorte, la culture, dans l'Ecole et hors de l'Ecole, se fait remède contre les tentations de la violence.

D'ores et déjà,

1/ une Mission de l'éducation artistique et de l'éducation culturelle a été mise sur pied au sein de l'administration centrale .

2/ les inspecteurs de l'éducation nationale sont invités à solliciter de l'ensemble des équipes enseignantes, la définition précise d'un volet artistique et culturel au sein des projets d'école.
Un crédit de 20 millions de francs a été réparti entre les départements pour soutenir la mise en ¿uvre de ces projets.

3/ les conseillers pédagogiques spécialisés en arts plastiques et en éducation musicale seront mobilisés à l'initiative des recteurs et des inspecteurs d'académie pour accélérer la validation des projets.

Plusieurs séminaires inter-académiques vont être programmés.

Permettez-moi de vous citer quelques exemples d'actions qui seront menées dans cinq domaines :

1/ Arts plastiques :
On assurera une meilleure insertion de l'école dans le réseau existant de diffusion de l'art contemporain : FRAC, centres d'art, écoles d'art, musées. Il s'agit, de la sorte, de faire entrer les praticiens de l'art dans l'école et, inversement, de déplacer élèves et enseignants vers les lieux de l'art.

On adaptera les locaux scolaires à la fonction " éducation artistique " : classes adaptées (arts plastiques, mais aussi danse, théâtre...), équipements à rénover, création de " structures itinérantes " (bus artistiques, bus-poésie, etc.).

2/ Littérature-jeunesse et livre
On fera entrer plus souvent les écrivains, les poètes dans les classes.
On commandera, avec les collectivités locales, plus d'un million de livres de littérature-jeunesse, pour renouveler les rayons des CDI et des BCD.
Le " Printemps des Poètes " sera amplifié au plus grand nombre d'établissements.
Chaque élève disposera d'un " journal de bord " de ses apprentissages et le suivra tout au long de sa scolarité.


3/ Patrimoine
Outre les " classes-patrimoine " qui seront accrues en nombre, l'année scolaire 2000-2001 sera consacrée à des initiatives permettant d'initier les élèves à la connaissance de leur patrimoine de proximité.

4/ Musique : la création d'une chorale dans chaque école.

5/ Le goût et les cantines scolaires
Une action de mobilisation des scolaires à la question du goût sera entreprise. Elle pourra être relayée par des opérations de type " le jour des mamies " qui donneront à des personnes du 3ème âge la responsabilité, un jour par semaine, de faire la cuisine et de l'expliquer aux enfants. Des " classes-cuisine " seront aussi créées.

Je rappelle qu'en novembre prochain je présenterai avec Catherine Tasca un plan de développement des arts et de la culture à l'école.

E - Maîtriser des nouvelles technologies de l'information et de la communication.

Le recours aux technologies nouvelles, dans le cadre des enseignements dispensés à l'école, a beaucoup progressé depuis dix ans. Mais il n'a pas encore atteint un niveau suffisant pour garantir une égalité d'accès de tous les enfants à la pratique des techniques modernes d'information et de communication.

Le système éducatif doit assurer une initiation à l'informatique, à Internet, au multi-média. En particulier aux élèves qui n'ont pas encore d'ordinateur chez eux. Il s'agit d'un enjeu démocratique, autant que pédagogique.

Je souhaite que, d'ici l'été 2002, toutes les écoles soient équipées et connectées à internet. Pour mesurer l'ampleur de l'effort à accomplir, rappelons-nous que seule une école sur trois l'est aujourd'hui. Cette question relevant de la compétence et de la responsabilité des communes, je compte me rapprocher sans délai des collectivités locales.

J'ai aussi décidé la création d'un " brevet informatique et Internet " que, dès 2003, tous les élèves pourront obtenir, à la sortie de l'école primaire.

Dès cette rentrée,

1/ la connexion des écoles à Internet sera donc accélérée, comme je vous l'ai indiqué : 65 millions de francs pris sur le collectif budgétaire y seront consacrés durant cette année scolaire.

2/ 2000 écoles seront équipées d'ici fin septembre, à raison d'au moins une école par circonscription, pour contribuer à la formation des enseignants. Un crédit de 10 millions de francs sera destiné à accompagner les projets spécifiques de ces écoles.

