Conférence de presse conjointe de M. Lionel Jospin, Premier ministre, et de M. Mickaël Kassianov, Premier ministre de la Russie, sur la coopération bilatérale entre la France et la Russie, le conflit en Tchétchénie et sur la reprise des crédits à moyen terme sur la Russie, Paris le 18 décembre 2000. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse conjointe de M. Lionel Jospin, Premier ministre, et de M. Mickaël Kassianov, Premier ministre de la Russie, sur la coopération bilatérale entre la France et la Russie, le conflit en Tchétchénie et sur la reprise des crédits à moyen terme sur la Russie, Paris le 18 décembre 2000.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

ti : - PROPOS DE M. JOSPIN -

Nous avons noté l'amélioration spectaculaire des résultats macro-économiques en Russie et la France étant elle-même en croissance ainsi que l'Union européenne, les bases d'un développement économique de nos échanges sont tout à fait assurées.

Nous avons parlé bien sûr des réformes structurelles qui sont engagées par les autorités russes et auxquelles nous sommes prêts naturellement, à coopérer, à notre place. Nous avons évoqué également les problèmes de dettes et de crédits et le gouvernement, vous le savez, a décidé de reprendre ces crédits à moyen terme sur la Russie, signe de la confiance qui est la nôtre, dans l'économie russe.

Nous avons bien sûr passé en revue les secteurs prioritaires de notre coopération : l'aéronautique et le spatial où cette coopération est très ancienne mais où elle connaît des développements nouveaux attestés par des signatures d'accord ou de lettres d'intention ce matin. Le domaine de l'agro-alimentaire où les potentiels de nos deux pays sont forts et les questions de l'énergie dans le cadre plus large des orientations fixées par la conférence et la rencontre Union européenne/Russie.

Enfin, le troisième thème qui a fait l'objet de nos échanges à trait à l'appui aux réformes qui sont engagées en Russie, que cet appui concerne des formes de coopération accompagnant l'action des institutions financières internationales ou que cet appui porte sur une coopération administrative plus directe dans un certain nombre de domaines économiques ou sociaux.

Voilà donc, en y ajoutant les échanges culturels traditionnels entre nos deux pays, mais où nous devons donner un élan nouveau par des échanges entre les intellectuels, les créateurs, les étudiants. Voilà ce qui a été, très brièvement résumé, l'essentiel de nos échanges aujourd'hui et nous sommes convenus de nous retrouver, mais dans des conditions dont je laisse le soin à Mickaël Kassianov de l'annoncer.

(¿).

Nous avons le Premier ministre Kassianov et moi-même signé un relevé de conclusions de nos travaux - qui vous est je crois diffusé - qui vous donnera de façon plus précise sur quoi ont porté les entretiens, quelles ont été les orientations fixées et les décisions arrêtées lorsqu'il y a eu des décisions, ce qui a été le cas.

Si vous le voulez bien maintenant, nous vous invitons à nous poser vos questions et nous nous ferons un plaisir l'un ou l'autre ou l'un et l'autre d'y répondre.

Q - (inaudible)

R - J'ai dit à M. Kassianov que nous comprenions tout à fait les problèmes auxquels était confrontée la Russie par rapport à son endettement. Nous-mêmes d'ailleurs dans le cadre de l'Union européenne, nous nous efforçons de maîtriser notre propre dette de façon à ce que ne pèse pas chaque année sur nous la nécessité de payer des sommes croissantes avant même que nous prenions, par exemple, nos décisions budgétaires. Et le Premier ministre Kassianov a su à quel point les nécessités d'honorer les engagements de la Russie pouvaient peser, par exemple, sur la préparation du budget en Russie. Nous partageons ce souci, en même temps, j'ai rappelé ce que chacun sait, à savoir que le Club de Paris, compétent pour des exercices de réexamen de la dette de tel ou tel pays, prenait ses décisions en fonction de programmes arrêtés avec les Etats débiteurs par le Fonds monétaire international et que cette règle avait été constamment suivie sans exception et que les arguments de nos amis russes devaient donc être présentés devant le Fonds monétaire international et devant le Club de Paris, comme ils l'étaient d'ailleurs.

