Discours de M. Christian Paul, secrétaire d'Etat à l'outre-mer, sur le livre, la littérature et les écrivains d'outre-mer, l'apport de la culture d'outre-mer à la culture de la métropole et du monde, le rôle des éditeurs et libraires, le commerce électronique du livre et la numérisation des bibliothèques et des centres de documentation d'outre-mer, Paris le 14 septembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Discours de M. Christian Paul, secrétaire d'Etat à l'outre-mer, sur le livre, la littérature et les écrivains d'outre-mer, l'apport de la culture d'outre-mer à la culture de la métropole et du monde, le rôle des éditeurs et libraires, le commerce électronique du livre et la numérisation des bibliothèques et des centres de documentation d'outre-mer, Paris le 14 septembre 2000.

Personnalité, fonction : PAUL Christian.

FRANCE. SE à l'outre mer

Circonstances : Ouverture du Salon du livre de l'outre-mer, à Paris, le 14 octobre 2000

ti : Madame la Ministre,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

En entrant rue Oudinot il y a quelques semaines, j'ai trouvé ici, avec beaucoup de bonheur je dois l'avouer, la promesse de ce rendez-vous d'octobre avec les livres de l'outre-mer, rendez-vous désormais annuel, mais renouvelé avec talent et imagination chaque année. Depuis mon arrivée, l'immersion qui est la mienne dans les réalités de l'outre-mer emprunte souvent le chemin du livre.

Pour la septième année, le Salon du livre de l'outre-mer explore, toujours plus avant, ces territoires littéraires qui ne sont lointains qu'en apparence. Cette manifestation, qui s'inscrit dans le cadre plus large de " Lire en fête ", lancé par le ministère de la culture et de la communication, est notre contribution, en faveur de la lecture en général, en faveur de la littérature de l'outre-mer. Je m'en réjouis.

Je remercie au premier titre Madame la Ministre de la culture et de la communication, Catherine TASCA, qui honore cette rencontre de sa présence pour la première fois. Nous lui savons tous gré de l'attention qu'elle porte à la littérature et plus généralement aux cultures de l'outre-mer. Que vous soyez parmi nous, Madame la Ministre, chère Catherine, est un encouragement que chacun apprécie. Je ne doute pas qu'à d'autres moments, des projets intéressants l'outre-mer nous conduiront à unir nos efforts.

Je salue les auteurs et les éditeurs encore venus en nombre cette année : les habitués, à qui je sais gré de leur fidélité, et les nouveaux, à qui je souhaite la bienvenue. L'éloignement géographique rend parfois difficile, je ne l'ignore pas, le simple fait de nous rejoindre. Je ne vous en suis que plus reconnaissant.

Enfin, je remercie les nombreux partenaires du Salon, et tout particulièrement les partenaires média. RFO, bien sûr, qui assure encore une fois à ce Salon un relai très précieux. France Télévision, aussi, avec qui nous avons pour la première fois établi un contact qui nous vaut notamment la présence dans nos murs de l'équipe d'Espace francophone, laquelle va, tout au long de ces deux jours, recueillir de nombreux entretiens avec les auteurs ici présents.

Merci de même aux Nouvelles de Tahiti et aux Nouvelles calédoniennes, qui ont marqué une attention toute spéciale pour les plus jeunes de nos écrivains, talents très prometteurs et lauréats d'un concours original.

Enfin, j'ai bien évidemment une pensée pour l'ensemble des équipes du ministère, qui ont su se mobiliser une fois encore et pour qui le Salon du livre de l'outre-mer est devenu, au fil des ans, un événement familier, familial parfois, et toujours très attendu. Merci à Marie ABRAHAM, conseillère littéraire sur le Salon depuis plus de six ans, mais aussi aux nombreux collaborateurs de l'ensemble des services très engagés depuis des mois dans la conception de ce Salon, sa préparation depuis des semaines, son installation depuis quelques jours, et sa réussite aujourd'hui. A tous, mille fois merci.