F - Apprendre la vie en société

Tout ce qui permet de développer chez l'enfant l'esprit de solidarité doit être encouragé.
C'est pourquoi doivent être développées dans l'école les pratiques qui contribuent à une implication concrète des enfants dans la vie de l'école :

- élections de délégués et réunion régulières de ces " conseils d'enfants " ;

- vote de tous les élèves sur ce qui touche à la vie collective (par exemple, la " discipline " durant la récréation, l'embellissement de l'école) ;

- fonctionnement coopératif des classes et de l'école ;

- relations de tutorat entre les plus grands et les plus petits, etc.

Et, plus généralement, toutes les procédures qui facilitent l'expression publique des difficultés communes et la résolution collective des conflits. Ainsi conçue, l'éducation scolaire se fait aussi éducation à la citoyenneté et contribue au développement de l'intelligence sociale.

Les contrats éducatifs locaux (CEL) sont, par ailleurs, un instrument d'égalité, en particulier pour les plus défavorisées des jeunes. Ce sont aussi un vecteur de mixité sociale à laquelle je suis très attachée. Ils mettent en cohérence le temps scolaire et le temps extra-scolaire, en s'appuyant sur un projet éducatif local global. L'ensemble des acteurs de l'éducation est mobilisé. Je veux encourager la multiplication des CEL. Au 1er janvier 2000, on comptait 1237 CEL. A la fin de l'année, je souhaite que l'on dépasse les 1700. J'ai déjà dégagé dans ce but 60 millions de francs en 2000.


Il n'est pas question pour moi d'en rester là. Je travaille à d'autres dossiers essentiels. Des changements importants se produiront au cours des prochains mois dans les domaines suivants :


II - LES CHANTIERS EN PREPARATION :

A. LA RENOVATION DU COLLEGE

Beaucoup de choses ont été dites et faites. Je vous ai présenté les initiatives de l'année. Si je souhaite revenir brièvement sur le collège, le premier des douze autres chantiers, c'est pour dire toute l'attention qu'il convient d'apporter à ce maillon essentiel de la chaîne éducative.

Fidèle à ma méthode, sur ce dossier, je consulte. Ma porte est ouverte. Je compte avancer avec pragmatisme, dans un esprit d'ouverture et de concertation.

J'ai rencontré et je continuerai à rencontrer sur place de nombreux enseignants. Leur expérience me permettra de mieux diagnostiquer et de mieux comprendre les points de faiblesse :

- trop d'isolement, trop peu de mise en synergie dans cette immense maison, trop peu de travail d'équipe, pas assez de dialogue ;

- trop de concentration de tous les problèmes dans les mêmes établissements ;

- une approche des savoirs parfois trop formelle, trop désincarnée, qui ne se donne pas assez la peine de construire en chaque jeune une relation durable à la connaissance ;

- une hiérarchie sans fondement des domaines du savoir et des formes de l'intelligence.

Je m'attacherai à trouver les solutions pour résorber les sorties sans qualification, par la prévention précoce de l'échec, par la possibilité réelle de parcours diplômants pour les jeunes les plus fragiles, par la reconstitution d'un tissu d'établissements plus soucieux de mixité sociale, par la valorisation des arts, des sciences expérimentales et des technologies.

A l'issue de ces consultations, je prendrai un certain nombre de décisions, sans parti pris ni dogmatisme, de façon que les premières mesures puissent s'appliquer à la rentrée prochaine.

B. L'EDUCATION ARTISTIQUE

Vous connaissez mon souci de développer l'intelligence sensible de nos élèves. Dans la perspective du nouvel idéal éducatif dessiné pour l'école, j'entends qu'une place accrue soit donnée à l'éducation artistique, aux différents niveaux de scolarisation, de l'école à l'université. Une équipe nationale a été constituée : la Mission pour l'éducation artistique et culturelle. Des crédits nouveaux seront dégagés dans la loi de finances de 2001.

Je rendrai public, avec Catherine Tasca, avant la fin de l'année, un plan pluriannuel pour l'éducation artistique et culturelle.

D'ores et déjà, je puis vous dire mon intention de :
- Développer et généraliser la pratique des classes culturelles :
- classes patrimoine
- classes arts plastiques
- classes photo
- classes cinéma
- classes théâtre
- classes musique
- classes architecture
- classes ville

- Encourager le contact avec la musique
- une " chorale par établissement " : ce projet, dont je vous ai déjà parlé, sera stimulé dès la rentrée scolaire 2000
- à l'école primaire, mais aussi au collège, le recours à des musiciens-intervenants sera accru de manière à développer une pédagogie du " projet artistique et culturel ".

