Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les orientations pour l'enseignement supérieur, notamment le budget 2001, l'amélioration des conditions de vie des étudiants, la modernisation et le rayonnement du système d'enseignement supérieur, la recherche et la mobilité européenne, Paris le 11 octobre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les orientations pour l'enseignement supérieur, notamment le budget 2001, l'amélioration des conditions de vie des étudiants, la modernisation et le rayonnement du système d'enseignement supérieur, la recherche et la mobilité européenne, Paris le 11 octobre 2000.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Présentation des orientations pour l'enseignement supérieur à Paris le 11 octobre 2000

ti : Voici un peu plus de 6 semaines qu'a commencé la rentrée dans l'Enseignement Supérieur. Depuis le début du mois de septembre se sont déroulées la deuxième session d'examens dans les filières classiques des universités, l'arrivée des élèves dans les classes préparatoires et les sections de techniciens supérieurs, dans les Ecoles et les IUT et enfin, une fois terminés les travaux de corrections des écrits et des oraux, la reprise des cours dans les autres UFR. Au moment où la rentrée s'achève, je souhaite vous présenter mes orientations pour l'Enseignement Supérieur.

Evoquons d'un mot la transformation considérable qu'a connue l'Université française devenant une université ouverte et innovante. Elle entretient désormais des relations contractuelles avec l'Etat, avec les collectivités territoriales, avec les entreprises. Elle collabore avec les grands organismes de recherche dans le cadre de laboratoires mixtes, avec les IUFM pour la formation initiale et continue des enseignants, avec les établissements voisins dans le cadre des pôles européens ou des conférences régionales de l'enseignement supérieur. Elle a réussi à la fois à absorber un doublement voire un triplement des effectifs étudiants, à accentuer son ouverture vers l'extérieur, à multiplier les partenariats en même temps qu'augmentait de façon notable le nombre de ses missions. C'est cette université que je veux encore renforcer, rendre encore plus efficace et attractive.

Mais permettez-moi d'entrer dans l'actualité immédiate et dans le concret : nous accueillons cette année dans l'enseignement supérieur environ 2 130 000 étudiants, dont 1 500 000 dans les universités, IUT compris: ce nombre traduit une stabilisation des effectifs.

Cette rentrée se situe sous le signe d'une augmentation des moyens en personnels enseignants (1241 emplois ou autorisations de recrutement) en personnels IATOS (392) et en personnels de bibliothèques (8O) .

Le budget 2001, quant à lui, s'inscrit dans la continuité de cet engagement des gouvernements de gauche pour un enseignement supérieur moderne et innovant. Il va même au-delà puisqu'il amplifie le mouvement par une augmentation de 2,73 % des crédits consacrés à l'enseignement supérieur, alors que l'an passé l'augmentation était de 2,63 %, et qu'aujourd'hui les effectifs étudiants sont stabilisés. De façon plus précise on note :

- 600 créations de postes d'enseignants-chercheurs qui se décomposent en 300 créations de postes de Maîtres de conférences et 300 créations d'ATER (qui peuvent libérer autant de postes de Maîtres de conférences si les établissements le veulent).

- 1000 créations de postes d'IATOS, nombre qui correspond au doublement de l'augmentation de l'an dernier.

- Une augmentation de 180 MF du budget de fonctionnement (hors recherche), ce qui constitue un triplement de l'augmentation de l'an passé.

- 21 MF seront consacrés à la fusion de la 1ère et de la 2ième classe de Maîtres de Conférence cette année .


Avec 18,87 étudiants pour un enseignant à la rentrée 2001, la France aura enfin retrouvé un taux d'encadrement en rapport avec celui que connaissaient nos universités avant l'explosion de la démographie étudiante du milieu des années 1980.

Ce budget en augmentation constitue une première étape, je souhaite qu'à l'avenir les moyens accordés à l'Université puissent s 'améliorer encore. C'est dans cet esprit que j'ai demandé au premier Ministre de bien vouloir étendre à l'enseignement supérieur le projet de plan pluriannuel qui, initialement, ne devait porter que sur l'enseignement scolaire.

La stabilité des effectifs et les nouveaux moyens mis en ¿uvre cette année et en 2001 doivent nous permettre de réaliser de nouveaux progrès et de donner des impulsions nouvelles.

Deux volontés fortes m'animent :

- Plus que jamais, placer l'Etudiant au centre de notre action.

- Assurer la modernisation et le rayonnement de notre système d'enseignement supérieur.


Placer l'Etudiant au centre de notre action

Aujourd'hui, grâce à la politique économique du gouvernement, grâce à la reprise de l'emploi, un espoir nouveau est né pour la jeunesse. Le jeune diplômé peut désormais espérer s'insérer dans le monde du travail plus rapidement que ses devanciers et recueillir le fruit des études qu'il a choisi de suivre.

Mais, nous le savons bien, les chances ne sont pas égales pour tous. Le premier principe qui fondera ma politique universitaire sera celui de la lutte contre les effets des inégalités sociales. Dans cet esprit je ferai en sorte que l'Université soit profitable à tous les étudiants sans exception, en favorisant leur insertion à l'université, en améliorant tous les aspects matériels de leur vie quotidienne, en portant attention à leur environnement à l'intérieur des établissements, en faisant du passage à l'Université un moment fort de leur existence, une étape d'épanouissement, d'appropriation de leurs responsabilités, d'émergence de leurs objectifs.

