Déclaration de M. Jean Glavany, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur le développement du secteur d'activité du bois et de l'ameublement et de la recherche et de la technologie dans les industries du bois, Bordeaux le 12 octobre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean Glavany, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur le développement du secteur d'activité du bois et de l'ameublement et de la recherche et de la technologie dans les industries du bois, Bordeaux le 12 octobre 2000.

Personnalité, fonction : GLAVANY Jean.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche

Circonstances : Inauguration du pôle construction du Centre technique du bois et de l'ameublement (CTBA) à Bordeaux le 12 octobre 2000

ti : Monsieur le Président de la région Aquitaine,
Monsieur le Président de la Communauté urbaine de Bordeaux,
Monsieur de Président du Centre technique du bois et de l'ameublement
Messieurs les présidents,
Messieurs les directeurs,
Mesdames, Messieurs.

Je suis particulièrement heureux d'être des vôtres aujourd'hui, pour cette inauguration du "pôle construction" du Centre technique du bois et de l'ameublement à Bordeaux, en présence des représentants de la filière et des élus de l'une des premières régions forestières françaises. J'ai déjà eu, du reste, plusieurs occasions d'aborder en Aquitaine des questions forestières - je viens ici, il est vrai, un peu en voisin.

Vous le savez, le développement du secteur de la forêt et du bois, sur la base des conclusions du rapport de Jean-Louis BIANCO, " La forêt, une chance pour la France ", est devenu une priorité du gouvernement, et j'y suis à titre personnel très attaché. Je reviendrai en conclusion brièvement sur les différents volets d'actualité de notre politique, mais je voudrais aujourd'hui consacrer l'essentiel de mon propos au sujet qu'incarne si bien cette belle réalisation : le développement des emplois du bois.

Ma satisfaction est grande de saluer la qualité de l'outil dont vous avez su vous doter. Un bref parcours vient de me permettre de constater la performance des installations dédiées à la recherche et à la technologie du matériau bois, qui sont réunies ici au service des industries du bois. L'ensemble de bâtiments qui nous entoure met en évidence, de façon exemplaire, les utilisations du bois et illustre les perspectives d'avenir de ce matériau.

Cet outil donne aux hommes et aux femmes de la filière - sylviculteurs, exploitants et industriels du bois - des raisons de fierté et de persévérance.

Ils en ont besoin, alors que les dégâts des tempêtes de décembre 1999 ne sont pas encore effacés et que tous sont mobilisés pour relever ce défi et avancer dans une nouvelle dynamique.

Je suis heureux de voir ainsi parvenue à bonnes fins une opération de délocalisation dont la genèse, la durée, la complexité - voire les difficultés - ont été à l'instant rappelées par ceux qui en ont été les acteurs les plus directs.

Issue des orientations de la politique d'aménagement du territoire, cette opération a bénéficié de la forte mobilisation des collectivités territoriales bordelaises et aquitaines, sans laquelle ce site n'aurait pas vu le jour. Il est vrai que les choix successifs du gouvernement s'appuyaient sur la certitude de rencontrer l'adhésion des acteurs locaux, au c¿ur d'une des plus dynamiques des régions forestières françaises.

Je tiens ainsi à souligner le soutien et l'implication de la Communauté urbaine de Bordeaux et, plus particulièrement, celle de la Région Aquitaine. Je remercie son Président, Alain ROUSSET, pour sa parfaite coopération qui a permis le bon achèvement de l'opération.

A mon tour, je salue aussi le directeur et le personnel du Centre qui ont surmonté avec succès les difficultés inhérentes à une telle opération et qui se sont adaptés à de nouveaux lieux et à une nouvelle organisation.

Tournons nous maintenant résolument vers l'avenir pour souligner les opportunités de développement qui s'offrent aux industries du bois et qu'il importe aujourd'hui de saisir et de concrétiser, avec le concours que leur apporte leur Centre technique et avec le soutien des ministères de tutelle.

Après une phase de développement des entreprises et de forte industrialisation des procédés, que le Centre technique a accompagnée dans les premières décennies de son existence, les industries du bois sont aujourd'hui placées devant plusieurs défis :
celui de l'ouverture croissante de leurs marchés, au sein de l'Union européenne, et bien au-delà de ses frontières ;
celui du développement durable, alors que nos concitoyens font preuve d'une conscience accrue des questions environnementales et énergétiques, avec des débats internationaux qui se focalisent de plus en plus sur ces enjeux vitaux pour l'avenir de notre planète ;
le défi, enfin, de l'accélération des évolutions technologiques, défi particulièrement stratégique pour le bois utilisé dans la construction où il est confronté de longue date à la concurrence entre matériaux.

