Déclaration de M. Claude Goasguen, vice-président et porte-parole de Démocratie libérale, lors du débat sur le projet de loi de finances pour l'enseignement supérieur, Paris le 13 novembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Claude Goasguen, vice-président et porte-parole de Démocratie libérale, lors du débat sur le projet de loi de finances pour l'enseignement supérieur, Paris le 13 novembre 2000.

Personnalité, fonction : GOASGUEN Claude.

FRANCE. Démocratie libérale, vice président;FRANCE. Démocratie libérale, porte parole

ti : Madame la Présidente, Messieurs les Ministres, mes chers collègues, j'irai à l'essentiel puisque nous avons déjà eu l'occasion en Commission d'échanger nos points de vue quant aux problèmes de l'enseignement supérieur.

L'approche comptable, qui est la première approche d'un projet, montre une augmentation des crédits de l'enseignement supérieur. Peut-on parler pour autant de rupture par rapport aux budgets précédents ? Je n'irai pas jusque là. Ce qui caractérise les budgets des universités, comme d'ailleurs ceux de l'éducation nationale, c'est qu'ils sont toujours, qu'ils soient proposés par un gouvernement de droite ou un gouvernement de gauche, quantitativement en hausse.

Cela dit, je ne fais pas partie de ceux qui considèrent qu'un budget doit être systématiquement critiqué. Le secteur éducatif nécessite que des moyens prioritaires soient mis en ¿uvre. Cela vaut pour l'enseignement scolaire, comme pour les universités.

Mais si ce budget est quantitativement en hausse, je note quelques points inquiétants, même sur ce seul aspect comptable. Monsieur Claeys le soulignait tout à l'heure : le plan U3M manifeste une collaboration intéressante entre l'Etat et les collectivités territoriales. Je trouve la remarque de Monsieur Claeys intéressante. Si d'habitude, la décentralisation transfère les compétences en même temps que le financement, là, nous sommes confrontés à une décentralisation d'un nouvel ordre, qui consiste à décentraliser le financement mais pas les compétences.

Je ne ferai pas de mauvais esprit en la matière. Je souhaite simplement rappeler que, comme le Ministre nous y a convié en Commission, il est temps d'aborder sereinement la question de l'autonomie et de la décentralisation des univsersités. Monsieur Mauroy a fait dans ce domaine des propositions. Ce sont les siennes, j'en conviens, mais elles ont néanmoins le mérite d'éclairer à la lumière de l'évolution de notre pays et de notre volonté de décentraliser, les relations entre autonomie universitaire, décentralisation, financement et transfert des compétences. Il propose de faire ce qui aurait dû être la réalité depuis quelques années déjà.

Comme je l'ai dit en Commission, je trouve les crédits affectés au désamiantage de Jussieu insuffisants. Je me rends bien compte de l'énormité des crédits à débloquer. Mais avec 300 millions par an, l'opération qui devrait coûter globalement trois milliards de francs, prendra une dizaine d'années. Et cela au moment où, dans le cadre du fameux plan U3M, d'autres universités se constituent à côté de Paris VI, dans le cadre de la ZAC Rive gauche. Cela risque de créer des déséquilibres au détriment de Paris VI, qui est pourtant une de nos plus grandes universités scientifiques. Il ne faut pas laisser dériver cette grande université, qui est au centre de Paris.

S'agissant des bibliothèques universitaires, je note que, malgré les réels efforts consentis depuis 1988, les crédits qui leur sont consacrés restent encore très insuffisants. Les bibliothèques ont besoin de crédits, d'assistants et surtout, d'horaires plus souples. Cinquante-cinq heures d'ouverture des bibliothèques par semaine, c'est bien, ¿ sur le papier. Mais ce n'est pas assez, quand tous nos voisins européens, sans parler de nos voisins nord-américains qui sont des concurrents universitaires, laissent leurs universités ouvertes toute l'année. Bien sûr, cela nécessite du personnel, mais c'est une nouvelle obligation de service public que de permettre aux étudiants de travailler dans les bibliothèques universitaires quand ils le souhaitent avec tous les moyens disponibles.

Enfin, je voulais souligner, mais vous en avez dit un mot à la fin de votre exposé, l'importance qu'il faut attacher pour l'avenir aux technologies nouvelles d'enseignement. Dans le maquis comptable que représente encore cette loi de finances, j'ai détecté un million de francs, très insuffisante.

Là aussi, je vous mets en garde, Monsieur le Ministre, la concurrence universitaire étrangère en matière de technologies nouvelles risque d'amenuiser notre potentiel. Certes, la rue de Grenelle devra trancher et les arbitrages ne seront pas toujours faciles, chaque université voulant disposer pour elle-même du potentiel de technologies nouvelles. Mais cela représente pour les universités françaises un moyen de développement considérable sur le plan tant scientifique qu'économique. En effet, les technologies nouvelles accompagnent la formation professionnelle qui elle-même accompagne la vente d'outillage et d'appareils divers dans le monde entier. La renommée de nos universités a beaucoup à gagner au développement de ce secteur.

J'aborderai plus rapidement, mais sur un ton plus vif, le conservatisme universitaire qui marque la politique de la France depuis mai 68. Ce qui est explicable de la part de la droite l'est beaucoup moins , vous en conviendrez, Monsieur le Ministre, de la part de la gauche. Mai 68 ne devrait pas vous effrayer. Nous avons l'impression que les politiques universitaires qui se suivent sont marquées par la peur des grands rassemblements étudiants investissant la rue.