Une meilleure efficacité du premier cycle :

L'efficacité des premiers cycles de l'Enseignement supérieur doit constituer une de nos priorités. Disant cela , je ne me range pas à l'opinion de ceux qui stigmatisent l'échec des formations au DEUG en s'appuyant sur le taux de réussite à cet examen : 37% des étudiants y sont reçus après deux ans d'études. Ce taux mérite d'être éclairé par deux types de considérations :

- Songe-t-on que ces cursus sont les seules filières de l'enseignement supérieur à accueillir des étudiants sans sélection ? Sait-on assez qu'ils accueillent un public caractérisé bien plus qu'ailleurs par une extrême diversité : diversité des origines sociales, diversité des parcours antérieurs, diversité du rapport aux études, diversité des expériences personnelles et familiales. C'est l'honneur de l'université de mettre le maximum de compétences au service du plus grand nombre, de ceux qui ont fait le choix positif de s'inscrire en DEUG, mais aussi de ceux qui n'ont pas pu trouver la place qu'ils souhaitaient dans d'autres filières ou sur le marché du travail.

- Je vous invite à noter que 70 % des bacheliers obtiennent le DEUG en moins de trois ans. Si l'on ajoute à ces résultats que 11 % des étudiants de premier cycle se réorientent vers les IUT ou les STS, si l'on ajoute encore que d'autres étudiants, enrichis de la formation reçue, trouvent le succès dans d'autres voies du système éducatif, on admettra que le catastrophisme de certains commentateurs n'exprime pas la réalité.

Si l'université peut, à ce niveau, mettre en avant une amélioration, on peut notamment y voir l'effet des mesures initiées par Lionel JOSPIN et parachevées par moi-même en 1992. Je les rappelle pour mémoire : tutorat, mise en place des modules permettant des compensations entre plusieurs matières aux examens, multiplication des T.D. Il faut y voir aussi les efforts des enseignants, enseignants-chercheurs et personnels IATOS qui ont développé des procédures d'accueil, ont multiplié les dispositifs d'aide aux étudiants en difficulté et il faut leur en savoir gré et oeuvrer à l'amélioration de leurs conditions de travail. Je reviendrai sur ce point dans un instant.

Pour autant, je n'entends pas en rester là, et je souhaite que l'on puisse aller beaucoup plus loin C'est pourquoi, pour accompagner les universités dans leur évolution, pour faciliter l'arrivée des bacheliers dans les DEUG, pour augmenter leurs chances de succès, pour prendre en compte les difficultés des plus défavorisés, je prendrai cinq mesures.

a) Je souhaite que soit institutionnalisée, ou officialisée une fonction de directeur des études de première année : celui-ci, comme cela se pratique déjà en plusieurs endroits, assumera, dans le cadre d'une filière, la responsabilité de l'accueil des étudiants , de leurs conditions d'études et de la coordination de l'équipe pédagogique.

b) Afin d'encourager les établissements à élaborer des méthodes d'accueil et de formation performantes, je lancerai, dans les prochaines semaines, un appel à projets pédagogiques : je ne préjuge pas de leur contenu : enseignement en petits groupes ? revitalisation du système du tutorat ? renforcement des enseignements de méthodologie? instauration de cours de soutien ou de mise à niveau ? utilisation des NTIC ? mise sur pied d'un véritable contrôle continu ? Je constate, sur ce dernier point, que les étudiants -comme les professeurs - souffrent dans certains cas d'une insuffisance du nombre d'exercices et d'un excès du nombre d'examens : l'instauration d'un contrôle continu intelligent en première année constituerait une solution utile à tous. A chaque président d'université de susciter les initiatives et de faire des propositions. La réalisation de certaines d'entre elles sera financée dans le cadre du contrat d'établissement ou d'un avenant à ce contrat.

c) Ma troisième proposition concerne les possibilités de réorientation. Il sera fait en sorte que, sans toucher à la réglementation de 1997, on donne la possibilité aux étudiants qui le souhaitent, de retarder leur choix d'orientation jusqu'à la fin de la première année. C'est là le v¿u de nombreux universitaires qui constatent que le dispositif très lourd mis en place depuis trois ans aboutit à un nombre de réorientations au bout du premier semestre, inférieur à 2 %.

Je rappelle par ailleurs que, dans le cas particulier de la première année de médecine, une réforme est en préparation : celle-ci doit permettre une réorientation intelligente des étudiants que l'on appelle les reçus-collés: les décisions seront prises avant la fin de l'année universitaire.

d) Il faut proposer à côté du schéma actuel des études qui ne sera pas remis en cause, un cursus plus diversifié. La possibilité d'un enseignement bidisciplinaire ou pluridisciplinaire (tel qu'il existe en Sciences) devra être étendue à l'ensemble des filières : cela favorisera, entre autres, les réorientations que je viens de parler.

e) La cinquième mesure que je prendrai concerne l'accueil. Je rends hommage à tous les personnels IATOS qui assument cette tâche avec dévouement dans des conditions parfois difficiles. Mais des progrès sont encore possibles, grâce à des moyens supplémentaires : je l'ai déjà dit, 1000 postes de personnels administratifs et ouvriers de service vont être créés dans les établissements d'enseignement supérieur à la rentrée prochaine : je souhaite que soient mises à profit ces possibilités importantes de créations pour qu'un certain nombre d'entre elles soient affectées à des universités qui pratiquent déjà ou s'engagent à pratiquer une politique dynamique de l'accueil : horaires d'ouverture des secrétariats mieux coordonnés et, en tout état de cause élargis, en particulier au moment de la mi-journée, qualité de l'information donnée, suppression des files d'attente quand elles existent encore, mise en place d'outils modernes d'enseignement, multiplication des accès informatiques, extension des horaires d'ouverture des bibliothèques¿

Quelles que soient les améliorations que nous apporterons grâce à des mesures nouvelles, un certain nombre d'étudiants quitteront le DEUG sans diplôme ; nous devons nous préoccuper de leur avenir. D'ores et déjà, j'ai demandé à Monsieur Cytermann, Directeur du Développement et de la Programmation, de mener une enquête afin de mieux connaître le devenir de ces étudiants. Je souhaite qu'ensuite, nous soyons en mesure, avec d'autres institutions, de mettre en place, à leur intention, des dispositifs d'aide à la construction de parcours individualisés.