Cette édition 2000 du Salon est placée sous le signe des " Antipodes ". Les littératures du Pacifique, trop méconnues, sont donc mises à l'honneur cette année, avec des auteurs tels que Dewé GORODEY, Pierre GOPE, Claudine JACQUES, Nicolas KURTOVITCH et Frédéric OHLEN pour la Nouvelle-Calédonie, Flora DEVATINE, Chantal KERDILES, Louise PELTZER et Taaria WALKER pour la Polynésie.

A leurs côtés, vous retrouverez bien sûr des auteurs de l'Océan Indien et des Antilles, aux ¿uvres importantes et abondantes. Ils vont avec nous découvrir ces littératures du Pacifique, et se lier - peut-être d'amitié - avec de nouveaux écrivains, comme j'ai pu le constater avec plaisir hier soir lors du dîner d'accueil qui les a déjà rassemblés.

Au-delà de leur diversité, tous ont en commun un rapport particulier à la culture et la langue françaises, qu'ils contribuent à nourrir, à faire vivre et à enrichir. Les écrivains métropolitains présents parmi nous savent bien à quel point c'est là un apport stimulant et vivifiant. Plus que cela, cet apport est une chance pour la littérature française. Pour beaucoup de pays du monde, y compris les Etats-Unis aujourd'hui, l'accès à la littérature d'expression française passe notamment par l'intérêt renouvelé pour nos auteurs d'outre-mer. Pour le dire autrement, la voie d'accès à Proust et à Stendhal passe aussi par Césaire et Chamoiseau.

En retour, ce Salon se distingue par sa grande ouverture sur d'autres peuples et d'autres nations, en inscrivant l'outre-mer français dans son environnement régional, lui aussi riche en auteurs et créateurs renommés. L'outre-mer est, pour la France et la francophonie, une irremplaçable porte ouverte sur le monde.

Je suis donc particulièrement heureux d'accueillir dans nos murs et nos jardins des écrivains venus de Haïti, mais aussi, et c'est une première, d'Australie, avec Alexis WRIGHT, de Nouvelle-Zélande, avec Alan DUFF, et des Iles Samoa, avec Sia FIGIEL.

Mais pour que la découverte soit véritable, elle doit être réciproque. C'est donc aussi l'occasion d'attirer des publics différents vers nos propres auteurs d'outre-mer. Je note, à ce propos, la présence dans notre assistance d'un nombre non négligeable d'Australiens, de Néo-zélandais, de Haïtiens, et plus généralement d'auteurs et de lecteurs originaire d'Afrique ou d'Asie, ainsi que de plusieurs de leurs Ambassadeurs. Je saisis cette occasion pour vous remercier, Excellences, d'être ainsi parmi nous.

Vous le constaterez, à l'occasion de ce rassemblement de la littérature d'outre-mer, la plupart des métiers du livre sont réunis : auteur, bien sûr, mais aussi éditeur, libraire, ou encore traducteur.

Certes, sans l'énergie habituelle des éditeurs pour construire sur la durée, en trouvant de nouveaux talents, en les accompagnant dans leur démarche créatrice, et en fidélisant les lecteurs, le livre disparaîtrait. Votre persévérance et votre passion vous honorent. Je souhaiterai simplement vous dire qu'il ne vous faut pas craindre la montée du commerce électronique mais plutôt s'approprier ces nouvelles technologies pour vous développer. Cela vaut bien sûr pour le livre électronique, qui est une piste féconde parmi d'autres que beaucoup d'entre vous explorent, ou ne se refusent plus à examiner.

Les libraires, de leur côté, sont ceux qui donnent ou renouvellent l'envie de lire. Encore faut-il que le prix du livre ne le rende pas inaccessible. Or, comme vous le savez, la loi d'orientation pour l'outre-mer que je viens de défendre cette semaine à l'Assemblée nationale, traite justement de ce sujet. Elle affirme le principe de l'alignement du prix du livre dans les DOM sur celui de la métropole. Une telle mesure m'apparaît comme une avancée majeure, sous la réserve, et nous y travaillerons avec Catherine TASCA, que toutes les conséquences en soient très précisément évaluées.

