Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur le soutien de l'Etat à la création architecturale et sur la politique urbaine, Orléans le 20 novembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur le soutien de l'Etat à la création architecturale et sur la politique urbaine, Orléans le 20 novembre 2000.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Inauguration du Pont de l'Europe et du tramway, à Orléans (Loiret) le 20 novembre 2000

ti : Madame et Messieurs les ministres,
Monsieur le maire, Monsieur le ministre,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Président du Conseil régional,
Monsieur le Président du Conseil général,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de me trouver aujourd'hui à Orléans à l'invitation de son maire, Jean-Pierre SUEUR, que je remercie chaleureusement. Nous sommes réunis afin d'inaugurer deux équipements particulièrement réussis. D'abord, ce magnifique " Pont de l'Europe " que nous venons d'emprunter ensemble, remarquable ouvrage conçu par l'architecte espagnol Santiago CALATRAVA, que je voudrais également saluer. Plus tard dans l'après-midi, nous découvrirons la première ligne de tramway de votre communauté de communes. Il faut savoir gré à Jean-Pierre SUEUR d'avoir de bout en bout porté ces projets, respectueux de l'héritage historique d'Orléans en même temps qu'à la pointe de l'innovation. A travers ces projets se dessine une nouvelle modernité urbaine, qu'ici comme ailleurs le Gouvernement soutient pleinement.

Créations au c¿ur de la ville, ces deux ouvrages s'accordent avec l'âme d'Orléans.

Vous l'avez souligné, Monsieur le maire : Orléans est inséparable de la Loire. En unissant toujours mieux les deux rives du fleuve, chacun des ponts de la ville a marqué une étape essentielle dans l'histoire d'Orléans. A son tour, le " Pont de l'Europe ", le centième sur ce fleuve, ajoute un trait d'union entre les deux berges. Survolant harmonieusement l'eau, l'¿uvre de Santiago CALATRAVA ne fait qu'effleurer la Loire. Prenant appui sur deux points seulement des rives, le pont épouse au mieux un fleuve dont il reproduit, dans les airs, la courbe. Ainsi, le pont respecte un site complexe et fragile : urbain au nord, sauvage en sa traversée du fleuve, et presque champêtre au sud. Le tramway évoque lui aussi le fleuve, empruntant sa couleur aux sables de la Loire.

Ces deux nouvelles réalisations s'intègrent au riche patrimoine historique d'Orléans. L'arche inclinée du pont guide le regard vers la vieille ville et la Cathédrale Sainte-Croix. L'histoire d'Orléans est évoquée dans chaque station de la nouvelle ligne du tramway. Celle-ci a su s'adapter au caractère de chacun des quartiers qu'elle traverse, se faisant discrète lorsque l'exigeait le patrimoine environnant -dans la Rue Royale ou sur le Pont Georges V. Elle n'en garde pas moins son unité, soulignée par exemple par l'engazonnement de son parcours à travers la ville et par l'utilisation d'un matériau traditionnel, la fonte, mis au service d'un grand projet tourné vers le XXIème siècle.

A l'image d'Orléans, dynamique capitale régionale, ces deux ouvrages nous projettent en effet vers l'avenir. Audace formelle, le " Pont de l'Europe " est une prouesse technique. Il a fallu faire appel à des technologies de pointe pour réduire au strict minimum les deux piles soutenant le pont et incliner ces tripodes afin de prolonger visuellement l'inclinaison de l'arc. Les élus orléanais ont choisi d'appeler cet ouvrage " Pont de l'Europe ". Alors que la France assume la Présidence de l'Union européenne, ce pont témoigne ainsi de l'ouverture de votre ville sur ce grand projet de notre temps. Dans un autre registre, les huit ¿uvres d'art contemporain qui jalonnent la ligne de tramway ajoutent à la modernité de son identité tracée par Jean-Michel WILMOTTE.

Ces deux réalisations sont exemplaires d'une nouvelle modernité urbaine.

La ville forme l'horizon quotidien d'une très grande majorité de nos concitoyens. Les Rendez-vous de l'architecture qui se sont tenus à La Villette, sous l'égide de Catherine TASCA, ministre de la Culture et de la Communication, l'ont à nouveau souligné : les citadins aspirent à vivre dans une ville plus humaine, où l'on respire mieux, où l'espace est plus généreux, où s'épanouit la beauté des créations architecturales. Dans la ville, les espaces comptent tout autant que les bâtiments eux-mêmes. Urbanisme et architecture doivent donc être conjugués. Je me réjouis que cette préoccupation soit désormais si présente chez les élus locaux, qui savent mêler le patrimoine urbain à de nouveaux projets, souvent de nature culturelle, faisant ainsi revivre des trésors d'architecture tout en étoffant le lien social.