- Développer le regard sur la photographie
Une très grande exposition de photographies, peut être la plus importante qui aura jamais existé, sera organisée à tour de rôle dans les établissements scolaires et les villes de France, sur le modèle de celle des photographies d'Arthus Bertrand (la terre vue du ciel) présentées sur les grilles du jardin du Luxembourg à Paris de juillet à septembre 2000.

Cette exposition portera sur 180 chefs d'¿uvre de l'histoire de la photographie. Elle pourra être dupliquée à quelque 50 exemplaires, circulant dans toute la France, présentés aussi bien en dehors des écoles qu'à l'intérieur des établissements.

- Favoriser la relation directe, avec le concours des maîtres et des professeurs, entre l'enfant et l'artiste soit dans l'école qui doit être aménagée à cet effet (salles de théâtre, salles d'exposition), soit hors de l'école au sein même du réseau des établissements culturels relevant des collectivités locales et du ministère de la Culture.

- " Faire flèche de tout bois " : coopérer de plus en plus avec les ministères de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, de la ville, etc., de manière que chacun apporte à la grande ambition de l'éducation artistique le meilleur de ses hommes, de ses moyens et de son capital d'expériences.

- Développer simultanément le travail de fourmi du pédagogue et la réalisation des projets événementiels permettant de rassembler, faire connaître, entraîner les initiatives des jeunes et des enseignants.

- Des circulaires préciseront ce que l'on attend désormais des établissements dans ce domaine. En particulier :

- pour sanctionner dans les diplômes les acquis artistiques (bonus de points au baccalauréat)

- pour ouvrir les formations artistiques primaires et secondaires sur des voies professionnelles en organisant de véritables filières culturelles (c'est déjà, par exemple, le cas dans le domaine de la filière design qui ira du bac professionnel jusqu'à la licence et même des formations au niveau bac + 5)

- Des conventions seront signées avec les collectivités locales pour mieux préciser leur participation à ces initiatives, en matière d'acquisition de livres jeunesse ; en matière d'équipement multimédia ; en matière de rénovation des locaux et des bâtiments.

C. LE SPORT A L'ECOLE

L'activité physique en général et le sport en particulier sont des constituants naturels d'une éducation. Le sport fait partie de notre culture, il est un facteur majeur de développement et d'équilibre.

Je souhaite ouvrir la réflexion et le débat au sein des établissements et, particulièrement, bien entendu avec les professeurs d'éducation physique et avec les mouvements qui oeuvrent autour de l'éducation nationale et avec elle : l'USEP et l'UNSS. Objectif : relancer le sport scolaire, dans sa double dimension d'éducation physique et d'éducation citoyenne. J'ai confié une mission à Michel Leblanc, nouvel inspecteur général de l'Education nationale, qui me rendra ses conclusions en novembre.

D. LA FORMATION TOUT AU LONG DE LA VIE

C'est un truisme de dire qu'il convient d'adapter en permanence ses connaissances et ses compétences, au vu de l'évolution des technologies. Mais cet impératif se trouve conforté par le nouveau contexte économique et social du pays : la reprise économique, les perspectives de départs massifs à la retraite.

La formation tout au long de la vie apparaît ainsi comme un enjeu de société, une exigence sociale et économique et une mission essentielle de l'éducation nationale. Ce que proclamait déjà, je le rappelle au passage, la loi d'orientation du 10 juillet 1989.

Beaucoup a été fait dans nos établissements secondaires, regroupés au sein des GRETA, et dans ceux de l'enseignement supérieur. Sait-on assez que l'éducation nationale est le premier organisme de formation d'adultes en France, avec plus de 500.000 stagiaires, pour un chiffre d'affaires de 2,5 milliards de francs?

Il nous faut amplifier ce rôle.

Comment ? En travaillant dans deux directions.

D'une part, le développement des dispositifs individualisés de formation et de validation des acquis professionnels et l'adaptation permanente du réseau des GRETA. Je souligne, en incidente, que nous aurons à tenir compte ici des besoins particuliers de formation professionnelle des " aides-éducateurs ".