Dans ce contexte, les industries du bois doivent faire valoir les atouts de leur matière première. Le bois est en effet un matériau qui s'inscrit parfaitement dans une logique de développement durable. Matériau peu onéreux et renouvelable, issu d'une filière de production économe en intrants, source d'énergie propre et piège à carbone atmosphérique, le bois a en outre de très nombreux usages, souvent profondément ancrés dans le patrimoine culturel.

Les préoccupations de réduction des émissions de gaz à effet de serre et la lutte contre les changements climatiques apportent des opportunités indéniables pour valoriser les "externalités positives" - pour employer un jargon un peu savant - non seulement de la gestion forestière, mais aussi du bois matériau utilisé en construction ou en aménagements intérieurs.

Le cadre d'actions concrètes en ce sens se dessine. C'est notamment l'enjeu de la publication du décret d'application de l'article 21 de la loi sur l'air et sur l'utilisation rationnelle de l'énergie. Je vous confirme la détermination de mon ministère et l'insistance de son action pour la sortie prochaine d'un texte opérationnel et conforme à l'esprit de la loi. Certes, l'avenir du bois matériau n'est pas subordonné à la parution d'un décret, mais j'attache néanmoins beaucoup d'importance à cette mesure, très fortement mobilisatrice. Je gage en outre que les acteurs du secteur sauront l'utiliser à bon escient.

De même, je suis persuadé qu'ils sauront mettre à profit l'accord-cadre " bois-construction-environnement " qui doit être prochainement signé entre les producteurs de produits dérivés du bois, les professionnels du bâtiment, et les ministères concernés. C'est un accord dont les signataires prennent des engagements précis, et sont déjà très investis dans la mise en ¿uvre pratique.

La mondialisation des marchés, l'accélération des évolutions technologiques, les exigences environnementales et la concurrence inter matériau imposent au secteur bois des changements rapides qui requièrent un support technique efficace. Le CTBA est à cet égard un outil précieux et je souhaite revenir à grands traits sur son rôle et ses compétences.

De ma visite du " pôle construction ", je retiens l'importance des besoins en recherche, liée à la diversité des usages du bois dans la construction : en structure ou en décoration, sous forme brute, transformée, ou en association avec d'autres matériaux¿ Je note également le caractère stratégique qui s'attache aux systèmes de normalisation et d'assurance qualité.

Dans le domaine de la recherche et du transfert de technologie, comme dans celui de la normalisation, le CTBA a acquis une reconnaissance européenne, dont les industries implantées en France bénéficient pleinement. Le pôle de Bordeaux, grâce à la performance de ses équipements, à la compétence et au dynamisme de ses équipes, permet de conforter cette position. Le CTBA joue notamment un rôle actif au sein du réseau EUROWOOD qui regroupe une trentaine d'organismes de recherche sur le bois et tiendra ici même sa prochaine rencontre, en mars 2001.

L'implantation à Bordeaux a permis aussi, et je m'en félicite, de développer des partenariats fructueux avec les laboratoires du pôle aquitain forêt-bois-papier, à l'instar des collaborations scientifiques étroites déjà développées sur le plan national avec d'autres organismes de recherche.

Le Centre est un creuset de compétences qu'il met au service de la recherche collective, comme de la prestation de services. Il lui appartient de les adapter en continu aux nouvelles demandes. Ainsi la période actuelle voit-elle la montée en puissance des préoccupations de respect de l'environnement. Vous disposez ici, et c'est une première, d'équipements spécialisés de diagnostic éco-toxicologique, et je m'en félicite. Car derrière les nouveaux matériaux composites ou recomposés, derrière les problématiques de durabilité et de préservation des bois, se profilent les exigences légitimes de procédés industriels propres et d'impact environnemental minimal des produits. Soyons tous conscients que la réalité de l'image du bois comme éco-matériau du futur se joue ici, en toute transparence et en pleine rigueur scientifique.

Ce souci d'être présent sur tous les fronts et d'anticiper les demandes sociales et les innovations technologiques ne doit pas pour autant conduire à recréer dans le domaine du bois des compétences qui existent par ailleurs.

Ma conviction profonde est que le décloisonnement du secteur et du matériau bois est également l'une des clefs de leur avenir. Ce décloisonnement suppose la pluridisciplinarité du travail et des équipes. Les centres techniques industriels sont à cet égard d'excellents lieux d'échange, et je me félicite des coopérations que le CTBA développe avec ses homologues de l'exploitation forestière, des pâtes à papier, du bâtiment, du béton, ou même du textile. Le fait que le directeur du CTBA préside actuellement le réseau des centres techniques permet de fonder l'espoir de transferts de technologie féconds entre secteurs industriels.