Ces projets voient le jour grâce au talent de femmes et d'hommes dont le travail sur la ville est le métier. Architectes, urbanistes, paysagistes, décorateurs sont les créateurs de la ville de demain, une ville plus aérée et plus sûre, plus solidaire et plus belle. L'architecte n'est pas seulement un inventeur de formes originales. Il est aussi le concepteur d'une synthèse mêlant des objectifs esthétiques, techniques, économiques et sociaux partagés par une collectivité. L'acte architectural est une ¿uvre de l'esprit, au service du bien-être des habitants de la ville.

Le Gouvernement entend soutenir la création architecturale. D'abord en aidant la profession d'architecte à mieux s'organiser et à parfaire ses filières de formation. Tout en relevant les défis complexes posés par la réhabilitation de bâtiments anciens, les architectes doivent se préparer à faire face à une concurrence internationale qui devient plus vive et plus pressante. Ensuite, le Gouvernement a engagé la réforme du code des marchés publics. Celle-ci affirmera clairement que le maître d'ouvrage public doit tenir compte, dans ses choix, non seulement du prix de l'ouvrage, mais aussi de ses caractéristiques esthétiques et fonctionnelles. Ces caractéristiques sont essentielles à la mise en ¿uvre d'un projet urbain cohérent, pour une ville soucieuse de son environnement à long terme, conciliant ainsi le bon usage des fonds publics et la recherche de la qualité. Enfin, le Gouvernement prévoit de renforcer la sensibilisation des jeunes générations, de l'école primaire jusqu'à l'université, aux questions patrimoniales et architecturales. Ce programme sera préparé par la ministre de la Culture et de la Communication et par le ministre de l'Éducation nationale, Jack LANG. Ainsi, les citoyens seront mieux à même de s'associer aux choix qui engagent le cadre de leur vie.

Cette attention donnée à la création architecturale s'inscrit dans la démarche d'ensemble du Gouvernement, qui entend que la ville soit un espace de qualité et de beauté, de respect de l'environnement et de cohésion sociale.

Cette démarche globale est inséparable du grand projet de loi relatif à la solidarité et au renouvellement urbains. Celui-ci sera voté demain, en dernière lecture, à l'Assemblée nationale. Présenté par le ministre de l'Équipement, des Transports et du Logement, Jean-Claude GAYSSOT, le secrétaire d'Etat chargé du Logement, Louis BESSON, et le ministre délégué à la Ville, Claude BARTOLONE, ce texte traduit la volonté du Gouvernement de répondre aux préoccupations des Français : permettre à tous d'accéder à un logement décent, faciliter les transports quotidiens, encourager la mixité sociale. Cet effort en faveur de la cohésion des villes et du cadre de vie de nos concitoyens sera mené en concertation étroite avec les élus et avec toutes les professions concernées.

Cette démarche s'appuie sur une politique des transports en commun nouvelle et ambitieuse. Nouvelle par sa conception : elle doit jouer un rôle d'intégration sociale en liant les quartiers et servant les moins favorisés. Elle doit aussi laisser plus d'espace aux piétons, aux cyclistes, aux rollers. Ici, ils ont d'ailleurs été les premiers, symboliquement, à s'approprier le " Pont de l'Europe ". C'est une politique ambitieuse par ses moyens : à Orléans, le Gouvernement a contribué à hauteur de 375 millions de francs au financement de ce tramway. Ailleurs en France, le Gouvernement poursuivra son effort financier en faveur des transports en commun. Le projet de loi de finances prévoit ainsi un doublement des crédits en faveur des transports en commun pour 2001, tant en direction des projets de grande ampleur qu'en vue de l'amélioration de la qualité du service offert aux voyageurs.

Mesdames et Messieurs,

Ici, à Orléans, le " Pont de l'Europe " et le nouveau tramway illustrent les principes sur lesquels doit se fonder le renouvellement urbain : une meilleure prise en compte des besoins des habitants, l'élaboration d'un cadre de vie de qualité, contribuant à la beauté du paysage urbain, le respect de l'environnement et l'impératif de solidarité au sein de la ville. Les deux réalisations que j'inaugure aujourd'hui soulignent le rôle moteur des collectivités locales en matière de renouvellement urbain, en particulier lorsqu'elles unissent leurs efforts, comme c'est le cas ici à travers la communauté de communes. C'est aux collectivités qu'il revient de placer le geste architectural et la création au c¿ur de la politique d'aménagement urbain, en initiant de grands projets mais qui soient proches des habitants de la ville et respectueux de leur environnement. Les collectivités locales peuvent compter sur le soutien de l'Etat pour faire avancer les projets qui préparent, au service de nos concitoyens, la ville de demain. Ici à Orléans, vous l'avez illustré de façon remarquable. Et c'est pourquoi j'ai voulu, avec vous, en porter témoignage.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 22 novembre 2000)

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