Conférence de presse de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur la décision de construire un synchrotron de 3ème génération, notamment sa localisation et les objectifs de la recherche nucléaire, Paris le 11 septembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur la décision de construire un synchrotron de 3ème génération, notamment sa localisation et les objectifs de la recherche nucléaire, Paris le 11 septembre 2000.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard.

FRANCE. Ministre de la recherche

Circonstances : Construction d'un synchrotron de 3ème génération en France à paris le 11 septembre 2000

ti : Dès le 3 avril dernier, une semaine après ma nomination au ministère de la recherche, j'ai exprimé mon intention de rouvrir le dossier du synchrotron.
J'avais le sentiment, vérifié depuis par de nombreux rapports et consultations d'experts, que la décision de construire en France un synchrotron de 3ème génération était scientifiquement nécessaire, financièrement possible et susceptible d'être arrêtée dans un délai de quelques mois.
Le 18 juillet dernier, à un point de presse, j'ai pu déjà indiqué être "sûr à 95 %" qu'une décision positive serait prise.
Afin, d'une part, de terminer certaines concertations et consultations d'experts encore en cours, et, d'autre part, d'éviter toute annonce sur le synchrotron au mois d'août, qui avait été marquée l'an dernier par une décision contraire, cette annonce est donc faite au début de ce mois de septembre.
J'ai rencontré le 7 septembre M. Lionel Jospin sur ce dossier. J'ai proposé au Premier Ministre la construction d'un synchrotron de 3ème génération en France et le site de son implantation. Le Premier Ministre a retenu cette proposition.
Ainsi, cette décision sur un dossier complexe, aux nombreuses implications, a pu être arrêtée en 5 mois.

Consultations et concertations
Pour parvenir à cette décision fondée sur une démarche de transparence et sur des critères objectifs, j'ai mené toutes les consultations et concertations nécessaires :

avec les partenaires étrangers potentiels (Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Belgique) ;

avec les collectivités territoriales françaises candidates à l'accueil de cet équipement : j'ai personnellement rencontré d'avril à juillet les présidents des Régions Aquitaine, Basse-Normandie, Centre, Champagne-Ardenne, Ile-de-France, Midi-Pyrénées, Nord-Pas-de-Calais, PACA et j'ai eu également des échanges avec les présidents des Régions Alsace et Limousin.

avec plusieurs groupes d'experts :
- le groupe de travail des 5 pays européens (Allemagne, Espagne, France, Italie, Royaume-Uni) sur les grandes installations pour l'étude de la matière, dit groupe des "directeurs généraux"ou des "senior officials", qui rassemble les responsables de la recherche de ces 5 pays et qui a tenu une réunion à Rome le 22 juin ;

- le Conseil national de la Science, réuni le 30 juin ;

- le Groupe de travail sur l'installation de rayonnement synchrotron de 3ème génération sur le territoire français, groupe de travail que le Ministère de la Recherche a spécialement constitué pour expertiser très attentivement les différents dossiers et qui a remis son rapport le 19 juillet. Ce groupe réunissait des spécialistes du rayonnement synchrotron, de la physique, de la biologie et des sciences de l'environnement. Il était composé de Bernard FROIS, Jean-Louis LACLARE, Michèle LEDUC, Dino MORAS, René PELLAT et Yves PETROFF.

Une décision scientifiquement nécessaire
Il s'agit d'abord d'une décision scientifiquement nécessaire pour répondre à l'intérêt général : la France a besoin d'avoir sur son sol un synchrotron de 3ème génération.
Le rayonnement synchrotron de 3ème génération est 1000 milliards de fois plus brillant que le rayonnement produit par les meilleures sources de rayons X de laboratoire. Par sa brillance exceptionnelle, cet outil d'analyse de la matière est le plus performant et le plus diversifié.
Cet équipement scientifique, polyvalent et pluridisciplinaire, est nécessaire aux chercheurs de nombreuses disciplines.
Cet outil est utilisé aussi bien en recherche fondamentale qu'en recherche appliquée. Ses utilisations sont en effet multiples.
Au plan de la recherche fondamentale, les principales disciplines utilisatrices sont :

la physique : physique des matériaux, des surfaces des atomes et des molécules ;

la chimie ;

les sciences de la vie et la biologie, notamment la cristallographie des protéines en biologie structurale, avec applications à la conception de médicaments ;

les sciences de la Terre (géosicences) ;

les sciences de l'environnement, etc.

