Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "France-Soir" du 14 juin 2000, sur le référendum sur le quinquennat et sur sa proposition d'élire un président de l'Union européenne au suffrage universel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "France-Soir" du 14 juin 2000, sur le référendum sur le quinquennat et sur sa proposition d'élire un président de l'Union européenne au suffrage universel.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Force démocrate, président

ti : François Bayrou estime que le quinquennat modifie profondément les institutions et nécessite un débat de fond

Avez-vous été convaincu par Jacques Chirac quand il a affirmé qu'on pouvait réduire le mandat présidentiel à cinq ans sans changer les institutions ?

Il ne faut pas le nier, ni le renier : le quinquennat changera profondément nos institutions. Ce changement s'est imposé parce que nos institutions étaient dans l'impasse. La cohabitation les a dénaturées. Et si on s'obstinait à répéter aux Français que cela ne change rien, ils pourraient bien se saisir du référendum pour un vote de protestation.

Cela change quoi ?

Cela modifie la fonction présidentielle. Le quinquennat garantit que le président est, en toute hypothèse, un président actif. La cohabitation a transformé le président en arbitre lointain. Mais si c'est un arbitre lointain, à quoi bon l'élire au suffrage universel ? La question de l'orientation du pays ne se pose qu'à l'élection présidentielle. Les élections législatives, ce sont 577 élections locales. Aux législatives, le choix de personnalités locales compte souvent autant que les grands choix nationaux.

Mais les législatives sont tout de même l'occasion d'un choix entre deux majorités¿

Le grand débat, c'est à la présidentielle qu'il a lieu.

D'autant plus qu'en France les élections législatives sont une élection de coalition. Vous êtes obligés de trouver un moyen terme avec vos alliés. Entre Pasqua et moi sur l'Europe, entre Séguin et Madelin sur l'économie. On fait souvent du mi-chèvre, mi-chou. Tandis qu'à l'élection présidentielle, c'est un homme qui se présente devant le pays et peut exprimer sa vision. Ce moment est déterminant. Et si deux ans après, le rôle du chef de l'Etat est réduit à celui de la reine d'Angleterre, sans être péjoratif, à quoi bon l'élire au suffrage universel ? Réduire le mandat à cinq ans est une garantie que l'élection présidentielle est primordiale, à condition de remettre le calendrier sur ses pieds, pour qu'elle ait lieu avant les législatives.

Un calendrier dingo

Si par malheur dans ce calendrier dingo, qui fait qu'on élit les députés trois semaines avant d'élire le président, alors le choix du président sera accessoire par rapport au choix législatif. On trahirait une deuxième fois les institutions. Voilà pourquoi je milite pour la remise à l'endroit du calendrier et la remise en concordance du mandat présidentiel et législatif.

On parle beaucoup de risque de présidentialisation du régime¿

Cette objection est fondée. Aussi, suis-je favorable à un régime présidentiel équilibré. Avec une fonction présidentielle renforcée et un rôle accru du parlement. Et pour qu'il n'y ait pas de risque de dérive présidentielle, je propose une dose de proportionnelle aux élections législatives.

Et dans ce cas-là, est-il utile de conserver un Premier ministre ?

Oui. Pour que le président de la République ne se retrouve pas chef d'un camp. Et il ne faut pas supprimer la responsabilité du gouvernement devant l'Assemblée.

Chirac a dit qu'il retirerait cette réforme s'il y avait des amendements. Et vous, vous persistez à vouloir en déposer. C'est la guerre ?

Ce sont des mots de début de processus. S'il y a des amendements raisonnables, il ne les refusera pas.

Comment modifier le calendrier ?

Une simple loi organique permet de déplacer la date d'une élection. Mais ne vous trompez pas, il y aura une réforme générale des Institutions.

C'est-à-dire ?

Les choses sont tellement bancales. Quelles sont les relations entre la France et l'Europe ? Quelle est l'organisation des collectivités locales ? Quelle est la répartition des pouvoirs nationaux ? On sera obligé de réfléchir à une refonte générale. Cela sera un des débats de la prochaine présidentielle.

Vous êtes favorable à un président européen élu au suffrage universel ?

Oui. Dans un premier temps, à titre provisoire, on peut proposer qu'il soit désigné par un congrès européen, comprenant les parlementaires européens et les parlementaires nationaux. Quoi qu'il en soit, il faut clarifier, expliquer l'avenir européen. Aujourd'hui, il n'y a pas 1% des Français qui sait comment elle fonctionne. On organise l'opacité. L'Europe ne fonctionnera que si elle est une démocratie, si les citoyens peuvent peser sur les choix. Pour le moment l'Europe ne marche pas parce que c'est une affaire de gouvernants, de négociations d'Etats à Etats. Il faut redonner du pouvoir aux citoyens. Après on parlera du concret, du social, de l'économie. Quand Fischer a fait sa proposition, j'ai dit : "la banquise, craque". Ce sujet était gelé, remonte à la surface.

Votre "oui, mais", c'est le "oui, mais" de Giscard en 1969 ?

Mon oui est un "oui pour". Oui, avec une perspective. Et je suis persuadé que les questions que je pose seront débattues, avant ou après le référendum. Et si on ne clarifie pas le débat, ce référendum peut parfaitement tourner en capilotade.

(Source http://www.udf.org, le 14 juin 2000)

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