Conférence de presse de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la politique de l'enseignement dans les DOM TOM, notamment l'enseignement du créole, les créations d'emploi, l'amélioration des conditions de vie des élèves, Paris le 18 octobre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur la politique de l'enseignement dans les DOM TOM, notamment l'enseignement du créole, les créations d'emploi, l'amélioration des conditions de vie des élèves, Paris le 18 octobre 2000.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Conférence de rentrée scolaire pour l'outre mer à Paris le 18 octobre 2000

ti : C'est avec un grand plaisir que je vous accueille aujourd'hui, en compagnie du nouveau Secrétaire d'Etat à l'outre-mer, pour une conférence de presse qui est une novation. C'est la première fois que nos deux ministères, l'éducation nationale et l'outre-mer, tiennent conjointement une conférence de presse à l'occasion de la rentrée scolaire. Notre dessein n'est pas de détailler par le menu la rentrée scolaire dans nos départements et territoires d'outre-mer, mais plutôt d'exposer à cette occasion les grandes lignes de notre ambition dans le domaine de l'éducation. Une ambition qui est celle du Gouvernement tout entier pour cette partie de notre territoire national si éloignée de la métropole sur les cartes et qui est pourtant au coeur de nos priorités.

Notre ambition pour le système éducatif est la même pour tout le territoire, mais notre politique n'est pas un lit de Procuste, où l'on coupe ce qui est trop long, où l'on tire sur ce qui est trop court. Sa mise en ¿uvre doit être souple, épouser la réalité du terrain.

Car il y a autant de points communs que de différences entre les îles de Saint-Pierre et Miquelon, où quelque 6 500 habitants vivent surtout de la pêche, et la Guyane, notre département le plus vaste et le plus forestier ; entre les départements de la Guadeloupe et de la Martinique d'une part, et les territoires de Nouvelle Calédonie, de Polynésie, de Wallis et Futuna d'autre part ; entre les îles de Mayotte et de la Réunion, qui plongent pourtant leurs racines dans le même océan.

Différences d'origine, de peuplement, d'histoire, de culture, de développement. Mais identité dans le sentiment d'appartenir à une même nation, de mériter de notre part - et avec raison - les mêmes soins quant à la qualité des enseignements, de participer d'une même ambition pour l'école.

Voilà pourquoi nous avons tenu à cette conférence de presse au beau milieu d'une rentrée qui s'étire sur plusieurs saisons. Elle a eu lieu le 23 août en Polynésie française, le 29 août à la Réunion, le 8 septembre en Guadeloupe... mais elle aura lieu le 19 février à Wallis et Futuna et le 26 février en Nouvelle Calédonie, puisque dans ces territoires, c'est le calendrier austral qui s'applique.

La question du calendrier scolaire est ainsi révélatrice des distorsions qui existent entre la métropole et l'outre-mer, mais aussi entre ces mêmes entités. Eh bien, puisque la question a été posée à mon collègue Christian Paul la semaine dernière à l'Assemblée nationale, à propos de la Réunion, de savoir qui décidait de ce système et quel en était le fondement, je répondrai en peu de mots : c'est le choix de l'ensemble de la communauté éducative d'outre-mer, régulièrement et largement consultée dans chaque territoire, dans chaque département, comme l'a fait en l'occurrence M. le Recteur Geneste à la Réunion.

Voilà le point d'équilibre que nous recherchons en permanence, la ligne de crête sur laquelle nous cheminons. Unité oui, uniformité non. Ce qui veut dire promouvoir l'égalité des chances. Ce qui veut dire respecter les cultures régionales et favoriser leur épanouissement- et ce sont ces deux orientations que je développerai devant vous.

Mais je voudrais d'abord souligner, en hommage à Claude Allègre et à Jean-Jack Queyranne, qui nous ont précédés dans nos fonctions, que cette volonté le Gouvernement de Lionel Jospin l'a faite sienne depuis trois ans, en mettant en oeuvre un plan pour l'outre-mer doté de moyens importants et qui explique largement les succès que nous mesurons aujourd'hui en termes d'amélioration des taux de réussite scolaire.

1°) Cet effort continu, et soutenu, se justifie d'abord par la spécificité démographique des départements et territoires d'outre-mer, où près de la moitié de la population a moins de 20 ans.