Il s'agit donc d'un grand instrument partagé par des utilisateurs de nombreuses disciplines et non pas fermé sur une communauté de spécialistes d'une seule discipline.
Par sa polyvalence, ce grand équipement est le support d'échanges intellectuels entre chercheurs de plusieurs disciplines. Il est un lieu de coopération, qui renforce les contacts et les échanges pluridisciplinaires. La présence sur le synchrotron de chercheurs de nombreuses disciplines favorise les échanges de connaissances et le transfert de méthodes expérimentales de pointe à l'ensemble des laboratoires utilisateurs. Et, on le sait, les progrès de la recherche apparaissent souvent à l'interface, à l'intersection de plusieurs disciplines.

Cet équipement est aussi fréquemment utilisé en recherche appliquée et notamment en recherche industrielle :

l'industrie pharmaceutique pour la mise au point de nouveaux médicaments, ce qui est essentiel dans la phase de la post-génomique et pour favoriser l'essor des biotechnologies;

l'imagerie en rayons X et l'imagerie médicale non invasive, par exemple l'angiographie;

la métallurgie (analyse de défauts);

l'industrie automobile;

l'industrie pétrolière;

la microélectronique et la micromécanique, etc.

Les synchrotrons dans les autres pays
C'est pourquoi les grandes nations scientifiques se sont dotées d'un ou plusieurs synchrotrons.
L'Italie et la Suisse en ont un chacun, le Suède 3, l'Allemagne 5, les Etats-Unis 11 et le Japon 16.
Beaucoup de ces équipements sont des sources de 3ème génération.
L'Italie dispose d'une source de 3ème génération, déjà saturée : ELETTRA à Trieste. La Suisse disposera de son propre synchrotron de 3ème génération, jugé indispensable à la recherche publique et à son industrie pharmaceutique (SLS à Villigen).
La Grande Bretagne va en construire un : à Didcot, près d'Oxford.
La Suède a un synchrotron de 3ème génération, MAX II à Lund, et en construit un autre, MAX III.
L'Allemagne a un synchrotron de 3ème génération (BESSY II à Berlin) et en construit un autre (ANKA à Karlsruhe).
Tous les grands pays européens (Allemagne, Italie, Royaume-Uni), sauf l'Espagne, ont fait le choix de posséder sur leur sol un ou plusieurs centres de RS3G. Même des pays moins importants (Suède, Suisse) ont pris la même décision.

Aux Etats-Unis, en plus des 2 sources de 3ème génération qui sont ALS à Berkeley et APS à Chicago, 3 autres sources vont être modernisées pour atteindre les performances des machines de 3ème génération : NSLS à Brookhaven, SPEAR à Stanford et CHESS à Cornell.
D'ailleurs, pour être exacte, la comparaison entre l'Europe et les Etas-Unis doit prendre en compte, d'une part, le niveau d'énergie de la machine souvent plus élevé aux Etats-Unis (par exemple, 7 GeV à l'APS de Chicago- Argonne) et, d'autre part, le nombre de lignes de lumière, lui aussi souvent plus important. Ainsi, le nombre de lignes pour la biologie structurale est aujourd'hui de 22 aux Etats-Unis contre 17 en Europe. Mais dans trois ans, il passera de 39 aux Etats-Unis, contre 24 en Europe. Il faut combler cet écart croissant.
SPRING8 au Japon a un niveau d'énergie de 8 Ge V.

L'ampleur des besoins et des demandes d'accès
Le 2 août 1999, il avait été décidé de ne pas donner suite au projet SOLEIL et de prendre une participation (7 lignes de lumière sur 20) au projet britannique DIAMOND, devenu le projet NSS (New Synchrotron Source).
Il est bien sûr nécessaire que la réflexion sur les Très Grands Equipements (TGE) soit conduite au niveau européen et que soient mis en ¿uvre des partenariats entre pays européens.
Cependant, ce projet franco-britannique NSS offrirait-il les capacités disponibles suffisantes et permettrait-il de faire face à toutes les demandes d'accès au rayonnement synchrotron de 3ème génération émanant de nombreuses équipes de recherche ? On peut en douter, vu l'ampleur des besoins exprimés par de nombreuses disciplines et notamment en biologie.
Le rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, publié le 17 mars, constate (p.23-27) "l'insuffisance actuelle de l'offre française de rayonnement synchrotron" :
"Ainsi, en 1999, la demande adressée au LURE a représenté 155 % du temps alloué¿ Le même écart s'est élevé à 205 % pour la part française de l'ESRF¿ Si les deux sources LURE et SRS devraient disparaître au profit du seul synchrotron DIAMOND, l'insuffisance en lignes de lumière ne pourrait que s'approfondir."
Avec la mise en ¿uvre concomitante de SOLEIL et de DIAMOND, l'on disposerait de l'équivalent des sources vieillissantes de 2ème génération du LURE et du synchrotron SRS de Daresbury. Bref, il s'agit de remplacer deux machines obsolètes par deux machines nouvelles. Interrogé sur ce rapport de l'Office à l'Assemblée Nationale le 21 mars 2000, M. Allègre avait déclaré : "Ce rapport est intéressant. Il approuve notamment le projet franco-britannique de synchrotron à Oxford, tout en demandant davantage de sources de rayonnement synchrotron en France. Nous allons transmettre ces conclusions au groupe européen des grands équipements."