Prise en considération des nouveaux publics dans les IUT et Classes supérieures des lycées

Hors des UFR de l'Université, 250 000 étudiants sont accueillis cette année dans les sections de techniciens supérieurs, 110 000 dans les IUT, 70 000 dans les classes préparatoires. Le paysage est très diversifié et cette diversité constitue une richesse de notre système. Il convient naturellement que ces autres cursus, très sélectifs, encadrés correctement - sauf dans quelques I.U.T. - soient aidés dans leurs nécessaires évolutions. Je souhaite ainsi encourager les I.U.T à accueillir davantage de bacheliers technologiques. J'ai noté avec satisfaction que les responsables des IUT et ceux des STS étaient entrés dans un dialogue avec les UFR de l'université dans le cadre de l'organisation des licences professionnelles ; je les invite à poursuivre ce dialogue en faisant des propositions de passerelles entre DEUG et IUT, entre DEUG et STS afin de permettre à certains étudiants des réorientations qui ne leur fassent pas perdre de temps.

Je constate avec plaisir que les enseignants des classes préparatoires, face à l'arrivée d'un nouveau public, souhaitent réfléchir à l'évolution de leurs méthodes. Les représentants de leurs associations m'ont demandé de favoriser les conditions d'un dialogue avec leurs partenaires - universités, grandes écoles. Je serai appelé à prendre des mesures sur ces sujets au cours de l'année.

L'amélioration des conditions de vie et de travail des étudiants

a) Le plan social étudiant

La lutte contre les inégalités sociales à l'Université passe naturellement par une aide matérielle apportée au plus grand nombre possible d'étudiants. Le plan social étudiant, lancé en 1998 doit naturellement se poursuivre: cinq remarques suffiront à en manifester l'ampleur :

- Entre 1998 et 2001, les sommes consacrées à l'aide à l'étudiant auront été augmentées de 2 milliards 700 millions ; ce qui permet une augmentation notable du taux et du nombre des bourses

- Le pourcentage d'étudiants aidés est passé de 23% à 28% entre 1997 et aujourd'hui; il sera de 30 % l'année prochaine.

- Les conditions d'obtention de la bourse ont été améliorées puisque désormais l'étudiant a la possibilité de garder le bénéfice de sa bourse s'il échoue une fois ou s'il se réoriente, dans le premier cycle comme dans le deuxième cycle. Et une réflexion sera engagée pour améliorer l'aide sociale en faveur des étudiants de troisième cycle.

- Des allocations d'études ont été créées en 1999, au nombre de 7000. Il s'agissait d'aider des étudiants non boursiers en situation de précarité ou de complète autonomie. Elles passeront de 7000 à 9000 cette année.

- Enfin ont été créées des bourses de mérite de 40 000 F permettant aux titulaires d'un baccalauréat avec mention très bien et issus des familles les plus modestes de s'engager dans des études menant à l'Ecole Nationale d'Administration, à l'Ecole Nationale de la Magistrature, aux grandes écoles scientifiques ou aux carrières médicales. 200 avaient été créées en 1998 : il y en aura 600 cette année et 800 en 2001. J'étendrai, pour ma part le bénéfice de ces bourses aux étudiants qui s'orientent vers de grandes écoles de lettres et sciences humaines, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent.

b) Le logement

La question du logement et de la restauration des étudiants est essentielle et j'ai demandé que des efforts importants soient fait pour accroître les capacités d'hébergement et de restauration des CROUS. Les opérations inscrites dans le plan U3M représentent un effort de 2,5 milliards de francs en faveur du logement étudiant. Ce montant se répartit en 1,48 milliard pour la réhabilitation et 980 millions pour les constructions neuves.

En matière de logement nous sommes confrontés à deux réalités différentes :

- Des Académies où les capacités d'accueil en cité universitaire sont à niveau, mais où la vétusté de certaines cités est réelle. L'enjeu est la réhabilitation de ces cités. Les projets inscrits dans le cadre du plan U3M nous permettront de rénover plus de chambres que précédemment.

- Des Académies où les capacités d'accueil sont insuffisantes, c'est le cas tout particulièrement de Paris et de Créteil. La encore l'effort fait est important, 2000 nouveaux logements seront construits à Paris et 3000 nouveaux logements seront construits à Créteil.

Vous savez que la possibilité existe de réorienter les contrats de plan état-région à mi-parcours et j'ai la ferme intention de peser pour que l'effort en matière de logements soit plus important.

Au-delà du logement social, je veux aussi prendre en considération les quelque 33 % d'étudiants qui ne logent plus dans leurs familles et qui ne sont pas accueillis en cité universitaire. J'ai demandé à la DES de faire des propositions en vue de la mise en place d'un dispositif de cautionnement mutuel pour aider ces étudiants à se loger. Cette mesure est d'ailleurs inscrite dans le plan social étudiant.

La restauration n'est pas oubliée : 760 millions de francs sont prévus dans les contrats de plan état-région, soit 310 millions de francs pour la réhabilitation et 450 millions de francs pour les constructions neuves.

