Déclaration de Mme Catherine Tasca, ministre de la culture et de la communication, sur la littérature policière et le train comme imaginaire littéraire, Paris le 12 octobre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Catherine Tasca, ministre de la culture et de la communication, sur la littérature policière et le train comme imaginaire littéraire, Paris le 12 octobre 2000.

Personnalité, fonction : TASCA Catherine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Remise du prix du polar SNCF à Paris le 12 octobre 2000

ti : Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureuse d'être parmi vous, ce soir, dans ce lieu emblématique de votre grande maison : nous savons tous d'expérience la place que la gare St Lazare occupe dans le système de transports de notre pays.

Nous savons moins qu'elle fut aussi l'inspiratrice de nombreux artistes : peintres et écrivains, Zola, en particulier, dont on célébrait ces jours derniers la mémoire, dans sa maison de Médan, en lisière du chemin de fer.

La littérature, dans la grande variété de ses genres, entretient avec le voyage, une complicité très ancienne dans laquelle le train reste, depuis 150 ans, un partenaire privilégié.

Longtemps après les écrivains naturalistes, pour qui ce nouveau mode de transport représentait l'un des symboles du progrès humain, le train continue de nourrir l'imaginaire littéraire.

C'est ainsi que l'an 2000 et sa célébration, m'ont récemment donné le plaisir de recevoir à Paris plus de cent écrivains d'une trentaine de pays européens. Ils avaient embarqué à Lisbonne en direction de Berlin, pour un voyage en train qui constituait en soi un acte d'échange et de création littéraire. Ce n'est pas non plus un hasard si les "écrivains voyageurs" réunis régulièrement depuis dix ans à Saint-Malo par Michel Le Bris, veulent arriver tous ensemble, en train, à leur destination bretonne.

Le voyage, réel ou virtuel, est consubstantiel à la création, à l'écriture. Il représente, en une métaphore aux formes infinies, ce mouvement de soi vers les autres qui est le moteur essentiel de l'acte d'écrire. A votre remarque initiale, Monsieur le Président, je serais donc tenté de répondre que ce lieu qui nous rassemble n'est, au fond, pas si " particulier " qu'on pourrait le croire de prime abord.

Il ne l'est même plus du tout dès lors que l'on considère la place que la SNCF a su prendre dans la vie des Français, dans notre vie à tous. Assurant nos déplacements utilitaires, comme de loisirs, permettant aux ruraux que nous sommes restés de renouer avec leurs racines, aux curieux de rejoindre l'objet de leur quête, aux amis de se retrouver, le train nous accompagne dans nos joies et dans nos peines.

Comme le fait la littérature, dont chaque lecteur sent qu'elle épouse son propre destin. Si l'on songe, enfin, que le train est devenu, et reste, malgré les petites agressions de la modernité, l'un des derniers grands salons de lecture, rien ne devrait nous paraître plus naturel que de nous retrouver, ici, autour du livre.

A toutes ces raisons, j'en ajouterai une qui n'est pas des moins importantes, et que vous avez, Monsieur le Président, justement soulignée : il s'agit du rôle que jouent les bibliothèques des comités d'établissement de votre société. Je ne reviendrai pas sur l'étendue de leur contribution à la fête de ce soir : vous l'avez déjà fait. J'ajouterai simplement à votre coup de chapeau mes félicitations pour la qualité exceptionnelle du travail que vos collaborateurs ont accompli.

Je ne voudrais cependant pas laisser passer cette occasion de rappeler que notre ministère a toujours été aux côtés des bibliothèques de comités d'entreprise dans l'action qu'elles conduisent pour la démocratisation de la lecture. Ces bibliothèques jouent, sur les lieux de travail, le rôle irremplaçable de passeurs de culture, en complément de celui des réseaux de la lecture publique.

Elles s'inscrivent dans l'économie du livre et doivent pleinement contribuer, à ce titre, à promouvoir la création et à la faire mieux partager.

De même que la SNCF est un acteur éminent de l'aménagement du territoire, de même, vos bibliothèques contribuent à l'effort collectif d'animation de l'espace culturel de notre pays. C'est bien ce qu'ont ressenti les nombreux écrivains et éditeurs présents ce soir, ainsi que tous vos personnels qui se sont dépensés sans compter pour faire de cette fête un très grand succès.

Nous nous réjouissons tous du choix des thèmes de cette année. Vous en avez cité quelques uns qui, du Nord au Sud de la France, évoquent la variété des genres de la création littéraire. Celui qui a été retenu par les organisateurs de la fête à St-Lazare est particulièrement populaire, au meilleur sens du terme. Le polar est l'héritier d'une riche tradition qui se maintient dans toute sa vigueur.

Nous avons perdu récemment certains de ses brillants représentants, je pense à San Antonio et à Jean-Claude Izzo. Grâce à vous, la relève est là, devant nous. Elle est assurée.

Je félicite par avance les lauréats qui seront tout à l'heure désignés par Catherine Breillat, dont la présence, ici, souligne la féconde proximité de la littérature et du cinéma. Monsieur le Président, en organisant à travers la France ce voyage dans le dédale de nos sensibilités littéraires, la SNCF a fait ¿uvre citoyenne.

Qu'elle en soit très vivement remerciée.

(source http://www.culture.gouv.fr, le 16 octobre 2000)

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