Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les statuts et les missions des personnels de direction des établissements scolaires et la politique d'encadrement du ministère, Paris, le 16 novembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les statuts et les missions des personnels de direction des établissements scolaires et la politique d'encadrement du ministère, Paris, le 16 novembre 2000.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Signature du protocole d'accord des personnels de direction à Paris le 16 novembre 2000

ti : Je suis heureux de vous recevoir aujourd'hui pour la signature de ce protocole d'accord. Il marque une étape importante dans l'évolution du statut et des missions des chefs d'établissement. L'excellent rapport du recteur René BLANCHET avait ouvert des pistes, nous devions transformer l'essai. C'était une exigence pour les chefs d'établissements, dont la mission a évolué. C'était une exigence surtout parce que nous avons la volonté de tout faire pour la réussite des élèves, pour permettre aux professeurs d'exercer leur métier dans les meilleures conditions.


1. Un accord né du dialogue

Je tiens à saluer le travail des directions qui s'y sont impliquées. La réflexion, coordonnée par Béatrice GILLE, directrice des personnels administratifs, techniques et d'encadrement, responsable de la gestion de ces personnels, a impliqué l'ensemble des directeurs : Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l'enseignement scolaire, Michel Dellacasagrande, directeur des affaires financières et Jacques-Henri STAHL, directeur des affaires juridiques.

Mais nous n'aurions pas pu aboutir sans la participation, exigeante et déterminée, des organisations syndicales, et bien sûr du Syndicat National des Personnels de Direction de l'Education Nationale.

Je me félicite de la méthode de concertation et de recherche de consensus qui a prévalu tout au long de la préparation du projet. Par-delà les discussions riches et approfondies, parfois vives, nous étions tous attachés à faire aboutir un projet commun. Les chefs d'établissement connaissent mieux que quiconque les vertus de la concertation et l'art de la persuasion, eux qui les pratiquent en permanence dans leur travail de tous les jours, avec les professeurs, bien sûr, mais aussi les personnels non enseignants, les élèves et leurs parents, les collectivités locales.

La réussite de cette concertation prouve que nous poursuivons des objectifs communs. Ils tournent autour d'une idée centrale : l'établissement est le centre de gravité de notre système éducatif. Pour la plupart de nos concitoyens, le premier, le seul contact avec le service public de l'éducation nationale, c'est l'établissement. C'est là que s'exprime la vie du système éducatif, que se traduisent les réformes et les changements. C'est là aussi que travaillent l'ensemble de ceux qui font ce qu'on appelle la communauté éducative. Si nous voulons un système d'éducation capable d'ambition, de progrès, nous devons partir de l'établissement. Ce que je dis peut paraître banal. Mais l'affirmer comme un principe, c'est une révolution dans un univers où l'on a l'habitude d'une organisation verticale, de pratiques centralisées. Les établissements ne sont pas au bout d'une chaîne hiérarchique mais au point de départ de l'innovation et du changement. Je crois qu'il est temps d'inverser nos perspectives.


2. Mieux organiser les établissements

Vous avez une responsabilité déterminante dans l'action d'éducation. Beaucoup se décide au niveau où vous travaillez. La marge d'autonomie dont disposent les établissements constitue un levier de progrès sur lequel vous pouvez agir pour impulser une véritable politique éducative. Il y a là un espace de liberté, que certains jugent trop faible mais qui est en fait beaucoup plus important qu'on ne croit. Vous devez vous en saisir pour tirer le meilleur parti du potentiel pédagogique de vos établissements en vous appuyant sur la diversité des hommes et des femmes qui lui apportent leurs compétences et leurs talents. Vous trouverez toujours en moi un Ministre convaincu de l'autonomie des établissements et de ceux qui les dirigent. Mais ce n'est pas pour vous laisser seuls assumer toutes les difficultés. Je serai à vos côtés pour vous aider à exercer votre métier. L'autonomie, c'est la responsabilité, mais donc aussi l'organisation.

Les établissements scolaires ne doivent pas être des lieux où ne font que se juxtaposer des classes, où se côtoient sans se rencontrer professeurs, aides éducateurs, ¿ Dans chacun d'eux, il faut une organisation forte, condition indispensable à la réussite. Nous devons développer une culture commune de l'organisation. Devant tous les défis que nous avons à relever, il faut la mobilisation de tous. Elle ne peut venir que de la volonté et de l'énergie des chefs d'établissements.

L'école n'est efficace que dans la mesure où la liberté des enseignants peut s'exprimer à plein dans leur travail difficile. C'est dans la mesure où vous saurez créer, pour eux qui sont en première ligne, un climat propice à leur travail, que votre action prendra sens. Le c¿ur de l'action des chefs d'établissements, c'est de prendre en compte cette dimension profondément humaine. On ne dira jamais assez à quel point sont précieuses leur intelligence des situations complexes et leur capacité à conduire des hommes et des femmes à exprimer le meilleur d'eux mêmes.

Je pense, par exemple, à la lutte contre la violence. Rien ne peut être fait pour l'éradiquer si tous n'y travaillent pas ensemble. Voilà une situation où nous savons tous que l'impulsion du chef d'établissement est déterminante. Je pense aussi à la conduite d'un projet d'établissement, à l'exploitation des résultats de l'évaluation des élèves. Je pense aussi à l'orientation volontariste des jeunes filles vers les disciplines scientifiques, à la valorisation de l'enseignement professionnel, à la promotion d'activités artistiques et culturelles. Ce sont autant d'axes forts de nature à mobiliser l'ensemble de l'établissement autour d'objectifs communs.