Pour assurer une meilleure cohérence dans la réalisation de ces mesures, je souhaite que soit mise en place une politique de contractualisation des ¿uvres universitaires coordonnée avec celle des universités.

c) Les bibliothèques

Améliorer les conditions de travail des étudiants, c'est aussi faciliter leur accès aux bibliothèques. Là encore, des progrès ont été réalisés depuis le plan que j'avais lancé en 1992 :

- A cette rentrée, 50 000 m² supplémentaires sont mis en service, auxquels s'ajouteront
56 000 m² en 2001

- Les horaires d'ouverture passés, cette année, à 55 heures en moyenne par semaine, devront approcher les 60 heures l'année prochaine. Je demande que soit organisés dans certains sites-pilotes des " nocturnes en bibliothèque " ainsi que des ouvertures en fin de semaine, permettant aux étudiants salariés de disposer des mêmes outils de travail que leurs camarades. Progressivement, l'arrivée d'emplois nouveaux doit permettre l'extension de ce dispositif à l'ensemble des bibliothèques.

- Enfin nous poursuivrons la modernisation du système documentaire en développant les ressources numériques et en favorisant leur accès. Tous les membres de la communauté universitaire, et au premier chef les étudiants, devront tous pouvoir, à terme, accéder à partir de postes de travail banalisés, au catalogue de l'établissement, à des ressources numériques internes, à des ressources Internet. Ils devront bientôt pouvoir utiliser le catalogue collectif de l'enseignement supérieur dont j'avais décidé la création en 1992: ils y trouveront 5 millions de notices bibliographiques et 12 millions de localisations.

Dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne, je proposerai des mesures d'harmonisation pour un accès étudiant universel aux bibliothèques. La France fera reconnaître le principe suivant lequel tout étudiant d'un Etat de l'Union européenne doit pouvoir accéder aux bibliothèques universitaires des différents pays dans les mêmes conditions que celles prévues pour les étudiants nationaux.

d) Le plan U3M et la sécurité

Améliorer les conditions de travail des étudiants, c'est également rénover et remettre en sécurité les locaux universitaires et de recherche. Cette volonté est affirmée dans le plan "Université du 3e Millénaire", élaboré après une longue période de concertation et dont nous entamons, à cette rentrée 2000, la mise en ¿uvre concrète. La signature des Contrats de Plan Etat Région, conclue dans l'ensemble des régions à l'été dernier, a permis d'inscrire au total plus de 40 milliards de francs d'investissements pour U3M, pour les 7 ans à venir. L'effort de l'ensemble des acteurs publics pour ces projets d'aménagement universitaire marque une progression de plus de 40 % par rapport à la précédente période 1994-1999. Je note également que les projets inscrits pour les bibliothèques, les logements étudiants, les restaurants universitaires, les équipements,¿ bref, la vie étudiante, totalisent 24 % des investissements, atteignant ainsi l'objectif fixé par mon prédécesseur.

En dehors des Contrats de Plan, le gouvernement a décidé un plan de mise en sécurité des bâtiments universitaires de 2,7 milliards de francs sur 7 ans. J'ai demandé que la mobilisation de ces crédits soit accélérée afin que les établissements puissent, avec le cas échéant un apport complémentaire propre, procéder aux programmations de travaux nécessaires. Là encore, je compte sur le professionnalisme des équipes des établissements et des services rectoraux pour, ensemble, avancer très vite.

Par ailleurs, j'aurai l'occasion prochainement de m'exprimer plus précisément sur les projets en région parisienne qui revêtent une importance toute particulière dans le plan U3M. La prochaine convention Etat-Ville de Paris est la première concrétisation de ce plan. Pour les quelques projets majeurs comme Paris Rive Gauche, Jussieu, ou le Muséum, j'ai pris une série de décisions permettant une réalisation que je souhaite efficace, rapide, et exemplaire. Mais au delà, puisqu'il s'agit à Paris d'une vaste stratégie de mise en cohérence et de rénovation des sites universitaires, ce sera avec une attention particulière que je veillerai à tous les projets, qui concernent de nombreux établissements universitaires. Notamment, je ferai en sorte que la question des locaux de transition soit traitée efficacement.

Songeant à l'ensemble des sites universitaires parisiens et provinciaux j'ai décidé de créer une mission architecture et urbanisme universitaire qui, en liaison avec les responsables d'établissement, veillera, dans le respect des normes de sécurité, à la qualité esthétique des bâtiments et à l'amélioration des conditions de vie des étudiants et des enseignants : il n'est plus tolérable que les étudiants manquent de salles de travail et que les professeurs ne disposent pas d'un bureau. L'Université est un lieu de culture et de vie: place doit y être faite, lorsque ce n'est pas encore le cas, à des locaux pour les organisations et associations étudiantes, à des espaces conviviaux pour les enseignants, à des salles de spectacles, à des lieux d'exposition. Le rayonnement intellectuel et culturel de l'Université française passe aussi par là.

e) L'apprentissage de la vie collective et de la citoyenneté

L'étudiant doit pouvoir trouver lors de son passage dans l'enseignement supérieur l'occasion d'une découverte ou d'un épanouissement sur le plan associatif, civique et culturel.

Il existe dans les universités, je pense à l'exemple de Nancy en cette rentrée, des expériences tout a fait passionnantes de volontariat étudiant. Ces volontaires participent tout au long de l'année universitaire à des actions de solidarité (accompagnement scolaire, soutien aux étudiants handicapés, aide scolaire en prison¿..). Le ministère encouragera les nouvelles expériences qui seront développées à la rentrée 2001 et à terme j'espère que l'ensemble des universités sera concerné par cette action citoyenne étudiante. Nous allons travailler à la mise en place d'un fonds pour le développement de ce volontariat étudiant qui pourrait associer au delà du ministère des partenaires privés.

Je souhaite donc accompagner les initiatives d'étudiants qui participent à de telles actions de solidarité.