Que représente la population d'outre-mer dans les 1er et second degrés à la rentrée 2000 ?

Un total de près de 700 000 élèves, dont 400 000 dans le premier degré, 300 000 dans le deuxième. Sur la période 97-2000, les effectifs ont augmenté de 23 468 élèves, soit une hausse de 3,5 %. Nous devons comparer cette hausse à la baisse de 1,3 %, soit -239 500 élèves en métropole.

Pour les années 1997 à 2000 et pour l'ensemble des collectivités d'outre-mer, 5219 emplois ont été créés dont 3693 emplois pour les seuls départements d'outre-mer dans le cadre du plan de développement.

Cela représente une croissance de 12.4% des effectifs totaux entre 1997 et 2000 (46 300 emplois d'Etat), répondant ainsi aux besoins exprimés.

L'effort a particulièrement porté sur les départements où la poussée démographique était et est encore importante (Guyane et Réunion). Dans ces deux département ont été respectivement créés 807 et 1343 emplois.

Pour répondre aux besoins de la rentrée 2000, 1371 emplois ont été créés : 988 pour les DOM et 383 pour les TOM. Il est à noter que les collectivités d'outre mer les plus déficitaires et celles qui connaissent une évolution importante de leurs effectifs d'élèves ont été mieux dotées. C'est ainsi que 186 emplois ont été affectés à la Collectivité de Mayotte, 236 à la Guyane et 483 à la Réunion.

Dans le respect de son engagement vis-à-vis de Mayotte, l'Etat, à travers le budget du ministère de l'éducation nationale, prend en charge les rémunérations des 1611 instituteurs territoriaux pour un coût de 134 M.F (en 2000) incluant la création à la rentrée de 111 emplois.

La création d'emplois s'est accompagnée de la mise en place de structures administratives adaptées aux besoins : après la création en 1996 des rectorats de la Guadeloupe et de la Guyane, l'Etat a assuré leur développement pour un fonctionnement de plein exercice. Conscient des besoins de Mayotte, l'Etat a créé à la rentrée 2000 un vice-rectorat.

Un effort de construction aussi important a été réalisé en matière de constructions scolaires.

Plus de 1,5 milliard de francs ont été dépensés pour l'ensemble des DOM-TOM par le ministère de l'éducation nationale sur la période 94/2000 dont près d'1 milliard depuis 1997 pour améliorer les conditions de vie des élèves et pour offrir une réponse aux importants besoins nés de la forte poussée démographique.

L'Etat, dans le cadre des prochains contrats de plan, participera, pour les quatre départements d'outre-mer, aux constructions ou réhabilitations des établissements du premier ou second degré pour près d'un demi milliard de francs à titre de dotation exceptionnelle. Par ailleurs, un nouveau rectorat sera bâti en Guyane.

Enfin, l'enseignement supérieur est également, comme je vous l'ai rappelé la semaine dernière, une priorité gouvernementale. La part de l'Etat dans le prochain Contrat de Plan Etat Région passe donc de 500 millions de francs à plus d'un milliard de francs, soit un doublement des dotations.

C'est donc au prix d'un effort exceptionnellement soutenu dans tous les domaines que nous sommes arrivés à :

- une bonne rentrée scolaire, où on n'a relevé aucune crise, mais au contraire un déroulement satisfaisant, malgré les inévitables difficultés ponctuelles qui sont le lot commun de toute opération de cette ampleur ;
- des résultats en amélioration constante : à la Réunion, le taux de réussite au baccalauréat général était de 65,9 % en 97, il est de 75,3 % en 2000. En Guyane, il était de 60,9 % en 97, il est de 71,1 en 2000. En Guadeloupe, même progression, seule la Martinique accusant un léger tassement des résultats en 2000.

2°) Pour améliorer encore ces résultats, nous sommes plus que jamais déterminés à renforcer l'égalité des chances dans l'accès au savoir entre l'outre-mer et la métropole.

a) C'est l'objet du dispositif d'adaptation des programmes nationaux dans les académies d'outre-mer.