J'insiste également sur l'importance de la diffusion des résultats de recherche et du transfert technologique, dans un contexte global d'accélération de la circulation de l'information. Je sais que le CTBA s'y emploie, tant par les conseils et l'appui technique aux entreprises, que par la diffusion des informations sur supports écrits et numériques, ou encore par ses prestations de veille technologique.

Dans le domaine de la normalisation, point éminemment stratégique pour les industries, j'ai plaisir à souligner qu'avec le BNBA (bureau de la normalisation bois ameublement) et grâce à l'ancienneté de son investissement dans ce domaine, la France préside trois des comités techniques spécialisés du Conseil européen de normalisation (CEN) sur les six comités qui intéressent ces professions.

Qu'il s'agisse de sciages, d'emballages, de composants de la construction ou encore de meubles, la normalisation et la certification de qualité vont de pair. Elles apportent aux industriels les repères indispensables à l'évolution de leur production et à leur développement sur de nouveaux marchés.

C'est sur l'acquisition d'un positionnement européen incontestable sur la certification de qualité que le CTBA doit, à mon sens, faire porter prioritairement ses efforts dans ce domaine.

La mise en ¿uvre de ces orientations stratégiques, qui doivent guider l'action du centre technique pour anticiper les enjeux du développement des secteurs du bois et de l'ameublement, se verra appuyée par un contrat d'objectif avec l'Etat pour les trois années à venir.

Seul un Centre technique, avec le concours de l'aide publique, peut en effet réaliser et amortir les investissements lourds correspondants. Ils génèrent des coûts de fonctionnement que l'Etat a toute légitimité à aider financièrement, à concurrence des actions collectives menées. C'est pourquoi aujourd'hui, après la réforme du fonds forestier national et de la taxe parafiscale prélevée dans le secteur de l'ameublement, le CTBA bénéficie de dotations directes de l'Etat, du Ministère de l'Agriculture et de la Pêche et du Secrétariat d'Etat à l'Industrie.

Je peux pour ma part vous assurer que mon ministère considère le CTBA comme un outil prioritaire et indispensable au développement de la filière, et qu'il s'attachera à lui apporter les moyens nécessaires.

Cependant, la pérennité de ces financements est indissociable d'une forte mobilisation des professionnels à l'égard de leur centre, par une participation active à ses orientations, voire même par une contribution financière à des actions collectives spécifiques.

Outre le conseil d'administration, les représentants professionnels disposent ainsi au CTBA de plusieurs lieux privilégiés où ils peuvent exprimer leurs besoins et agir sur l'orientation du centre : le comité technique de la recherche, le comité de certification et les nombreuses commissions professionnelles.

Un centre technique industriel est, selon les termes mêmes de ses statuts, " un établissement d'utilité publique à caractère professionnel ". C'est donc aussi - et surtout - aux professions du bois, dont beaucoup de représentants sont présents aujourd'hui, que mon message s'adresse : utilisez au mieux ce pôle et au-delà le CTBA, faites-le vivre avec enthousiasme et dynamisme.

Vous trouverez, vous le savez, le gouvernement à vos côtés dans cette dynamique de développement de la filière forêt-bois.

La tempête - j'y reviens - permettra, si nous savons en saisir l'opportunité, d'accentuer le rythme, bouleversant quelques idées reçues ou habitudes de travail jugées immuables, tout particulièrement dans le domaine de la structuration interprofessionnelle.

Le budget 2001 traduit, par une augmentation de 30 % des lignes forestières, la volonté de l'Etat de relever le défi. Après la suppression en 1999 de la taxe alimentant le FFN, cet affichage traduit clairement la confiance dans les potentialités de développement du secteur forêt-bois et l'investissement public correspondant.

Le projet de loi d'orientation sur la forêt, qui offre un cadre législatif rénové à cette dynamique - notamment en matière de structuration interprofessionnelle - a été voté en première lecture à l'Assemblée nationale le 8 juin dernier, et le Sénat vient d'engager sa phase d'auditions préalables.

Enfin, la Présidence française de l'Union européenne est l'occasion d'un travail de réflexion sur notre stratégie en termes de représentation internationale du secteur forestier français. J'ai eu l'occasion très récemment, à Hanovre, de m'exprimer sur ce sujet. Les multiples usages du bois, pour certains très novateurs, mis en valeur dans le pavillon français de l'Exposition universelle que j'ai ainsi pu visiter, augurent bien de notre capacité collective à assurer la promotion et l'exportation du savoir-faire français.

(source http://www.agriculture.gouv.fr, le 13 octobre 2000)

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