Je désire aussi encourager ceux qui animent des associations sportives ou culturelles, qui organisent des manifestations artistiques, qui développent des médias : les talents qu'ils manifestent ainsi, le sens du collectif dont ils font preuve, le professionnalisme qu'ils mettent en ¿uvre sont des gages d'une réussite professionnelle et sociale futures : Ces qualités doivent être prises en compte dans leur cursus sous une forme ou sous une autre. J'encourage les universités à imaginer des systèmes de validation universitaire des compétences ainsi manifestées. Un groupe de travail sera mis en place sous l'égide de la DES associant les présidents d'universités et les étudiants pour avancer dans cette direction.

Dans le même esprit , je proposerai que l'on améliore le fonctionnement du fonds d'aide à la vie étudiante, dans deux directions : donner une place plus grande aux étudiants dans sa gestion et recentrer son utilisation sur les projets étudiants

Enfin, je souhaite que la charte de la vie étudiante qui a déjà donné lieu à de nombreux échanges entre organisations représentatives des étudiants, présidents d'Université et Ministère puissent voir le jour avant la fin de l'année 2000.

En un mot il faut tout faire pour que les campus deviennent, en dehors du temps consacré à l'assistance aux cours, de véritables lieux de vie.


Assurer la modernisation et la rayonnement de notre système d'enseignement supérieur

Une incitation à la créativité et à l'innovation dans le cadre des formations

a) Les sciences

Les formations en sciences posent un nouveau type de problème : celui de la désaffection des jeunes pour les études scientifiques. Problème qui n'est pas spécifiquement français, mais qui est grave : les effectifs en DEUG sciences et technologies connaissent une baisse sensible. Les candidats aux classes préparatoires scientifiques sont moins nombreux (même si ces classes gardent le même nombre d'élèves).

S'agit-il de phénomènes mécaniques s'expliquant par des orientations discutables ? S'agit-il d'un phénomène culturel lié à une nouvelle génération méfiante à l'égard des progrès techniques ? S'agit-il d'un effet de l'hégémonie masculine dans les sciences dures, qui , de fait, écarte de ce domaine la population étudiante féminine ?

En tout cas, des mesures ont été prises : le ministère a mis en place une rénovation des DEUG scientifiques dans un quinzaine d'universités, et ce, avec succès .De nouvelles méthodes pédagogiques ont été mises en ¿uvre, un travail en petits groupes a permis de faire efficacement progresser les étudiants ; l'Université Lille I, par exemple a vu ses effectifs remonter. Il faut donc étendre cette expérience: cela sera fait cette année.

Mais ceci reste insuffisant puisqu'il apparaît que ce phénomène mondial a plusieurs origines qu'il s'agit d'identifier et de nombreux effets négatifs qu'il convient de corriger. Dans cet esprit je peux vous annoncer la mise en place d'un dispositif ambitieux, visant à la fois à produire une analyse claire des causes de cette désaffection de la science et de la technologie, et de proposer un ensemble de mesures propres à lutter contre cette évolution très inquiétante. Sous l'égide d'un groupe de pilotage composé de personnalités éminentes, le travail à réaliser portera à la fois sur la dimension formation et sur la dimension " science et société ".

b) L'économie

Je ne peux rester insensible à un certain nombre de débats qui agitent la communauté universitaire. Certains étudiants ont posé le problème de l'enseignement de l'économie dans les établissements d'enseignement supérieur français. J'ai demandé à M. Jean-Paul Fitoussi de mener une étude à ce sujet et de me remettre un rapport au printemps.

c) La médecine

Quant à la réforme des études de santé, elle est engagée. J'ai déjà évoqué les solutions recherchées au problème des reçus-collés à l'examen de première année. En deuxième cycle, un nouveau programme doit permettre un enseignement interdisciplinaire, centré sur l'étudiant , favorisant son autonomie et développant ses capacités d'analyse critique et de décision. Enfin j'évoquerai la réalisation proche d'une proposition que j'avais formulée avec Bernard Kouchner, en 1992 : celle d'un nouvel internat pour tous, y compris les futurs généralistes.

d) Les lettres et sciences humaines

Ce vaste secteur est destiné à diffuser une vision du monde qui ne soit pas que technologique ou commerciale, ainsi qu'à préparer à un ensemble de métiers qui se diversifie fortement

- La société actuelle voit les progrès se développer à une vitesse vertigineuse : elle peut connaître des tentations néfastes ; tentation de privilégier une vision purement utilitariste de l'avenir, tentation de considérer la performance comme le but ultime de toute recherche et de toute action. Cette société-là a un besoin essentiel des littéraires, des philosophes, des historiens, de bien d'autres encore, pour l'aider à penser le monde, pour contribuer à imaginer l'avenir, pour rappeler que l'homme en toutes ses dimensions doit rester la finalité ultime de toute recherche scientifique.

C'est dire l'importance dans tous les cursus d'études, de ce qu'on appelait autrefois la culture humaniste.

Il est par exemple de plus en plus nécessaire que les futurs médecins apprennent à poser les problèmes psychologiques, sociologiques, éthiques que font surgir une recherche et une pratique de plus en plus savantes et de plus en plus performantes ; il est indispensable que les études scientifiques soient complétées par une réflexion nourrie par l'histoire des sciences et la philosophie des sciences. C'est pourquoi j'ai demandé qu'un deuxième appel d'offres soit proposé aux universités scientifiques ou médicales qui souhaitent mettre en place un enseignement d'histoire et de philosophie des sciences dans la perspective ouverte par le rapport de Dominique Lecourt. Les universités prendront ensuite elles-mêmes la relève dès l'année suivante.

