Déclaration de Mme Catherine Tasca, ministre de la culture et de la communication, sur la lecture, la coopération culturelle et l'Europe littéraire, Paris le 13 octobre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Catherine Tasca, ministre de la culture et de la communication, sur la lecture, la coopération culturelle et l'Europe littéraire, Paris le 13 octobre 2000.

Personnalité, fonction : TASCA Catherine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Inauguration de la manifestation "Lire l'Europe" à Paris le 13 octobre 2000

ti : Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs et Mesdames les directeurs des instituts culturels,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis écrivains,

Je suis très heureuse, en vous recevant aujourd'hui, d'inaugurer la manifestation Lire l'Europe, qui sera l'un des fleurons de notre fête du livre.

Cette année, cette fête commence par un événement que nous n'avions ni organisé ni prévu : l'attribution du Prix Nobel de littérature à Gao Xingjian que j'ai l'honneur d'accueillir, aujourd'hui au Palais Royal, avec ses collègues européens et, heureuse coïncidence, en présence de Torgny Lindgren, président du jury suédois qui lui a décerné cette haute distinction.

C'est un grand maître de la littérature chinoise qui se trouve ainsi récompensé. Gao a mis tous les talents du lettré classique au service d'un regard pénétrant sur le monde contemporain, bâtissant une oeuvre ambitieuse dans laquelle la légendaire Montagne de l'Ame occupe la place d'une magistrale allégorie de la vie.

La France ressent ce prix comme un hommage à sa tradition d'accueil : Cher Gao, vous vous êtes en effet fixé dans notre pays depuis douze ans et vous en avez acquis la nationalité en 1998.

Traducteur de Ionesco, Beckett et Prévert en chinois, médiateur de langues et des cultures, vous avez fait un choix d'écriture qui nous honore.

Je vous en remercie, comme je remercie celles et ceux qui, en France, ont cru très tôt en vous : vos traducteurs, Nöel et Liliane Dutrait et votre éditrice, Marion Hennebert des Editions de l'Aube, que je salue tout particulièrement.

Permettez-moi, avec l'ensemble de vos collègues et de vos amis ici réunis, de vous féliciter très chaleureusement.

Comme vous le savez, Mesdames et Messieurs, nous organisons en effet depuis dix ans, au mois d'octobre, un événement autour du livre, qui s'est d'abord appelé La fureur de lire (je le dis pour nos amis belges qui ont conservé pour leur propre fête cette première appellation) et aujourd'hui Lire en fête. Dans ce cadre, le ministère de la culture incite à ce que fleurissent le plus possible d'événements, dont la signification commune est le partage du plaisir de lire.

La lecture, nous le savons bien, est d'abord un acte solitaire, un chemin qui ramène à soi. Il n'était donc pas si évident d'en faire la matière de manifestations collectives. Ce pari a pourtant réussi : en nombre bien sûr (nous attendons plus de 5000 manifestations cette année) et en qualité aussi, vous en êtes une preuve vivante.

Lire en Fête a révélé un autre aspect de la lecture, une dimension un peu cachée, et en quelque sorte paradoxale, qui est justement l'envie qu'on a d'en faire partager le plaisir.

On le fait de cent manières : par des cadeaux, par une lecture à haute voix, à plusieurs voix, par un commentaire, une discussion, pourquoi pas un dessin ?

Ce partage n'est jamais immédiat comme dans d'autres arts : par exemple, lorsqu'on va ensemble au spectacle. Il recèle de l'émotion, puisqu'il s'agit toujours de trouver le ton ou les mots pour dire comment notre intimité a été touchée par un livre.

Voilà pourquoi la rencontre avec des écrivains est l'une des voies royales pour prolonger, approfondir le plaisir d'un livre, quelquefois aussi pour découvrir une plume après avoir été séduit par une voix.

Un texte qu'on a vraiment goûté ne s'épuise jamais dans sa lecture, il ouvre bien des questions. Il est donc heureux qu'une grande fête du livre donne la première place à ces rencontres vivantes entre les écrivains et leurs lecteurs. Elles seront très nombreuses dans toute la France : dans des salons, des librairies, des bibliothèques mais aussi des gares ou des hôpitaux.

Nous avons souhaité que, parmi toutes ces invitations, celle que le ministère organise directement regroupe des écrivains européens. Il y a à cela, bien sûr, un motif de circonstance : la présidence française de l'Union européenne en ce second semestre 2000, qui a favorisé déjà de fructueuses discussions sur le livre et son économie.

Mais je crois aussi que cette circonstance a été l'occasion de satisfaire notre curiosité sur l'Europe littéraire.

Nous ne sommes pas les seuls à l'éprouver d'ailleurs, cette curiosité, puisqu'à Bordeaux et dans toute l'Aquitaine le " Carrefour des littératures " a lancé depuis trois jours les " Europes littéraires " avec quelques-uns des écrivains que nous recevons aujourd'hui, et d'autres encore.

Je me réjouis du succès de cette manifestation et de ce que l'Etat et les collectivités territoriales soient sur une même longueur d'ondes dans cette envie d'accueil.

Chers Amis, il sera passionnant pour nous de cerner quelle Europe se dégage au tournant du millénaire sous vos regards d'écrivains immergés dans un présent en plein bouleversement. Sans anticiper sur les débats, en lisant vos ¿uvres, on est frappé par la place de l'exil, des déchirements identitaires liés aux migrations récentes, elles-mêmes dues aux différences de niveau de vie mais aussi au sentiment d'une plus grande proximité entre pays d'Europe.

Une Europe en plein brassage donc, mais où les hommes et les femmes demeurent confrontés à l'énigme de l'amour, au scandale de la mort, aux interrogations sur le temps et l'absence. La lecture nous fait mesurer combien ces questions éternelles ont subi, elles aussi, l'impact de la révolution des m¿urs contemporaines.

Enfin je me réjouis du voisinage, dans votre délégation, d'écrivains déjà célèbres sur tout notre continent et d'auteurs plus jeunes, à l'¿uvre en train de se faire, et dont nous faisons le pari qu'elle occupera une grande place dans l'Europe littéraire des décennies à venir.

Vous connaissez tous très bien l'Europe, un certain nombre d'entre-vous ont étudié, se sont mariés ou écrivent dans un autre pays que celui de leur naissance. Beaucoup sont polyglottes. Ceci aussi est une réalité de l'Europe d'aujourd'hui et je crois qu'elle vous rendra sensible aux remerciements que j'adresse pour finir aux passeurs de langue et de littérature grâce à qui nous nous retrouvons aujourd'hui :
- aux traducteurs qui vous ont fait connaître en français et dont le métier est souvent proche de celui des auteurs.
- aux éditeurs qui vous ont accueillis, vous et vos traducteurs, dans leurs collections.
- aux libraires, bibliothécaires, établissements culturels qui vous reçoivent.
- et bien sûr à nos amis des Ambassades et des centres culturels des pays européens, avec qui nous avons une longue habitude de coopération, aussi bien pour les Belles Etrangères que pour Lire en fête.

Aujourd'hui, plus peut-être que d'habitude, grâce à vos ¿uvres, nous avons le sentiment de construire ensemble l'Europe culturelle.

(source http://www.culture.gouv.fr, le 16 octobre 2000)

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