Le précédent ministre ouvrait donc lui-même la voie à la réflexion sur la construction d'une nouvelle source de rayonnement synchrotron en France.

La nécessité de construire un synchrotron de 3ème génération en France en complément de celui construit au Royaume-Uni a été constaté par les experts que mon Ministère a veillé à consulter : Groupe de travail des 5 pays européens sur les grandes installations pour l'étude de la matière réuni le 22 juin ; Conseil national de la Science, qui comprend d'éminentes personnalités scientifiques, dont un tiers sont des savants étrangers, et qui s'est réuni le 30 juin ; Groupe de travail spécial constitué par le Ministère de la Recherche, qui a remis son rapport le 19 juillet.

Pour le Conseil national de la Science, je citerai l'intervention du Pr Bernard Mach : "Je pense qu'il existe un risque de sous-estimation des besoins à venir si l'on s'en tient au seul projet Diamond, en particulier pour les sciences de la vie qui sont en pleine expansion. Celles-ci auront de plus en plus besoin de ces grands instruments". Et celle du Pr Douce : "La construction de deux synchrotrons en parallèle n'est pas un gadget, mais un instrument incontournable qui sera utilisé de manière routinière par les physiciens, les chimistes et les biologistes avec une montée en puissance due à la phase post-génome."

Par ailleurs, le rapport adopté à l'unanimité et publié le 17 mars par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques concluait à " la construction indispensable et urgente d'un nouveau synchrotron dans notre pays ".

Les caractéristiques du projet

Au plan des caractéristiques du projet, je vous indique ci-dessous :
- le niveau d'énergie de la machine ;
- le nombre de lignes de lumière ;
- le calendrier de réalisation ; - la structure juridique ;
- le coût.

Le niveau d'énergie : 2,5 à 2,75 Ge V.
Il s'agit de retenir le niveau d'énergie prévu dans l'APD SOLEIL : gamme d'énergie 2,5-2,75 GeV.
L'énergie des électrons prévue dans l'APD Soleil peut-être choisie entre 2,5 et 2,75 GeV. Elle permet d'obtenir de la lumière allant des UV et des X mous aux Xdurs.
Ce niveau d'énergie, assez élevé, correspond à une machine multi-usages destinée à répondre à l'ensemble des besoins des scientifiques français.

Le nombre de lignes : 24
Dans un premier temps, dans les huit premières années, on construira 24 lignes de lumière dont 4 consacrées à la biologie (l'APD SOLEIL en prévoyait seulement 2). Ce nombre pourrait évoluer en fonction des besoins des biologistes.
En gros, on peut estimer que dans un premier temps, 50% des lignes seront réservées aux X mous et à l'UV, 50 % aux X durs.
Le projet SOLEIL prévoyait ultérieurement un objectif à long terme de 40 lignes.
Comme le précise le Groupe de travail spécial "la décision sur le nombre de lignes n'est d'ailleurs pas cruciale, car on peut toujours en ajouter ou en changer la destination en cours ou après la construction, si les besoins évoluent."

Le calendrier
La construction devrait démarrer à l'automne 2001. Un premier fonctionnement devrait avoir lieu en 2005.
Les délais de réalisation de l'instrument seront les suivants :
- une année de reprise du projet APD sur le site définitif ;
- environ 4 ans pour la construction du c¿ur (la source), des 10 premières lignes et la mise à disposition des premiers photons ; les premiers photons seront disponibles en 2005 ;
- puis 4 ans où commence l'exploitation des lignes existantes et où se réalise la construction des nouvelles lignes, pour arriver au total de 24 lignes en exploitation au bout de 8 ans.