- Les formations en lettres et sciences humaines sont traditionnellement orientées vers la formation à la recherche ou la préparation aux concours. Certaines d'entre elles ont évolué dans la perspective d'une professionnalisation des études. Il est indispensable que d'autres voies soient explorées, proposant, à côté des formations centrées sur une spécialité, des cursus pluridisciplinaires qui ont, eux aussi, une réelle valeur sur le plan de la formation intellectuelle, qui permettent une dynamisation des différents savoirs née de leur mise en relation. On ajoutera qu'ils offrent la possibilité d'une plus grande liberté, qu'ils permettent l'organisation de parcours individualisés et qu'ils peuvent avoir un grand intérêt pour la diversification des débouchés. Il est donc indispensable de donner aux universités qui le désirent la possibilité réglementaire d'organiser, avec toute la souplesse nécessaire - en lettres, sciences humaines, mais aussi dans d'autres secteurs - des formations conjuguant deux ou plusieurs disciplines. Tout cela, naturellement, doit aller de pair avec l'exigence de qualité qui implique que nos diplômes soient des diplômes nationaux et qui suppose une évaluation des comités d'expertise et un examen du CNESER. Pour explorer les nouvelles voies qui s'ouvrent aux étudiants qui s'orientent vers les filières de lettres et de sciences humaines, en particulier en visant une diversification des débouchés professionnels, j'ai demandé à Blandine Kriegel de conduire une étude sur ces évolutions.

e) La professionnalisation des études

L'évolution des formations suppose que soit amplifié le processus de la professionnalisation des études. Celle-ci a été engagée depuis de nombreuses années. Les universités ont mis en place de nombreux DESS ( 312 créés cette année), de nombreux IUP (52 ouverts à cette rentrée) et de nombreux IUT (12 départements d'IUT viennent de voir le jour).. Elles se sont vivement intéressées à la nouvelle licence professionnelle : 500 dossiers ont été déposés ; 195 licences ont été agréées. Un comité de suivi sera chargé de l'évaluation de ces nouvelles formations et une nouvelle campagne de création s'ouvrira pour la rentrée prochaine. De nouvelles actions doivent être engagées, notamment dans le secteur des lettres et sciences humaines , où les initiatives déjà prises doivent être encouragées, où d'autres doivent être suscitées.

f) Les nouvelles formes d'enseignement

Faire évoluer les formations, c'est aussi, à l'aube du XXIème siècle, développer de nouvelles formes d'enseignement. Il est aujourd'hui fondamental que nos universités amplifient considérablement l'offre d'enseignement à distance et maîtrisent parfaitement les possibilités offertes par les nouvelles technologies. Ceci, à la fois pour améliorer la formation initiale des étudiants et développer la formation tout au long de la vie. L'élaboration d'une nouvelle définition de l'acte d'enseigner est une condition nécessaire à cette évolution, j'y reviendrai dans la suite.

Je rappelle que près de 300 millions de francs par an sont investis par les universités dans les nouvelles technologies pour l'enseignement.

Je suis très heureux de la signature aujourd'hui en ces lieux d'un protocole d'accord entre le Centre National d'Enseignement à Distance, la Conférence des Présidents d'Université, la Conférence des Directeurs de Formations d'ingénieurs et la Conférence des Directeurs d'Instituts Universitaires de Formation des Maîtres. Par cet accord, la France va développer considérablement son enseignement à distance, aussi bien pour les étudiants en formation initiale que pour les stagiaires de formation continue.

Par ailleurs je compte poursuivre, avec les établissements d'enseignement supérieur, le vaste chantier qui concerne la formation tout au long de la vie, visant aussi bien des " étudiants à temps partagé " que des salariés en reprise d'études. L'enjeu est vital pour l'avenir de notre pays.

La recherche

Il n'est pas de véritable formation universitaire qui ne soit nourrie par la recherche : à cet égard, nous avons de nombreux défis à relever devant les nouvelles questions qui se posent et qui ne seront résolues, pour nombre d'entre elles, que dans le cadre de recherches pluridisciplinaires ; défi lancé aux littéraires, qui abandonnent de plus en plus le crayon et le papier ainsi que la solitude de leur bureau pour rejoindre des équipes structurées et qui ont été conviées par mon prédécesseur - je poursuivrai en ce sens - à créer des Maisons des sciences de l'homme, indispensables aux progrès de nos sociétés. Défi encore constitué par les évolutions qui nécessitent le développement, dans les écoles, les IUT et les UFR, de la recherche technologique et des équipes de recherche technologique. Défi encore en matière d'information scientifique et technique : dans ce domaine la France a pris un retard important. Or le pilotage des mécanismes de publication, la maîtrise de l'édition électronique sont d'une importance stratégique. Nous devons fortement nous mobiliser dans ce domaine, de même que nous devons développer la culture scientifique et technique.

Structuration de la recherche

La recherche menée dans les universités vise à la fois à produire de nouvelles connaissances, mais également à former de jeunes chercheurs. Un important travail d'organisation de ces activités a été entrepris par mon prédécesseur, en liaison avec la conférence des présidents d'université, et je compte encore en amplifier les actions.

Ainsi, au cours de l'année qui vient de s'écouler, la formation par la recherche, qui est l'une des missions majeures des universités, a vu son organisation se renforcer par l'intégration de chaque formation doctorale dans une Ecole Doctorale, Ecoles qui sont aujourd'hui au nombre de 310. Au delà des fonction classiques de préparation de la thèse, ces Ecoles Doctorales ont pour mission de favoriser l'intégration professionnelle des jeunes docteurs, en leur proposant des séminaires et des activités d'ouverture. En liaison étroite avec les présidents, le gouvernement veut en renforcer la visibilité et a décidé de leur donner encore davantage de moyens d'attirer de jeunes talents en faisant progresser de 100 le nombre d'allocations de recherche qui atteindra ainsi 4000 en 2001.

