Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur l'action de la France en faveur de la défense des droits de l'homme, Paris le 12 décembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur l'action de la France en faveur de la défense des droits de l'homme, Paris le 12 décembre 2000.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Remise du Prix des droits de l'Homme de la République française, à Paris le 12 décembre 2000

ti : Mesdames et Messieurs les ministres,
Excellences,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous accueillir au sein de l'Hôtel de Matignon à l'occasion de la remise du Prix des droits de l'Homme de la République française, décerné par la Commission nationale consultative des droits de l'Homme. Placée sous l'autorité du Premier ministre, la Commission éclaire de ses avis les travaux du Gouvernement dans un domaine essentiel -la défense de la dignité humaine- où la vigilance doit être sans faille. Et il est vrai, comme l'a souligné Gao XINGJIAN, recevant son Prix Nobel de littérature, que " le nouveau siècle est loin d'avoir été immunisé par les nombreux désastres que le précédent a connus ". Le XXIème siècle appelle donc l'engagement de tous pour faire vivre les droits " de l'Homme " -qui sont aussi, bien sûr, ceux de la femme. Parce que la reconnaissance d'un droit est dénuée de sens si celui-ci ne se traduit pas dans les faits, et précisément parce que les faits résistent, les droits de l'Homme ont besoin de défenseurs, de ces femmes et de ces hommes qui mettent leur conscience, leur volonté et leur énergie au service du respect de la dignité humaine.

C'est pour distinguer ces femmes et ces hommes qu'est décerné le Prix des droits de l'Homme de la République française. Cette année, deux enjeux avaient été retenus : la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, d'une part ; la lutte contre l'exploitation des enfants -sous toutes ses formes-, d'autre part. Ces drames sont souvent liés : la pauvreté frappe le plus durement les enfants, tandis que l'absence d'éducation des enfants est le terreau de la misère. A travers le monde, le travail forcé et l'exploitation des mineurs à des fins de prostitution ou de trafic d'organes sont d'inacceptables réalités contre lesquelles il nous faut lutter résolument. Cette lutte doit puiser sa vigueur dans l'engagement des jeunes générations. C'est pourquoi je me réjouis de la présence, parmi nous, des lauréats du concours René CASSIN des établissements scolaires ; ce concours marque le soutien du Gouvernement aux collégiens et aux lycéens engagés dans le combat pour les droits de l'Homme.

Fidèle à son histoire, la France tient un rôle important dans ce combat. Elle le fait dans les enceintes internationales, comme par son action au service de la paix et du développement. Mais ce combat est une responsabilité partagée par toutes les démocraties et par tous les démocrates. Dans cet esprit, la France accueille, aujourd'hui et demain, les participants au Forum des droits de l'Homme de l'Union européenne.

Ce Forum traduit l'engagement de l'Union dans la défense de la dignité humaine. Universitaires, représentants d'associations, d'institutions européennes ou nationales de défense des droits de l'Homme, vous êtes venus de tous les Etats membres de l'Union pour participer à cette journée de débats qui seront, j'en suis convaincu, particulièrement féconds et ouverts. Riche d'un dialogue entre des acteurs de statuts différents, cette réflexion commune sur les politiques à conduire est essentielle. Elle montre que, dans la défense des droits de l'Homme, chacun garde naturellement sa liberté de critique et sa légitimité à agir.

L'Union européenne vient également de franchir une étape marquante avec la proclamation, lors du Sommet de Nice, de la Charte des droits fondamentaux. Ce texte a été élaboré selon un mécanisme exemplaire, auquel a contribué de façon déterminante le Président Guy BRAIBANT. La Charte consacre les valeurs partagées par les Européens et qui sont au fondement de la construction européenne. Ce texte solennel doit inviter l'Union européenne à relayer mieux encore, à travers le monde, l'action en faveur des droits de l'Homme.

C'est là une des vocations primordiales de l'Organisation des Nations-Unies. Je voudrais saluer la présence parmi nous de Madame JILANI, qui est la première représentante spéciale du Secrétaire général des Nations-Unies pour les défenseurs des droits de l'Homme. Permettez-moi, Madame, de vous féliciter pour cette nomination. Votre engagement personnel, qui vous a parfois mise en situation de danger physique, vous qualifiait particulièrement pour assumer ce rôle. Vous pouvez être assurée du soutien de la France et de l'Union européenne dans son ensemble pour vous épauler dans l'accomplissement de votre tâche. A travers vous, c'est à tous les défenseurs des droits de l'Homme dans le monde, dont certains sont récompensés ce soir par le Prix de la République française, que je souhaite rendre hommage.

Avant de remettre ce Prix des droits de l'Homme, je voudrais saluer l'institution qui le décerne et son président, Pierre TRUCHE. La Commission nationale consultative des droits de l'Homme a accompli un travail remarquable. Votre départ, Monsieur le Président, est regretté par tous. Avec la calme autorité qui vous caractérise, vous avez su donner une impulsion nouvelle à la Commission. Vous avez aussi contribué à renforcer sa reconnaissance internationale. Je me félicite de savoir que vous mettrez vos qualités au service de la Commission nationale de déontologie de la sécurité que vient de créer le Parlement, à l'initiative du Gouvernement. Sous votre conduite, cette Commission permettra de mieux veiller au respect des droits de la personne par tous ceux qui, agents publics et personnels privés, sont investis d'une autorité dans le champ de la sécurité.

Mesdames et Messieurs,

Les droits de l'Homme doivent être, pour reprendre une expression chère à Robert BADINTER, " une création continue ". A mesure que les avancées scientifiques et techniques façonnent un monde nouveau, elles posent des questions philosophiques et politiques inédites sur la condition humaine et nous conduisent à explorer de nouveaux espaces de droit. Dans le même temps, il nous faut continuer de lutter pour le respect des droits plus anciens, et ce jusqu'au c¿ur de nos sociétés occidentales. Je pense en particulier aux droits sociaux, qui fondent la lutte contre les exclusions. Quant aux droits civils et politiques, notre vigilance ne doit pas faiblir. A travers tous ces droits, c'est un même respect absolu d'autrui comme personne humaine qu'il s'agit de défendre.

(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 13 décembre 2000)

Rechercher