En ce qui concerne la question de la possibilité de transformer une partie de la dette russe en investissements français en Russie, j'ai dit que nous n'étions pas hostiles à ce principe. D'autant, comme vous le savez très bien M. Kassianov, nous avons fait cet exercice dans quelques cas et notamment dans le cas de nos relations avec le Maroc. J'ai donc dit que nous n'étions pas hostiles sur le principe à une telle possibilité et nous sommes convenus que les ministres de l'Economie et des Finances regarderaient ensemble comment ce dossier pouvait être utilement traité. Mais j'ai rappelé là aussi la règle : lorsque nous avons fait cet exercice de transformation d'une partie de la dette marocaine en investissements, nous l'avons fait en demandant une autorisation au Club de Paris, un accord au Club de Paris, donc nous restons bien dans ce cadre de principes.

Voilà Madame, la réponse à votre question. Ensuite, il y a suffisamment de grandes entreprises françaises qui sont engagées dans des projets de coopération en Russie depuis quelques années ou qui envisagent de faire de tels projets pour que les points d'application puissent être ensuite assez aisément trouvés ; encore faut-il construire une problématique qui puisse fonctionner effectivement et recevoir l'accord du Club de Paris.

Q - (¿)

R - Je voudrais juste revenir sur la question précédente qui concerne la jeune Masha Ouary et les demandes de sa maman ; parce que je ne voudrais pas que vous pensiez que nous avons été indifférents aux questions qui ont été posées par le Premier ministre Kassianov.

Ces cas sont toujours difficiles, ils sont douloureux parce qu'ils naissent d'un conflit entre des parents qui se séparent, qui souvent se disputent la garde d'un enfant. Ils existent dans les relations entre d'autres pays, pour ce qui concerne la France, par exemple, nous avons rencontré ce genre de problème douloureux avec des couples franco-allemand, avec des couples franco-marocain, et là nous avons l'exemple d'un couple franco-russe qui se défait. Ce devrait être des questions privées, ce sont même des questions intimes et puis ils se trouvent parce que telle ou telle personne est ressortissant de tel ou tel autre pays, cela devient un problème public dont les diplomates et les responsables politiques doivent tout d'un coup se saisir avec, parfois, une certaine passion de l'opinion. Cette passion est parfois plus grande si ces personnes ne sont pas seulement des personnes privées mais des personnes publiques ou des personnes connues même si ce ne sont pas forcément des personnalités politiques. Nous sommes dans ce cas, et nous comprenons d'autant plus les préoccupations d'un certain nombre de médias russes et des autorités russes que la petite fille Masha Ouary est une ressortissante française, c'est-à-dire que nous-mêmes nous avons à nous poser ce problème et notre opinion à nous aussi regarde les choses.

Alors certainement de cette tribune, je ne me mêlerai pas de ces questions personnelles et intimes pour porter un jugement ; simplement nous sommes attentifs à la façon de trouver des solutions humaines à cette question. Par exemple, on avait attiré notre attention sur le fait que la maman de Masha souhaitait pouvoir lui parler en russe quand elle la voyait - puisqu'elle a un droit de visite -, nous avons fait passer ses messages pour qu'il en soit ainsi, elle voulait porter une croix orthodoxe, bon, cela a été également transmis, c'est également le cas.

Mais pour le reste, il y a une procédure judiciaire et vous connaissez naturellement, d'ailleurs le Premier ministre l'a rappelé, la tradition absolue d'indépendance de la justice dans notre pays particulièrement respecté par ce gouvernement et donc, nous essayons de faire passer les messages qui doivent être passés, mais c'est en même temps une procédure judiciaire qui est en cours devant les tribunaux ; il y a eu une démarche récente en suspicion légitime qui a été faite par l'avocat de Mme Zakharova et donc tout en étant attentif à cette question, tout en voulant la traiter de la façon la plus respectueuse des personnes et de toutes les personnes et aussi d'une enfant, nous devons respecter les règles de notre droit. Voilà notre état d'esprit, il est d'ailleurs tout à fait ouvert des deux côtés, attentif et nous espérons donc que ce problème trouvera progressivement sa solution.

Q - (¿)

R - A vous écouter Monsieur, le mot Tchétchénie a été prononcé. Cela me donne l'occasion de dire que j'en ai naturellement parlé au Premier ministre Kassaniov ; je l'ai fait à l'occasion de notre échange au déjeuner où nous étions tous les deux et je lui ai dit ce que vous savez de notre position. Nous comprenons que la Fédération de Russie soit soucieuse de l'intégrité de son territoire ; nous savons les préoccupations de ce pays à l'égard de l'extrême complexité de la situation au Caucase.

