Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "La Vie" du 26 octobre 2000, sur la présidence française de l'Union européenne, son choix de siéger comme député européen, la décentralisation et l'allongement de la durée de l'accès à l'IVG. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "La Vie" du 26 octobre 2000, sur la présidence française de l'Union européenne, son choix de siéger comme député européen, la décentralisation et l'allongement de la durée de l'accès à l'IVG.

Personnalité, fonction : BAYROU François, ZEMMOUR Eric.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Force démocrate, président

ti : Depuis que l'UDF a obtenu 9,4% des voix aux dernières élections européennes de juin 1999, son président, François Bayrou, a des velléités d'indépendance. De son poste de député européen, il marque sa différence avec Jacques Chirac et ambitionne de plus en plus d'être le candidat du centre droit pour la présidentielle de 2002. Entretien.

Après le Sommet de Biarritz, qui n'a rien donné, les négociations sur la révision des institutions européennes sont dans l'impasse. La présidence française est-elle efficace ?
Il lui reste deux mois. C'est très peu. Quels seront les résultats concrets ? Il n'y a pas 5% des Français ou des autres citoyens européens qui puissent comprendre un mot de ce qui se discutera à Nice ! Conseil, commission, Parlement, quels sont les pouvoirs des uns et des autres ? Et là-dedans, quels sont les pouvoirs reconnus aux citoyens ? Le combat pour l'Europe, c'est la transparence !

Mais l'Europe s'est construite dans cette opacité ! N'est-ce pas par peur des peuples ?
L'Europe ne survivra que si les citoyens sont invités à la table des grands, comme les responsables, et non comme des spectateurs incapables de comprendre les grands sujets pour initiés. Au sortir de la guerre, il fallait réconcilier deux nations après des millions de morts. On comprend qu'il ait fallu prendre des précautions. Aujourd'hui, l'avenir de tous les enfants dépend directement des décisions de l'Union. En France, on croit à la République, à la loi décidée par tous et respectée par tous. Un jour, je le crois, la République sera européenne.

Le président de la République et le Premier ministre vous semblent-ils capables de porter ce grand dessein ?
Je n'y crois guère. L'un et l'autre estiment que l'Europe est l'affaire des gouvernements et des diplomates. Je pense qu'ils voient l'Europe comme une sorte d'Onu où l'on se met d'accord sur des compromis. Pour moi, cette vision n'est plus de saison. On n'écartera pas longtemps les citoyens des problèmes à résoudre : monnaie, défense, recherche, fiscalité, tout cela a des implications européennes.

Vous avez choisi de siéger au Parlement européen. Au bout d'un an de mandat, quel est votre jugement ?
Je ne regrette pas ce choix. Il était difficile pour un responsable politique national. Mais j'ai voulu respecter ma parole. Les Français ont été tellement trompés, et si souvent, qu'on n'a pas le droit de leur mentir. Je peux vous dire que nos pays frères en Europe prennent la démocratie et la vie parlementaire au sérieux ! Ce n'est pas le cas en France.

Vous êtes un décentralisateur de toujours. Comment conciliez-vous cette construction grandiose avec la décentralisation sans faire l'Europe des régions ?
Vous vouez dire : sans défaire la France ! A l'avenir, beaucoup de problèmes se traiteront de près. Au fond, les Français disent : " Laissez-nous nous occuper de nos affaires. " Par exemple, je ne vois pas pourquoi les problèmes de la chasse, ou la protection d'un marais, doivent se décider à Bruxelles ! En revanche, c'est l'Union qui doit pouvoir parler de sa monnaie ou participer à la solution du conflit du Moyen-Orient. Et ce ne sera pas l'Europe des régions. Les Etats-nations resteront le cadre privilégié des débats qui orientent la vie d'un peuple. Aux plans social, éducatif, culturel, environnemental, par exemple.

Martine Aubry a quitté les Affaires sociales. Parmi ses dernières décisions, il y eut l'allongement de la durée légale de l'accès à l'IVG. De peur de paraître ringarde, l'oposition n'ose exprimer ses convictions
Rien n'est plus délicat que ce sujet. Pour moi, je suis du côté de la vie et je veux la défendre. En même temps, je vois très bien les drames et les détresses, le sentiment d'abandon que subissent beaucoup de femmes et de jeunes filles. Mais pourquoi dire qu'il n'y a que l'avortement comme solution ? Et quatorze semaines, avec le squelette qui est formé. Je préfère l'éducation, la contraception, même avec la pilule du lendemain. Est-il normal qu'en France une grossesse sur quatre aboutisse à un avortement ? Tout le monde dit, comme une évidence : " L'avortement est un drame. " Alors, pourquoi n'essaie-t-on pas vraiment de rendre ce drame moins fréquent ?

Vous cachez de moins en moins votre ambition présidentielle. Que répondez-vous à ceux qui vont vous accuser de division ?
Le problème de la vie politique française, à droite comme à gauche, c'est l'impossibilité du renouvellement ! Pendant quinze, vingt, trente ans, on nous a expliqué qu'il faut toujours reprendre les mêmes et recommencer. C'est pour cette raison que depuis des éternités, on a non seulement les mêmes équipes, mais les mêmes idées et les mêmes discours. Et nous sommes le seul pays dans ce cas ! Cela ne durera pas. Le renouvellement sera le grand sujet des dix-huit mois qui viennent.
Propos recueillis par Eric Zemmour

(Source http://www.udf.org, le 26 octobre 2000)

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