D'autre part la multiplication des partenariats. Avec les autres services déconcentrés de l'Etat, avec les collectivités territoriales, et avec, naturellement, les branches professionnelles et les entreprises.

Le prochain séminaire européen de Biarritz (3 et 4 décembre) sur " la formation tout au long de la vie ", dans le cadre de la présidence française de l'Union et le colloque national sur la validation des acquis, que nous organisons les 30 novembre et 1er décembre à Sophia-Antipolis, devraient conforter notre réflexion.

E. L'OUVERTURE INTERNATIONALE DE NOTRE ENSEIGNEMENT

En cette année où la France prend la présidence de l'Union européenne, je souhaite que nous soyons de fervents soutiens d'une culture européenne plus forte, plus riche dans sa diversité, plus solidaire. Notre système éducatif construit, en effet, le citoyen de demain, mais aussi l'Européen de demain.

Par ailleurs, la perspective de l'année 2001, proclamée " année des langues ", permettra de voir éclore un certain nombre d'initiatives de grande envergure. Nous préparons, sous la conduite de l'inspecteur général Francis Goullier et avec le concours de la Desco, un plan de rénovation de l'enseignement des langues vivantes pour l'ensemble du système éducatif, de la maternelle à l'université.

F. L'ENCOURAGEMENT A L'INNOVATION PEDAGOGIQUE

Je souhaite encourager les pratiques innovantes, dans tous les domaines et à tous les niveaux de la scolarisation. Je veux, en effet, placer l'innovation au c¿ur de l'éducation.

C'est le sens à donner à la création du " Conseil national de l'innovation pour la réussite scolaire ", dont j'ai confié la présidence à Anne-Marie Vaille. Sa mission ? Soutenir, évaluer et diffuser les initiatives des établissements scolaires pour favoriser la réussite des élèves.

C'est aussi le sens du soutien que nous apportons à quatre structures d'enseignement expérimentales qui doivent ouvrir respectivement dans les académies de Paris, Créteil, Grenoble et Nantes. Par ailleurs, les établissements expérimentaux existant depuis plusieurs années bénéficieront de moyens supplémentaires.

Ces différentes innovations pédagogiques seront suivies et évaluées, afin de transférer les actions positives et susceptibles de l'être. C'est, en effet, l'un des grands maux de notre système éducatif que de ne pas savoir faire connaître ni tirer le meilleur parti de ce qui est une des richesses méconnues de nombre d'enseignants: la capacité d'innover.

G. LA RENOVATION DE L'ENSEIGNEMENT DES SCIENCES

Voilà un chantier auquel j'attache une très grande importance. Je m'y impliquerai personnellement. Je vais ouvrir ce dossier avec les enseignants et avec des personnalités reconnues du monde scientifique. Je vous donnerai davantage d'informations dans les semaines à venir.

H. LE REEXAMEN APPROFONDI DE LA FILIERE TECHNOLOGIQUE

Il s'agit d'un prolongement normal et attendu de la réforme des lycées, venant compléter celle du cycle terminal des lycées d'enseignement général et technologique. Des décisions seront prises pour la préparation de la rentrée 2001.

I. LES NOUVELLES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION : LES REALISATIONS DE L'ANNEE 2000-2001

Les établissements scolaires commencent à être connectés à internet de manière massive : 100 % des universités, 98 % des lycées, 90 % des collèges et un bon tiers des écoles ont ainsi accès au "réseau des réseaux".

Dès cette année, le ministère va mettre à la disposition des élèves et des enseignants, via internet, des contenus pédagogiques, culturels et scientifiques.

- Création dès l'automne 2000 d'une "boucle de contenus" permettant aux établissements scolaires d'accéder à haut débit à l'ensemble du patrimoine culturel français, soit plusieurs millions d'¿uvres numérisées.

- Appel d'offre dès le début de 2001 pour la création de "bouquets pédagogiques" sur internet mêlant texte, images, audiovisuel et séquences pédagogiques.

- Mise en place d'un portail sur l'éducation destiné à aider les enseignants dans leur métier, mais aussi les parents à mieux connaître le monde scolaire.

- En ce qui concerne l'enseignement supérieur et la formation continue, le ministère mettra en place dès cet automne cinq "universités virtuelles" publiques accessibles par internet.

J. LES LANGUES REGIONALES

En cette rentrée, l'éducation nationale a ouvert plus de 100 nouvelles classes bilingues dans les différentes académies concernées par cet enseignement. L'ensemble des langues régionales enseignées bénéficiera de ces ouvertures.

