Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'enseignement des langues, notamment les langues régionales et la langue allemande dans l'académie de Strasbourg, Paris le 18 octobre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'enseignement des langues, notamment les langues régionales et la langue allemande dans l'académie de Strasbourg, Paris le 18 octobre 2000.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Signature de la convention Etat-région sur l'enseignement des langues vivantes dans l'académie de Strasbourg, à Paris le 18 octobre 2000

ti : Mesdames et Messieurs,

Nous voilà donc réuni pour signer ensemble cette convention portant sur la politique régionale des langues vivantes dans le système éducatif en Alsace.

Vous connaissez l'attention particulière que j'ai porté dès mon arrivée au développement des langues vivantes étrangères et des langues régionales.

Le 20 juin, j'ai affirmé une ambition à cinq ans : que tous les élèves de 6ème apprennent deux langues vivantes, l'une commencée à l'école primaire, l'autre débutée au collège. J'ai ce même jour annoncé un plan pour l'école :

- Dès la rentrée 2000, généralisation effective de l'apprentissage d'une langue vivante dans toutes les classes de CM2. Nous ne sommes pas loin du but, nous devons l'atteindre sans délai. Les recteurs devront à cet effet mobiliser toutes les compétences disponibles.

- la rentrée 2001, généralisation à l'ensemble des classes de CM1. L'enseignement des langues n'est aujourd'hui offert qu'à la moitié de ces classes.

- compter de la rentrée 2002, l'apprentissage des langues vivantes devient effectivement précoce et concerne d'année en année des enfants de plus en plus jeunes : ceux du cours élémentaire 2ème année en 2002, du cours élémentaire 1ère année en 2003, du cours préparatoire en 2004 et de la grande section de maternelle en 2005.

- la rentrée 2005, tous les élèves, depuis la grande section de l'école maternelle, jusqu'au CM2, apprendront une langue vivante et tous débuteront une seconde langue vivante dès la 6ème. Cette planification n'interdira pas, partout où c'est possible, d'anticiper sur le calendrier, sous réserve d'assurer la continuité de l'apprentissage tout au long de la scolarité.

- les nouveaux programmes de l'école primaire, qui seront publiés au printemps 2001, donneront aux langues vivantes, le statut d'une discipline à part entière, enseignée obligatoirement, avec des objectifs précis et un horaire spécifique.

Ainsi, à la rentrée 2005, conformément à la volonté affirmée en mars 1999 par le Premier Ministre dans un discours à l'UNESCO, de commencer l'apprentissage des langues dès le plus jeune âge, l'enseignement des langues vivantes à l'école élémentaire aura connu une mutation en profondeur. Et tous les élèves de 6ème apprendront deux langues vivantes, dont une commencée dans les premières classes de primaire.

J'ai pris ces premières décisions après avoir consulté Claude HAGEGE, professeur au collège de France et j'ai chargé l'inspecteur général Francis GOULLIER de concevoir et mettre en place un plan général de développement des langues vivantes, à tous les niveaux, de l'école à l'université, que je rendrai public à la rentrée.

Le 4 septembre, à l'occasion de la rentrée scolaire, j'ai annoncé que le développement de l'enseignement des langues régionales constituait l'un des chantiers à venir avec trois directions prioritaires :

- donner un véritable cadre national pour cet enseignement. J'ai chargé Jean-Paul de GAUDEMAR, le directeur de l'enseignement scolaire, qui avait été particulièrement actif sur ce sujet en tant que recteur de Strasbourg, puis de Toulouse, de préparer une circulaire en ce sens.

- Il sera demandé à chaque recteur concerné, de préparer un plan de développement de cet enseignement à partir de cette circulaire.

- Enfin, je souhaite que soit renforcé le recrutement de professeurs des écoles pour l'enseignement des langues régionales et en langue régionale. La mise en place d'un concours spécial pour leur recrutement est à l'étude. Un effort particulier sera fait pour la formation de maîtres bilingues, notamment pour ceux qui se destinent à l'enseignement en langue régionale.

La convention que nous allons signer dans quelques instants montre à quel point l'Alsace est au carrefour de ces deux politiques, qui en fait forcément un tout dans une même politique des langues vivantes. L'Alsace marque ainsi une double volonté de préserver une langue et une culture régionale et de s'ouvrir sur l'Europe.