3. Les missions des personnels de direction

J'attends des chefs d'établissement qu'ils soient les moteurs de cette volonté de réussite :

Cela passe par une collaboration étroite avec les corps d'inspection. Cette collaboration est nécessaire : les proviseurs et les principaux ont une connaissance irremplaçable de leur établissement, de son histoire, de sa vitalité, de ses contraintes de fonctionnement. Les inspecteurs, quant à eux, ont la compétence disciplinaire, le savoir intime des difficultés de la transmission des connaissances, une vision large de la diversité des pratiques pédagogiques. Ces approches du fonctionnement des classes et des établissements sont complémentaires, et elles ne peuvent que renforcer la cohérence et le dynamisme des équipes pédagogiques. Car celles-ci ont besoin d'être reconnues, aidées et confortées pour se développer et pour durer.


Ils doivent créer les conditions favorables à la naissance des nouvelles pratiques pédagogiques que j'entends promouvoir, et appliquer les objectifs nationaux. Que ce soit pour la mise en place des Travaux Personnels Encadrés ou des Projets Personnels à Caractère Professionnel, de l'organisation du travail et du temps scolaires (avec au centre la très difficile question des emplois du temps), de l'utilisation des laboratoires, ils sont les organisateurs indispensables du changement et de la modernisation. J'ai visité des lycées et des collèges, notamment en zone d'éducation prioritaire où des principaux et des proviseurs ont su tirer parti du dynamisme, de la volonté d'innover, et de la créativité des équipes pédagogiques pour mettre en ¿uvre des projets d'établissement tout à fait exemplaires.


Ils doivent permettre l'épanouissement de la vie scolaire. Pour qu'elle soit de la meilleure qualité possible, propice à un travail serein et efficace. Je sais qu'ils s'attachent à favoriser l'expression des élèves dans les établissements : j'en veux pour preuve l'attention qu'ils apportent à la mise en place et au développement des comités de vie lycéenne. En ce domaine, l'effort doit être poursuivi : permettre aux élèves de s'exprimer dans le respect des uns et des autres - et des adultes, leur apprendre les règles de vie collective, leur donner la possibilité de développer un projet qui leur soit propre, c'est les préparer à la vie dans la société et en faire des citoyens actifs et responsables.
Les chefs d'établissements ont bien sûr aussi pour mission la conduite administrative des établissements. Ils ont un rôle important dans ce qu'il est convenu d'appeler la gestion des ressources humaines. De plus en plus, ils auront à assumer l'accueil des jeunes professeurs et l'insertion au sein de l'établissement. Quand on songe que 40% des enseignants seront renouvelés d'ici à 2008, on mesure l'enjeu de leur fonction.

4. Pour une politique de l'encadrement

Ces premières mesures s'inscrivent dans la perspective d'une approche moderne de l'encadrement, conforme à l'esprit de la réforme de l'Etat. Je souhaite que l'administration soit davantage à l'écoute et au service de nos concitoyens - qui souhaitent participer au progrès de notre école, comprendre son fonctionnement, développer avec l'école des projets éducatifs. Une gestion dynamique et efficace des personnels d'encadrement suppose plusieurs choses :

Une définition claire de leurs missions. C'est le moyen de conforter leur position institutionnelle et d'asseoir leur légitimité. Les référentiels sur les missions, les activités et les compétences ont été élaborés pour ça. Ils ne doivent évidemment pas être des instruments qui viendraient rigidifier et uniformiser les pratiques. Je souhaite au contraire que chaque chef d'établissement puisse exercer son métier avec sa sensibilité et son talent propre, en fonction des caractéristiques de son établissement. À chacun d'apprécier, dans ces référentiels, les tâches qu'il doit assumer personnellement, celles qu'il peut déléguer. À chacun de construire dorénavant, sous l'autorité et avec l'aide du recteur et de l'inspecteur d'académie, les lignes directrices de son action, traduites dans la future lettre de mission.


Un véritable dispositif d'évaluation qui permette de mieux juger de la pertinence et l'efficacité de leur action, et d'en rendre compte. Par le passé, les initiatives qui ont été prises en matière d'évaluation n'ont pas abouti. C'est pourquoi j'ai demandé à la directrice des personnels administratifs, techniques et d'encadrement de mettre en place une procédure adaptée à la particularité et à la complexité du métier de chef d'établissement. J'organiserai dès le mois de janvier prochain des journées de travail qui réuniront les recteurs et les inspecteurs d'académie pour la mettre en ¿uvre. C'est là un élément clé pour une gestion qualitative et plus personnalisée de vos carrières.


Une formation initiale et continue en prise avec la réalité professionnelle et plus ambitieuse dans sa dimension universitaire. C'est l'objectif que doit se fixer le centre de formation de l'encadrement de Poitiers. Sa contribution a été déterminante pour définir les référentiels, actuels et modernes, des compétences des personnels d'encadrement.


Accorder une attention toute particulière à la carrière des personnels. Sur ce point, j'ai obtenu des moyens budgétaires importants qui traduisent la priorité donnée à la revalorisation de vos carrières dans le budget 2001. 45 MF pour le budget 2001, 160 MF au total sur 4 ans y seront consacrés.


J'ai voulu parallèlement que le classement des établissements reflète plus fidèlement leur diversité et leur complexité.
Je n'ai pu tracer que les contours d'un métier en pleine évolution. Le métier de chef d'établissement est un métier riche par sa diversité, et exigeant par les responsabilités qu'il met en jeu. Cette exigence a pour corollaire une confiance réciproque entre les personnels de direction et les responsables académiques.

Plus de confiance, mais aussi plus d'exigence, c'est l'esprit même de ce protocole que je vous invite maintenant à signer.


(Source http://www.education.gouv.fr, le 27 novembre 2000)

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