La structuration des activités de recherche a fait , ces dernières années, des progrès considérables. Ainsi, sur les quelques 3000 équipes de recherche universitaires, c'est presque la moitié d'entre elles qui sont associées à un grand organisme de recherche (CNRS, INSERM, INRA, ¿). La préparation du projet d'établissement qui se traduit sous forme de contrat entre l'Université et le Ministère est le moment privilégié ou s'élabore ce partenariat entre Université et Organisme national. Mais au delà des partenariats scientifiques, l'Université doit être capable d'élaborer une politique de recherche propre, qui ne soit pas uniquement la projection locale des politiques des grands organismes scientifiques. Elle doit pouvoir s'appuyer sur son histoire, sur son contexte socio-économique régional, sur ses compétences propres, sur ses capacités de recrutement pour faire émerger de jeunes équipes sur des sujets novateurs, pour favoriser la pluridisciplinarité, pour créer des équipes de recherche technologique. Cette capacité nouvelle de l'université suppose, de la part de ses responsables, une réelle capacité à faire des choix sur la base d'expertises qu'ils pourront diligenter, et sur la base d'une véritable stratégie d'établissement associant recherche, formation et environnement régional, national et international. Avec le Ministre de la Recherche, et en m'appuyant sur l'outil que constitue le contrat quadriennal, je vais ¿uvrer pour que cette parfaite appropriation de la recherche universitaire par les établissements s'étende à toutes nos universités.

La mobilité européenne

Il est urgent de renforcer considérablement la mobilité européenne des étudiants : c'est un enjeu majeur. Il n'y a que 200.000 étudiants européens sur 12 millions qui effectuent chaque année des études dans un autre pays que le leur. Nous devons créer un " vouloir-vivre ensemble " européen pour donner une âme à la construction européenne comme pour renforcer la compétivité économique de notre continent.

La première condition à remplir, pour favoriser la mobilité, c'est, pour la France, d'atteindre à une véritable lisibilité des parcours et des diplômes. Cet objectif simple en apparence se traduira de trois façons différentes. Il s'agira d'abord de conforter le dispositif d'harmonisation européenne des diplômes , ce qu'on a appelé en France, le 3/5/8. Des initiatives seront prises prochainement en ce qui concerne les IUP, les écoles de commerce et de gestion .Il conviendra de simplifier les nomenclatures de façon à ce que les étudiants français et étrangers ne se perdent pas dans le maquis de dénominations de diplômes.

Mais notre ambition doit être beaucoup plus grande. En tant que président en exercice des Ministres de l'éducation de l'Union européenne, j'ai réuni tous mes collègues à la Sorbonne pour élaborer un plan d'action pour la mobilité. A quinze, nous nous sommes engagés à bâtir l'espace européen de l'Enseignement supérieur, prolongeant et amplifiant le processus enclenché en 1998-99 à la Sorbonne et à Bologne. 43 mesures sont en préparation : elles seront soumises pour adoption au sommet des chefs d'état et de gouvernement de Nice. Nous sommes tombés d'accord, à 15 pour accélérer les procédures de reconnaissance et de certification des périodes d'études à l'étranger. Nous souhaitons que l'ECTS (Système européen de transferts d'unité de cours capitalisable) soit beaucoup plus répandu.. Plus généralement ce plan d'action pour la mobilité est une véritable boîte à outils qui sera utilisée dans et par chaque Etat-membre à son rythme et à sa guise.

Nous nous inspirons des meilleurs dispositifs existants pour les généraliser et enclencher une dynamique. Ainsi l'Université franco-allemande délivre maintenant de véritables cursus intégrés et compte déjà 3500 doubles-diplômes.

L'université franco-italienne s'est également engagée sur cette voie.

Il s'agit donc de démocratiser les séjours à l'étranger, de valoriser et de développer toutes les formes de cofinancement, (certaines régions se sont engagées vigoureusement, comme l'Ile de France, et la Région Alpes) d'imaginer de nouvelles formes de mobilité : c'est ainsi qu'ont été mises en place cette année des Universités européennes d'été qui ont accueilli, sur 12 sites, 850 étudiants et 50 enseignants étrangers. L'initiative sera reprise et amplifiée l'année prochaine.

Pour progresser dans ce domaine de la mobilité, je compte donc sur les propositions des universités, des IUFM et des écoles qui se traduiront dans le cadre de la politique contractuelle. Je les inciterai à aménager des dispositifs favorisant l'accueil des étudiants étrangers : scolarité semestrialisée à leur intention, système de crédits, organisation d'un guichet pédagogique unique, mise en place de tuteurs français prenant en charge des camarades étrangers, charte de qualité de l'accueil .

A cet égard, Hubert Védrine et moi-même avons confié à Elie Cohen une mission dont l'objectif est d'améliorer l'accueil des étudiants étrangers et d'amplifier les actions internationales des Universités.

Et j'entends enfin tenir le plus grand compte de la demande exprimée par les étudiants. Pour la première fois, une Présidence de l'Europe accueillera les délégués de toutes les organisations représentatives étudiantes d'Europe : Les premières Assises Européennes des Etudiants se tiendront à la Cité internationale les 27 et 28 octobre, les jeunes, citoyens européens de demain, doivent être des acteurs à part entière de l'Europe de l'intelligence.