La structure juridique
La structure juridique sera celle retenue dans l'APD SOLEIL, c'est-à-dire une société civile.
Comme le précise cet APD : "La constitution de SOLEIL en société civile a fait l'objet d'une recommandation des directions juridiques des deux organismes au Conseil SOLEIL, qui a entériné ce choix lors de sa 8ème réunion. Les textes constitutifs (projet de convention des partenaires, statuts, règles internes de fonctionnement¿) rédigés pendant l'APD ont donc pris l'hypothèse d'une constitution sous la forme d'une Société Civile SOLEIL. (p.30, 105).
Le choix de cette structure est rendue nécessaire par la participation financière importante des collectivités territoriales aux coûts de construction et par la participation de partenaires étrangers. Comme le souligne l'APD SOLEIL, "tous les partenaires européens potentiels reconnaissent l'efficacité d'une société civile (c'est le cas de l'ESRF et de l'ILL), structure à laquelle ils recourent systématiquement pour l'exploitation de grands équipements scientifiques".

L'ESRF (European Synchrotron Radiation Facility) est en effet une société civile de droit français dont le financement est assuré par 15 pays.
Tous les experts préconisent cette solution juridique.
Ainsi, l'Office parlementaire (p.82 du rapport) recommande d'étudier "le statut de société civile, adopté par l'ESRF et prévu par l'avant-projet SOLEIL". M. Cuvilliez, rapporteur, souligne que "le rapport fait des propositions modifiant les conditions de gestion d'une machine nouvelle par rapport aux conditions actuelles de fonctionnement." (p.90).
Le Conseil national de la Science recommande lui aussi une société civile.
Le Groupe de travail spécial fait de même : "Le groupe de travail recommande très vivement d'adopter pour l'installation et les personnels un statut d'installation internationale du type ESRF ou ILL, créé à partir d'une société civile de droit français. Notons que c'est ce statut qui avait été proposé par le rapport de l'APD SOLEIL approuvé à l'époque par les deux organismes commanditaires . L'organisation en société civile fait d'ailleurs référence pour les installations européennes".

Outre le fait qu'elle est rendue nécessaire par la participation des collectivités territoriales et des partenaires étrangers, le choix de la société civile présente plusieurs avantages :
- souplesse et rapidité des procédures en matière de recrutements et de marchés ;
- équivalence de salaires, avec l'ESRF et d'autres installations semblables à l'étranger , susceptible d'attirer les personnels les plus compétents ;
- travail continu (fonctionnement à 5000 heures par an en production de photons) et travail de nuit (astreintes).

Un grand équipement de ce type doit pouvoir fonctionner de manière optimum 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Le statut du LURE ne permet pas actuellement de passer de 3000-3500 à 5000 heures d'utilisation effective. Or la machine doit pouvoir être utilisée la nuit et les samedis et dimanches pour pouvoir tirer le meilleur profit des investissements réalisés. La forme de la société civile sera la meilleure garantie d'une utilisation optimale.
Cette structure offre toute les garanties aux personnels actuellement employés sur le site du LURE et qui voudraient poursuivre leur activité dans le nouveau synchrotron.
Le statut de ces personnels restera inchangé. Les personnels du LURE qui choisiraient de travailler sur le synchrotron de troisième génération "SOLEIL" resteront comme ils le sont aujourd'hui fonctionnaires de l'Etat, qu'ils soient chercheurs ou ingénieurs, techniciens ou administratifs. Il seront simplement, selon leur choix, mis à disposition de la société civile ou détachés auprès d'elle. Dans les deux cas ils conserveront, et leur droit à retourner travailler au sein de leur organisme d'origine, et leur appartenance à celui-ci.
Leurs droits seront maintenus. Les personnels du LURE qui choisiront d'être détachés ou mis à disposition de la société civile conserveront et leur rémunération -celle-ci pouvant même être augmentée le cas échéant- et leurs droits à l'avancement et à la retraite. Ils auront naturellement les mêmes garanties en terme de promotion, de formation et de protection sociale.
Leur situation sera en fait strictement identique à celle des personnels de recherche qui exercent leur activité dans un autre organisme public.
Leurs liberté de choix sera entière durant toute la durée du processus. Dès le lancement du projet et jusqu'à la fin de l'exploitation du site du LURE, les personnels de recherche auront la possibilité, soit de rester sur le site du LURE pour continuer à y exercer leur activité, soit de commencer à travailler sur le nouveau synchrotron, au fur et à mesure de l'avancement des travaux. Après la fermeture du site, ils pourront choisir de retourner au CNRS ou au CEA -par exemple- pour y continuer leurs travaux ou d'être affectés sur le nouveau synchrotron en étant détachés ou mis à disposition de la société civile.
En résumé, le choix de la société civile n'entraîne aucune conséquence sur le statut et la situation matérielle des personnels du LURE. Il résulte de la nécessité de tenir compte de l'existence de plusieurs partenaires dans ce projet, dont des collectivités locales, et d'avoir une gestion optimale de la construction et de la gestion de ce grand équipement.

