Tribune de M. Charles Pasqua, président du RPF, dans "Le Monde" du 21 octobre 2000, sur la chute de l'euro, le rôle de la Banque cenetrale européenne pour le soutenir et la proposition de faire un référendum sur l'avenir de l'euro et du franc, intitulé "L'euro survit, le franc doit vivre". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Charles Pasqua, président du RPF, dans "Le Monde" du 21 octobre 2000, sur la chute de l'euro, le rôle de la Banque cenetrale européenne pour le soutenir et la proposition de faire un référendum sur l'avenir de l'euro et du franc, intitulé "L'euro survit, le franc doit vivre".

Personnalité, fonction : PASQUA Charles.

FRANCE. RPF, président

ti : L'EURO, qui est désormais la monnaie de la France, est la monnaie la plus malade du monde. Depuis sa création il y a un an et dix mois, elle a perdu 28 % de sa valeur par rapport au dollar, plus de 30 % face au yen et près de 20 % par rapport à un panel de 36 monnaies mondiales. La situation est donc bien différente de celle connue il y a quelques années, lorsque le dollar s'était exagérément apprécié par rapport à l'ensemble des monnaies, avant de se replier. Désormais, ce n'est pas le dollar qui monte seul, mais l'euro qui sombre seul.

La désillusion est grande chez les Français. Sous l'effet d'une intense propagande largement financée par le contribuable, on leur avait fait miroiter que l'euro " détrônerait le dollar " et ferait d'une Europe fédérale la grande puissance du futur. Or ? Ils constatent que l'euro est une monnaie qui suscite la défiance du monde entier, qu'aucune mesure technique ni aucune déclaration de quelque responsable que ce soit ne parvient à enrayer durablement son naufrage, et que l'Europe en est réduite à appeler au secours la Réserve fédérale américaine et la Banque du Japon, c'est-à-dire précisément les deux puissances financières dont l'euro était censé nous affranchir.

Nos compatriotes observent que cette chute continue de l'euro, après avoir eu d'abord des effets positifs puisqu'elle mettait un terme à la politique absurde du franc fort, le met désormais à des niveaux si bas qu'elle engendre des effets néfastes et cumulatifs. Cette chute est responsable, à hauteur d'un tiers, de la flambée actuelle des prix des hydrocarbures, les deux autres tiers résultant de la hausse des cours internationaux du pétrole que les pays producteurs se refusent à libeller dans une autre devise que le dollar. Ce renchérissement des produits énergétiques importés engage une spirale inflationniste qui est en train de faire voler en éclats les contraintes du pacte de stabilité qui fixent un taux d'inflation plafond de 2 %. Les Etats membres annoncent ainsi, les uns après les autres, des taux supérieurs, et d'ailleurs divergents les uns par rapport aux autres : 2,3 % d'inflation en moyenne annuelle glissante pour la France et l'Allemagne, 2,7 % pour l'Espagne, 4,2 % pour la Finlande, 5,7 % pour l'Irlande.

Conformément à l'article 105, alinea 1, du traité de Maastricht ( " l'objectif principal " de la politique monétaire de l'Union européenne doit être " de maintenir la stabilité des prix "), la Banque centrale européenne tire les conséquences de ce regain d'inflation en procédant à des relèvements de taux d'intérêt, même au risque de casser la croissance, de relancer le chômage ou de mettre en péril les politiques d'assainissement des finances publiques.

La tâche demandée à la Banque centrale européenne est d'ailleurs impossible puisque les taux d'inflation, de croissance et de chômage divergent entre les Etats membres, de même que l'état de leurs finances publiques. La politique définie par la BCE ne peut donc être qu'une cote mal taillée qui ne satisfait personne.

L'institut monétaire européen est d'autant plus fondé à prendre de façon souveraine des décisions susceptibles de léser gravement l'intérêt national de certains Etats membres que l'article 107 du traité de Maastricht l'y invite expressément. Cet article précise en effet que la Banque centrale européenne " ne peut solliciter ni accepter des instructions des gouvernements des Etats membres " et que " les gouvernements des Etats membres s'engagent à respecter ce principe et à ne pas chercher à influencer les membres des organes de décision de la BCE ".

Le ministre français de l'économie et des finances, qui s'alarmait voici quelques jours par voie de presse de l'impact des décisions de la BCE sur notre économie et nos finances publiques et qui l'invitait en conséquence à ne pas trop augmenter les taux d'intérêt, aurait donc manifestement besoin, comme d'autres, de relire le traité de Maastricht qu'il avait si fermement convié les Français à ratifier en son temps.