J'ai décidé d'ouvrir trois chantiers pour renforcer l'enseignement des langues régionales.

Je souhaite au préalable donner un véritable cadre national pour cet enseignement. Aussi, Jean-Paul de Gaudemar, le directeur de l'enseignement scolaire, qui avait été particulièrement actif sur ce sujet en tant que recteur de Strasbourg, puis de Toulouse, a-t-il reçu mission de préparer une circulaire pour caractériser l'enseignement des langues régionales.

Il sera demandé à chaque recteur concerné, de préparer un plan de développement de cet enseignement à partir de cette circulaire.

Je peux déjà, vous annoncer, la signature dans les prochains jours d'une convention entre l'éducation nationale, la région Alsace, et les départements du Haut-Rhin et du Bas -Rhin. Ce document prévoit la généralisation de l'enseignement précoce de la langue régionale et sa poursuite dans le second degré selon les deux modalités, initiation et bilinguisme ; le développement des échanges linguistiques ; l'amélioration de la formation des maîtres en vue d'assurer aux futurs professeurs des écoles une formation adaptée à un enseignement bilingue.

Je veux aussi citer l'exemple de l'académie de Nancy Metz, où un programme d'échange entre la Sarre et la Moselle permettra de lancer le bilinguisme à l'école maternelle. Ainsi, douze jeunes mosellans rejoindront la Sarre dés le premier septembre, où ils auront pour tâche d'inculquer culture et langue française aux petits Allemands dans les jardins d'enfants. En retour, douze jeunes Sarrois sont attendus dans les écoles maternelles de six communes de Moselle, où ils assisteront les maîtres et les maîtresses. Les jeunes Mosellans ont été recrutés par l'éducation nationale dans le cadre du plan emploi jeune. Ils ont au moins le niveau bac et une bonne maîtrise, de l'allemand. Les jeunes sarrois ont été recrutés dans le cadre du programme fédéral d'emploi des jeunes Sofort.

Au-delà de l'intérêt évident en matière de bilinguisme, cette initiative permet de constituer un vivier pour le recrutement de futurs professeurs des écoles bilingues.

Ces deux exemples montrent un dynamisme nouveau de l'éducation nationale en faveur de l'enseignement des langues régionales. Ils devront être suivis par d'autres initiatives dans les différentes académies concernées.

Ensuite, je souhaite que soit renforcé le recrutement de professeurs des écoles pour l'enseignement des langues régionales et en langue régionale. La mise en place d'un concours spécial pour leur recrutement est à l'étude. Un effort particulier sera fait pour la formation de maîtres bilingues, notamment pour ceux qui se destinent à l'enseignement en langue régionale.

Il me faut pour être complet sur ce dossier vous dire un mot de la Corse. Cette rentrée marque la poursuite de l'effort en faveur de l'enseignement du corse. Après la 6e l'an dernier, ce sont l'ensemble des élèves de 5e qui pourront avoir accès à un enseignement de trois heures hebdomadaires. Parallèlement, deux sites bilingues supplémentaires seront ouverts en Haute-Corse dans le premier degré et nous poursuivons l'expérimentation d'un premier collège bilingue à Petreto-Bicchisano. Nous travaillons actuellement avec M. Pantaloni, recteur de l'académie de Corse à la mise en ¿uvre des engagements gouvernementaux.

Enfin, j'ai la ferme volonté de faire aboutir positivement les discussions ouvertes avec les associations Diwan et Seaksa, en vue de l'intégration dans l'enseignement public des établissements pratiquant l'enseignement des langues régionales par immersion Deux voies sont aujourd'hui offertes dans l'enseignement public : l'initiation et l'enseignement à parité horaire. L'intégration des écoles immersives permettra d'offrir une troisième modalité pour cet enseignement.

(source http://www.education.gouv.fr, le 2 octobre 2000)
K. LA REFONDATION DES MODALITES D'ELABORATION DES PROGRAMMES

J'ai aussi décidé d'engager en profondeur, à partir de cette année scolaire, une authentique réforme des programmes d'enseignement sur l'ensemble du cursus scolaire.

Jusqu'à présent, ces programmes ont été rédigés, de façon cloisonnée, champ disciplinaire par champ disciplinaire, mais aussi, selon le découpage des structures. Le souci de la continuité entre les niveaux scolaires - entre l'école et le collège ; entre le collège et le lycée -, a été à mon sens, insuffisamment pris en compte.