Toutes les concertations nécessaires seront bien entendu menées avec les partenaires sociaux.

Le coût du projet
L'estimation du groupe de travail spécial sur le coût du projet, sur huit ans, est de :
- 1089 MF en investissement
- 259 MF en fonctionnement
- 558 MF pour les salaires des personnels travaillant sur l'installation.

Soit un total de 1906 MF et donc environ 1,9 milliard de F.
Les salaires sont ceux des administratifs, des ingénieurs et des techniciens travaillant sur l'installation : leurs nombre total devrait être d'environ 300 au bout de huit ans.
En réalité, le surcoût réel pour l'Etat lié aux salaires serait situé entre 150 et 250 MF et non à 558MF, car il convient de déduire de ces 558 MF la partie des salaires qui correspond à des personnels d'ores et déjà employés par l'Etat (personnels actuellement au CEA au au CNRS). Le surcoût pour l'Etat dépendra du nombre de personnels CEA et CNRS réembauchés et du nombre de personnels nouveaux recrutés.
En réalité, le coût total serait situé dans une fourchette entre 1,5 et 1,6 milliard de F.
Avec les participations financières des collectivités locales (1,2 milliard de F) et des partenaires étrangers, le coût incombant à l'Etat serait donc de 200 à 300 MF.
La plupart des experts considèrent que le montant des salaires des chercheurs affectés à l'installation n'a pas à être intégré au coût global.
Toutefois, si l'on ajoute ce montant à celui des salaires des administratifs, ingénieurs et techniciens, le montant total des salaires serait de 750 MF. En fait, le surcoût réel pour l'Etat lié aux salaires serait situé entre 200 et 300 MF et non à 752 MF, pour les mêmes raisons que celles indiquées plus haut.
Le coût total serait donc non pas 2,1 milliards de F, mais il serait situé dans une fourchette entre 1550 MF et 1650 MF.
Avec la participation financière des collectivités locales et des partenaires étrangers, le coût incombant à l'Etat serait donc de 250 MF à 350 MF.

L'implantation
J'ai veillé à ce que le choix du site et donc de la région retenue pour l'implantation de cette nouvelle machine s'effectue dans la clarté et la transparence.

11 régions candidates
Onze régions ont témoigné leur intérêt, correspondant à dix, puis à neuf projets (l'Aquitaine, Midi-Pyrénées et le Limousin s'étant regroupées sur le même projet):
- Alsace
- Aquitaine
- Midi-Pyrénées (candidature groupée, rejointe en août par le Limousin)
- Basse Normandie
- Champagne-Ardenne
- Centre
- Ile-de-France
- Limousin
- Lorraine
- Nord-Pas-de-Calais
- PACA

Une méthode transparente, des critères objectifs
Le choix de la localisation s'est effectué dans la concertation et la transparence :
- Dans la concertation : j'ai eu des contacts directs avec les présidents et les représentants des collectivités locales candidates que j'ai reçus d'avril à juillet, certains à plusieurs reprises, afin d'examiner attentivement avec eux leur dossier.
- Dans la transparence : j'ai voulu que ce choix s'effectue dans la transparence sur la base de critères objectifs connus de tous.
A cette fin, j'ai demandé au Groupe de travail spécial que j'ai constitué (groupe composé de B. Frois, J.-L. Leclare, M. Leduc, D. Moras, R. Pellat et Y. Petroff) d'examiner minutieusement les différents dossiers en se fondant sur des critères objectifs pour procéder à leur classement.
Fidèle à cette démarche de transparence, je rends public aujourd'hui le rapport de ce groupe de travail.
Les 3 critères principaux retenus par celui-ci pour le choix du site sont :
- la qualité du site (superficie, géologie, vibrations du terrain) ;
- la facilité d'accès : l'existence de dessertes nationales et internationales de qualité est importante pour les chercheurs visiteurs, qu'il s'agisse des chercheurs des laboratoires français d'autres régions ou des chercheurs étrangers ;
- l'environnement scientifique : le groupe de travail écrit à cet égard : "L'existence de laboratoires du voisinage qui vont utiliser le rayonnement synchrotron, les universités de la région qui vont se servir du grand instrument pour la formation de jeunes, la proximité éventuelle d'autres grandes installations sont autant d'avantages à considérer. Le voisinage de laboratoires très proches (dans un rayon de 5 km) est susceptible de jouer un grand rôle dans la dynamique scientifique de l'ensemble."