Cette convention s'inscrit dans une continuité :

- d'abord avec l'action engagée à travers deux contrats de plan sur la base d'un partenariat prioritaire entre l'Etat et les collectivités locales. Le partenariat a permis d'aboutir à un consensus sur la politique linguistique scolaire en Alsace.

- ensuite avec une volonté ancienne dans l'académie de Strasbourg, de la part de l'Education. En effet, dès 1982, le recteur DEYON, au travers d'une circulaire, définit un programme académique - qui sera complété en juin 1985 et janvier 1988 - par les recteurs successifs.

Cette démarche initiant le début de la promotion des langues vivantes dans l'académie, repose sur plusieurs points forts :

- la valorisation de l'usage de l'alsacien par l'organisation d'activités en dialecte à l'école maternelle,

- le développement de l'enseignement de l'allemand en CM1 et CM2, d'abord à raison de 2h30 par semaine, puis extension au CE2 là où cela est possible du fait de la disponibilité de ressources humaines,

- la création de sections trilingues où, dès la 6ème, l'enseignement d'une 2ème langue vivante étrangère s'ajoute à celui de l'allemand,

- la création d'un certificat régional d'allemand en collège destiné à valoriser la voie régionale de l'allemand qui commence à l'école élémentaire,

- concernant la formation des maîtres, la mise en place de cours de perfectionnement pour des dizaines de maîtres ; d'autres dizaines accomplissent des stages en RFA au titre des échanges ou de bourses du Goethe Institut,

- la prise en compte de la spécificité régionale par la création d'une voie d'apprentissage de l'allemand propre aux dialectophones et intégrant les potentialités que représente le dialecte dans l'apprentissage de l'allemand,

- la création de la Mention Régionale en lycées professionnels pour les candidats satisfaisant à des exigences linguistiques d'un certain niveau en allemand afin de favoriser l'insertion dans la vie professionnelle.

Cette volonté a produit des effets concrets.

Ainsi, 90 % des élèves de l'académie de Strasbourg bénéficient d'un enseignement d'allemand en CM1 et CM2, et près de 70 % en CE2.

* 5 758 élèves bénéficient d'un enseignement bilingue à l'école élémentaire et maternelle.

* 6 collèges offrent cet enseignement et l'option Langues et Cultures régionales concerne environ 4 000 élèves en lycée et collège. Cet enseignement touche aussi l'enseignement professionnel avec 548 titulaires d'un BEP et 158 titulaires d'un Bac Pro " mention régionale ".

La convention portant sur le contrat de plan 2000-2006, nous permet de franchir une nouvelle étape autour de 6 objectifs :

- le développement de l'enseignement extensif qui doit permettre de généraliser l'offre d'un enseignement de 3 h hebdomadaires de langue régionale pour l'enseignement élémentaire et la grande section de maternelle,

- le développement de l'enseignement bilingue tant dans l'enseignement élémentaire et préélémentaire qu'au niveau des collèges et des lycées,

- les échanges linguistiques de maîtres et de classes,

- l'enseignement de l'allemand en filière professionnelle,

- l'option langue et culture régionale en collège et lycée,

- le recrutement et la formation des maîtres. Le concours des professeurs des écoles sera aménagé par la création d'un concours spécial de recrutement des professeurs des écoles enseignant une langue régionale.

La formation des maîtres sera adaptée, au regard des besoins en compétence linguistique constatés et à augmenter l'horaire consacré aux formations bilingues au sein de l'IUFM, et le centre de formation aux enseignements bilingues spécialisera la moyenne 50 maîtres par an afin de satisfaire aux besoins de maîtres aptes à enseigner en langue allemande.

Je souhaite, enfin, vous dire combien le travail qui a permis d'aboutir à cette convention est exemplaire par le partenariat entre l'Etat et les collectivités territoriales, par la volonté commune de développement de l'enseignement des langues vivantes, par l'effort d'innovation notamment en matière de formation des maîtres.

Je souhaite que ce partenariat puisse servir d'exemple dans d'autres régions.


(source http://www.education.gouv.fr, le 20 octobre 2000)

Rechercher