A la Réunion par exemple, l'histoire et la géographie, de même que les sciences de la vie et de la terre ont depuis longtemps fait leur entrée dans les programmes locaux. Un manuel d'histoire Découvrons notre île, réalisé en 1982 à l'usage des élèves, est en cours de réédition. La production de matériels pédagogiques adaptés a été engagée, comportant l'édition de dossiers sur la " Compagnie des Indes ", une cassette sur le peuplement des Mascareignes, un CD-Rom sur la population de la Réunion réalisé en1999...

De la sorte, l'école offre aux enfants un visage plus familier, en correspondance, au sens baudelairien, avec leur univers quotidien. Cette mixité est une puissante incitation à apprendre, à jeter un regard nouveau sur le monde qui entoure chaque enfant. C'est aussi un chemin vers la découverte du patrimoine local.

J'invite chaque académie à s'investir résolument dans cette voie, à nouer un partenariat actif avec les directions régionales de l'action culturelle. Depuis plusieurs années, aux Antilles et à la Réunion, celles-ci ont joué un rôle pionnier dans le conventionnement d'opérations artistiques en milieu scolaire.

A la Réunion, par exemple, plus de 200 intervenants dans des domaines aussi divers que la musique, la danse, les arts plastiques, les arts du spectacle, l'architecture¿ travaillent avec les écoles. Et la scène Nationale de Guadeloupe a inscrit dans ses statuts dès sa création, le jumelage avec tous les lycées de l'archipel guadeloupéen.

De même, j'invite les professeurs de métropole à accorder une place plus importante aux DOM dans leur enseignement, pour favoriser le brassage des savoirs et développer l'expression des cultures de l'outre-mer. C'est ainsi qu'elles trouveront une place originale dans la culture française, où elles représentent une belle illustration du modèle français d'intégration.

b) Rapprocher l'élève de son environnement pour favoriser la réussite et l'intégration scolaires, c'est aussi engager, comme nous le faisons en particulier depuis la rentrée, une action enthousiaste en faveur des langues régionales.

J'ai annoncé il y a un mois trois mesures en ce sens :

*l'élaboration d'un véritable cadre national pour cet enseignement, que prépare la Direction de l'enseignement scolaire,

* dans ce cadre général, j'ai demandé à chaque recteur un plan académique de développement de cet enseignement,

* enfin, le renforcement du recrutement des professeurs des écoles pour l'enseignement des langues régionales et en langues régionales.

Je veux qu'on avance vite. D'ores et déjà, de nombreuses académies ont produit des chartes d'action de très grande qualité. Vous trouverez dans le dossier de presse celui de la Guadeloupe, qui vient de m'être communiqué par le recteur Chardon. Il donne la mesure de l'appétit que suscite auprès des élèves aussi bien que des enseignants la perspective de l'enseignement du créole. Les parents d'élèves ont d'abord été interrogés pour savoir s'ils étaient volontaires pour que leurs enfants reçoivent en cinquième une sensibilisation au Créole-Langue et Culture Régionale au cours de l'année 99-2000. Je voudrais citer ce document :

" Etant donné le nombre d'élèves inscrits (68), il a fallu créer trois groupes classes alors qu'initialement il n'était prévu que deux groupes avec un maximum de vingt-cinq. (¿) Pourtant, ils ont quasiment tous atteint les objectifs fixés. Un réel engouement a nourri la participation au cours : ils étaient volontaires, se considéraient comme les pionniers d'une option nouvelle et se réalisaient audacieux par rapport aux autres camarades. "

Voici la suite de l'expérience :

" La même démarche a été reconduite cette année en direction des élèves de 5ème passant en 4ème. Au total, 94 élèves du collège Félix Eboué suivent cette année les cours de LCR et certains en 3ème posent déjà la légitime question de l'option créole en classe de seconde pour la rentrée 2001 ".

Et le groupe académique de souligner que l'enseignement du créole doit répondre à l'objectif de consolidation de la maîtrise du français au primaire et au début du collège, en 6ème et en 5ème.

Intégration, voilà l'objectif. Favoriser la réussite en permettant à l'enfant de mobiliser sans interdit ses ressources naturelles, voilà l'enjeu. Il suppose que le créole soit le vecteur linguistique d'une créolité instillée dans les programmes comme acquis patrimonial. Il s'agit de permettre aux enfants créolophones d'accéder au bilinguisme par des pratiques de l'oral prenant en compte le fait créole, dans sa double dimension de langue et de culture.

