Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la mise oeuvre de la politique du développement territorial, notamment dans le domaine des nouvelles technologies de l'information et de la communication, Castres le 15 décembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la mise oeuvre de la politique du développement territorial, notamment dans le domaine des nouvelles technologies de l'information et de la communication, Castres le 15 décembre 2000.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement de M. Lionel Jospin à Castres (Tarn) le 15 décembre 2000

ti : Monsieur le maire,
Madame et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Président du Conseil régional,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Président de la Communauté d'agglomération,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,
Cher(e)s ami(e)s,


Je suis heureux de me trouver à Castres, répondant à l'invitation de son maire, mon ami Arnaud MANDEMENT. Je le remercie de son accueil chaleureux. Tout au long de cette matinée, j'ai pu mesurer les efforts déployés par votre ville pour permettre au plus grand nombre d'avoir accès aux nouvelles technologies de l'information et de la communication et, ainsi, montrer la voie d'une reconversion réussie. Castres s'est récemment engagée dans trois projets ambitieux dont j'ai pu saisir, à vos côtés, le grand intérêt pour votre agglomération : la Maison des services publics que j'ai eu le plaisir d'inaugurer, l'accès des écoles à l'internet à haut débit et le Téléport. Avant d'évoquer ces belles réalisations, je voudrais partager avec vous le sentiment général que m'inspire la visite de votre ville.

Un an après les inondations, Castres s'est relevée ; fidèle à sa devise, elle est aujourd'hui "debout". Chacun ici se rappelle les dramatiques journées des 12 et 13 novembre 1999. Dévastant la vallée du Thoré, le déluge avait plongé la région dans le deuil. Les habitations, les infrastructures et les exploitations agricoles avaient été frappées.

A force de courage et de travail, Castres s'est redressée. Un puissant mouvement de solidarité locale vous a unis face à la détresse. Vous vous êtes entraidés pour réparer les dégâts. Je souhaite rendre hommage aux bénévoles qui se sont tant mobilisés. Je veux aussi saluer le travail considérable accompli par les agents des services publics, au premier rang desquels les pompiers. Castres s'est également relevée grâce à la solidarité nationale. Une aide rapide et conséquente a été mise en place dès la publication de l'arrêté reconnaissant l'état de catastrophe naturelle sur les communes sinistrées du Tarn. L'Etat a débloqué 224 millions de francs. Il s'apprête également à consacrer près de 60 millions de francs sur trois ans au programme de protection contre les inondations et de prévention des crues. Au-delà de cette aide matérielle, subsiste - j'en suis conscient - la souffrance des familles qui sont encore aujourd'hui dans la peine. Ceux qui ont disparu sont toujours présents dans notre mémoire.


Je reviens au thème dominant de ma visite.

Grâce à la détermination des acteurs locaux et au soutien de l'Etat, le Tarn connaît aujourd'hui un renouveau économique.

Votre département surmonte ses difficultés pour mettre en place un développement durable. Le Tarn a connu, et connaît encore, des problèmes économiques importants dus aux restructurations dans le textile, le délainage et la mégisserie. Il est aussi confronté à l'arrêt de l'exploitation minière. Le Tarn a pourtant su valoriser ses atouts et développer les conditions d'un nouveau dynamisme. Grâce aux politiques contre le chômage déployées par le Gouvernement, ce dynamisme a permis une diminution du nombre de demandeurs d'emplois de 20,7 % en trois ans.

Ce dynamisme doit beaucoup à la volonté des élus locaux qui ont su, très tôt, s'organiser dans des structures de coopération intercommunale et dans des Comités de bassin. Je salue le Président de la communauté d'agglomération, Bernard RAYNAUD. Les élus ont également associé à leurs projets des partenaires privés, les chambres consulaires et les universités. Il faut aussi souligner l'appui apporté par le Conseil régional Midi-Pyrénées, présidé par Martin MALVY, et par le Conseil général, que préside Thierry CARCENAC.

L'Etat s'est engagé aux côtés des Tarnais. Lors de deux Comités interministériels pour l'aménagement et le développement du territoire, le Gouvernement a consacré un total de 411 millions de francs au développement des trois bassins d'emploi du Tarn. C'est le montant le plus élevé accordé depuis 1997 à un département lors des CIADT. Le contrat de plan Etat-Région -qui apporte près de 300 millions de francs à Castres et son arrondissement- et les crédits européens viennent compléter ces efforts. Le désenclavement du Tarn se poursuivra grâce aux travaux prévus sur la RN 88 et la RN 126. L'amélioration de la formation et le soutien à l'agriculture sont d'autres axes essentiels de la politique contractuelle en faveur du département.