A cela s'ajoute l'opportunité qu'offre le commerce électronique. Les dernières études ont montré que parmi les annonceurs les plus vus depuis le domicile par les Internautes français au mois d'août dernier, la FNAC était au troisième rang, juste derrière Wanadoo et Microsoft. Signe que la consommation de biens culturels prend tout son essor sur Internet. Je sais que certains des libraires d'outre-mer redoutent cette concurrence nouvelle. Je sais aussi que certains d'entre vous ont déjà leur site. C'est un premier pas. Je vous invite à aller plus loin et à pleinement développer le commerce en ligne. Face à la force de frappe des grands opérateurs, la création d'un site portail rassemblant les libraires d'outre-mer peut éventuellement se révéler être un outil commercial et culturel performant. Je suis à votre disposition pour y réfléchir.

Mais tout cela ne saurait suffire. Comme on me l'a fait remarquer lors de nos récents débats à l'Assemblée nationale, l'accès de tous à l'écrit, au livre et à la lecture est un enjeu plus vaste qui suppose la multiplication des espaces publics de lecture et la mise à disposition d'ouvrages et de documents parfois peu accessibles pour des populations souvent isolées. L'insularité, l'éloignement géographique sont des obstacles qui rendent particulièrement difficile l'effort que doivent faire constamment de nombreux habitants de l'outre-mer toujours désireux de lire, et de lire encore plus. Une réflexion très approfondie sur le réseau des bibliothèques municipales, scolaires et universitaires m'apparaît aujourd'hui impérative.

Vous avez, Madame la Ministre, vous-même défendu, en ouvrant l'Université d'été de la communication à Hourtin, la nécessité de développer ce que vous appelez " un espace culturel numérique dense ". Je vous rejoins volontiers sur ce terrain, tant il m'apparaît incontournable qu'un tel espace culturel puisse voir le jour, grâce aux cultures de l'outre-mer et autour d'elles. Cela passe bien évidemment par des " espaces culture multimédia " que vous évoquez, et dont certains, j'en suis sûr, seront déployés outre-mer. Mes premières réflexions en la matière m'amènent à penser que le soutien à un tel espace littéraire numérique et doit trouver sa place dans votre programme et dans les actions du Gouvernement, et nous pourrons en mener en commun, pour hâter le passage de la France à la société de l'information. Travaillant dès maintenant à bâtir un programme pour soutenir les initiatives permettant de multiplier les usages de l'Internet outre-mer et l'accès du plus grand nombre, je suis à l'écoute des projets de chacun dans ce domaine.

La nécessité de numériser rapidement les fonds des bibliothèques, universités et centres de documentation et de recherche non seulement de métropole, mais aussi d'outre-mer, dont les richesses insoupçonnées restent trop largement inaccessibles, est aussi manifeste. Je pense par exemple, à la fameuse bibliothèque Schoelcher de Fort-de-France en Martinique.

L'accès de tous à la culture et au savoir, ainsi que le rayonnement de la francophonie, ce que d'autres avant moi ont appelé le " désir de France ", passent aussi par les technologies de l'information et de la communication.

Temps fort de la vie culturelle de ce ministère et de cette rentrée, je souhaite donc que ce Salon du livre s'affirme comme un événement emblématique de l'action culturelle que le Gouvernement entend mener en faveur de l'outre-mer. Il inaugure, pour moi, toute une série de manifestations qui donneront, au cours des mois à venir, un large aperçu de la riche mosaïque d'un outre-mer pluriel.

Pour conclure, je voudrai vous redire combien je suis heureux de pouvoir ouvrir ce Salon en votre compagnie à tous, ce samedi matin. D'abord parce qu'il s'agit d'un salon du livre, et que j'aime lire. Ensuite parce que le samedi est, justement, une journée au cours de laquelle, comme vous, je me rends habituellement dans quelques librairies. Et aujourd'hui, j'ai la chance d'avoir accès, avec vous, à la plus grande des librairies ouverte sur l'outre-mer.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie et vous souhaite toute la joie que suscitent des découvertes littéraires et tout le plaisir que procurent de nouvelles rencontres,

Merci.

(Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 24 octobre 2000)

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