Qu'ils m'écrivent de la Réunion ou de la Martinique, c'est le même langage que me tiennent tous les responsables de mes services. Ainsi quand M. Morabito, Recteur de la Martinique souligne : " Dans cette société fondamentalement bilingue, le français et le créole se développent dans le même espace. Et, à cause de l'existence d'une zone de continuité linguistique, le créole a tendance à s'infiltrer dans le français (et vice-versa). Ainsi, ce n'est pas le créole qui bloque l'apprentissage du français, c'est cet interlecte français-créole qui crée une situation difficile à surmonter et face à laquelle les pédagogues sont encore peu armés. "

M. Geneste, Recteur de la Réunion, partage cette analyse quand il m'indique : " Le français et le créole étant deux langues proches, les interférences et les alternances codiques sont fréquentes et font que le créole est trop souvent ressenti comme un handicap, alors qu'il peut être facteur de richesse linguistique. "

Je souhaite tirer les conclusions de ces constats unanimes, auxquels le législateur envisage de donner force de loi puisque la loi d'orientation pour l'outre-mer, si elle est votée par le Sénat conformément à ce que l'Assemblée nationale a délibéré, nous impose d'aller de l'avant. Quelles sont les implications de l'article 18 de la future loi ?

Celle-ci porte sur les langues en usage dans les DOM et étend le régime de la loi de 1951, dite loi Deixonne, relative aux langues régionales métropolitaines et au tahitien. Sont ainsi principalement concernés les créoles parlés en Martinique et en Guadeloupe, en Guyane et à la Réunion, ainsi que les langues amérindiennes et les créoles bushi-nengue de Guyane, à base d'anglais et de hollandais.

Certes, il n'existe pas aujourd'hui d'enseignement généralisé des langues régionales dans ces académies, mais nous avons vu qu'il existe un enseignement facultatif assez vigoureux, et qui ne demande qu'à se développer. Encore faut-il le faire en conciliant le dynamisme et le réalisme.

J'identifie 5 problèmes principaux :

1. Le ministère de l'éducation nationale doit anticiper les conditions de la prise en charge par son budget des obligations nouvelles que lui impose la loi. C'est donc un travail de programmation de ses moyens financiers et en personnels, au vu des actions à engager, qu'il doit réaliser d'abord.

2. Les effectifs d'élèves devront être rapidement chiffrés par les recteurs, puisque seuls sont concernées les familles et les enseignants volontaires.

3. La définition de contenus d'enseignement pourrait d'abord être élaborée au sein de commissions locales composées d'universitaires, de spécialistes et de responsables de la communauté éducative. S'agissant de la Guyane, où un large effort a été accompli en faveur de l'enseignement du créole guyanais à base française, les autres langues régionales (amérindiennes, bushi-nenguéennes) ne sont pas encore des langues écrites et quelquefois n'ont pas encore décrites par les linguistes. Le renforcement d'un réseau de médiateurs devrait permettre d'aider les enfants concernés à mieux prendre conscience de leurs langues maternelles, à l'utiliser dans des activités ludiques et culturelles de manière à tirer bénéfice de ce bilinguisme qui est une richesse essentielle de cette région.

4. La formation des enseignants devra faire l'objet de maquettes dans les académies, qui prendront en compte la diversité des créoles. Les supports pédagogiques nécessaires devront être préparés.

5. Enfin, l'évaluation de cet enseignement devra faire l'objet d'études en amont, tant pour les élèves que pour les intervenants.

J'ai décidé de prendre 4 mesures :
1. Engager une large consultation sur les attentes des familles, au moyen d'un questionnaire sur les langues et leurs statuts. Ce sondage devrait toucher un échantillon représentatif de la population et s'intéresser aussi bien à l'image du créole qu'à sa dimension officielle, aux effets produits par son utilisation dans les médias,¿et enfin à l'image du français.

2. Réunir une commission de spécialistes incontestés, experts et pédagogues. Les principales questions traitées par cette commission seraient les suivantes : la diversité des graphies, l'inventaire du corpus littéraire créole, les progressions pédagogiques envisageables ...