La refondation de l'autonomie universitaire

Le dernier volet, et non le moindre, de la politique universitaire que j'entends mener concerne la refondation de l'autonomie des universités, chantier auquel la conférence des présidents d'université va consacrer un colloque l'année prochaine.

a) Transformation du métier d'enseignant-chercheur

Fonder durablement l'autonomie universitaire c'est d'abord améliorer les conditions de prise en charge des activités de gestion administrative et pédagogique. Il est indispensable que les enseignants et enseignants-chercheurs qui s'investissent dans ces tâches ne soient pas pénalisés dans leur carrière. J'étudie une ensemble de mesures visant à mieux prendre en compte l'implication des enseignant-chercheurs dans le développement de l'Université ; d'ici quelques mois je serai en mesure d'en préciser le détail.

Mais à côté de ces responsabilités nouvelles et diversifiées que sont amenées à prendre les universitaires, la démultiplication des missions conduit à une transformation du métier d'enseignant :

- Travail en petits groupes et développement du tutorat

- Enseignement à distance et développement des outils pédagogiques fondés sur les nouvelles technologies

- Formation continue

- Suivi de stages en entreprises ou en laboratoire

Je veux donner aux établissements la possibilité de définir, dans le cadre d'une enveloppe financière donnée, les critères de prise en compte de ces nouvelles activités. J'ai demandé au président François Petit d'affiner la réflexion sur cette importante question et je souhaite proposer des mesures concrètes dans les tous prochains mois.

b) Renforcer et diversifier les fonctions administratives et techniques

Assurer l'autonomie des universités, c'est aussi associer fortement, dans l'action quotidienne, non seulement les enseignants, non seulement les étudiants, mais aussi les personnels IATOS sans qui la politique d'un établissement ne pourrait s'inscrire dans les faits. Il faut qu'ils soient plus nombreux : ce sera le cas à la rentrée 2001 puisque 1000 postes ont été créés pour l'enseignement supérieur. Il faut qu'ils soient formés aux évolutions de leur tâche, aux nouveaux métiers qui apparaissent (information et communication, relations internationales, activités de valorisation).

c) Moderniser la gestion et renforcer le pilotage des Etablissements

Favoriser l'autonomie des universités, c'est encore, comme l'indiquent les conclusions de la mission animée par Alain Claeys, fonder durablement les conditions de son efficacité en s'appuyant sur l'outil collectif qu'est l'agence de modernisation, en permettant que l'action d'une équipe dirigeante s'inscrive durablement dans les faits : il est indispensable, à cet égard, que les mandats des présidents d'université soient - comme le sont ceux de tous les autres responsables élus de l'enseignement supérieur - immédiatement renouvelables une fois.

L'autonomie doit permettre à l'Université d'élaborer, de façon collective des projets en matière de recherche, de pédagogie, de gestion qui puissent se concrétiser par le moyen d'un projet d'établissement fédérateur, fondement d'une discussion contractuelle avec une série de partenaires dont , en particulier, l'Etat.

d) Développer la culture de l'évaluation

L'autonomie doit aller de pair avec la responsabilisation ; et il ne peut y avoir d'autonomie, au sein de notre service public de l'éducation nationale, s'il n'y a pas contrôle et évaluation .

L'évaluation doit donc devenir un moment essentiel de la vie de l'Université.

Evaluation interne d'abord. L'évaluation des enseignements est prévue par les textes. Son principe même rencontre, ici ou là, des résistances que l'on peut comprendre. Il est clair que ces évaluations ne doivent pas être des évaluations des enseignants , mais des évaluations des cursus, des enseignements qui doivent permettre de faire progresser la formation. Des dispositifs commencent à se mettre en place dans nombre d'universités, d'écoles et d'IUFM. Je souhaite qu'ils soient généralisés, tout en prenant les précautions naturelles à l'égard de tous les acteurs de la communauté universitaire.

L'évaluation interne de la recherche est pratiquée de façon diverse : il est nécessaire que les équipes de direction des universités, des écoles, des IUFM puissent faire appel à des expertises extérieures permettant de faire des choix indispensables à la conduite d'une bonne politique de recherche d'établissement.

Mais il va de soi que l'évaluation des politiques d'établissement doit venir d'un regard extérieur. L'évaluation de la recherche fondamentale est réalisée avec soin et efficacité grâce au travail de la Mission scientifique universitaire. Mais des progrès restent à accomplir pour disposer de méthodes objectives dans les autres types d'activité : recherche technologique, recherche appliquée, recherche clinique en médecine, recherche en éducation. Une action ambitieuse doit être entreprise en ce sens, c'est une condition nécessaire à la valorisation des nouvelles activités que développent les Universités et des nouvelles missions remplies par les universitaires.

L'évaluation des autres aspects de la politique d'établissement est encore balbutiante. Je souhaite faire en sorte que soient renforcés les moyens du comité national d'évaluation, structure indépendante, qui pourrait s'adjoindre le concours d'experts étrangers, afin qu'il puisse étudier de près tous les aspects de la politique de l'université et en particulier l'exécution du contrat d'établissement. Cette démarche qui pourrait prendre en compte les observations du Ministère et celles de l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche, permettrait de mieux fonder la politique contractuelle de la période suivante et de mieux justifier les montants financiers qui lui sont consacrés.

Je veux affirmer avec force et conviction que l'autonomie est un élément fondamental de la modernisation que nous devons amplifier: place doit être faite aux initiatives , à la créativité , à l'inventivité des acteurs du terrain : c'est là que se trouvent désormais les voies du progrès.

En conclusion, des moyens en progression, une dynamisation des premiers cycles, une accentuation de la mobilité internationale, et en particulier européenne, une autonomie plus grande des établissements, rendue possible par des pratiques rigoureuses d'évaluation, tels sont les axes d'une politique de modernisation qui fera accomplir de nouveaux progrès à l'ensemble du système universitaire français.


(source http://www.education.gouv.fr, le 12 octobre 2000)

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