Cette situation de plus en plus inextricable pousse certains responsables politiques, comme l'ancien ministre allemand des finances Theo Waigel, à affirmer que l'euro ne pourrait remonter qu'à condition que les Etats membres procèdent à des réformes radicales visant à réduire les impôts sur les sociétés et les très hauts revenus, à démanteler la protection sociale et à rendre plus " flexibles " les législations nationales de l'emploi. Par exemple en autorisant le travail de nuit des femmes, comme la France vient d'être obligée de le faire sous la pression de Bruxelles qui nous menaçait d'amendes considérables.

Ce genre de " remèdes ", auquel acquiescent volontiers les acteurs du monde économique et financier, dévoile le sens profond de l'euro. La monnaie unique a une logique propre, qui consiste à retirer aux peuples le choix des grandes options politiques et sociales pour le confier à une petite oligarchie des diplômes ou de la richesse. En bon français, cela s'appelle passer de la démocratie à l'aristocratie, c'est-à-dire au pouvoir de quelques-uns.

Une telle dérive explique largement pourquoi nos compatriotes se détournent des élections et de la politique, convaincus hélas ! qu'ils sont que leurs dirigeants se coupent de la population pour mener tous, peu ou prou, la même politique.

Les conséquences économiques et politiques de la mise en place de l'euro sont donc d'une importance si grande que sa poursuite ne saurait s'envisager en conscience qu'après avoir vérifié qu'elle recueille l'accord explicite du peuple français. Une telle consultation de nos compatriotes sur l'euro n'aurait rien d'extravagant ni de condamnable, puisqu'elle serait comparable aux processus de consultation engagés ou promis par les gouvernements danois, suédois et britannique. Elle serait, en outre, conforme à l'engagement que Jacques Chirac avait pris lors de l'élection présidentielle de 1995. Elle répondrait enfin au souhait d'avoir davantage recours à la procédure référendaire pour consulter les citoyens français sur les sujets d'importance, souhait publiquement réaffirmé par le chef de l'Etat dans son discours télévisé prononcé le soir du référendum sur l'adoption du quinquennat.

Pour l'ensemble de ces raisons, en mon nom propre comme au nom de l'ensemble des militants, adhérents et électeurs du Rassemblement pour la France que je préside, je demande que le peuple français soit directement consulté sur la poursuite du projet de monnaie unique. Il faut lui demander s'il souhaite ou non conserver le franc comme monnaie d'échanges, sous forme de billets, de pièces ou de monnaie scripturale.

Jusqu'au 1er janvier 2002, une telle décision demeure possible. Elle n'est pas incompatible avec le maintien de la France dans la zone euro, si l'on veut bien faire de l'euro non plus une monnaie unique mais une monnaie commune, assimilable à un système de parités fixes comme nous en avons déjà connu dans le passé.

Cette solution que je propose est une solution de bon sens.

D'une part, elle s'inspire d'un élémentaire principe de prudence : tant que l'euro n'est pas devenu une monnaie crédible et reconnue comme telle au niveau international, la France doit conserver la possibilité pratique d'en sortir rapidement, ce qui suppose que nous conservions les milliards de billets et de pièces exprimés en francs.

D'autre part, l'irréalisme du principe d'une monnaie unique vient de ce que celle-ci stipule que les parités de change entre des peuples différents peuvent être fixées de façon " irrévocable ". Cela supposerait qu'il y ait pour toujours une convergence des taux d'inflation, des évolutions salariales, des systèmes sociaux et des régimes fiscaux entre les différents Etats membres. Or une telle convergence ne se décrète pas car ces différents facteurs sont la résultante de forces sociales, historiques, culturelles, économiques et politiques, qui diffèrent selon les peuples et les sociétés dont ils relèvent. Comme le montre d'ores et déjà la divergence des taux d'inflation apparue entre les Etats membres depuis le lancement de l'euro, une telle perspective est une vue de l'esprit. Seul est viable à terme un système de parités fixes - que l'on peut baptiser " monnaie commune " si cela chante - mais dont la fixité peut être modifiée au cas par cas, par le biais des dévaluations ou des réévaluations, pour tenir compte des déformations structurelles des coûts de production survenue au fil du temps entre les différents peuples liés par ce système de parités fixes.

Enfin, le maintien du franc français dans tous les actes de la vie quotidienne éviterait à nos concitoyens le traumatisme psychologique et les immenses difficultés pratiques qui se produiront à coup sûr si l'euro se substitue effectivement aux monnaies nationales en 2002.

Je souhaite que le chef de l'Etat soit sensible à la sagesse de ma proposition de référendum.


(source http://www.rpfie.org, le 21 octobre 2000)

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