3. Renforcer le réseau des Centres Pédagogiques Régionaux de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane, en créant dans chacune de ces académies, conformément au décret de 1992, un centre qui serve de point d'appui aux innovations pédagogiques en faveur des langues et cultures régionales.

4. Créer un Capes de langues régionales/créole, c'est-à-dire comportant des épreuves en langues et cultures créoles et dans d'autres disciplines : français, histoire-géographie, langues vivantes, mathématiques¿

Je conclus sur le chapitre des langues régionales pour redire que les efforts que nous déployons en leur faveur sont aussi des efforts en faveur du français. En développant les langues locales et notre langue nationale, nous favoriserons le bilinguisme, au lieu de cristalliser sur les premières les causes d'un échec scolaire encore trop important.

3) Nourrir la capacité d'attraction régionale des départements et territoires d'outre-mer

Ce que je viens de dire montre, je crois, que nous voulons voir dans chaque département, chaque territoire d'outre-mer, un tout, qu'il faut renforcer intrinsèquement.

Mais ces territoires ont aussi une vie régionale, ils s'insèrent géographiquement et culturellement dans des ensembles régionaux qui représentent un faisceau d'échanges économiques et culturels : la Caraïbe, pour la Martinique et la Guadeloupe, l'Océan Indien pour Mayotte et la Réunion, l'Amérique latine pour la Guyane, etc.

Il nous faut tirer parti de cet environnement, arrimer nos départements et nos territoires dans ces bassins culturels pour développer leurs capacités.

Sans passer en revue chacun de ces territoires ou départements, je veux prendre deux exemples : la Guyane et la Réunion, sachant que partout les initiatives fourmillent.

a) Nous voulons développer en Guyane et dans les Antilles un ensemble universitaire tourné vers l'Amérique latine et les Caraïbes

Plusieurs réflexions ont été engagées sur ce thème : celles conduites par M. le Recteur Bertène Juminer, celles du Professeur Jacques Blamont, auquel mon prédécesseur a confié une mission de réflexion en 1998. Ce sont des travaux très utiles. Si bien qu'aujourd'hui, un rapide état des lieux guyanais conduit aux conclusions suivantes : il existe en Guyane à la fois un cadre institutionnel : celui de l'université des Antilles et de la Guyane ; une base universitaire, celle de l'Institut d'Enseignement Supérieur ; un désir profond de développer cette base, que je partage complètement ; des financements importants au budget de mon ministère et de nature européenne, pour un montant total voisin de 400 MF ; et enfin des propositions innovantes.

Je veux dire ceci aux Guyanais, en parfait accord avec mon collègue Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, et bien sûr Christian Paul :

1) Nos objectifs sont de long terme, nous voulons un développement durable. Rien ne serait pire que de décider à la hâte des constructions qui ne résisteront pas à l'usure du temps. Nous voulons d'abord affirmer l'importance du contenu, viser la qualité, voire l'excellence, et favoriser ainsi l'attractivité, en particulier au niveau des deuxième et troisième cycles.

Cela veut dire, dans notre esprit :

*Choisir des thématiques spécifiques de l'Amérique du Sud, des zones équatoriales : les éco-systèmes tropicaux, les aspects médicaux, l'eau, etc.

*Associer quelques universités métropolitaines à ce projet.

*Mettre en place des structures de recherche performantes en partenariat entre universités et EPST.

*Attirer en Guyane des scientifiques de très grande qualité pour contribuer au développement de ces laboratoires. Cela implique que nous devrons porter une attention particulière aux cursus des enseignants-chercheurs.

*Accueillir des scientifiques d'Amérique du Sud en leur offrant de bonnes conditions de travail, comme chercheurs ou comme enseignants chercheurs.

*Viser plus globalement à faire de ces deuxièmes et troisièmes cycles, et des formations doctorales associées, des formations d'excellence ayant pour débouchés la recherche, l'ingénierie de haut niveau...

On peut alors envisager que ce pôle universitaire devienne une sorte de vitrine du savoir-faire technologique français et apparaisse comme un pôle d'attraction pour les futures élites de ce continent.