Dans ce cadre, l'Etat a programmé un plan triennal de redynamisation des zones les plus exposées. Celui-ci comporte un volet de soutien à l'investissement industriel et tertiaire de 70 millions de francs, complété notamment par des crédits européens. La SOFIREM, qui voit son champ de compétence étendu, pourra créer 800 emplois. Des actions seront aussi engagées pour la requalification du patrimoine industriel et pour la qualité de l'eau dans le Carmausin.

Ces engagements portent leurs fruits. Ils vont par exemple permettre un important développement touristique et culturel autour des loisirs. Je pense en particulier au pari ambitieux qu'est la reconversion du patrimoine minier à travers le site de "La Découverte" de Carmaux. Ce pari, les Carmausins sont en train de le gagner grâce à l'énergie de leur député, Paul QUILES, qui a su convaincre des partenaires privés étrangers et les acteurs publics de participer à ce projets aux côtés de la population locale. L'Etat apporte pour sa part 100 millions de francs à cette réalisation. L'extension du musée de Castres, la rénovation de celui d'Albi et la mise en valeur de l'abbaye de Sorèze s'inscrivent également dans cette dynamique.


Ce renouveau s'appuie, pour s'inscrire dans la durée, sur la formation des femmes et des hommes. Avec Figeac, Rodez et Albi, Castres est l'un des quatre sites universitaires que j'avais fait inscrire dans le plan Université 2000, lorsque j'étais ministre de l'Education nationale. Je suis heureux de constater aujourd'hui que l'antenne universitaire castraise, en liaison avec les universités de Toulouse, a pris corps. Ces quatre sites forment un réseau que certains évoquent comme une "Cinquième université" ou l'Université du Nord-Est de la région Midi-Pyrénées. Mais créer une université ne se décrète pas. Il faut du temps et un nombre minimum d'étudiants. Le ministre de l'Education nationale, Jack LANG, prend à coeur de mettre en place ce qu'il a appelé un "centre universitaire fédératif", première étape vers une université de plein exercice. Je sais que les contacts que le ministre a eu cette semaine avec les élus, dont vous-même, Monsieur le Maire, ont été constructifs. Ils ouvrent des perspectives qui permettront de travailler utilement, sous l'impulsion de Mme la Rectrice, Nicole BELLOUBET-FRIET, avec les trois universités de Toulouse et l'Institut national polytechnique.

Vous vous êtes fixé comme objectif de mettre en place des enseignements dans le domaine des réseaux et des technologies de l'information et de la communication. Vous avez déjà proposé aux étudiants des diplômes qui vont dans ce sens - DUT, licence professionnelle, DESS - ; d'autres sont en projet. Vous souhaitez que soit créée à Castres une "école de l'internet". Un institut multimédia formant à tous les niveaux, y compris des ingénieurs, pourra certainement voir le jour ici, avec le concours des universités toulousaines. Ces enseignements me semblent exemplaires de l'effort à fournir pour soutenir le développement rapide et prometteur des secteurs des technologies de l'information en France.

Ces secteurs sont un axe prééminent du renouveau économique auquel travaillent la communauté d'agglomération Castres-Mazamet, les acteurs socio-économiques et l'Etat.

Castres et son agglomération illustrent le développement équilibré des nouvelles technologies sur le territoire.

Les collectivités locales jouent un rôle essentiel dans la lutte contre "le fossé numérique". Dans le bassin de Castres-Mazamet, les acteurs politiques, institutionnels et économiques ont anticipé, dès les années quatre-vingts, l'importance des technologies de l'information. Comme je l'avais souligné en lançant le programme du Gouvernement pour la société de l'information en août 1997, le volontarisme des acteurs locaux, encouragé et accompagné par l'Etat, est déterminant pour prévenir le risque d'un " fossé numérique ", quelle qu'en soit la nature : géographique, sociale ou générationnelle.