Nous condamnons le terrorisme quand il se manifeste et nous savons les risques de déstabilisation qui peuvent exister parfois quand s'expriment certains courants fanatiques. Nous sommes en même temps profondément attentifs à la situation des populations en général qu'elles vivent en Tchétchénie ou qu'elles soient réfugiées à l'extérieur de cette région ; nous sommes évidemment soucieux des Droits de l'Homme et nous avons fait avec nos partenaires européens soit dans le cadre de l'UE, soit dans le cadre de l'OSCE, des propositions pour que l'on puisse y faire face et j'ai redit à M. Kassaniov ce que nous avions eu l'occasion de dire à M. Poutine, et ce que je crois d'ailleurs, il l'avait admis sans doute nécessaire dans le cas des rencontres entre l'UE et la Russie, nous pensons que ce type de problèmes appelle une solution politique.

Voilà ce que j'ai dit au Premier ministre Kassaniov et il m'a donné naturellement son point de vue à cet égard, mais ce n'est pas à moi d'en rendre compte.

Q - (¿)

R - Non, c'est un point que nous aurions pu aborder mais qui ne l'a pas été effectivement.

Nous avons évoqué la situation dans les Balkans avec les évolutions extrêmement importantes qui se sont produites grâce à l'arrivée de nouveaux leaders en Croatie puis au mouvement qui a conduit au retrait de M. Milosevic et à l'élection de M. Kostunica. Nous avons donc évoqué la situation des Balkans plus largement d'ailleurs, sans nous limiter à ces deux seuls pays. Nous avons parlé aussi un peu de la situation au Proche Orient dans le cadre d'une journée qui a été très dense et qui a été quand même beaucoup consacrée aux questions économiques, industrielles, financières, scientifiques, technologiques et il se trouve donc, c'est la réalité, que la question de l'Iraq n'a pas été abordée, cette fois, dans nos entretiens.

Donc, ils nous est difficile de vous en rendre compte.

Q - (¿)

R - Oui, il ne s'agit pas en réalité de crédits à court terme, mais plutôt de crédits à moyen terme. Je le précise uniquement pour que cela soit clair dans votre esprit. C'est vrai que ces formes de crédits commerciaux avaient été interrompus dans la crise d'août 1998 et nous avons pensé que l'évolution assez spectaculaire de l'économie en Russie, le redressement budgétaire en particulier, les progrès réalisés dans les rentrées fiscales, les résultats en terme de croissance économique, de balance des paiements, même si bien sûr, la hausse des prix du pétrole a été un bon adjuvant, un bon élément de soutien pour l'économie russe, on voit à l'évidence qu'un certain nombre de réformes qui ont été opérées et puis peut être aussi le retour à un certain cadre plus stable, disons, que tout cela a favorisé le redressement de l'économie russe même s'il peut y avoir encore des préoccupations en ce qui concerne l'inflation. Néanmoins là aussi des progrès tout à fait réels ont été obtenus. Et c'est effectivement un signe de confiance dans ce redressement de l'économie russe que cette décision qui a été prise dans le cadre des discussions entre M. Fabius et son homologue russe que de reprendre la possibilité de faire ces crédits à moyen terme dans un certain nombre de secteurs, soit pour nos entreprises, soit pour des entreprises communes françaises et russes.


Ce qui fait que la Coface accordera naturellement sa garantie à ces crédits. Alors ensuite, cela va dépendre des projets qui seront présentés pour de tels financements.

En ce qui concerne la lettre d'intention qui a été signée entre Airbus et Aéroflot, je voudrais dire que c'est à Airbus et à Aéroflot qu'il appartient, en poursuivant les négociations, de dire sur quel nombre d'avions cela pourrait porter et donc je pense que toute annonce confidentielle venait de l'AFP, par hypothèse, touchant ce nombre d'avions est prématurée et qu'en tout cas, il ne revient pas aux responsables politiques dans ce cadre de le faire et qu'il y a eu une lettre d'intention, nous la jugeons tout à fait positive, elle va dans le sens de ce que nous souhaitons, mais c'est aux deux entreprises concernées de s'exprimer le moment venu.

Donc, merci particulièrement de cette question.

Je vous remercie tous./.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 décembre 2000)

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