Ce double cloisonnement, on pourrait même dire ce double saucissonnage, constitue pour les élèves, pour les familles, mais aussi, souvent pour les enseignants eux-mêmes, un obstacle et un frein à une claire lisibilité des objectifs et des exigences majeures. Ceux de chaque étape du cursus scolaire, mais aussi ceux de chaque discipline et finalement, l'ensemble des finalités et de la cohérence du processus éducatif n'apparaît plus.

J'ai donc décidé, naturellement, de maintenir la nécessaire et légitime rigueur qui doit accompagner, pour chaque discipline, l'élaboration de ses programmes. Mais je souhaite que chacun de ceux-ci mette en évidence, outre la définition de ses contenus spécifiques, les compétences générales et transversales qui sont visées et travaillées à travers eux.

D'ores et déjà, j'ai dans ce sens, pris un certain nombre de dispositions.

- D'abord, en réorganisant le partage des compétences et des responsabilités, entre le Conseil national des programmes présidé par Luc FERRY, les groupes techniques disciplinaires, l'inspection générale et la direction de l'enseignement scolaire. L'inspecteur général Alain BOISSINOT a été chargé par mes soins de mener une réflexion d'ensemble et de me faire des propositions permettant d'élaborer des programmes qui, ainsi que je le souhaite, auront plus que par le passé le souci de la continuité du parcours de l'élève et feront mieux apparaître la cohérence d'ensemble des comportements, des attitudes et des valeurs que chaque discipline, par delà sa singularité irréductible, a pour vocation de poursuivre.

- De nouveaux programmes entreront en application sur ces bases dans les écoles, à la rentrée 2002. Un groupe technique, à l'image de ceux existants pour le collège ou le lycée, mais qui n'a jamais encore été constitué au niveau des écoles, sera constitué dans les toutes prochaines semaines. Il devra écrire les nouveaux programmes et les documents pédagogiques qui les accompagneront pour le printemps prochain, de telle sorte qu'ils entrent en application pour la rentrée scolaire 2002.

J'annoncerai avant la fin de l'année les mesures de refondation de la philosophie des programmes.

L. LA FORMATION DES ENSEIGNANTS

Nous sommes placés devant le défi de renouveler rapidement près de la moitié du corps enseignant dans les années qui viennent.

La réussite des élèves passe par des maîtres bien formés. Une formation solide, concrète et ouverte sur la réflexion critique.

Le temps est venu, aujourd'hui, d'avancer dans la réflexion sur la formation initiale et continue des maîtres, en tenant compte du travail notable accompli depuis dix ans par les IUFM. Nous avons donc engagé, en ce domaine, un vaste chantier, que je mène, là encore, dans la plus large concertation.

C'est pourquoi, j'ai confié au recteur Michel Bornancin le soin d'animer un groupe de travail qui mène une réflexion approfondie sur les contenus précis de la formation des professeurs des écoles. Je lui ai demandé de faire des propositions conciliant souplesse nécessaire et rigueur indispensable.

Par ailleurs, M. Bernard Cornu, directeur de l'IUFM de Grenoble, et M. Jean Brihault, président de l'université Rennes II, que j'avais chargés de me faire des propositions concernant le recrutement des enseignants et leur formation en IUFM, viennent de me remettre un rapport d'étape.

Ces contributions aideront à accompagner l'évolution du métier d'enseignant.

Je prendrai des décisions au tout début de l'année prochaine.


Un mot, pour terminer, sur la gestion technique de la rentrée.

Cette rentrée correspond à la deuxième année de mise en ¿uvre de la déconcentration du mouvement des enseignants du second degré. Le travail de gestion prévisionnelle accompli à cette occasion a permis une préparation de rentrée mieux adaptée aux besoins réels du terrain. Les résultats de cette nouvelle procédure montrent un accroissement du taux de satisfaction des enseignants ayant demandé leur mutation et une meilleure couverture globale des besoins des académies.

Cette méthode a permis aussi de mieux anticiper les besoins régionaux en personnels non titulaires, susceptibles d'occuper les postes vacants en établissements ou en zone de remplacement. Pour cette raison, les recteurs ont reçu des autorisations de recrutement bien avant la rentrée, et pour la première fois.

