Interview de M. Christian Poncelet, président du Sénat, dans "Le Parisien" du 4 novembre 2000, sur sa participation au dîner du CRIF par solidarité "envers nos compatriotes de confession israélite" victimes de violences perpétrées contre les lieux de cultes et les écoles juives en liaison avec la situation au Proche-Orient et sur son opposition à l'idée d'un "vote communautaire" juif. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christian Poncelet, président du Sénat, dans "Le Parisien" du 4 novembre 2000, sur sa participation au dîner du CRIF par solidarité "envers nos compatriotes de confession israélite" victimes de violences perpétrées contre les lieux de cultes et les écoles juives en liaison avec la situation au Proche-Orient et sur son opposition à l'idée d'un "vote communautaire" juif.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. RPR

ti : Proche Orient : " La France a une politique équilibrée "

1°) Dans quel état d'esprit allez-vous participer ce soir au dîner annuel du CRIF ?

J'ai répondu favorablement à l'invitation de mes amis Jean Kahn, Président du Consistoire, et Henri Hajdenberg, Président du CRIF, face à la gravité des événements. Il me paraît, en effet, indispensable de manifester notre solidarité envers nos compatriotes de confession israélite. Les actes odieux perpétrés contre des lieux de culte ou des écoles rappellent les heures noires de notre histoire. Je souhaite que l'on recherche les auteurs de ces lâches attentats, et qu'ils soient punis avec la plus grande fermeté. Chaque responsable politique doit clamer haut et fort :"plus jamais ça".

2°) Comprenez-vous que le Président du CRIF ait publiquement accusé Jacques CHIRAC d'avoir une approche partiale et injuste du conflit du Proche Orient ?

Je me garderai bien d'intervenir dans cette polémique, révélatrice de la forte charge émotionnelle qui pèse, au-delà des faits eux-mêmes, dans la crise israélo-palestinienne.

L'heure est à l'apaisement. C'est aussi le sens de ma présence ce soir.

3°) La France doit-elle choisir, ou bien doit-elle avoir l'ambition de conduire au Proche Orient une politique "équilibrée", sinon équidistante ?

La France a une politique équilibrée au service de la paix, même s'il lui est difficile d'être toujours totalement "équidistante".

Pour ma part, je reste convaincu, pour reprendre les propos de Shimon Pérès lui-même, que "pour qu'Israël reste un Etat juif, il faut qu'il y ait un Etat palestinien" et que les deux coexistent pacifiquement en travaillant ensemble à la prospérité de cette région.

4°) S'il y avait un dîner équivalent de celui du CRIF organisé à Paris par les amis des Palestiniens, y participeriez-vous ?

Je m'étonne de ce parallèle pour le moins rapide et réducteur. Faut-il rappeler que le CRIF a pour ambition de représenter l'ensemble des institutions juives de France. Il n'a pas la vocation spécifique d'être le porte-voix de la cause israélienne en France.

Je n'élude pas pour autant cette question. Si les amis des Palestiniens organisaient un dîner pour faire avancer la paix, dans un climat de fraternité, je ne verrais pas de raison objective de décliner une telle invitation.

5°) Certains, dans la communauté juive, parlent déjà d'un "vote sanction" contre Jacques Chirac et en faveur de Lionel Jospin en 2002...

L'idée même qu'il puisse y avoir un "vote communautaire" en France, de quelque nature que ce soit, heurte profondément le républicain que je suis et heurtera, je pense, la quasi-totalité des Juifs de France, qui sont des citoyens français.

Le génie de la République, c'est de rassembler des citoyens de toutes origines et non pas de fédérer des communautés.

L'idée d'un comportement communautaire dessert la cause juive, car elle accrédite la thèse, souvent véhiculée par les antisémites eux-mêmes, que nos concitoyens d'origine israélite n'appartiennent pas totalement à la nation et qu'ils ne participent pas pleinement à la citoyenneté française.

Moi, je fais confiance à l'intelligence de nos frères juifs pour ne pas se laisser manipuler et pour prendre du recul. L'Histoire le leur a douloureusement appris.


(Source http://www.senat.fr, le 27 novembre 2000)

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