Au vu de ces trois critères matériels, cinq dossiers ont surtout été retenus par le groupe de travail : Basse-Normandie (Caen, site adjacent au GANIL), Ile-de-France (Saclay), Aquitaine-Midi-Pyrénées (site situé entre Pau et Tarbes), Nord-Pas-de-Calais (Villeneuve d'Ascq) et PACA(site du Plateau d'Arbois).
La sélection ne s'est pas faite sur critères financiers, quatre candidatures proposant d'ailleurs le même niveau de participation. La Basse-Normandie et l'Ile-de-France (avec le Conseil général de l'Essonne) se sont engagées chacune sur une participation d'1,2 milliard de F. L'Aquitaine-Midi-Pyrénées envisageait de faire de même. Le Nord-Pas-de-Calais s'est déclaré prêt à participer au niveau souhaité par l'Etat.
Sur la base des trois critères principaux (qualité du site, facilité d'accès, environnement scientifique), le Groupe de travail a classé en tête deux dossiers : l'Ile-de-France et le Nord-Pas-de-Calais.
L'accessibilité est très bonne dans les deux cas. La qualité du site, au plan géologique, est jugé supérieure dans le Nord-Pas-de-Calais. En revanche, l'environnement scientifique est jugé plus riche en Ile-de-France.
Il m'appartenait donc de choisir entre ces deux dossiers. J'ai proposé le 7 septembre au Premier Ministre de choisir l'Ile-de-France et celui-ci a retenu ce choix.

Le choix du plateau de Saclay
Le choix du plateau de Saclay (commune de Saint-Aubin) repose sur plusieurs raisons.
Au plan de l'accessibilité, très bonne dans les deux dossiers, l'Ile-de-France paraît encore plus facilement accessible pour les chercheurs français d'autres régions. Il est plus facile de se rendre de Bordeaux, de Toulouse ou de Marseille en Ile-de-France que dans le Nord-Pas-de-Calais. Mais là n'est évidemment pas l'essentiel.
L'environnement scientifique et technologique
Un très grand équipement de ce type doit vivre en symbiose avec une communauté scientifique nombreuse et en synergie avec un tissu industriel et technologique de grandes entreprises et de PME-PMI.
Cet équipement doit fonctionner en liaison étroite avec les laboratoires de recherche et les universités existant à proximité. Il est donc important de pouvoir s'appuyer sur la présence d'un environnement scientifique reconnu au plan national et international. C'est précisément cette logique qui a conduit le Royaume-Uni à retenir non pas Daresbury, mais Didcot situé près d'Oxford.

(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 13 septembre 2000).
Un grand instrument de ce type doit être entouré d'une masse critique importante en matière de recherche pour être utilisé de manière optimale. Saclay a un environnement scientifique riche et dense, de grande qualité. Le pôle scientifique Gif-Orsay-Saclay-Palaiseau est particulièrement dynamique et constitue un vivier pluridisciplinaire, regroupant de nombreuse disciplines utilisatrices du rayonnement synchrotron. Le secteur comporte de nombreuses Universités, Grandes Ecoles et organismes de recherche de grande qualité. Outre les Universités de Paris-Centre, situées non loin, on peut citer :
- le campus de l'Université Paris-Sud-Orsay (Paris XI) ;
- l'Université d'Evry
- la Génopôle d'Evry
- plusieurs Grandes Ecoles : Polytechnique (Palaiseau), HEC (Jouy-en-Josas), ISA (Jouy-en-Josas), Supélec, ENSTA (Palaiseau), ENS Cachan, etc.
- les laboratoires du CNRS (Gif-sur-Yvette)
- le centre d'études du CEA (Saclay)
- l'INRA (Gif-sur-Yvette)
- l'ONERA, etc.

En particulier, la proximité de la Génopôle d'Evry et de nombreux laboratoires de biologie et de biologie moléculaire de la région sud de Paris (CNRS, CEA, Université Paris-Sud et Université d'Evry, INRA à Gif, etc.) sera un atout très important pour le développement de la post-génomique et des biotechnologies.

De même, la zone géographique choisie doit être pourvue d'un tissu industriel et technologique dense de grandes entreprises et de PME-PMI, la recherche appliquée étant elle aussi utilisatrice du rayonnement synchrotron.
Il existe à proximité du site retenu de grandes entreprises conduisant d'importantes activités de recherche dans leurs laboratoires privés, comme Thomson, IBM, l'Air Liquide, Aventis, Alcatel, etc. Il existe aussi dans l'Essonne-Sud de nombreuses PME-PMI dont des entreprises de haute technologie, génératrices de croissance et d'emploi.
La densité de l'environnement scientifique et industriel de Saclay garantit donc à la machine l'existence d'une large communauté d'utilisateurs et donc son utilisation optimale.