Pour les IATOS, ma politique de modernisation de la gestion se traduit par une accélération de l'intégration des personnels précaires ; une redéfinition concertée des métiers sous la forme de " référentiels communs " ; une meilleure adaptation du nombre d'emplois aux besoins des services ; le développement d'opérations de gestion sur internet plutôt que via les supports papier.
Enfin, une attention accrue portée à la carrière et aux responsabilités des personnels de direction, d'inspection et d'encadrement administratif
Vous trouverez, enfin, en annexe de ce discours, une note pour vous présenter les moyens nouveaux dont nous disposons pour la rentrée.


Notre Nation sera d'autant plus prospère, créative et vivante que notre école aura mieux armé les jeunes pour affronter le futur. L'investissement dans l'intelligence n'est pas seulement une charge pour les finances publiques, c'est d'abord le premier investissement économique du pays.


Les moyens nouveaux de la rentrée

Je souhaite vous présenter rapidement les moyens nouveaux dont nous disposons pour cette année scolaire, y compris le milliard de francs qui a été consacré à l'éducation nationale au collectif budgétaire afin d'assurer une bonne rentrée 2000.

Comme vous allez le voir, ces moyens sont loin d'être négligeables. Ils réclament cependant un effort complémentaire de la puissance publique dans le budget 2001 et dans le plan pluriannuel pour l'éducation nationale annoncé par le Premier ministre au mois de mars dernier.

L'effort financier de la collectivité nationale tout entière, c'est-à-dire de l'Etat, des collectivités territoriales, des entreprises et des ménages, pour l'enseignement scolaire et pour les classes supérieures s'élève à 436 milliards de francs (soit 70,7 milliards d'euros).

A quoi sont consacrés les moyens nouveaux obtenus par l'éducation nationale au budget de cette année, loi de finances rectificative comprise ?

- Ils vont d'abord permettre d'améliorer l'encadrement administratif et humain des élèves : 810 emplois de personnels administratifs et techniques et 150 emplois de personnels médico-sociaux sont en effet créés à compter de la rentrée, ainsi que 2000 postes de maîtres d'internat-surveillants d'externat (MI-SE) et 5000 emplois-jeunes ;

- Ils vont servir à la mise en ¿uvre des réformes pédagogiques : 43,4 MF vont aller à l'enseignement des langues et à la rénovation de l'enseignement des sciences dans les écoles ; 32 MF seront consacrés, dans les lycées, au développement de la pratique des langues étrangères, grâce au recrutement de 1500 assistants étrangers supplémentaires ; dans les lycées encore, 20 MF permettront la création d'au moins un atelier d'expression artistique par établissement. J'ajoute que 50 MF seront consacrés à la formation des enseignants chargés de la mise en place des travaux personnels encadrés ;

- Les moyens nouveaux vont en outre permettre l'amélioration de l'équipement et du fonctionnement des établissements, avec près de 88 MF destinés aux nouvelles technologies de l'information et de la communication dans les écoles, 285 MF consacrés à l'équipement pédagogique des établissements, 150 MF pour l'équipement des lycées professionnels et 171 MF pour la modernisation des centres de documentation et d'information (CDI) ;

- Des mesures nouvelles sont destinées en outre à améliorer l'aide aux élèves et aux familles : 10 000 compléments de bourse d'un montant de 5 000 francs vont être versés à 10 000 bons élèves de milieux défavorisés pour leur entrée au lycée ; une politique tarifaire nouvelle sera mise en place, en matière de restauration scolaire, dès le 1er janvier 2001 ; les carnets de correspondance dans les collèges seront désormais gratuits (ce qui coûte au budget de l'Etat 73 MF) ;

- Des mesures sont enfin prises en faveur des personnels : dans la continuité des efforts entrepris depuis 1997, 3300 enseignants contractuels vont pouvoir accéder à des emplois de titulaires ; la poursuite du plan d'intégration des instituteurs dans le corps des professeurs des écoles va concerner 20 735 personnes ; la pyramide des corps enseignants du second degré va être améliorée (avec 6192 emplois supplémentaires en hors-classe) ; les professeurs de lycées professionnels voient leur obligations de services diminuer (pour un coût de 181 MF) ; et les perspectives des personnels administratifs, ouvriers et de service seront améliorées.


(source http://www.education.gouv.fr, le 2 octobre 2000)

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