La mise en place d'un réseau de 7000 lieux publics d'accès à la micro-informatique, à l'internet et au multimédia, décidée en juillet dernier par le Gouvernement, est un chantier pour lequel la dynamique locale est essentielle. A Castres, l'espace culture multimédia de la bibliothèque municipale rencontre un vif succès. Il est en effet devenu un lieu d'échanges entre toutes les générations d'utilisateurs. Le déploiement de ces lieux publics doit se faire sur l'ensemble de notre territoire, en particulier dans les zones isolées ou défavorisées. C'est l'une des principales fonctions de la mission interministérielle pour l'accès public au numérique dont j'ai annoncé la création lors d'un déplacement à Conflans-Sainte-Honorine, le 4 décembre dernier.

Ces nouvelles technologies doivent s'inscrire dans une stratégie de développement territorial. Cette prise de conscience s'est concrétisée lors de l'élaboration des contrats de plan Etat-Région et des schémas sectoriels pour les nouvelles technologies ; elle prendra place dans le futur schéma des services collectifs de l'information et de la communication. Il est important que les acteurs locaux trouvent auprès des services de l'Etat les compétences nécessaires à ces chantiers. C'est pourquoi le Gouvernement a décidé, lors du dernier Comité interministériel pour la société de l'information, de mettre en place un chargé de mission " nouvelles technologies de l'information et de la communication " auprès de chaque Secrétaire général à l'action régionale.

Ce que vous avez réalisé à Castres souligne l'importance d'une véritable stratégie de développement territorial intégrant les nouvelles technologies. Vous l'avez orientée avec raison sur les réseaux d'information à haut débit. Ceux-ci sont un support essentiel au déploiement de nouvelles activités, qu'il s'agisse des usages pédagogiques liés au multimédia -dont nous avons vu ce matin l'application pour les écoles primaires de Castres - ou du développement économique de " jeunes pousses " prometteuses - comme celles que j'ai visitées au Téléport et à la pépinière de Castres-Mazamet. L'accès aux réseaux de communication à haut débit constitue désormais une ressource indispensable aux entreprises. Il répond également à la demande croissante de nos concitoyens.

Le réseau en fibre optique que vous avez mis en place constitue le maillon indispensable entre les réseaux à longue distance qui irriguent le territoire national et les réseaux locaux de distribution, aujourd'hui desservis par un nombre croissant d'opérateurs et concernés par une variété toujours plus grande de technologies. C'est ce maillon intermédiaire qui constitue bien souvent le frein au développement des réseaux à haut débit, notamment pour l'accès à l'internet. Les acteurs locaux doivent se mobiliser pour favoriser la consolidation de ce maillon.

Fort de cette conviction, le Gouvernement a décidé, dès le Comité interministériel pour la société de l'information du 19 janvier 1999, d'assouplir les conditions d'intervention des collectivités locales dans les infrastructures de télécommunication. Le vote de l'article 17 de la loi d'orientation et d'aménagement du territoire, qui a repris en partie les propositions gouvernementales, a engagé cet assouplissement. Celui-ci reste encore insuffisant. C'est pourquoi le Gouvernement a souhaité proposer de nouvelles dispositions, rendues publiques lors du Comité interministériel pour la société de l'information qui s'est tenu le 10 juillet dernier. Nous avons depuis reçu de nombreuses contributions des acteurs locaux du développement. A la suite de cette consultation, je vous annonce que le Gouvernement a décidé de simplifier encore davantage le dispositif prévu pour faciliter l'intervention des collectivités territoriales. Ce dispositif sera intégré au projet de loi pour la société de l'information qui sera transmis au Parlement au début de 2001.


Mesdames et Messieurs,


Ici, à Castres-Mazamet, grâce au Téléport, aux pépinières de "jeunes pousses", à l'accès aux réseaux de communication à haut débit, votre agglomération a réussi son "désenclavement numérique". Beaucoup plus tôt que d'autres, et en grande partie grâce à vous, Monsieur le Maire, elle a su mettre les technologies de l'information et de la communication au service de ses habitants et de leurs activités. Cette réussite a été possible grâce à la conviction et à la persévérance de ceux qui ont porté ce projet. Il faut dire que les habitants de Castres font preuve de constance dans l'effort - cette qualité indispensable, on le sait, aux grandes équipes de rugby. Ainsi, vous reflétez bien cette maxime laissée par Jean JAURES, l'immense personnalité et l'homme simple que votre ville a vu naître : "Ce qui importe avant tout, c'est la continuité de l'action". Cette continuité est un principe qui anime aussi mon Gouvernement. Elle est, au plan national comme ici, à Castres, la condition du succès des travaux entrepris.

(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 18 décembre 2000)

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