Consolider le pôle scientifique de l'Ile-de-France
Par ailleurs, il est utile de consolider le pôle scientifique de l'Ile-de-France. Dans les années récentes, plusieurs grands équipements scientifiques de l'Ile-de-France ont fait l'objet de décisions d'arrêt ou de transfert. Ainsi, le CEA a dû fermer deux centres en Ile de France (dont le centre d'essais de Vaujours), le gouvernement Juppé ayant décidé d'installer le laser Mégajoule à Bordeaux. De même, au Centres d'études de Saclay du CEA, l'accélérateur linéaire de Saclay (ALS) et le post-accélérateur d'ions lourds SATURNE ont fait l'objet de décisions d'arrêt. Par ailleurs, sur le campus d'Orsay, l'accélérateur d'ions lourds ALICE a été arrêté en 1986. L'Ile-de-France a vu partir vers d'autres régions, au nom de la délocalisation, plusieurs équipements scientifiques qui contribuaient à faire sa force. Transférer ailleurs le synchrotron risquerait d'amoindrir un peu plus le rayonnement international de la région francilienne en matière de recherche. L'Ile-de-France est notre principal pôle de recherche compétitif au plan européen et international. Il faut donc éviter qu'elle poursuive son recul relatif.

Le rapport OST-2000 publié par l'Observatoire des Sciences et des Technologies donne à cet égard les indications suivantes : "En douze ans, la production scientifique de l'Ile-de-France est passée de 46,6 % du total national en 1985 à 39,8 % en 1997 (soit une diminution de près de 15%). Près des 2/5èmes des publications françaises sont le faits des chercheurs de l'Ile-de-France."Par ailleurs, "l'activité technologique de l'Ile-de-France, mesurée par le dépôt de brevets européens, est passée de 48,9 % en 1985 à 40,4 % en 1997. La décroissance a été de 1,7 % par an durant ces douze dernières années".
Pour que l'Ile-de-France, qui est notre principal pôle européen de recherche, puisse continuer de rivaliser efficacement avec Londres et Munich, il faut enrayer ce déclin relatif.
Pour la production scientifique des régions européennes, Londres se situe en tête devant Paris et Munich. Pour la production technologique, Munich est en tête devant Paris. Munich dépasse Paris pour les brevets européens en part européenne.

Un projet fondé sur des partenariats interrégionaux
Autre élément essentiel : le projet retenu se fonde sur des partenariats interrégionaux et marque une coopération interrégionale autour du nouveau synchrotron.
Il existe une dimension de coopération interrégionale de recherche autour du synchrotron, qui englobe d'autres régions dans ce projet fédérateur. D'ores et déjà, M. Rafesthain, président de la Région Centre, et M. Longuet, président de la Région Lorraine, ont fait part de leur accord.
En ce qui concerne la Région Centre, Saclay est à proximité de nombreux laboratoires du campus orléanais et présente de très bonnes conditions d'accès pour ses chercheurs.
Le 2 août, M. Rafesthain m'a écrit : "Une participation financière de notre collectivité à l'investissement global de construction de la machine d'Ile-de-France et de ses lignes de lumière est envisageable". De même, le président de la Région Lorraine, M. Longuet, a écrit le 1er août à M. Huchon : "Je souscris à votre proposition d'engager des partenariats interrégionaux¿ La constitution de réseaux de recherche interrégionaux m'apparaît comme un des moyens à privilégier pour renforcer la recherche française".
L'idée de réseau, de fonctionnement en réseau, est en effet un concept particulièrement positif pour l'utilisation d'un tel équipement.

Le projet de synchrotron à Saclay est donc aujourd'hui porté par trois régions : l'Ile-de-France, la Région Centre, la Lorraine.
Il est possible que d'autres régions de l'Est décident elles aussi de rejoindre ce projet fondé sur la coopération interrégionale.
Le Conseil régional d'Ile-de-France et le Conseil général de l'Essonne ont décidé une participation financière globale de 1,2 milliard de F (dont 225 MF pour le Département de l'Essonne).