Paradoxalement, le mouvement né dans les années 70 aboutit à un conservatisme universitaire qui est désormais préjudiciable. Les présidents d'université, mais en premier lieu les politiques, en sont responsables. Cela explique certaines de nos difficultés.

La première d'entre elles est le DEUG en deux ans pour 37% d'étudiants. Ce n'est pas assez, même si 70% d'étudiants sortent avec un diplôme, ce qui n'est pas si mal.

La deuxième est que nous avons le sentiment que les IUT, qui pendant longtemps ont constitué un fleuron un peu à part de l'entité universitaire, perdent de leur spécificité. De nombreux étudiants ne s'arrêtent plus à la fin de l'IUT pour continuer le cursus dans l'université. Cet allongement de la durée des études dénature la philosophie première des IUT.

La troisième préoccupation nous semble impensable à l'entrée du XXIème siècle. Certes, les licences professionnelles existent, vous les avez évoquées, mais comment peut-on expliquer que l'université ne donne pas à ses étudiants la possibilité de s'insérer professionnellement à la sortie du diplôme ? Il n'y a pas de secret dans ce domaine. Ce n'est pas le professeur d'université qui doit placer ses étudiants. L'université française, si elle veut être concurrentielle, un jour, avec celle de nos voisins européens ou nord-américaines, doit inventer, comme les autres, des départements de placement des étudiants. Dans un monde où la démocratisation de l'enseignement a dépassé le concept classique de l'université, il faut, au-delà de la délivrance du diplôme, aider l'étudiant muni de sa maîtrise ou de son diplôme de troisième cycle à s'y retrouver dans un marché de l'emploi mobile et géographiquement éclaté.

Le monde économique est désormais preneur d'une participation dans la professionnalisation des universités. L'Etat pourrait pousser les banques françaises à faire ce que font toutes les banques dans les prêts aux étudiants. Ainsi, aux Etats-Unis, les étudiants de latin, qui ne sont pourtant pas les plus professionnels par essence, disposent tous de prêts bancaires et de stages à la sortie de leur université. Pourquoi ce qui est vrai dans l'Ontario ne le serait-il pas en Ile-de-France ? D'ailleurs, l'Ile-de-France elle-même a initié plusieurs procédés de ce point de vue.

Ce qui frappe aussi, et vous l'avez reconnu, c'est que l'université manque de rayonnement international. De ce point de vue, je note avec satisfaction, en espérant que tout cela ne résulte pas simplement de l'esprit de Bruxelles, les décisions prises par les Quinze il y a quelques jours. Le plan d'action pour la mobilité est une bonne chose pour l'université française.

Pour terminer, je ne voudrais pas oublier de mentionner les relations de coopération avec les universités notamment africaines. S'il est clair que l'université française doit attirer des étudiants étrangers, force est de constater qu'elle le fait de moins en moins. Certes, à regarder attentivement les statistiques, on s'aperçoit que, sur les quelques 160 000 étudiants étrangers qui fréquentent nos universités, il y a environ 80 000 étudiants qui viennent des pays africains. Le Maroc envoie 15 000 étudiants et l'Algérie 12 000. C'est positif, mais, en même temps, cela prouve que la France a perdu de son rayonnement en matière de coopération universitaire. Il ne suffit pas d'attirer des étudiants africains, dont on voit bien quel intérêt ils ont à mener des études supérieures en France. Encore faut-il aider aussi le développement des universités africaines. C'est un impératif au moins aussi essentiel pour la France. Je regrette à cet égard que l'université de Dakar soit en déclin et que celle d'Abidjan ne fonctionne plus comme il y a quelques années. En clair, je regrette que la coopération universitaire, qui passait par le Ministère de la rue d'Oudinot, ait disparu et que la France se lance désormais dans la recherche systématique d'étudiants étrangers en négligeant nos frères africains. Nous devons les aider, par la francophonie, à développer leurs propres entités universitaires

. Ce n'est donc pas une critique de l'internationalisation de l'université. Simplement, je considère que celle-ci doit s'accompagner d'une coopération à l'égard de ceux qui sont dans le champ de la francophonie. Or, de ce point de vue, nous sommes incontestablement en recul.

Pour conclure, Monsieur le Ministre, nous voterons contre votre budget, non pas avec agressivité ou animosité, car c'est quantitativement un bon budget. Mais nous souhaitons, par notre vote négatif, attirer ceux qui, demain, feront le budget universitaire, vers deux impératifs modernes de notre enseignement supérieur : l'un fondé sur la liberté - nos universités ont besoin de davantage d'autonomie et de liberté -, l'autre, fondé sur la mobilité et notamment la liberté internationale. Pour paraphraser un vieil adage médiéval, je souhaite que l'air de l'université rende libre, comme au Moyen-Age, l'air de la ville rendait libre. On a vu d'ailleurs ce que cela a donné dans un certain nombre de cas. Modernité, cela signifie mobilité et liberté. Je souhaite que pour vos successeurs, de gauche comme de droite, car vous n'avez pas eu le temps de prendre à pleines mains le dossier universitaire, la modernité et la liberté aillent désormais de pair.

(Source http://www.claude-goasguen.org, le 19 décembre 2000).

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