Pour autant, il ne faut pas négliger les formations de cadres intermédiaires (IUT, BTS), et d'enseignants en liaison étroite avec les besoins locaux. La professionnalisation des filières est en effet un objectif central, que nous partageons avec les élus guyanais.

2) Nous vous proposons une méthode de réalisation. Elle consiste à créer une équipe-projet chargée de coordonner l'action des différents ministères compétents : l'éducation nationale, la recherche, l'outre-mer, mais aussi les affaires étrangères, en raison de la dimension internationale du projet.

Cette cellule interministérielle d'assistance à maîtrise d'ouvrage aura pour mission d'élaborer un plan d'action. Ce plan devra garantir une bonne insertion du projet guyanais d'abord dans un ensemble universitaire à vocation régionale. Il devra également s'inscrire dans le cadre d'action qui sera adopté le 3 novembre par l'ensemble des ministres de l'éducation de l'Union Européenne, de l'Amérique latine et des Caraïbes, que je réunis à Paris les 2 et 3 novembre.

b) C'est aussi au nom de cette dimension régionale que La Réunion accueille la première antenne du Centre International d'Etudes Pédagogiques de Sèvres

Ce projet vise à substituer un véritable service public rattaché au C.I.E.P à la Réunion. Le futur centre accompagnera, dans le domaine de l'éducation, les relations internationales développées par la France à partir de ce département d'outre-mer. Il aura comme principale vocation d'accueillir en formation des professeurs de français d'Afrique du Sud, d'Afrique de l'est, de l'Océan Indien ainsi que des cadres des systèmes éducatifs. Il accompagnera, en outre, le développement de l'expertise éducative française dans cette région du monde, en assurant un service de veille.

Placé sous l'autorité directe du C.I.E.P. de Sèvres, il agira en partenariat avec le Rectorat de la Réunion, l'Université de la Réunion, qui développe une politique remarquable à destination de l'Océan Indien.


En définitive, la politique éducative que nous conduisons outre-mer se déploie dans deux dimensions : une dimension nationale et une dimension internationale.

Si l'histoire est un pont entre la métropole et l'outre mer, la géographie est un lien entre ces terres et le reste du monde. Songeons seulement que la seule commune anglophone de France se trouve à Saint Martin, en Guadeloupe, et on aurait tort d'y voir seulement un paradis pour touristes nantis, puisque nous y formons une population importante d'élèves issus de familles modestes. Songeons également que nous sommes le seul pays de l'Union Européenne à disposer d'une frontière avec le Brésil, et quelle frontière, puisque ce ne sont pas moins de 700 kilomètres qui séparent la Guyane de son voisin d'Amérique.

C'est dire à quel point l'outre-mer est un symbole vivant de notre diversité. A ce titre, il porte aussi certaines de nos contradictions. Ses habitants ont raison de regarder du côté de la métropole lorsqu'ils demandent les meilleurs niveaux de qualité pour l'enseignement. En même temps, ils constituent pour tous leurs voisins une référence incontestable, en termes sociaux, économiques, culturels. Voyez l'ampleur des migrations à destination de Mayotte, de la Guyane¿ Ce qui d'ailleurs accroît les pressions sur l'école, et nous impose de faire preuve d'imagination, de détermination. Nous n'avons pas la prétention de régler tous les problèmes, car nous ne confondons pas la politique avec la magie. Mais au moins nous pouvons garantir à nos compatriotes de l'outre-mer que nous mettons à régler les problèmes qu'ils rencontrent à l'école la même détermination que pour résoudre ceux qui apparaissent en métropole.

Voilà quelques unes des orientations en faveur d'une meilleure intégration de l'outre-mer dans les grands courants d'échanges intellectuels au niveau international. J'ajoute que je serais très heureux si le Professeur Elie Cohen, qui a mené à bien ces derniers mois le projet d'universités d'été en faveur de la mobilité européenne des étudiants et des enseignants-chercheurs, et qui prépare l'appel d'offres pour une deuxième génération d'universités d'été, faisait germer dans les universités d'outre-mer un grand nombre d'initiatives en faveur d'un renforcement des échanges avec les étudiants d'Europe.


(source http://www.education.gouv.fr, le 20 octobre 2000)

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