La coopération avec des partenaires européens
Par ailleurs, ce projet reposera aussi sur des partenariats avec d'autres pays européens. Pour renforcer la coopération européenne en matière de recherche.
- Le 5 mai, j'ai reçu à Paris le ministre de la Recherche du Royaume-Uni, Lord Sainsbury, et je me suis entretenu avec lui à la fois du projet franco-britannique NSS et du projet de sychrotron à implanter en France. A l'issue de cette rencontre, le communiqué suivant a été publié : "Les deux ministres ont eu également des discussions fructueuses sur la possibilité pour le Royaume-Uni de participer avec d'autres partenaires à un synchrotron de 3ème génération qui serait implanté en France. Les deux instruments permettraient à la communauté scientifique de couvrir à l'avenir un large champ des applications du rayonnement synchrotron."
Notamment pour renforcer de part et d'autre la coopération scientifique entre chercheurs britanniques et chercheurs français, je souhaite en effet parvenir à un principe de réciprocité : la France participant au projet NSS et, réciproquement, le Royaume-Uni participant au projet SOLEIL.
Les discussions se poursuivent avec les Britanniques sur le principe et les modalités de cette participation croisée.

- De même, à la suite d'entretiens avec la ministre et le secrétaire d'Etat à la Recherche, Mme Birules et M. Marimon, l'Espagne m'a fait part de son accord de principe pour participer financièrement au projet SOLEIL. Au demeurant, les chercheurs espagnols ont d'ores et déjà l'habitude d'utiliser le LURE d'Orsay.

- Enfin, le ministre de la Recherche du Portugal, M. Mariano Gago, qui est d'ailleurs diplômé de l'Université d'Orsay, m'a indiqué lui aussi que son pays envisage favorablement, à terme de deux ans, de participer au projet SOLEIL.

Les partenaires étrangers pourront participer tant à l'investissement qu'au fonctionnement de la machine, comme à l'ESRF ou à l'ILL.
Le projet SOLEIL acquiert donc une dimension importante de coopération européenne de recherche, à laquelle je suis très attaché, autour de ce grand équipement installé en France.
Une localisaton permettant une construction plus rapide de la machine
Enfin, le choix du plateau de Saclay apparaît comme la solution la plus efficace pour parvenir à une réalisation rapide de la machine.
Un synchrotron est un ensemble complexe et sophistiqué d'accélérateurs et d'instruments scientifiques. Il nécessite pour sa réalisation des équipes spécialisées et expérimentées, possédant un important savoir-faire : physiciens des particules et spécialistes des accélérateurs.
La France dispose d'une communauté de pointe et de compétences mondialement reconnues dans le domaine de la conception et de la réalisation des synchrotrons.
Il est important de pouvoir reconstituer sans délai le potentiel de chercheurs et de techniciens qui s'étaient mobilisés autour de l'APD SOLEIL et de ne pas risquer de voir se disperser ce groupe de scientifiques, ce qui retarderait la mise en route du synchrotron. Il existait en effet le risque de voir ces équipes très spécialisées se disperser rapidement, d'autant que plusieurs centres étrangers souhaiteraient s'attacher leurs compétences.
Implanter SOLEIL à Saclay est donc la solution la plus rapide à mettre en ¿uvre.
C'est aussi la moins coûteuse car elle limite le nombre des nouveaux recrutements. Beaucoup de chercheurs et de techniciens du CNRS et du CEA, expérimentés et disponibles, travaillent au LURE, et feront très certainement le choix de travailler sur le nouveau synchrotron de Saclay. Ce qui réduira d'autant le nombre des nouveaux recrutements et donc des nouvelles rémunérations à consacrer à ce projet et contribuera donc à limiter son coût financier.

Le site de L'Orme des merisiers - Saint-Aubin-Plateau de Saclay
Le site retenu est donc l'Orme des Merisiers à Saint-Aubin sur le Plateau de Saclay.

- La superficie du terrain est de 33,5 hectares. Le projet est compatible avec le POS. Le terrain est directement constructible sans procédure spécifique.
Ce terrain a fait l'objet de trois campagnes d'analyse vibratoire en 1996, 1997 et 2000. Les vibrations journalières moyennes ont une élongation crête à crête maximale de 0,35 micromètres ; des pics d'amplitude atteignent 0,5 à 0,7 micromètres, une seule journée ayant signalé des valeurs de 0,8-0,9 micromètres en 1997.

- Au plan de la facilité d'accès, le pôle de Saclay, situé dans l'Essonne, à proximité des Yvelines et de Paris, bénéficie d'un des meilleurs noeud de communications français : infrastructures routières et autoroutières (A6, A10, RN20, Francilienne), gare d'interconnexion des TGV de Massy, RER B et D et proximité de l'aéroport d'Orly situé à 15 km. En outre, le RER B offre un lien direct vers Roissy-Charles de Gaulle.

- Enfin, le plateau de Saclay bénéficie, on l'a dit, d'un environnement scientifique de très grande qualité et d'un tissu industriel dense, qui contribueront à la dynamique d'ensemble et au succès du nouveau synchrotron, en lui assurant une large communauté d'utilisateurs.
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(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 13 septembre 2000).

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